La plupart des travailleurs indépendants s'accordent sur ce point : s'ils se sont mis à leur compte, c'est pour être leur propre patron, ne plus être sous l'autorité d'un autre, fixer leurs propres règles et être libres. Le défi consiste à vivre réellement cette liberté devant les clients locaux et internationaux. Où et comment fixer ses limites ?
De nombreux indépendants tombent dans le piège, surtout lorsqu'ils débutent leur activité. Concurrence oblige, ils sont prêts à consentir de nombreux sacrifices pour gagner des clients, quitte à se comporter davantage comme des salariés que comme des entrepreneurs. Or, le travailleur indépendant est un entrepreneur qui s'adresse à un autre entrepreneur. Il n'y a pas de relation de subordination, mais une relation d'égalité entre l'indépendant et le client. Contrairement au salarié, vous n'êtes pas lié à votre client par un contrat de travail. Vous êtes libre d'organiser votre travail et de fixer vos tarifs comme vous le souhaitez. Si vous n'êtes pas au clair quant à votre statut, vous risquez d'accepter des missions, des paiements et une organisation du travail que vous n'auriez pas dû accepter.
Renseignez-vous sur le statut de travailleur indépendant à l'étranger
Quelles lois encadrent le travail indépendant dans le pays de votre client ? Comment sont-ils considérés ? Cette définition est-elle plus large ou plus restrictive que la vôtre ? En général, les pays ont la même compréhension du travail en tant qu'indépendant : pas de relation de subordination, mais une relation de « chef à chef ». Renseignez-vous sur vos droits et les normes en vigueur dans le pays du client. Par exemple, depuis le début de 2025, les Pays-Bas ont durci leur législation pour lutter contre le salariat déguisé. Les entreprises employant de faux indépendants sont dans le viseur du fisc. Ce durcissement vise aussi à mieux protéger les vrais travailleurs indépendants.
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Organisez votre relation de travail en fonction du contexte international
Qui dit contexte international dit « possible décalage horaire ». Cette donnée doit s'intégrer dès le début de votre prospection. Dans quelle zone géographique cherchez-vous des clients étrangers ? De combien sera le décalage horaire par rapport à votre lieu de résidence ? Cette indication vous permettra d'anticiper l'organisation de vos échanges : en visio ? par mail ? au téléphone ? En fonction de la mission ? Là encore, soyez au clair avec le client pour éviter les déconvenues. Si votre client vous appelle le matin, mais que, chez vous, c'est la nuit, il vous sera difficile de répondre à sa demande. À vous de définir vos limites. Encore une fois, vous ne devez pas subir un rythme imposé par le client, mais définir avec lui l'organisation de la relation de travail.
C'est un cas pratique que connaissent de nombreux travailleurs indépendants : vous avez rencontré un client qui vous demande un test gratuit. Il invoque des raisons qui vous semblent valables (ou pas, mais vous voulez le contrat). Au final, vous avez travaillé une journée entière, mais vous n'avez pas décroché le contrat. Le test n'est pas concluant. Vous vous dites que ce n'est qu'un test et tentez votre chance ailleurs. Mais la même entreprise revient vers vous en vous demandant des corrections à votre essai, qui n'était finalement pas si mal. Encouragé, vous y planchez pendant deux jours de plus. Encore un échec. Mais l'entreprise vous propose un autre test ou vous demande d'autres corrections… que vous acceptez, certain de décrocher le contrat. Vous êtes en train de travailler gratuitement.
Pour les salariés, la règle est claire : pas de travail gratuit. Toute période d'essai doit être rémunérée. Pour les indépendants, la règle est en principe la même. Certains clients veulent faire croire que les tests gratuits sont une chance : vous accédez au marché étranger ; il est normal que vous fassiez d'abord vos preuves. Mais toute entreprise digne de ce nom sait qu'un test se paie, justement pour éviter le travail dissimulé. Pour éviter les abus, fixez des limites dès le départ. Demandez un écrit qui stipule les conditions de mise en application du test. Négociez un test payant. Si cela n'est vraiment pas possible (pour quelles raisons?), évaluez les coûts et avantages du test (nature de l'exercice, heures de travail prévues, complexité de la tâche, etc.). Si l'affaire vous semble bonne, acceptez un test gratuit, mais pas plus.
