Travailler à Kyoto

Kyoto
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Actualisé 2022-12-13 11:55

Vous rêvez de travailler à Kyoto ? L'ancienne capitale du Japon fascine et attire chaque année des millions de touristes. Si la Covid a brutalement stoppé le flot touristique, il reprend peu à peu avec la réouverture officielle des frontières pour les groupes de voyageurs. Visiter Kyoto pendant les vacances et y travailler sont cependant deux choses différentes. Comment trouver un emploi à Kyoto ? Les étrangers peuvent-ils facilement trouver du travail ? Quelle est la situation du marché ? Guide pour décrocher un emploi dans l'ancienne cité impériale du Japon.

Dans l'antre de l'ancienne cité impériale de Kyoto

Histoire d'une « ville capitale »

Kyoto s'écrit « Kyôto ». Les deux idéogrammes formant le nom de la ville signifient littéralement « ville capitale ». C'est exactement ce qu'à été Kyoto. La cité touristique emblématique du Japon a été pendant 1000 ans la capitale du pays (jusqu'à la seconde moitié du XIXe siècle). Elle porte encore aujourd'hui l'histoire du Japon impérial. Elle entretient le patrimoine, les traditions et l'art du pays.

Mais Kyoto ne s'est pas toujours nommée ainsi. À l'époque de sa création, elle se fait appeler « Heian-kyô », la capitale de la « paix et de la tranquillité ». Mais elle devient, au contraire, une ville défigurée par les guerres jusqu'à l'arrivée de Hideyoshi Toyotomi, qui parvient à unifier le pays. Il est le deuxième unificateur du Japon (le premier est Oda Nobunaga, le troisième, Ieyasu Tokugawa). De cette réunification nait Kyoto, la « ville capitale ».

Une « ville patrimoine »

Aujourd'hui encore, l'ancienne cité impériale garde les traces de son illustre passé. On vient rarement travailler à Kyoto par hasard. Tout témoigne de l'histoire riche de l'ancienne capitale impériale. Sanctuaires, temples, jardins japonais... Beaucoup de ses monuments sont classés au patrimoine mondial de l'UNESCO. Kyoto compte plus de 2000 temples, parmi lesquels le célèbre Pavillon d'or, inscrit au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1994. Les voyageurs viennent d'ailleurs en masse s'émerveiller devant ces richesses culturelles.

Privés de voyage à cause de la crise sanitaire, les étrangers sont de retour depuis le 10 juin 2022, pour le grand soulagement des commerçants kyotoïtes. L'ancienne capitale du Japon est en effet une destination touristique incontournable. En 2020, Kyoto surclasse même Tokyo - pourtant détentrice du titre depuis 4 ans - et devient la meilleure grande ville du monde (classement Condé Nast Traveler, grand magazine de voyage de luxe).

Mais vivre à Kyoto est difficilement comparable avec une expérience de touriste. S'expatrier dans l'ancienne cité impériale, c'est embrasser un peu de cette culture, de cette histoire japonaise.

Cartographie de Kyoto

Kyoto se situe dans la région du Kansai, sur l'île principale du Honshû. Elle est la capitale éponyme de la préfecture de Kyoto. Idéalement située au centre du Japon, elle est, avec Osaka et Nara, le deuxième poumon touristique après Tokyo. Un poumon souvent mis à rude épreuve, surtout en saison estivale. Kyoto a une densité de population de plus de 2400 habitants par km² pour 1,5 millions d'habitants en 2018. C'est encore pire dans la mégapole tokyoïte, 20 fois plus grande que Paris, qui concentre 7394 habitants par km² pour 12,6 millions d'habitants en 2018.

Avec 11,9% du PIB, Kyoto est la 3e puissance du Kansai. Elle est cependant loin derrière le géant Osaka (44,6% du PIB) et Hyogo (23,8%).

Peut-on vraiment vivre et travailler à Kyoto ?

