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Entreprendre à l'étranger : comment savoir que vous êtes prêt ?

Vie pratique 9 min de lecture
jeune entrepreneur© Iakobchuk / Envato Elements

L'entrepreneuriat séduit de plus en plus. Désir de liberté, d'être « son propre boss », de réaliser ses rêves, de se challenger… Mais que faire pour réussir son projet à l'étranger ? À côté des questions techniques (visa, statut, fonds financiers, etc.), quelles bonnes questions faut-il se poser pour assurer toutes ses chances de réussite ? 

Entreprendre : ce qui a changé ces dernières années

Fini le temps où il suffisait de débarquer dans un pays culturellement très différent avec une idée qui allait forcément faire sensation. Le fait tient d'ailleurs davantage à l'idée reçue. Mais il semblait se vérifier à travers quelques parcours inspirants : ceux de ces fameux entrepreneurs ayant réussi à exporter leur concept (une boulangerie française au Japon, par exemple). 

Une plus grande ouverture des marchés ?

Un succès qui n'empêchait pas quelques difficultés de parcours. Car il y a encore 15 ou 20 ans, les marchés qui attirent aujourd'hui les startups innovantes étaient moins ouverts. En 2013, il était difficile de créer son entreprise en Arabie saoudite sans un solide partenariat local. Depuis, Riyad a multiplié les initiatives en faveur des investisseurs et des entrepreneurs étrangers. Conséquences de sa lutte avec le Qatar et les Émirats arabes unis (EAU) : une plus grande ouverture des marchés, profitable aux étrangers. Aujourd'hui, l'Arabie saoudite fait même une percée remarquée dans l'animation. En 2021, elle coproduit avec le Japon le film Al-Rihla (Le voyage). Une coproduction qui met en lumière les studios d'animation saoudiens (ici, Manga Productions, fondé en 2016) et laisse entrevoir d'autres partenariats internationaux.

A contrario, certains marchés deviennent plus difficiles d'accès, essentiellement pour des raisons administratives. Se lancer aux États-Unis est plus compliqué depuis le retour de Donald Trump. La guerre commerciale avec la Chine n'implique pas seulement les deux États, mais a des répercussions sur les autres pays. C'est dans un écosystème tendu que doivent naviguer les entrepreneurs d'aujourd'hui. Sans compter les tensions géopolitiques, qui peuvent impacter les projets à l'étranger.

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Entreprendre dans un monde « sous IA » ?

Il ne suffit pas d'avoir une idée novatrice pour réussir à entreprendre à l'étranger. C'était vrai il y a 20 ans. Ça l'est encore plus aujourd'hui. L'accélération de la transmission de l'information rend toute idée nouvelle potentiellement « déjà utilisée ailleurs ». Il ne s'agit plus seulement de créer la nouveauté, mais de s'assurer qu'elle se diffuse au plus grand nombre et qu'elle dure dans le temps. L'IA donne un nouveau coup d'accélérateur et peut aller jusqu'à diviser les créateurs d'entreprise qui y ont recours et ceux qui s'en méfient. 

Par exemple, il est aujourd'hui très simple de créer un site internet professionnel clé en main, grâce à l'IA. Cette tâche, autrefois confiée à des agences spécialisées, pourrait donc être faite, a priori, par un individu lambda (ou, plutôt, par l'IA). Ici, on voit bien sûr, premièrement, les économies réalisées. Mais pour les défenseurs d'une approche plus traditionnelle, cette surutilisation de l'IA pose problème, surtout si l'on veut s'implanter à l'étranger. Car pour réussir, rien ne doit être laissé au hasard. Le moindre logo ou slogan peut être mal interprété et susciter une controverse. C'était vrai hier. Ça l'est toujours aujourd'hui. La rapidité avec laquelle l'information circule pousse les entreprises à maîtriser leur communication. On pense d'emblée aux grandes multinationales. Mais une PME peut aussi faire l'objet d'un bad buzz. Veiller à son image numérique : voilà l'un des défis des entreprises d'aujourd'hui, alors que les business du futur se créent déjà dans le métavers. 

Entreprendre et réussir à l'étranger : quelles questions se poser ?

Impossible de partir à l'étranger avec pour seuls bagages son idée d'entreprise et sa motivation. Le contexte géopolitique, l'environnement et les crises sociales ont un impact direct sur le projet d'entreprise. Quelles questions se poser pour se lancer dans les meilleures conditions ?

Où installer mon entreprise ? 

