Nomade numérique : comment choisir le pays idéal ?

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Publié le 2024-02-20 à 10:00 par Asaël Häzaq
Les nomades numériques bousculent les codes du travail et réinventent de nouvelles manières de concevoir vie professionnelle et vie personnelle. Les États sont toujours plus nombreux à leur proposer des visas spécifiques, conscients de leur fort potentiel économique. Mais comment choisir son pays « nomade numérique » ? Quels sont les critères permettant d'arrêter sa décision ?

L'intérêt pour le pays

À quoi bon partir dans un pays qui remplirait tous les critères pratiques si vous n'avez aucun intérêt pour lui ? On ne vous demande pas le grand amour ou le rêve de voyage depuis votre tendre enfance, mais juste d'avoir assez d'intérêt pour le pays pour envisager d'y poser votre valise quelques mois. C'est cette fameuse curiosité qui vous poussera à entamer les démarches administratives. Car la vie de nomade numérique commence par des formalités parfois fastidieuses. Mieux vaut donc apprécier un minimum le pays pour supporter les temps d'attentes et les allers-retours par mails interposés avec les services de l'immigration. Votre séjour n'en sera que plus satisfaisant. Car le nomadisme numérique, c'est aussi un état d'esprit.

La langue

Parlez-vous la langue de votre futur pays d'accueil ? Si oui, vous n'aurez aucun mal à communiquer avec les locaux, ce qui facilitera grandement votre intégration. Dans le cas contraire, pensez-vous l'apprendre ? Si vous n'envisagez que de séjourner que 2 ou 4 mois dans le pays étranger, on comprend votre réticence. Le vocabulaire de survie suffira. Mais si les mois s'étirent et se convertissent en années, l'apprentissage de la langue revient sur le tapis. Vous pensez peut-être ne pas en avoir besoin : vous travaillez avec l'étranger et n'avez de contact avec les locaux que lors de vos sorties au supermarché du coin. Ou alors, vous comptez sur leur maîtrise de l'anglais, n'hésitant pas à marquer votre désapprobation lorsque tel n'est pas le cas. Il faut ici repenser à la motivation première de votre voyage. Contrairement aux idées reçues, l'anglais n'est pas présent partout. Les efforts demandés aux locaux devraient également être les vôtres. Si cela est pour vous une barrière, optez pour un pays dont vous maîtrisez la langue.

Le coût du visa

Allez-vous plutôt opter pour l'Allemagne et son visa à 100 dollars, pour le Cap Vert et son visa à 60 dollars, ou pour la Barbade et son visa à 2000 dollars ? Les coûts atteignent vite des sommes vertigineuses. Mais tout dépend de votre budget et plus précisément, du rapport entre votre budget et votre envie d'aller dans ce pays en particulier. Si vous rêvez des Iles Caïmans, les 1470 dollars de frais de visa ne vous rebuteront peut-être pas. Vous les considérerez davantage comme un investissement vous permettant d'atteindre votre objectif. En revanche, si le coût du visa est un élément susceptible de vous faire basculer en faveur d'un pays ou d'un autre, il doit figurer sur votre liste des priorités. Vous n'êtes pas prêts à investir au-delà d'une certaine somme pour vivre votre aventure de nomade numérique.

Peut-on utiliser les exemptions de visa pour travailler en tant que nomade numérique ?

En principe, les accords d'exemption de visa permettent aux ressortissants de deux pays d'aller dans l'un ou l'autre État sans visa, généralement pendant 3 mois. Ces exemptions sont réservées aux voyageurs de passage qui visitent le pays. Travailler sur le territoire est strictement interdit. Mais le nomade numérique surfe en zone grise. Bien qu'étant sur le territoire, il travaille avec l'étranger. C'est la raison pour laquelle de nombreux nomades numériques profitent de l'exemption de visa permise par leur nationalité pour se rendre sans visa à l'étranger. De leur côté, les États créent justement des visas nomades numériques pour encadrer la pratique et donner un véritable statut à ces travailleurs. Il leur est plus avantageux d'avoir un étranger sur place pendant 6 mois à un an (et même plus) qui contribue à l'économie locale. Certains avancent une autre raison, écologique. Les courts séjours des nomades digitaux seraient une source de pollution et contribueraient au retour des « serial-expats ».

La durée du visa

En lien direct avec le coût du visa, la durée du visa est un élément indispensable à prendre en compte. De nombreux visas nomades numériques sont effectifs un an (Émirats arabes unis, Croatie, île Maurice…). D'autres durent 6 mois (Cap-Vert, Islande…), 2 ans (îles Caïman, Costa Rica, Équateur…), et plus (36 mois en Allemagne, 48 mois en Norvège). Il n'est pas toujours simple de déterminer à l'avance la durée de son séjour sur place. Des nomades numériques utilisent justement leur statut pour tester différents pays. En effet, ils ne travaillent pas pour une entreprise du pays étranger, mais ne font qu'y séjourner ; cette mobilité leur permet de passer facilement d'une région à l'autre, voire, d'un pays à l'autre, sous réserve de satisfaire aux exigences du visa.

