
Peut-on encore choisir son métier en 2026 ? Conjoncture mondiale instable, crise économique mondiale, pénuries de main-d'œuvre, marché international du travail resserré… Tous les ingrédients pour « orienter » de manière « pragmatique » les choix de la Gen Z semblent réunis. On assiste, au contraire, à des choix non forcément guidés par la conjoncture, mais plutôt par les passions… Quitte à opter pour des emplois « non durables » et fragiles sur le marché du travail international ?
Gen Z et emploi à l'international : quand le métier passion ne cadre pas avec les besoins économiques des États
Les métiers passion peuvent bien sûr concerner tous les types de secteurs. On constate néanmoins qu'un certain nombre de jeunes de la génération Z (nés à la fin des années 90) s'orientent vers des « métiers de rêve », des « métiers passion » ou juste des métiers correspondant à leurs centres d'intérêt. En France, les métiers manuels ont le vent en poupe. D'après une étude LinkedIn, 63 % des jeunes (18-28 ans) préfèrent le dynamisme des métiers de terrain à la « position statique » des métiers de bureau.
Sous l'influence des réseaux sociaux, certains métiers de rêve traversent les frontières : les jeunes Américains rêvent d'être influenceurs, streamers, de travailler dans la mode, dans l'art, ou de monter leur « business qui rapporte ». Les métiers d'ingénieur, de médecin et d'enseignant sont également plébiscités. Au Royaume-Uni, les jeunes rêvent aussi d'art, de sport et de musique. Certains s'imaginent également enseignants, soignants, chercheurs ou banquiers.
Se pose ici la question de la pérennité de l'emploi. Dans un marché du travail international de plus en plus compétitif, ces métiers de l'art, du sport, de la musique ou de la mode sont-ils durables ? Il ne s'agit pas de supprimer les arts et le sport, essentiels au bien-être et qui font aussi fonctionner l'économie, mais plutôt de mettre en parallèle les choix d'orientation des jeunes et les réalités du marché économique international. Car les pénuries de main-d'œuvre se poursuivent dans la santé, la construction, les transports et la logistique, et ce, à l'échelle mondiale.
Exemple du Mexique
Le ministère mexicain de l'Éducation a réformé le système des lycées techniques : 14 nouvelles filières professionnelles, spécialement conçues pour « synchroniser » les savoirs et les compétences des lycéens avec les demandes immédiates des industries. La « synchronisation » continue dans le supérieur, avec des investissements pour renforcer les compétences des étudiants dans les secteurs durables et porteurs : IA, aéronautique, semi-conducteurs, cybersécurité…
Mais tous ne voient pas d'un bon œil cette incursion croissante des entreprises dans les écoles. Oui au partenariat avec le privé, mais oui aussi à l'éducation libérée des injonctions de la conjoncture. Les jeunes devraient pouvoir rêver et vivre leurs passions sans être enchaînés par les besoins économiques.
Pour les tenants de cette analyse, une adéquation excessive des études aux besoins immédiats des entreprises pourrait « fabriquer » des jeunes actifs peu adaptés aux fluctuations du marché économique international. De plus, tous les actifs de la Gen Z ne rêvent pas d'être des influenceurs, des artistes ou des sportifs. C'est, selon les pragmatiques, une raison suffisante pour ne pas les indexer lorsqu'ils s'orientent vers des métiers perçus comme « non durables » ou plus difficiles d'accès. Ces analystes reconnaissent néanmoins qu'il est nécessaire de réformer le système éducatif pour attirer les jeunes vers les secteurs qui recrutent et faire avancer l'économie.
Exemple de la Lettonie : emploi non durable ou métier « utile » à l'économie ?
Phénomène comparable en Lettonie, où l'appétence des jeunes pour des emplois qualifiés de « non durables » inquiète jusqu'au sommet de l'État. Le Forum économique mondial y consacre même une étude, parue en février 2026. Une étude qui ne remet pas en cause les bienfaits de l'art et du sport, mais qui pose cette question : comment soutenir la croissance d'un pays quand les choix professionnels de ses jeunes actifs ne s'alignent pas sur la demande de l'économie ?
Le rapport constate que les moins de 30 ans sont majoritairement attirés par les arts, la musique, le design et les industries créatives (19%), l'entrepreneuriat (19 %) et le sport (14%). Certes, le secteur de la santé reste en tête des centres d'intérêt (21%), mais de peu seulement. Plus inquiétants, les secteurs économiques les plus demandeurs de main-d'œuvre aujourd'hui, et à l'avenir (à l'exception de la santé) n'attirent pas la Gen Z. Les moins de 30 ans ne sont que 7 % à s'orienter vers les transports et la logistique, 3 % vers la production textile et les manufactures, 3 % vers l'énergie (chiffres 2025).
Pour les auteurs de l'étude, ce décalage entre les choix des jeunes et les réalités du marché serait en grande partie dû à une orientation inadaptée. Les jeunes compteraient encore davantage sur les avis de leurs parents, de leurs amis, pour penser leur carrière. Il faudrait au contraire faire intervenir des conseillers qualifiés, des entreprises pour donner envie aux jeunes de s'orienter vers des filières non visibles de prime abord, ou qui souffrent d'une mauvaise image.
