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Peut-on vraiment prendre tous ses congés quand on travaille à l'étranger ?

jeune homme partant en congé
westend61 / Envato Elements
Écrit parAsaël Häzaqle 15 Mai 2026

Alors que certains redoutent de prendre leurs congés par crainte d'être remplacés par une IA, d'autres mettent un point d'honneur à profiter de leurs vacances jusqu'au dernier jour. Qu'en est-il dans votre pays d'accueil ? La culture du congé vous laisse-t-elle libre d'organiser vos vacances comme vous le souhaitez ? Que dit la loi ?

Travailler à l'étranger : quand vient le temps des congés 

Cela pourrait être une raison (à ajouter, néanmoins, à d'autres) de partir travailler en Europe. Le Vieux Continent est réputé pour sa générosité en matière de congés payés. L'Estonie est la grande championne, avec 28 jours par an. Le Luxembourg (26 jours), l'Autriche, le Danemark, la Suède et la France suivent de près (25 jours). Ils sont eux-mêmes talonnés par la Finlande, l'Allemagne et Malte. Les autres pays européens oscillent entre 20 et 22 jours de congés annuels. Sans compter les jours fériés. 

Les expatriés travaillant dans l'Union européenne (UE) bénéficient d'un cadre législatif généreux : dans les pays de l'UE, les travailleurs ont droit à au moins 4 semaines de congés payés par an. Ce nombre de jours ne dépend pas de l'ancienneté du travail, mais s'applique à tous. 

Culture des congés : l'influence de la loi

Ce cadre légal peut expliquer la culture des congés dans les pays de l'UE : ils font partie intégrante de la vie professionnelle. Les congés sont généralement pris dans leur intégralité, répartis sur l'année ou non. En France, par exemple, les congés d'été ont une place toute particulière. Il n'est pas rare de voir des salariés poser deux ou trois semaines de congés en juillet et en août. La période correspond également à un ralentissement de l'activité de nombreuses entreprises (hormis certaines branches, comme le tourisme et les loisirs) et peut favoriser la prise de congés. 

D'autres pays du monde disposent d'un cadre législatif qui prévoit au moins 4 semaines de congés annuels, comme le Royaume-Uni (28 jours). À contrario, les congés payés sont beaucoup plus rares aux Philippines (5 jours par an), au Mexique et en Thaïlande (6 jours), à Singapour (7 jours), au Canada et au Japon (10 jours), en Israël (11 jours). Les jours fériés peuvent néanmoins faire grimper le nombre total de jours de congé jusqu'à 30 jours au Japon, 21 jours en Israël, 19 jours au Canada et en Thaïlande, mais seulement 13 jours au Mexique. Les Philippines et Singapour ne bénéficient pas d'un « bonus de jours fériés ». 

Quand la loi n'encadre pas les congés 

Que se passe-t-il lorsqu'aucun cadre légal ne définit le congé du salarié ? C'est le cas des États-Unis. Selon la loi fédérale, les entreprises n'ont aucune obligation d'accorder un congé (payé ou non) à leurs salariés. Tout se négocie donc entre employeur et salarié. Des dispositions particulières peuvent être prises au niveau des États.

En pratique, les employeurs sont nombreux à accorder des jours de congé à leurs salariés. On ne compte en effet plus les études sur les bienfaits des congés. La prise en compte de la santé mentale au travail joue également en faveur des congés payés. Aux États-Unis, leur nombre varie selon l'entreprise et l'ancienneté du travailleur. Les entreprises accordent généralement 10 à 15 jours de congés annuels ; le nombre de jours augmente principalement avec l'ancienneté. Et les congés illimités ? On en parle surtout dans le secteur de la Tech. Apparue dès les années 2000, la « révolution des congés illimités » continue de faire parler d'elle. Mais on est très loin d'une culture du congé illimité. En 2025, la pratique ne concerne qu'à peine 7 % des entreprises américaines.

