
Les pénuries de main-d'œuvre dans certains secteurs se composent avec un chômage qui, selon les pays, a du mal à baisser. Les jeunes sont particulièrement exposés au risque de ne pas trouver un emploi dans leur domaine de compétences ou ailleurs. Comment les jeunes actifs envisagent-ils l'expatriation dans ces conditions ?
Décrocher un premier emploi : la bataille des jeunes diplômés au Royaume-Uni
« Diplômé au chômage ». D'après l'Office national des statistiques britanniques (ONS), 16,1 % des 16-24 ans n'arrivent pas à trouver un emploi. C'est trois fois plus que la moyenne nationale (5,1%). Principales raisons invoquées : la « crise » internationale sans fin, la hausse constante du salaire minimum (+ 6,7 % en 2025, + 4,1 % en 2026), l'augmentation des cotisations patronales à la sécurité sociale de 13,5 % à 15 %, en 2024, avec un abaissement du seuil de cotisation de 9 100 à 5 000 livres sterling annuels (GBP).
Des hausses des frais d'immigration qui limitent le recrutement des jeunes expatriés
La situation est particulièrement délicate pour les diplômés étrangers. De leur propre aveu, certaines entreprises refuseraient de les recruter, car ils ne sont pas Britanniques. Le durcissement des règles de l'immigration amorcé lors du Brexit et poursuivi par les gouvernements Sunak et Starmer a fait bondir les frais, tant du côté des candidats que du côté des employeurs. Les candidats à l'expatriation au Royaume-Uni doivent désormais payer entre 769 et 1 751 GBP de frais de visa et 1 035 GBP de redevance au système national de santé (NHS), sans compter les autres frais éventuels (coût des études au Royaume-Uni ou test d'anglais, par exemple).
Cette hausse des frais restreint les possibilités des talents étrangers, surtout lorsqu'ils ne trouvent pas d'entreprise pour les sponsoriser. Une conclusion assumée et voulue par le pouvoir britannique, qui souhaite justement favoriser les candidatures des nationaux… et les résidents étrangers déjà sur place (comme les étudiants). En pratique, ces derniers estiment que « le Royaume-Uni ne veut pas d'eux », ou plutôt qu'il existe une différence entre la politique affichée (continuer d'attirer des talents étrangers) et la réalité du terrain. La situation est encore plus précaire chez les non-diplômés.
Quand l'IA concurrence les jeunes diplômés
Autre problème : la concurrence toujours plus pressente de l'IA. Le premier emploi comporte souvent des missions de base, telles que l'analyse et le traitement de données, la rédaction de rapports simples, la participation aux stratégies de communication, etc. Des tâches qui prennent souvent du temps et qui peuvent désormais être réalisées par l'IA. Les jeunes diplômés britanniques et étrangers confirment : difficile de concurrencer l'IA sur le terrain de la rapidité. Selon eux, les entreprises utilisent de plus en plus les IA pour ce genre de mission.
Résultat : les postes réservés au « premier emploi » diminuent. Les hauts diplômés s'arrachent des postes en dessous de leurs compétences, quand ils ne sont pas contraints de changer de voie. C'est encore plus vrai pour les diplômés étrangers, confrontés à la dureté du marché de l'emploi sitôt leurs études terminées. Locaux et étrangers se rejoignent sur ce point : difficile d'avoir une première expérience professionnelle lorsque même les postes « premier emploi / junior » exigent plusieurs mois, voire plusieurs années d'expérience…
« Génération au rebut » : la Gen Z face aux difficultés du marché international de l'emploi
Pour Alan Milburn, président de la commission gouvernementale en charge du rapport sur la jeunesse et le travail, l'augmentation du chômage des jeunes risque de précipiter toute une « génération au rebut ». Ce constat peut-il être appliqué ailleurs ? Dans quels pays la Gen Z rencontre-t-elle le plus de difficultés à décrocher un premier emploi ?
Impossible « première expérience professionnelle » : le désarroi des jeunes diplômés dans le monde
C'est un constat partagé par les locaux et les expats au Royaume-Uni : difficile de décrocher un premier emploi lorsque l'employeur pointe constamment un « manque d'expérience ». Mais comment accumuler de l'expérience sans décrocher un premier emploi ?
Le découragement gagne les jeunes diplômés du Royaume-Uni. Le même désarroi touche les jeunes diplômés en Chine, en Belgique, en Australie, en France, au Canada… Ils s'expriment sur les réseaux sociaux et présentent les mêmes constats que les Britanniques. « Impossible de décrocher un boulot sans expérience, et impossible d'acquérir de l'expérience sans boulot », confie un jeune pour résumer le marché de l'emploi en Australie. L'IA entre rapidement dans les discussions. Les jeunes diplômés regrettent le filtrage toujours plus serré de l'IA : CV, entretien d'embauche… En Australie, 9 % des jeunes sont sans emploi : c'est plus du double de la moyenne nationale (chiffre du gouvernement australien).
En Belgique, on constate aussi une baisse « significative » du taux d'emploi chez les 18-24 ans. Ils sont pourtant diplômés, ont, pour la plupart, effectué des stages… mais butent contre le « mur » du marché du travail. Le système éducatif est pourtant pensé pour préparer progressivement à l'entrée sur le marché du travail. Pour les économistes belges, la durée plus longue des études ne justifie pas l'entrée tardive dans le monde professionnel. Ils soulignent un problème d'insertion des jeunes sur le marché du travail. Un problème qui touche en premier lieu le moral des jeunes chercheurs d'emploi.
