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Offres d'emploi à l'étranger : comment repérer les arnaques

Vie pratique 20 min de lecture
employment scam© 89STOCKER / Envato Elements

Imaginez : après des mois de recherches d'emploi infructueuses, vous recevez enfin une offre qui semble pouvoir changer votre vie. Le poste correspond parfaitement à votre profil ; il se trouve à l'étranger, le salaire est attractif et l'employeur prend même en charge vos frais de relocalisation. L'excitation monte ; vous commencez à préparer votre départ et à vous projeter dans cette nouvelle vie. Pourtant, il y a de fortes chances que vous ne soyez pas prêt à affronter l'un des scénarios qui suivent. Car derrière certaines offres d'emploi trop belles pour être vraies se cachent aujourd'hui des escroqueries de plus en plus sophistiquées.

Vous êtes à l'aéroport, bagages bouclés, prêt à embarquer, lorsque vous découvrez que votre billet est un faux et que l'offre d'emploi n'existe pas. Ou bien vous arrivez effectivement à destination, pour apprendre que le poste correspondant à votre profil n'existe pas non plus et qu'on vous destine à un travail répétitif en usine, dans un secteur plus que douteux. C'est pourtant exactement ce qui est arrivé à de nombreuses personnes ces dernières années, victimes d'arnaques liées à l'emploi à l'étranger ou au télétravail.

Les offres d'emploi dans « l'hôtellerie » en provenance de Russie

Le marché de l'emploi semble impitoyable en ce moment. Même les chiffres font froid dans le dos. Aux États-Unis, le taux d'embauche en 2025 est tombé à 3,5 % : son niveau le plus bas depuis 2011. Quant aux offres d'emploi disponibles, elles sont aussi rares qu'au début de l'année 2021. Selon MarketWatch, la durée moyenne du chômage atteint aujourd'hui 26 semaines, et de nombreux candidats envoient jusqu'à 200 candidatures avant de recevoir une réponse favorable.

Mais alors que les offres d'emploi se raréfient dans la plupart des pays, la Russie, elle, fait face à une pénurie de main-d'œuvre dans des secteurs bien précis. Depuis le début de la guerre russo-ukrainienne, le pays a perdu une part importante de sa population active, et certaines entreprises, confrontées à des postes urgents à pourvoir, se tournent vers le recrutement à l'étranger. Seulement voilà : comme les postes en question relèvent du secteur militaire, ce recrutement ne se fait pas de manière transparente. Bien au contraire.

Voici comment cela fonctionne : de jeunes femmes, pour la plupart âgées de 18 à 22 ans, en Afrique, en Amérique du Sud et en Asie du Sud-Est ont commencé à voir apparaître dans leurs fils d'actualité sur les réseaux sociaux des publications vantant de « formidables opportunités d'échanges culturels » en Russie. Ces annonces n'avaient rien des offres d'emploi traditionnelles, jugées trop austères. On y voyait de jeunes femmes souriantes dans des résidences modernes, suivant des cours de langue et voyageant à travers le pays. Les propositions ressemblaient davantage à des programmes d'échange international qu'à de simples offres d'emploi. Les candidates se voyaient promettre des vols gratuits, un hébergement pris en charge, des cours de langue et un salaire supérieur à la moyenne locale. Les annonces étaient par ailleurs adaptées à chaque pays ciblé, en mettant en avant ce qui pouvait séduire les jeunes femmes de la région concernée. Certaines promettaient des perspectives de carrière dans l'hôtellerie, d'autres dans le secteur sportif, et ainsi de suite.

En réalité, ces offres servaient à recruter de la main-d'œuvre pour l'entreprise manufacturière Alabuga Start, en Tatarstan, qui cherchait à constituer une main-d'œuvre bon marché pour assembler des drones militaires russes Geran-2.

Le chef de la diplomatie sud-africaine a publié un communiqué mettant en garde les jeunes, en particulier les femmes, contre les offres d'emploi à l'étranger non vérifiées.

Au Brésil, plusieurs influenceurs TikTok ont participé à la promotion de fausses offres d'emploi émanant d'Alabuga Start. Lorsque les enquêtes ont révélé que ces publications servaient à recruter des personnes pour travailler à la fabrication de matériel militaire, elles ont été supprimées. TikTok a également publié un communiqué reconnaissant le problème : « TikTok est un espace où chacun peut s'informer et interagir avec une grande diversité de sujets, et nous ne voulons pas que quiconque exploite cette curiosité à des fins malveillantes. C'est pourquoi nous n'autorisons aucune tentative d'escroquerie, de manipulation ou de fraude à l'encontre de nos utilisateurs. Cela inclut les arnaques financières, les fausses offres d'emploi et toute autre forme de fraude. Nous appliquons activement ces règles grâce à une combinaison de détection proactive, de signalements d'utilisateurs et d'enquêtes continues, et nous supprimons les comptes et contenus qui enfreignent nos conditions d'utilisation. Nous continuons à investir dans des dispositifs visant à lutter contre les comportements trompeurs et à promouvoir un environnement sûr et authentique sur notre plateforme. »

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LinkedIn n'est plus un espace sûr

Au fil des années, LinkedIn s'est forgé une réputation de plateforme fiable et efficace pour trouver un emploi en ligne. Il ne s'agit pas d'annonces anonymes publiées par des entreprises inconnues sur les réseaux sociaux : chaque offre est associée à un profil précis : recruteur, entreprise ou ancien collègue. Ce sont des comptes vérifiés, appartenant à des personnes avec lesquelles il est possible d'interagir en temps réel. Pourtant, les escrocs d'aujourd'hui ont trouvé le moyen d'exploiter cette plateforme à leur avantage. Certains criminels clonent les profils de vrais recruteurs, copiant jusqu'au moindre détail, y compris le parcours professionnel et les publications. D'autres vont encore plus loin et créent de toutes pièces de fausses identités grâce à l'intelligence artificielle.