Culture des congés à l'étranger : que dit la pratique ?

Entre la loi et sa pratique, il y a parfois un monde. C'est le cas des congés payés. Les expatriés peuvent vivre un véritable choc culturel au moment de les prendre. Doivent-ils seulement les prendre ? Même lorsque la loi ou le contrat de travail les y autorise, ils hésitent. Une hésitation qui prend sa source dans le pays d'expatriation : que font les collègues ? Quelle est la culture du congé  dans le pays ?

Exemple des États-Unis

Aux États-Unis, il est fréquent de ne pas prendre la totalité de ses congés. Culture du travail oblige. Il faut être prêt à tout moment. Montrer qu'on est un bosseur. L'apparition de l'IA a ajouté une pression supplémentaire : par peur d'être remplacés, un certain nombre de salariés renonce aux congés. Fin 2025,  le site de recherche d'emploi Flexjob publie une étude menée auprès de 3 000 salariés américains. 1/4 d'entre eux dit n'avoir pris aucun congé en 2024. 42 % se sont contentés d'un seul jour de congé, alors qu'ils avaient droit à 10 jours. 25 % expliquent que leur manager les a découragés de prendre une semaine complète. 

Loin d'être une solution miracle, les congés illimités ajouteraient une pression supplémentaire. On estime que les salariés qui en bénéficient prennent en moyenne 16 jours de congés par an. C'est à peine plus que la moyenne américaine, et bien loin des standards légaux européens. Selon les salariés, les congés illimités confèrent une responsabilité supplémentaire. Personne ne serait assez déraisonnable pour prendre réellement des congés illimités. On pense à ses collègues, à son entreprise, à sa place dans l'entreprise. Au final, on ne touche pas à ses congés, ou alors, dans une proportion proche de ceux qui ne bénéficient pas de l'effet illimité. Pour les analystes, les congés illimités seraient davantage un gadget pour recruter. 

Exemple du Canada

Si le cadre fédéral fixe 10 jours de congés par an, les règles concernant l'emploi au Canada et la pratique des congés peuvent différer d'une province à une autre et d'une entreprise à une autre. Chaque territoire ou province est libre de légiférer en la matière. Ainsi, la loi de la province d'Alberta définit que les employeurs ont l'obligation d'accorder un congé annuel à « la plupart » de leurs salariés, en fonction de leur ancienneté. Même principe au Nunavut, où le congé se calcule à partir de l'ancienneté. Les provinces accordent généralement deux semaines de congés payés après un an d'activité au sein de la même entreprise, et 3 semaines après 5 ans d'emploi. La Saskatchewan est plus généreuse pour la première année (3 semaines de congés après un an), mais se rattrape (4 semaines après 10 ans dans la même entreprise).

Cette notion de congés annuels en fonction de l'ancienneté figure dans le texte fédéral définissant les congés d'un salarié travaillant pour une entreprise soumise à la réglementation fédérale (banque, transport aérien, agriculture, poste, télécommunications, fonction publique…). Des accords d'entreprises peuvent également réglementer la prise de congés. Une entreprise est donc libre de proposer davantage de congés payés que ne le prévoit la loi de la province. Ces congés peuvent s'apparenter à des bonus, dont l'importance est souvent fonction du poste occupé. Plus on occupe une fonction élevée, plus on est susceptible d'avoir beaucoup de congés. Certaines entreprises utilisent d'ailleurs ce levier pour attirer les talents locaux et étrangers. Mais attention : le nombre total de jours reste dans des proportions acceptables pour la culture canadienne. Il ne faut pas s'attendre à atteindre les standards des pays européens.

Travailler à l'étranger : faut-il prendre tous ses congés ?