Zoom sur la Chine
Entre espoir et désillusions, les jeunes diplômés en Belgique bataillent pour décrocher leur premier poste. Situation semblable en Chine, où les jeunes diplômés désespèrent de trouver un emploi. Selon une étude du journal économique HKEJ publiée en mars 2025, la Chine compterait 30 millions de chômeurs diplômés. Les chiffres exacts sont difficiles à obtenir, car les statistiques officielles ne correspondraient pas vraiment à la réalité. Des données « faussées » pour conserver l'image d'une Chine active et préserver la réputation des universités. Des universités qui attirent les étudiants étrangers, car leurs coûts sont bien plus abordables que ceux des établissements américains, canadiens ou australiens. Cette année, plus de 30 universités chinoises n'imposent aucun frais d'inscription.
Quelles solutions ? Les jeunes diplômés peinent à trouver un poste correspondant à leurs compétences et se rabattent sur des jobs alimentaires. D'autres se retirent complètement du marché de l'emploi, certains de ne pas y trouver leur place. En 2025, le taux de chômage des 16-24 ans a atteint 18,9 %. C'est plus de 3 fois le taux de chômage national (5,3%).
Zoom sur la France
En France, le taux de chômage des 15-24 ans est de 19 %. Une étude de l'Association de l'emploi pour les cadres (Apec), publiée en novembre 2025, révèle que les titulaires d'un Master 2 (Bac + 5) ont de plus en plus de mal à trouver leur premier emploi. Les diplômés en langues, en lettres et en arts sont davantage pénalisés que ceux ayant un diplôme dans la santé, la science ou la technologie. 84 % des jeunes confirment avoir eu du mal à trouver leur premier emploi. Ils étaient à 61 % en 2022. Pour les experts, c'est le signe que la conjoncture est mauvaise. Les entreprises rechignent à embaucher de nouvelles recrues et préfèrent jouer la prudence.
De leur côté, les jeunes diplômés semblent partagés entre mobilité et stabilité : ils sont prêts à partir pour trouver mieux, mais craignent de ne pas trouver de poste à la hauteur de leurs compétences. Dans les faits, ils sont déjà nombreux à effectuer un job alimentaire. Comme au Royaume-Uni, les jeunes diplômés étrangers sont particulièrement fragilisés. Le durcissement des règles d'immigration a compliqué la donne.
Et si les origines des difficultés d'insertion étaient davantage « internationales » ? D'après les spécialistes de l'insertion professionnelle, il y a bien un ralentissement de l'embauche des jeunes. Ralentissement observé notamment en Europe de l'Est, au Moyen-Orient ou en Asie. La situation géopolitique actuelle remet en cause les stratégies des entreprises, surtout en ce qui concerne les recrutements. Une situation est néanmoins spécifique à la France : l'instabilité politique depuis juin 2024 (à la suite de la dissolution de l'Assemblée nationale) a freiné les embauches dans les entreprises. Le vote du budget en février 2026 laisse espérer une accalmie, même s'il ne satisfait pas tout le monde. Certains étudiants étrangers, par exemple, risquent de perdre leur aide au logement.
Quel signal pour les jeunes expats et les candidats à l'expatriation ?
Faut-il craindre un recul de l'expatriation en 2026 ? On constate plutôt un intérêt toujours réel pour les études à l'étranger et les carrières internationales. Certes, la situation géopolitique internationale invite à la prudence. Et paradoxalement, des jeunes continuent de s'expatrier, justement parce qu'il « faut vivre ses rêves maintenant ». Un raisonnement de plus en plus répandu, surtout depuis la fin de la crise sanitaire. Malgré les réformes migratoires dans les destinations favorites des expats, malgré la crise économique, les jeunes veulent continuer de saisir et de créer des opportunités professionnelles en 2026.
Sources :
- BBC - 'The search is soul-destroying': Young jobseekers on the struggle to find work
- The Guardian - ‘It’s soul-crushing’: young people battle to find any work in bleak jobs market
- LinkedIn - Post de Astha Thakur
- Reddit - Getting a job in the UK as an international student is impossible
- Reddit - Situation de l'emploi au Royaume-Uni d'après ce que j'ai vu en tant qu'observateur
- Jobbatical - Le Royaume-Uni n'est pas accueillant pour les meilleurs talents : Et cela nuit à la compétitivité du pays
- Le Monde - À Tianjin, les nuits blanches et clandestines d’une génération de jeunes Chinois diplômés mais précaires
- Alternatives Économiques - « Rester allongé » ou faire semblant de travailler : le désarroi des jeunes Chinois face au chômage
- Le Figaro - L’insertion des jeunes diplômés de plus en plus difficile
- Radio France - « Le marché du travail est saturé » : il n’y a plus de travail pour les jeunes diplômés ?
- Le Soir - « C’est une désillusion totale » : quand la recherche du premier emploi met le moral des jeunes à rude épreuve
- RTBF Actus - "Ce qui me marque, c’est la baisse du taux d’emploi des jeunes", affirme l’économiste Jean Hindriks, auteur d’une étude sur le marché de l’emploi
- Acerta - Le taux d’emploi des jeunes à son plus bas niveau depuis huit ans
- Reddit - Why’s it so hard for young Aussies to find a job?
- LinkedIn - How to land your first job in Australia as an Immigrant
- Australian Government - New research reveals trends in youth employment



















