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Métiers d'hommes, métiers de femmes : l'expatriation change-t-elle la donne ?

Dossiers et Tendances 8 min de lecture
Métiers d'hommes, métiers de femmes : l'expatriation change-t-elle la donne ?© sarawut20003 / Envato Elements

L'année 2026 lutte encore contre les clichés de genre. Des clichés sans frontières, qui influent sur le choix des études, les orientations de carrière. L'expatriation serait-elle la solution au plafond de verre ? Permettrait-elle d'élargir le champ des possibles ? Décryptage.

S'expatrier : une histoire d'hommes, et de femmes

Terminée l'image de l'expatriation forcément 100 % masculine. Le cliché du cadre muté à l'étranger a fait son temps. Depuis de nombreuses années, l'expatriation se décline au féminin. On considère aujourd'hui que les femmes expatriées sont légèrement plus nombreuses que les hommes. Comme les hommes, les femmes qui s'expatrient sont généralement diplômées. Elles sont de plus en plus nombreuses à partir en solo. Auparavant, on constatait davantage d'« expatriations subies » : le conjoint suiveur accompagnait l'expat titulaire d'un visa de travail. Un « conjoint suiveur » majoritairement féminin. Cette image de la femme forcément « suiveuse » a contribué à alimenter les clichés sur l'homme expat.

Les mutations de l'expatriation participent-elles à la redistribution des rôles ? Le fait qu'un plus grand nombre de femmes partent vivre à l'étranger contribue effectivement à démocratiser l'expatriation. Des groupes de voyageuses s'organisent à tous les niveaux, de la recherche d'un hébergement à la construction d'un réseau professionnel. C'est sur ce point, en particulier, que l'on note des évolutions manifestes.

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La sororité pour lutter contre les disparités de genre : quand les femmes expats encouragent les futures expatriées

Les femmes qui travaillent déjà à l'étranger sont bien conscientes des défis de l'expatriation au féminin, mais aussi des réelles opportunités qu'elle offre. Pour encourager l'expatriation au féminin, les femmes expatriées s'organisent : des cheffes d'entreprise, cadres et professionnelles expat ont créé des réseaux professionnels internationaux dédiés aux femmes (Professional Women's Network, Female Venture, Worldwide Women's Network, The Expat Woman…). Des réseaux mondiaux recentrés sur un secteur professionnel précis existent, comme Women in Tech : une conférence internationale aura d'ailleurs lieu en mai 2027. D'autres réseaux se segmentent en professions et en catégories socioprofessionnelles (CSP), comme CEO-Women, qui organise une conférence annuelle centrée sur le leadership et l'investissement (prochaine édition en octobre 2026).

Les femmes expatriées sont également nombreuses à partager leur témoignage, notamment dans la presse et sur les réseaux sociaux. Elles sont cadres à Singapour, entrepreneuses en Espagne ou au Brésil, ingénieures au Japon, informaticiennes aux États-Unis. Le point commun de leurs témoignages : une prise de risque et une vision positive de l'expatriation. Aux femmes souhaitant travailler à l'étranger, elles adressent ce message : ne pas s'arrêter aux clichés de genre, mais plutôt mettre en avant leurs compétences pour atteindre leurs objectifs. Une carrière à l'étranger est possible, même dans un pays connu pour ses stéréotypes de genre. Car en réalité, rares sont les pays à offrir exactement les mêmes opportunités aux femmes et aux hommes. Même dans les États les plus avancés en la matière, des biais subsistent.

Pour ces femmes qui ont réussi à l'étranger, l'expatriation a ouvert le champ des possibles. À l'étranger, elles ont rapidement obtenu des postes à responsabilité, qu'elles n'auraient pas obtenus en restant dans leur pays. Certaines ont créé leur entreprise. D'autres se sont lancées dans l'enseignement et la formation. Toutes œuvrent, à leur niveau, à encourager d'autres femmes à oser l'expatriation.

L'expatriation ouvre-t-elle tous les champs du possible ?

Toutes les stratégies visant à élargir le champ des possibles des expatriées pourraient laisser penser que l'expatriation efface les clichés de genre. La réalité est plus nuancée.

Les études à l'étranger reproduisent-elles les disparités de genre ?

Étudier à l'étranger est-il une affaire de femmes ? Plusieurs études révèlent qu'elles seraient plus nombreuses que les hommes à s'expatrier pour leurs études. Le haut niveau d'éducation des filles figure parmi les premières raisons avancées. Dans de nombreux pays, les études montrent que les filles obtiennent de meilleurs résultats scolaires que les garçons. Autre raison susceptible d'expliquer ces différences : les femmes seraient plus enclines à prendre des risques en poursuivant leurs études à l'étranger. De même, elles seraient davantage disposées à considérer l'expatriation comme positive, non seulement pour leur carrière en construction, mais aussi pour leur enrichissement personnel (apprentissage d'une nouvelle langue, découverte d'une nouvelle culture, création de nouvelles amitiés, etc.).

Ce constat des disparités de genre dans les études à l'étranger n'est pas récent. Déjà dans les années 2000, des études (centrées sur l'expatriation des Américains) évoquaient un nombre d'étudiantes expatriées plus élevé que celui des étudiants. Mais d'autres raisons étaient avancées, notamment le choix des études : selon le postulat de l'époque, les programmes d'études à l'étranger se concentraient davantage sur les sciences humaines, disciplines où l'on comptait davantage de femmes que d'hommes.