Voilà une question bien épineuse pour nombre d'expatriés, surtout pour ceux venant de pays généreux en matière de congés. Passer de 4 semaines de congés payés par an à 6 jours représente un sérieux coût. L'autre difficulté réside dans la prise de congés elle-même. La culture du travail varie d'un pays à un autre. Prendre la totalité de ses congés n'est pas toujours bien perçu (tout dépend aussi de la culture du travail dans l'entreprise). Le cercle semble se refermer un peu plus lorsqu'on constate que les pays délivrant peu de congés sont aussi ceux où la culture du « toujours prêt » est la plus forte : toujours prêt à travailler, toujours prêt à rogner sur ses congés…

Comment faire ? Tout d'abord, on rappelle que la loi du pays étranger (ou loi provinciale ou accords d'entreprises…) peut obliger le salarié à prendre ses congés dans l'année. Il existe souvent une période prédéterminée (période de référence) durant laquelle les congés doivent être pris. S'ils ne le sont pas, ils sont perdus. Les congés ne sont pas toujours reportables ; mieux vaut se renseigner avant de les « économiser ».

Les congés non pris peuvent-ils être « remboursés » ?

Le principe reste le suivant : les congés doivent être pris pendant la période de référence définie par la loi ou tout autre texte faisant office de règlement légal. Mais il existe quelques cas qui prévoient le paiement de congés non pris.

Fin de contrat

L'expatrié terminant son contrat sans avoir pu prendre ses congés recevra, dans son indemnité de fin de contrat, le paiement des jours de congés non pris. 

Congés non pris du fait de l'employeur

Le salarié ayant bien posé ses congés, mais n'ayant jamais obtenu la validation de l'employeur, peut demander le paiement des jours non pris (indemnité compensatrice de congés payés / vacation payout). La demande se fait généralement auprès du service des paies de l'entreprise et doit être justifiée. À l'expatrié de prouver que l'entreprise ne lui a pas permis de prendre ses congés.

Mesure inscrite dans une convention collective/dans le contrat de travail

Il est possible que l'employeur prévoie un paiement des jours de congés non pris, par exemple, lorsqu'un pic d'activité empêche tout départ en vacances. L'indemnité compensatrice de congés payés peut également figurer dans la convention collective de l'employé. Aux États-Unis, par exemple, certaines entreprises prévoient de payer les jours de congés non pris. Mais il ne s'agit pas d'une culture propre au pays. Tout dépend de l'entreprise.

Apprendre l'art de la déconnexion

Autre conseil : l'observation et la collecte d'informations. Comment font les collègues ? Prennent-ils tous leurs congés ? Sont-ils du genre à complètement se déconnecter pendant les vacances, ou regardent-ils leurs mails « de temps en temps » ? De nombreux pays ont adopté des lois sur la déconnexion. Mais en pratique, quitter l'entreprise reste parfois difficile. D'après une étude de 2024 réalisée par la société allemande Bilendi pour le leader du marketing allemand Königsteiner, près de 50 % des salariés allemands reconnaissaient travailler « un peu » pendant les vacances. Pourtant, 88 % d'entre eux estimaient que ce travail gratuit ne leur apporterait aucune promotion. Cette difficulté à se déconnecter est notamment présente chez les cadres et les postes à responsabilité. Aux États-Unis, on conseille de garder un œil sur ses mails, même en vacances. Au Japon, moins de 20 % des salariés ont pris l'intégralité de leurs congés payés en 2023.

Mais quel risque y a-t-il à prendre l'ensemble des congés auxquels on a droit ? Pas grand-chose, à part la peur d'être montré du doigt, de devenir « l'expatrié paresseux » qui n'hésite pas à lâcher ses collègues pour profiter de 10 jours à la mer. Et si prendre ses congés devenait un acte de résistance contre une certaine forme de culture du travail ? Avec la montée des questions « bien-être » sur le marché international du travail, de plus en plus de jeunes actifs osent utiliser leurs droits. Une révolution douce est peut-être en marche.





 


 

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A propos de

Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d’expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d’expatrié : choix du visa, études, recherche d’emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d’un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

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