Refusez les « missions spéculatives » non encadrées
Les missions spéculatives constituent une forme de travail gratuit. Il peut arriver que le client vous mette en concurrence avec d'autres entrepreneurs. Dans ce cas, vous devez en être informé. La mission devient spéculative lorsque vous travaillez, sans certitude d'avoir été pris. Le client étranger vous demande de retoucher votre travail indéfiniment ou vous fait travailler avec d'autres indépendants. L'émulation peut être telle que vous avez l'impression d'avoir obtenu le contrat. Mais vous n'avez rien signé. Au final, vous travaillez gratuitement. Là encore, fixez des limites dès le départ : il ne doit pas s'agir d'une mission (qui nécessite un contrat), mais d'un test. Tout test doit avoir un début et une fin.
Fixez vos tarifs en vous adaptant au contexte international
C'est l'une des grandes difficultés des travailleurs indépendants, surtout lorsqu'ils débutent : comment fixer ses tarifs ? On conseille tout d'abord d'effectuer une étude de marché : quels sont les tarifs généralement pratiqués par les autres indépendants de son secteur ? On évalue ensuite ses propres tarifs en fonction de son expertise, de ses coûts et de son temps de travail… La même réflexion s'applique au contexte international. Étudiez le marché : quels sont les tarifs pratiqués par les locaux ? Sont-ils différents de ceux des étrangers exerçant la même activité que vous ? Dans vos calculs, intégrez les éventuels surcoûts liés au contexte international : un équipement à acheter, par exemple. Intégrez également le temps de travail (recherches à effectuer, complexité des dossiers, etc.). N'oubliez pas les coûts fixes (forfait Internet, électricité, etc.). Attention : fixer ses tarifs en s'adaptant au contexte international ne signifie pas que vous devez appliquer les tarifs du pays étranger. Vous n'êtes pas un salarié sous contrat local. Vous êtes une entreprise et fixez librement vos tarifs.
Le conseil en plus : apprenez à déjouer les arnaques
Les indépendants sont la cible de nombreux arnaqueurs. Les tentatives d'escroquerie commencent dès le lancement de votre entreprise, avec plusieurs offres payantes pour des services administratifs gratuits. Les escrocs peuvent également vous proposer des services payants pour effectuer à votre place les démarches administratives. Là encore, c'est une arnaque. Un autre type d'escroquerie consiste à mettre en relation avec de prétendus clients étrangers. Les fraudeurs comptent sur la possible précarité de votre activité (surtout si vous venez de démarrer). Ils vous proposent de prétendues listes de clients étrangers et jouent les intermédiaires, moyennant des finances. En réalité, la mise en relation n'a jamais lieu, car les clients étrangers n'existent pas.
Une arnaque encore plus sophistiquée fait appel à des faussaires se faisant passer pour des clients étrangers. Il est très facile de créer une fausse adresse ip ; vous pensez parler à un client étranger alors que vous communiquez avec un faussaire. L'intelligence artificielle ajoute une difficulté supplémentaire : le faussaire vous redirige vers le faux site de son entreprise, invente un historique et des résultats chiffrés…
Dès la moindre suspicion, demandez des preuves et vérifiez-les. Existe-t-il un annuaire officiel des entreprises dans le pays de votre client ? Ne vous contentez pas de ses affirmations, mais menez votre enquête. Si vous sentez que votre client élude ou cherche à vous faire croire des mirages, rompez toute relation.
Un mot d'ordre : vigilance
Les arnaques ne concernent pas seulement les travailleurs indépendants débutants. Les entrepreneurs confirmés peuvent également se faire avoir. Même constat concernant les limites à fixer dans un contexte international, ainsi qu'en cas de contrats avec un client de votre pays.
Pour éviter les mauvaises surprises, restez prudent. Parlez la même langue que votre client étranger. Évitez de passer par un logiciel de traduction. Vous n'êtes pas à l'abri d'une erreur de traduction, susceptible d'avoir de lourdes conséquences. Vous souhaitez passer par un traducteur ? Choisissez un professionnel assermenté ; mais à moins de pouvoir financer ces missions de traduction, mieux vaut mener tous les échanges vous-mêmes, surtout si votre travail avec le client étranger est ponctuel. Tenez-vous au courant des normes relatives au statut du travailleur indépendant dans le pays étranger.
Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d'expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d'expatrié : choix du visa, études, recherche d'emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d'un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.