Il n'est bien sûr pas possible d'élargir ce constat au reste du monde. D'autant plus qu'aujourd'hui, de nombreux programmes d'expatriation existent, notamment dans les domaines des sciences, de l'ingénierie, des mathématiques, des technologies de pointe, etc. Si l'on retrouve toujours autant d'hommes dans ces filières réputées « masculines » (à cause, là encore, de stéréotypes de genre), on trouve de plus en plus de femmes dans le secteur scientifique. Au niveau des États, des initiatives sont même prises pour corriger les inégalités de genre et permettre aux femmes d'accéder plus facilement aux filières scientifiques. Là encore, on constate que les qualités observées chez les femmes (excellence académique, goût du risque, intérêt pour les cultures étrangères, etc.) expliquent leur présence accrue dans les établissements étrangers.

L'expatriation crée de réelles nouvelles opportunités pour les femmes...

Soudure, mécanique, réparation, installation de gros matériels, électricité, plomberie… voilà quelques-unes des professions du secteur industriel qui souffrent de pénuries chroniques. L'industrie recrute de la Chine à la France, du Japon aux États-Unis, en passant par l'Afrique du Sud, le Maroc et l'Australie. La crise du secteur manufacturier perdure, malgré des taux de chômage parfois importants. En cause : le manque de personnel qualifié.

C'est justement pour répondre à ce besoin que les entreprises de réparation 100 % féminines connaissent un essor fulgurant. Cap en Chine, où des femmes se tournent désormais vers des « métiers d'hommes ». En Chine, le secteur de la construction et de la réparation est encore très masculin. Les clichés ont la vie dure et pointent de prétendues « carences » chez les femmes. Leurs compétences sont mises en doute par des hommes comme par des femmes. Pas de quoi entamer le moral des entrepreneuses, qui encouragent les femmes à participer à leurs formations. Et ça marche. Les cours affichent complet. Les adhérentes disent être soulagées de pouvoir se passer des services de réparateurs au comportement jugé parfois inquiétant. D'autres femmes refusent de se cantonner aux « métiers de femmes » et se positionnent sur le marché du travail. Malgré la persistance des clichés, elles disent rencontrer leur clientèle : des femmes, notamment, heureuses de confier les clés de leur domicile à d'autres femmes.

L'exemple chinois se retrouve ailleurs dans le monde. Les expats, cheffes d'entreprise, ingénieures, managers ou expertes en cybersécurité, évoquent les opportunités offertes par l'expatriation. Pour certaines, le poste de direction décroché à l'étranger n'aurait pas pu être obtenu dans leur pays d'origine. Pour d'autres, l'expatriation a été un moyen de briser le plafond de verre et d'aller là où personne ne les attendait.

... dans un monde qui lutte encore avec les clichés

Les avancées des expatriées s'accompagnent d'un monde encore marqué par les stéréotypes de genre. En Chine, 30 % des travailleuses déclarent avoir été discriminées en raison de leur genre. En Allemagne, les femmes gagnent toujours environ 15,6 % de moins que les hommes. L'écart se creuse en moyenne à 18 % aux États-Unis et 20 % au Canada. Il baisse à 11,3 % en Australie. Cette discrimination s'accompagne d'autres clichés, liés à la culture. Les stéréotypes concernant les « métiers de femmes » et les « métiers d'hommes » perdurent et dépassent les frontières.

Les hommes expats qui s'aventurent dans des domaines professionnels considérés comme féminins font également face à des discriminations. Aux États-Unis, en France, en Chine ou au Brésil, les assistants maternels restent encore rares. Encore plus s'ils sont expatriés. Le métier est encore perçu comme un « métier de femmes ». Les premiers concernés, les bébés, ne font bien sûr aucune distinction entre les femmes et les hommes. Ce sont les adultes qui demeurent largement réticents à l'idée de confier leur nourrisson à un homme. Reviennent souvent les mêmes clichés (l'homme ne saurait pas s'y prendre) et des peurs injustifiées, nourries par de tristes faits divers (l'homme pourrait adopter un comportement inapproprié). Comme pour les réparatrices exerçant en Chine, ces clichés remettent en cause les compétences techniques et sociales des travailleurs.

L'expatriation sera-t-elle un moyen de sortir des stéréotypes de genre ?

Dans de nombreuses grandes destinations d'expatriation, les États prennent des mesures pour réduire l'écart salarial entre les femmes et les hommes. Des mesures sont également prises pour favoriser l'emploi des femmes. Depuis quelques années, l'Espagne multiplie les mesures en faveur du travail des femmes et donc d'un changement de mentalité dans le monde professionnel. En 2025, la Stratégie de coopération féministe de la Coopération espagnole est lancée. Son objectif principal : traduire les déclarations politiques en actes concrets.

La pénurie mondiale de main-d'œuvre peut aussi être perçue comme un moyen de sortir des clichés. Les différentes politiques d'immigration favorisent d'ailleurs les étrangers travaillant dans des secteurs en tension. Pour sortir de la crise, les pays encouragent les entreprises à embaucher davantage de femmes, notamment dans les « métiers d'hommes ». Celles qui s'expatrient témoignent de conditions de travail parfois plus favorables : c'est particulièrement vrai pour les expatriées qualifiées et très qualifiées travaillant dans des secteurs recherchés. La multiplication des initiatives au niveau international, institutionnel et professionnel (notamment avec les réseaux luttant contre les stéréotypes de genre) peut être vue comme une clé ouvrant de nouvelles perspectives pour les expats, quel que soit leur genre.

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Asaël Häzaq
À propos de l'auteur

Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d'expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d'expatrié : choix du visa, études, recherche d'emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d'un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

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