Expatriation et emploi de la Gen Z : entre rêves et pessimisme
Plus pessimistes, les jeunes actifs ? Oui, à en croire les études. Ils seraient plus nombreux que les générations précédentes (surtout les baby-boomers) à constater un décalage entre le métier de leurs rêves et celui qu'ils occupent. Ils seraient également plus nombreux à regretter leur choix professionnel.
Car comment faire coïncider rêves, valeurs et réalité du marché de l'emploi ? On constate que le nombre d'offres d'emploi ouvertes aux jeunes débutants aurait baissé d'au moins 29 %, surtout dans la Tech (-35%) et la finance (-24%), deux secteurs pourtant réputés pour employer de jeunes actifs internationaux. Randstad y voit la conséquence de l'automatisation de certaines tâches par l'IA, tout en soulevant l'influence d'autres avancées numériques. À l'inverse, la santé a publié plus d'offres d'emploi ouvertes aux jeunes débutants (+13). Ici, pas d'automatisation des tâches à outrance, mais, au contraire, des pénuries chroniques de main-d'œuvre dans de nombreux pays du monde, qui rendent indispensable le recrutement de jeunes actifs.
Est-ce à dire que tous les jeunes actifs devraient travailler dans l'IA ? Non, bien sûr. Si les États investissent massivement dans les IA, il serait dangereux de précipiter tous les jeunes dans un même type d'études. Reste des secteurs en pénurie chronique et des IA qui révolutionnent le marché économique international. Comment concilier choix d'études, emploi et carrière à l'étranger dans ces conditions ?
Comment les jeunes peuvent-ils concilier le choix d'études et l'emploi ?
Une étude européenne publiée en février 2026 (qui compile des données recueillies en 2024) apporte une note optimiste : 56,4 % des 15-34 ans travaillant dans l'Union européenne (UE) estiment que leur domaine d'étude correspond bien à leur domaine d'emploi. Précision importante : ce taux de satisfaction élevé augmente avec le niveau d'études. Il est de 46,1 % chez les jeunes ayant un niveau moyen d'éducation et de 68,1 % chez ceux ayant un niveau élevé d'éducation. Des données que l'on pourrait retrouver dans d'autres pays, où un haut niveau d'études ou des diplômes permettent d'accéder à de meilleures offres d'emploi. C'est aussi la direction prise par les politiques des grands pays d'immigration.
Autre conclusion positive : les meilleures adéquations études/travail se trouvent chez les jeunes travaillant dans la santé (80,6%), les technologies de l'information et de la communication (77%) et l'éducation (73,6 %). Néanmoins, l'étude révèle que les jeunes, pourtant diplômés en arts et en sciences humaines, ont eu plus de mal à trouver un emploi en adéquation avec leurs études (52,2 %). Les jeunes actifs travaillant dans le journalisme, les sciences sociales et les services ont encore davantage rencontré des difficultés (59 %).
Gen Z, culture du travail et expatriation
Et si la Gen Z était en train de redéfinir la culture du travail ? Entre rêves et pessimisme, on constate une volonté de s'éloigner de la vision des générations précédentes. D'un côté, les jeunes actifs aspirent à vivre leurs rêves professionnels. De l'autre, ils s'orientent vers des métiers « de raison », des métiers « durables » et non « de passion ». C'est ici la situation économique morose qui pousse les jeunes à opter pour la sécurité. Une recherche de sécurité qui n'enlève pas leur volonté de trouver l'équilibre vie privée/vie publique. Volonté qui s'exprime notamment dans les aspirations des jeunes expatriés. Ils sont plus nombreux à oser la carrière à l'étranger, une carrière où le bien-être a autant d'importance que l'ascension professionnelle. Ils sont prêts à démissionner lorsqu'un emploi s'éloigne de leurs valeurs, ou si les conditions de travail ne leur permettent pas de s'épanouir.
Au Japon, par exemple, les jeunes n'hésitent plus à démissionner pour explorer divers secteurs professionnels. En 2025, 98 % d'entre eux occupent un emploi dès la sortie de leurs études. Mais ils sont près de 40 % à quitter leur emploi dans les 3 ans après leur recrutement (chiffres des ministères du Travail et de la Culture). L'épanouissement personnel et la flexibilité prennent une importance capitale ; une importance également reconnue dans d'autres pays. Reste à trouver l'équilibre entre ses aspirations et la réalité du marché de l'emploi à l'étranger.
Sources :
- World Economic Forum - Do young people choose careers the economy can’t sustain?
- Le Télégramme - Travailler derrière un bureau ne fait pas rêver les jeunes Français
- Century Link - The Most Googled Dream Jobs in America
- FE News - Survey of 330,000 young people reveals their top 10 job choices
- Eutrostat - 56% of youth in jobs matching their field of education
- Toute l'Europe - [Infographie] Que fait l'Union européenne pour soutenir l'insertion professionnelle des jeunes ?
- Gouvernement du Canada - Building Canada Strong: Youth in the Labour Market, discussion paper
- Randstad - The gen z workplace blueprint: future focused, fast moving.
- Mexico Business - The Junior Talent Trap and the Coming Leadership Vacuum
- Euro News - Quelle génération d'Européens connaît le plus fort taux de rotation dans le monde professionnel ?



