Tout dépend bien sûr de votre projet, de vos premières préoccupations et de vos objectifs. Certains classements mettent la question fiscale au cœur du projet d'entreprise. Andorre, Malte, les EAU (Dubaï), la Suisse, le Canada, l'Estonie et Malte comptent alors parmi les meilleurs pays dans lesquels investir. L'Estonie a développé le concept d'« e-residency » pour attirer les startups. La Suisse jouit d'une solide réputation internationale. Dubaï se positionne comme un hub pour les entrepreneurs étrangers malgré les tensions au Moyen-Orient. Les pays fiscalement intéressants le sont aussi pour des raisons géographiques : accès au marché européen (Suisse, Estonie, Malte) et au marché nord-américain (Canada). Dubaï se situe au carrefour de 3 marchés : le Moyen-Orient, l'Afrique et l'Asie du Sud. Sa proximité relative avec l'Europe ouvre un marché supplémentaire.

Qu'importe votre activité (100 % numérique ou avec un local accueillant du public), choisir le pays, la ville, le quartier ne s'improvise pas. Cette question de la zone d'implantation en amène une autre : serez-vous libre d'ouvrir votre entreprise où vous voulez ? Devrez-vous opter pour une zone franche, comme il en existe aux Émirats arabes unis ou au Qatar ? Profiterez-vous de facilités pour vous installer (permis de séjour, statut d'entrepreneur, aides fiscales, etc.) ? Quelles sont les lois locales qui réglementent la création d'entreprise ? Existe-t-il des particularités pour les entreprises détenues par les étrangers ? Voilà de bonnes questions à vous poser pour choisir la zone d'implantation qui correspond le mieux à votre projet.

Si je décide de quitter le pays, mon entreprise pourra-t-elle me suivre ?

Aussitôt arrivé, aussitôt parti ? Même si l'on ne peut pas tout prévoir, envisagez tous les scénarios le plus tôt possible. Par exemple : vous avez immigré dans un pays, avez créé votre entreprise, mais, quelques années plus tard, vous souhaitez ou êtes contraint de partir ailleurs. Que va devenir votre entreprise ? Pourra-t-elle vous suivre dans le nouveau pays ?

Cette question en cache plusieurs : concept d'entreprise adaptable dans le nouveau pays, législation, transfert d'entreprise, fiscalité, modalités de mise en œuvre… D'où l'importance d'envisager toutes les hypothèses. Allez-vous confier votre entreprise à un repreneur afin de démarrer un nouveau projet ailleurs ? Souhaitez-vous, au contraire, garder votre entreprise et ouvrir des succursales ailleurs ?

Par définition, les entreprises 100 % numériques sont facilement exportables (pour peu que le nouveau pays d'accueil ait un bon réseau Internet). Cela n'empêche pas les possibles difficultés d'un transfert d'entreprise dans un autre pays (statut juridique, visa, etc.). 

Ai-je reçu une formation interculturelle avant de me lancer ?

Pour entreprendre et réussir à l'étranger, il est indispensable de bien comprendre la culture du pays. Pas seulement pour ne commettre aucun impair au moment de signer le contrat, mais pour s'assurer de partir dans les meilleures conditions. Or, d'après les experts, une grande partie des échecs réside là : les entrepreneurs se sont lancés à l'étranger en sous-estimant l'importance de la culture. Si l'anglais est la langue commerciale par excellence, il ne suffit pas pour assurer le succès à l'étranger. On ne peut pas non plus faire comme s'il existait un « droit commercial international » où tout le monde appliquerait les mêmes normes et le même comportement.

Comprendre la culture du pays dans lequel vous souhaitez créer votre entreprise vous évitera les faux pas. Vous choisirez un nom, un logo, une image de marque qui ne heurte pas la culture locale. Si vous visez l'international, vous brosserez une image qui résonne en ce sens. Par exemple, impossible, à première vue, de savoir que la société Manga Productions est saoudienne. La formation interculturelle vous apprend à comprendre l'espace socioculturel dans lequel vous souhaitez développer votre entreprise.

Mon idée peut-elle s'adapter à la culture locale ? 

Vous former vous aidera à répondre à cette question : votre entreprise marchera-t-elle dans le pays étranger que vous avez choisi ? Car une même idée peut être appréhendée différemment selon les cultures. Une bonne idée chez vous peut être incongrue, dépassée ou trop avant-gardiste ailleurs. Votre concept est-il seulement compréhensible dans le pays d'accueil ? Une pratique culturellement ancrée dans un pays ne l'est pas forcément dans un autre. 