Les avis sont partagés. Les expatriés qui ont tenté l'expérience parlent d'une vie « paisible » à Kyoto (hors saison touristique). Mais le travail, c'est autre chose. Le marché du travail de Kyoto n'est pas celui de Tokyo, ou même d'Osaka. Les offres d'emploi sont un peu plus rares, surtout pour un étranger qui recherche un emploi régulier (un contrat de seishain). À moins de déjà travailler au Japon, d'être un nomade numérique ou de juste rechercher un job d'appoint (baito), il faut bien réfléchir avant de poser ses valises à Kyoto.

Les Japonais sont les premiers à se poser la question. De nombreux sites Internet notent les avantages et les inconvénients de la vie à Kyoto. Point important : peu d'informations sur les offres d'emploi et/ou les possibilités de trouver un travail, un stage, ou un job. Tout d'abord, rappelons qu'il y a Kyoto, la ville, et Kyoto, la préfecture. C'est un élément sur lequel insistent tous les sites Internet, comme pour souligner qu'une vie en dehors de l'ancienne cité impériale est tout à fait possible.

Vivre à Kyoto : les avantages

Côté avantages, Kyoto offre un cadre de vie privilégié. Les amoureux de la nature, de l'histoire et du calme trouveront leur bonheur. Avantages pour les parents et aussi pour les enfants, qui profitent d'un bon système scolaire en plein cœur des sites historiques. En effet, la ville est aussi une cité étudiante prisée. Malgré son passé, elle est donc loin d'être figée dans l'histoire.

D'ailleurs, le passé et l'histoire s'intègrent dans le présent et s'adaptent aux nouveaux enjeux économique, à commencer par la mise aux normes des sites historiques pour accueillir toutes les populations et la refonte du système de transport pour faire face à l'afflux des étrangers durant les périodes de vacances.

De nombreux événements culturels ponctuent les différentes saisons. Café, restaurants et autres espaces sont autant de points de rencontres. Toutes les conditions semblent donc réunies pour bien vivre à Kyoto.

Vivre à Kyoto : les inconvénients

Bien vivre, oui, mais qu'en est-il du travail ? On pense bien sûr aux emplois dans le secteur touristique. Les offres d'emploi sont régulières, surtout durant les vacances, mais concernent d'avantage les étrangers venus en PVT au Japon ou en visa d'études, à la recherche de petits boulots. La vie change d'ailleurs radicalement durant les vacances, au point que les sites web japonais répertorient les quartiers à éviter pour se loger.

D'un côté, les touristes soutiennent l'économie locale et montrent leur intérêt pour la culture. De l'autre, la capitale kyotoïte est trop petite pour accueillir un si grand nombre d'individus qui, en plus, fréquentent les mêmes endroits. Ceux qui vivent à Kyoto toute l'année regrettent le bruit, quasi omniprésent dans les zones touristiques, à des années lumières du calme que devrait susciter la visite des monuments culturels. Tous ces désagréments accumulés impactent leurs conditions de vie.

Transports bondés

Les transports, peu nombreux comparativement à Osaka ou Tokyo, sont souvent bondés et pas toujours ponctuels. En 2015, les autorités locales se sont lancées dans de vastes travaux censés améliorer les transports : plus de bus, sur des plages horaires élargies, plus de pistes cyclables et chemins piétons pour désengorger les voies et lutter contre la pollution. Mais la Covid-19 freine les ambitions des élus. La disparition des touristes plonge les finances kyotoïtes dans le rouge. Le pouvoir veut dynamiser Kyoto en faisant appel aux entreprises et aux jeunes. Paradoxalement, c'est pendant la Covid que les habitants ont pu retrouver le calme de Kyoto. Reste, pour les autorités, à trouver un équilibre entre marché touristique nécessaire et préservation du train de vie des locaux.

Marché du travail au Japon

Avec un taux de chômage qui reste inférieur à 3% malgré la crise, le marché du travail japonais pourrait faire des envieux. Mais attention : derrière le bon chiffre se cache une précarité qui ne cesse de s'aggraver, et qui touche plus particulièrement les femmes. Le marché du travail du Japon reste très inégalitaire.