La connexion Internet

C'est l'un des principaux points de contrôle de tout aspirant nomade numérique. L'indispensable connexion Internet fera l'objet de toutes vos attentions. Le haut débit sera-t-il au rendez-vous ? À quel prix ? Aurez-vous besoin d'espaces de coworking ? Pour quel prix ? Les États s'étant mis à l'heure du nomade numérique vantent la qualité de leurs réseaux. Une recherche sur Internet vous permettra de connaître les « capacités » de votre futur lieu d'expatriation.

La météo

Amis du froid, amis du chaud, amoureux du vent, du temps sec ou de la mer... On ne plaisante pas avec la météo, et vous avez bien raison de la prendre au sérieux, surtout si vous souffrez d'allergies. La météo peut varier du tout au tout. Certains États se situent sous un climat tempéré, d'autres, sous un climat tropical. Si vous cherchez la chaleur, vous ne supporterez peut-être pas les canicules ou les étés chauds et humides. Si vous préférez le froid, vous n'irez peut-être pas jusqu'à travailler sous le blizzard. Toutes ces considérations entrent dans le choix de votre destination.

Le décalage horaire

Votre activité professionnelle est-elle parsemée de réunions, rendez-vous, et autres calls ? Si oui, attention au décalage horaire. Vous rêvez d'un pays « du bout de monde » quand vos clients ou votre entreprise se trouvent à l'autre bout. Difficile dans ces conditions de trouver un créneau convenable pour caser vos débriefings, à moins que vous n'acceptiez de travailler de nuit, ou que vous demandiez à vos collaborateurs de « faire un geste ». Vous connaissez déjà leur réponse. À vous de faire des efforts, quitte à changer de destination.

L'accessibilité

De nombreuses villes ont encore fort à faire en termes d'accessibilité. Paris, parfois citée comme ville accessible, perd de nombreux points face à Grenoble, Rennes ou Nantes. Un rapport publié par APF Handicap avec l'IFOP en 2020 révèle que 9 personnes sur 10 « éprouvent des difficultés d'accessibilité lors de leurs déplacements ». Si vous êtes concerné, vérifiez que votre ville d'expatriation réponde à vos critères en matière d'accessibilité. Non pour rayer définitivement une ville de votre liste, mais pour mieux organiser votre voyage, et anticiper.

Le coût de la vie

La facture monte bien plus vite qu'on ne le croit. Quel est votre coût de la vie actuel et quel est celui du pays que vous visez ? Évaluez scrupuleusement tous vos postes de dépense, surtout si vous envisagez de voyager dans le pays, ou d'accumuler plusieurs expatriations. Figurent tout d'abord les charges avant l'expatriation : le coût du visa et de l'assurance santé. Viennent ensuite toutes vos charges sur place : location du logement, connexion Internet, location éventuelle d'un moyen de transport, forfait téléphonique, nourriture, etc. La facture augmente selon les États, les zones de résidence, ou encore, le confort de vie que vous recherchez.

Le mode de vie

Confort de vie, mode de vie, style de vie… Au fond, la destination qui vous conviendra le mieux sera celle qui vous ressemblera le plus. D'où la question de la motivation première. Mieux se tourner vers un pays pour qui vous avez quelques affinités.

Faut-il vivre dans une communauté de nomades numériques ?

Les avis divergent. Pour les partisans du « oui », les communautés de nomades numériques connectent des travailleurs étrangers qui ne se seraient certainement jamais rencontrés en temps normal. Dans ces espaces, spécifiquement pensés pour les nomades numériques, tout est fait pour faciliter la vie des étrangers. Espaces de travail, loisirs, sans oublier l'indispensable haut débit. Mais les détracteurs de ces communautés pointent une vision de l'entre-soi, à des années-lumière de celle du nomadisme numérique. Pour eux, ces communautés coupent les étrangers des locaux. Les plus virulents évoquent un « néo-colonialisme ». Ils rappellent les dérives observées au Portugal (Madère a ouvert son village nomade numérique en 2021) ou au Mexique où la forte présence des expatriés provoque l'exaspération des locaux.

Ce qui pousse à choisir une destination plutôt qu'une autre

Il y a fort à parier que de nombreux nomades numériques s'en tiennent à des arguments pratiques pour décider ou non d'aller dans tel ou tel pays. Leur réflexion peut d'ailleurs être un peu moins poussée qu'une personne immigrant dans un pays (avec permis de travail, de résidence, etc.). Le nomade numérique n'a pas la pression de chercher du travail dans le pays d'accueil puisqu'il travaille déjà pour l'étranger. Son attachement avec le pays d'accueil est peut-être moins fort, surtout s'il ne reste que quelques mois. Il peut se trouver dans la même situation que l'expatrié en début de séjour ; il voit le pays étranger davantage comme un touriste, et n'est pas plongé dans le même quotidien qu'un ressortissant étranger travaillant pour une entreprise locale.

Mais d'autres nomades numériques adoptent un discours différent. Ils en appellent aux origines du terme, et assimilent le nomadisme à un réel mode de vie. Pour eux, « nomadisme numérique » rime avec découverte de l'autre et de soi, partage, remise en question, apprentissage. Ces voyageurs fuient les villages nomades numériques pour les quartiers à dimension plus humaine. En Italie, on a justement pensé à ces nomades numériques. En Toscane ou en Sardaigne, ils sont accueillis à la ferme et partagent la vie des locaux.