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Trop jeune ou trop âgé(e) pour travailler à l'étranger ?

Dossiers et Tendances 5 min de lecture
Trop jeune ou trop âgé pour travailler à l'étranger ?© insta_photos / Envato Elements

Les travailleuses expatriées risquent-elles d'être plus discriminées que les hommes ? La question mérite d'être posée, à l'heure où les femmes optent de plus en plus pour une carrière à l'étranger. Que recouvrent les discriminations liées à l'âge ? Quelles solutions les États ont-ils mises en place pour protéger les travailleurs locaux et étrangers ?

Discrimination liée à l'âge : de quoi parle-t-on ?

Si l'on pense automatiquement à la discrimination des travailleurs seniors, la discrimination liée à l'âge (âgisme) est, plus globalement, une forme de marginalisation d'un individu en raison de son âge, dans un contexte où cette différenciation est interdite par la loi (au travail, par exemple). On peut être discriminé parce qu'on est considéré comme trop vieux, mais aussi trop jeune.

Ainsi, la discrimination liée à l'âge ne concerne pas uniquement les seniors. Par exemple, une entreprise publiant une annonce pour un poste de community manager qui précise : « H/F jusqu'à 30 ans uniquement » est en infraction. Son annonce est discriminatoire puisqu'elle exclut les plus de 30 ans. Une limite d'âge n'est acceptée que si l'employeur invoque une raison légitime et précise la nature des missions à réaliser.

Carrière à l'étranger freinée à cause de son âge : qui est le plus touché ?

Les seniors et les femmes sont les plus touchés par l'âgisme. Pour les femmes, on parle même de double peine : le simple fait d'être une femme peut compliquer la réalisation d'une carrière internationale. L'âge ajoute une difficulté supplémentaire. L'expatrié modèle est en effet encore vu comme un homme, généralement jeune, dynamique et diplômé. De fait, dans le monde, les femmes âgées sont davantage touchées que les hommes. 

Selon les chiffres de l'OCDE, repris par l'Organisation mondiale du travail, en 2022, 47 % des femmes de 55 à 64 ans travaillent dans le monde. 14 % des 65 ans et plus sont encore en activité. Les chiffres sont nettement plus élevés chez les hommes : 74 % des 55-64 ans et 29 % des 65 ans et plus sont encore en activité. L'étude ne précise cependant pas quels types de postes les seniors occupent. On sait qu'une part non négligeable d'entre eux occupe des postes précaires, peu compatibles avec leur état de santé.

Travailler à l'étranger et faire carrière reste un défi pour nombre d'expatriées. En effet, les femmes ont généralement une carrière plus hachée que celle des hommes, qu'elles vivent à l'étranger ou non. Elles ont souvent dû s'arrêter le temps de la grossesse et du post-accouchement. Ce parcours non linéaire est encore souvent utilisé par les entreprises pour justifier une considération moindre des femmes expatriées. Par exemple, le retour sur le marché du travail après un arrêt est loin d'être simple. Les demandeuses d'emploi de 50 ans et plus évoquent des discriminations liées à leur âge. Les discriminations touchent aussi des travailleuses pourtant bien intégrées dans leur entreprise. Passé 50 ans, certaines évoquent des pressions pour les inciter à prendre leur retraite.

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Discriminations liées à l'âge : les jeunes expatriées aussi

Les femmes paient décidément le prix fort. Chez les jeunes, elles représentent aussi la population la plus touchée par les discriminations liées à l'âge. Là encore, on imagine encore mal une jeune femme se lancer dans une expatriation. Les différences culturelles et législatives entre les pays influent grandement sur la perception des femmes. 

Les principales discriminations que peuvent subir les jeunes femmes et hommes résidant à l'étranger sont les suivantes :

  • Arnaque à l'emploi ;
  • Paiement en dessous du minimum légal, paiement sans rapport avec les missions demandées ;
  • Non-reconnaissance des diplômes ;
  • Harcèlement au travail, traitement différencié.

À noter que l'âge peut aussi jouer en défaveur des jeunes étrangers au moment de louer un logement à l'étranger. Des clauses non légales peuvent se glisser dans leur contrat, leur demandant, par exemple, de payer des frais non réclamés à des étrangers plus âgés.

Discriminations liées à l'âge : que font les États ?

Victime de discrimination liée à l'âge ? Comment se défendre ? Les grandes destinations d'expatriation ont toutes mis en place des plateformes d'aide et de renseignement. En France, le site pourlespersonnesagees.gouv.fr informe et aide les seniors. Les travailleurs étrangers victimes d'âgisme sont notamment appelés à saisir le conseil de prud'hommes. Au Canada, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse aide les victimes de discrimination à défendre leurs droits. Aux Émirats arabes unis (EAU), la loi anti-discrimination promeut notamment le respect des droits des femmes et des travailleurs, sans distinction d'âge.

Aux États-Unis, l'Age discrimination in employment act (ADEA), loi sur la discrimination liée à l'âge en matière d'emploi interdit toute discrimination envers les travailleurs de 40 ans et plus. Les moins de 40 ans ne sont pas protégés par cette loi, car les États ont mis en place des normes spécifiques pour protéger les jeunes travailleurs. Selon les dispositions de l'ADEA, aucun travailleur ne peut être discriminé en raison de son âge. Il doit bénéficier des mêmes conditions d'emploi et des mêmes droits que les autres travailleurs, que ce soit au niveau de l'embauche, de la rémunération, les promotions, les conditions de travail, le licenciement, et toutes les autres situations liées à l'emploi.

Quelles solutions pour les expatriés ?

Mais comment faire appliquer les lois ? Les locaux peinent déjà à faire reconnaître leurs droits. Les expatriés peuvent ressentir une plus grande appréhension : crainte de perdre son poste, de passer pour « l'étranger qui se plaint ». Dans les faits, les étrangers écartés d'un poste en raison de leur âge ont peu de chances d'en référer à la justice. Les preuves manquent souvent, et personne n'a envie de se retrouver devant la justice, surtout celle d'un pays étranger encore mal connu. 

Les associations de défense des travailleurs étrangers recommandent pourtant de ne pas rester isolée dans une telle situation. L'expat peut toujours se tourner vers l'une de ses structures pour être soutenu et accompagné. 

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Asaël Häzaq
À propos de l'auteur

Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d'expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d'expatrié : choix du visa, études, recherche d'emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d'un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

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