Le faible taux de chômage s'explique donc en grande partie par la hausse des contrats précaires : petit job (baito), CDD (keiyakushain), interim (hakenshain). Avec la Covid, les indépendants, dont le nombre était en baisse constante depuis quelques années, sont devenus plus nombreux. Mais là encore, il s'agit plus d'un effet de la précarité que d'une réelle recherche d'activité non-salariée. Les cas de personnes cumulant deux activités (un emploi et une activité à son compte) sont d'ailleurs majoritaires.

Or, pour immigrer durablement au Japon, c'est un emploi à durée qu'il vous faudra (contrat de seishain). C'est ce contrat de travail qui vous permettra d'obtenir un visa de travail. Le contrat de seishain, (emploi à durée indéterminée), rassure les autorités japonaises.

Les entreprises qui recrutent à Kyoto

Les grandes entreprises kyotoïtes

Beaucoup de grosses sociétés ont élu domicile dans la préfecture de Kyoto : Panasonic, Hitachi, IBM, Ritz-Carlton, Apple, Uniqlo, JET Program (programme d'échanges et d'enseignement, promotion de la culture japonaise), Starbuks, NTT (télécommunications), AEON et Gaba Corporation (écoles de langue, spécialisation anglais), AIG (assurances), Texas instruments, Line (réseau social, développement de matériel informatique), Nintendo... la liste est longue. Les grosses entreprises évoluent dans des secteurs très différents. Un bon point pour les talents étrangers voulant qui recherchent un emploi au Japon.

Travailler dans une école de langue n'est donc pas la seule option pour vivre à Kyoto. Ces établissements restent bien entendu de gros pourvoyeurs d'emploi, surtout si l'on est professeur d'anglais. Il y a moins de demandes pour les professeurs de français et d'autres langues. Mais attention : il faudra un niveau de langue expert, justifié par des diplômes.

Les métiers du manga, de l'animation et du jeu vidéo

Les passionnés d'animation le savent : la préfecture de Kyoto héberge le célèbre Kyoto animation studio (KyoAni). Victime d'un incendie criminel ayant fait 35 victimes en 2019, le studio légendaire bénéficie du soutien des autres studios d'animation de la région. KyoAni poursuit depuis ses activités, et a lancé une campagne de recrutement du 17 juin au 13 juillet 2022. L'annonce, postée sur Twitter et sur le site web de Kyoto animation studio, était entièrement en japonais.

D'où l'importance de maîtriser la langue japonaise pour augmenter ses chances d'être recruté. Plus qu'une énième ligne sur le CV, la maîtrise du japonais prouve sa capacité à s'intégrer. À Kyoto encore plus qu'à Tokyo, les personnes parlant anglais se font rares (hors monde touristique et international).

Quand NINTENDO recrute

Nintendo, le géant historique du jeu vidéo, recherche régulièrement de nouveaux talents. En juin dernier, il a un lancé un nouveau programme de stages : « Nintendo internship program ». La page de son article redirige vers Careers Nintendo, le site pour postuler en ligne. Problème : il s'agit de Nintendo America. Les régions proposées sont donc toutes aux États-Unis. Pour postuler sur le site japonais, il faut se rendre sur le site Nintendo.co.jp. Là encore, tout ou presque est en japonais.

Kyoto, future place des nomades digitaux ?

Pourquoi ne pas tenter une expatriation au Japon en tant que nomade numérique ? Puisque le marché du travail à Kyoto semble plutôt restreint, des étrangers sautent le pas en créant leur entreprise. Contrairement aux pays d'Europe ou d'Amérique latine, le Japon n'a pas encore son visa « nomade numérique ». Mais il est possible d'immigrer dans le pays avec un visa « investor/business manager ». Ce visa d'investisseur permet de créer ou de transférer son entreprise au Japon. Vous êtes votre propre sponsor, et pouvez donc travailler légalement au Japon. C'est ce visa qui vous permettra d'accéder au statut d'entrepreneur individuel (kojin jigyo).

Quelques prérequis pour prétendre à ce visa : gagner plus de 3 000 000 de yens par an (plus de 21 700 euros). Prouver quel type de métier on exerce, et montrer ses contrats et tout autre document justifiant son activité.

Attention :

L'immigration japonaise contrôlera votre activité au bout d'un an, pour renouveler ou non votre visa.