Le succès des géants internationaux en est la preuve : viser le monde tout en s'adaptant à chaque pays. Format du produit, goût, emballage, prix, publicité… Tout est fait pour plaire au consommateur visé. Exemple avec le géant japonais Kikkoman : voyant sa sauce soja peu appréciée, car souvent mal dosée, le groupe développe une sauce soja sucrée pour les palais français… Le succès est au rendez-vous. Une nouvelle réussite pour Kikkoman, moins pour les gourmets japonais, chez qui ce type de sauce soja sucrée n'existe pas. Il existe bien des sauces soja plus sucrées, au Japon et dans d'autres pays d'Asie, mais elles n'ont rien à voir avec la version française, qui est bien plus sucrée que les autres. Scénario similaire pour les brochettes « bœuf-fromage » et autres inventions taillées pour les autres pays. 

Penser « local » ou « authentique » ?

Pour réussir à développer votre concept à l'étranger, pensez local. Mais ici, deux écoles, deux visions de l'entreprise à l'étranger : la première, celle de l'adaptabilité. Comme l'exemple de Kikkoman, vous faites rentrer votre concept dans la culture locale pour attirer les clients. La seconde est celle de l'authenticité : vous restez fidèle à votre idée de départ et tablez sur l'innovation et la surprise. Votre concept n'existe pas encore et va s'imposer dans le pays étranger. Les deux idées se valent. Tout dépend ici de votre bonne connaissance du marché local, de votre compréhension interculturelle, de vos ressources…

Ai-je développé mes réseaux ? 

Tous les entrepreneurs vous le diront : pour réussir, pensez collectif. C'est encore plus vrai en 2026, où le monde est de plus en plus hyperconnecté. C'est encore plus vrai à l'étranger, où le soutien psychologique est un facteur déterminant, trop souvent sous-estimé.

Les barrières culturelles et administratives peuvent être nombreuses. Immigrer pour intégrer une entreprise déjà structurée est déjà un défi. Immigrer pour créer une entreprise en est un autre. Assurez-vous d'avoir de solides soutiens, idéalement avant de vous lancer. Vous éviterez de commettre les erreurs commises par d'autres avant vous. Ne vous contentez pas d'un seul réseau, mais visez-en plusieurs. Les réseaux se complètent souvent entre eux et créent un cercle vertueux. Une personne rencontrée ici pourra vous mettre en relation avec une autre personne qui vous fera intégrer un réseau clé. Et même si la sauce met du temps à prendre, ne négligez aucun contact. Le conseil vaut aussi si vous changez de ville ou de pays à plusieurs reprises. 

Ne coupez jamais les ponts sous prétexte que vous avez déménagé. Avec Internet, il est très facile de rester en contact. Ne sous-estimez pas l'importance psychologique des réseaux professionnels et informels. N'oubliez pas non plus de rendre la pareille. Au début, vous venez, bien sûr, pour être soutenu et aidé. Mais demain, vous serez le soutien et l'aide d'un autre entrepreneur. Cette solidarité est une clé essentielle pour réussir à l'étranger.

Est-ce le bon moment pour entreprendre à l'étranger ?

Comment connaître le bon timing pour créer son entreprise à l'étranger ? Trop tôt, trop tard, difficile de savoir quel est le bon moment pour se lancer. D'où l'intérêt de bien connaître la culture du pays d'accueil. Vous veillerez aussi à « sentir les tendances ». L'idée de demain est peut-être entre vos mains. Mais jusqu'où devez-vous vous projeter pour assurer la réussite de votre entreprise à l'étranger ? Là encore, il n'y a pas vraiment de solution toute faite, mais plutôt des circonstances susceptibles de vous orienter. 

Il y a aussi, il faut le dire, une part de hasard. Certaines grandes idées sont devenues grandes sans calcul millimétré. L'idée a séduit à ce moment-là. De nombreux entrepreneurs l'attestent : ils n'étaient pas sûrs à 100 % que leur idée allait marcher à l'étranger au moment où ils l'ont lancée. Bien sûr, cela ne signifie pas qu'il ne faut pas se préparer (au contraire), mais plutôt qu'il convient de rester humble face à des paramètres qu'on ne maîtrise pas. L'humilité, le sens de l'observation, la curiosité et la remise en question sont aussi des qualités à développer pour oser l'entrepreneuriat à l'étranger.

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Asaël Häzaq
À propos de l'auteur

Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d'expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d'expatrié : choix du visa, études, recherche d'emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d'un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

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