Les nomades digitaux installés à Kyoto apprécient l'équilibre entre les espaces naturels, culturels (anciens ou modernes) et le dynamisme économique. Le bouche-à-oreille fait le reste, et les expatriés s'échangent leurs bonnes adresses et idées d'espaces co-working (Impact Hub Kyoto, Oinai Karasuma...).

Comment trouver un emploi à Kyoto ?

Trouver un emploi à Kyoto n'est pas simple, mais pas impossible non plus. Mettez toutes les chances de votre côté avec une bonne préparation. Rapprochez-vous des organismes comme les Chambres du commerce et de l'industrie. La CCI France Japon dispose d'une large communauté qui pourra vous aider à constituez votre réseau. En devenant membre, vous aurez accès à leurs ressources. Rendez-vous aux événements autour de l'emploi. Si vous n'êtes pas encore au Japon, commencez à regarder les offres le plus tôt possible.

Pensez aussi à tout le reste : le quotidien, le logement, les transports... Comment envisagez-vous votre séjour ? Sa durée ? Le métier que vous voulez exercer est-il recherché à Kyoto ? Quel visa souhaitez-vous obtenir ? Votre expatriation est-elle pour un stage ? un travail ? des études ? Répondre à ces questions vous permettra d'affiner vos recherches et d'obtenir des informations plus précises.

Recherche d'emploi à Kyoto : les conseils en plus

Le Japon est vaste, et Tokyo n'est pas le Japon. Choisir le lieu dans lequel on va s'expatrier n'est que le début de l'aventure. Ce choix pourra d'ailleurs changer à mesure que l'on avance dans son projet. Mais pour mieux vous projeter, commencez par faire le point sur votre situation.

Vivre et travailler au japon

Quels sont vos diplômes ? L'emploi que vous recherchez nécessite-t-il d'avoir des diplômes particuliers ? Une longue expérience ? Un diplôme universitaire reconnu au Japon mettra en valeur votre CV. Une absence de diplôme pourra éventuellement être compensée par une longue expérience (10 ans, pour un visa de travail, si on a pas de licence). Une embauche sans aucun diplôme est cependant une barrière supplémentaire sur le chemin de l'emploi. Même si cela repousse votre projet, n'hésitez pas à poursuivre ou reprendre vos études pour réaliser votre rêve.

Vivez à la manière d'un local et suivez les conseils des organismes japonais concernant les conditions de recrutement au Japon : présentation du CV (maîtrise du CV japonais), tenue vestimentaire... Si vous étudiez le japonais à l'école, votre établissement a peut-être un cursus business, qui prépare à l'entrée sur le marché du travail. Suivez cette préparation pour être plus à l'aise en entretien d'embauche. Même sans aller à l'école, vous pouvez aussi vous faire coacher au sein d'une communauté professionnelle ou d'une agence de recrutement.

Vivre au Japon, parler japonais

Apprenez sérieusement le japonais. Obtenir un visa de travail au Japon est difficile, encore plus si vous ne parlez pas japonais. Certains étrangers regrettent que les Kyotoïtes ne parlent pas assez anglais. Cependant, mettez-vous à leur place, et à la place des recruteurs. Qui devrait faire l'effort de parler la langue du pays ? Les régions touristiques japonaises améliorent progressivement l'affichage bilingue (dans les transports, les restaurants, hôtels, musées etc.). Mais ne comptez pas là-dessus. Vous vous retrouverez vite confronté à la barrière de la langue, incapable de chercher une offre d'emploi en japonais.

Évaluez la durée de votre séjour. Pensez-vous être là sur du long terme (plus d'un an) ? L'apprentissage du japonais sera d'autant plus justifié que vous envisagez une immigration longue dans le pays.

Liens utiles (liens en anglais, sauf mention contraire) :

Kyoto migration project (en japonais)

Job park, site de la préfecture de Kyoto (en japonais)

Glassdoor (en japonais)

Indeed

Gaijinpot job listings

Daijob

Kyoto Jobs

Kyoto Prefecture International Center

Hello work Kyoto (le Pôle emploi japonais)

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