Voici comment cela fonctionne : l'une des arnaques les plus répandues consiste, pour un faux recruteur, à proposer un poste à distance très bien rémunéré, avec des prérequis minimes. L'entretien d'embauche se déroule généralement sur WhatsApp, Telegram ou tout autre canal informel. Au cours du processus de candidature, le candidat est invité à communiquer des informations personnelles, qui pourront ensuite être exploitées à des fins d'usurpation d'identité. Dans certains cas, l'escroc va jusqu'à demander à l'aspirant recruté d'acheter du matériel de travail auprès d'un fournisseur désigné ; il peut même envoyer un chèque pour couvrir ces frais : chèque qui s'avérera sans provision.

Plusieurs cas de ce type ont été rapportés par Business Insider en 2025. Dans l'un d'entre eux, un demandeur d'emploi a répondu à une offre de transcription à distance qui semblait parfaitement légitime. Il a ensuite été contacté par un recruteur sur LinkedIn afin de finaliser le processus de recrutement. Mais une fois « recruté », le nouveau salarié s'est rapidement vu demander d'acheter du matériel de travail auprès du « fournisseur agréé par l'entreprise ». Le chèque reçu de la société a finalement été rejeté, laissant le travailleur responsable d'un achat d'un montant de plusieurs milliers de dollars.

La Federal Trade Commission américaine a mis en garde contre des escrocs qui se font régulièrement passer pour des entreprises reconnues sur LinkedIn et d'autres plateformes d'emploi, afin de soutirer de l'argent et des informations personnelles aux demandeurs d'emploi.

Certaines affaires vont au-delà de la simple fraude financière. En juin 2026, les services de renseignement des États-Unis, du Royaume-Uni, du Canada, de l'Australie et de la Nouvelle-Zélande ont alerté sur le fait que des agents du renseignement chinois se faisaient passer pour des recruteurs sur LinkedIn, Indeed et Upwork. Il semblerait que ces faux recruteurs approchaient des fonctionnaires et des universitaires en leur proposant des missions de recherche ou de conseil bien rémunérées. Le processus de recrutement lui-même paraissait tout à fait crédible, avec des entretiens et des missions rémunérées à la clé. Au début, les tâches demandées semblaient, elles aussi, parfaitement anodines. Mais au fil du temps, les employés se voyaient demander de transmettre des informations sensibles, sous couvert de missions de conseil.

Fait notable : ce ne sont pas seulement les employeurs qui peuvent être fictifs sur LinkedIn. Il existe également de faux employés. Des entreprises, dont Amazon, ont signalé avoir reçu des candidatures comportant des identités volées, des parcours générés par l'intelligence artificielle et même des comptes LinkedIn piratés.

Ce qui rend ces arnaques particulièrement redoutables, c'est précisément la nature de LinkedIn. Nous avons tendance à accorder automatiquement une certaine crédibilité professionnelle aux personnes que nous rencontrons sur cette plateforme. Mais c'est là que le bât blesse : un profil soigné, un grand nombre de relations et un historique professionnel détaillé ne garantissent plus que la personne qui se cache derrière ce profil ou cette page d'entreprise est bien celle qu'elle prétend être.

Les offres d'emploi générées par l'IA

L'intelligence artificielle a rendu la recherche d'emploi bien plus compliquée pour de nombreuses personnes, notamment parce qu'elle « concurrence » les candidats pour les mêmes postes. Mais, paradoxalement, elle a facilité le travail des fraudeurs. Avant l'IA, créer une fausse offre d'emploi, un faux site web d'entreprise et entretenir une présence en ligne exigeaient un certain effort. Désormais, l'IA peut accomplir une grande partie de ce travail en quelques minutes à peine.

Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Selon Lloyds Bank, le nombre d'arnaques à l'emploi actives a bondi de 237 %. Et selon la néobanque Monzo, plus de 10 000 de ses clients ont été ciblés par des arnaques à l'emploi en 2025.

Voici comment cela fonctionne : en 2025, la plateforme de recrutement CV-Library a lancé une alerte, signalant que des escrocs utilisaient des outils d'IA pour créer de fausses offres d'emploi sur la plateforme. Ces annonces usurpaient l'identité de recruteurs appartenant à des entreprises célèbres, dont Spotify et Meta. Les candidats intéressés qui cliquaient sur « Postuler » étaient alors redirigés depuis la plateforme vers un site frauduleux, conçu pour collecter leurs informations personnelles et leurs identifiants de connexion.

Une autre arnaque fréquente repose sur les « révisions de CV ». L'auteure de cet article paru dans The Guardian décrit comment elle a reçu une offre quasi parfaite dans le domaine du journalisme, de la part d'un chasseur de têtes qui semblait connaître son parcours et son expérience sur le bout des doigts. Le recruteur paraissait professionnel et très au fait des réalités du secteur. Tout dans cette offre semblait cohérent jusqu'au moment où le recruteur lui a recommandé un service de révision de CV payant. Dans ce cas précis, la candidate n'a perdu ni argent ni données personnelles (à sa connaissance), mais on lui a volé quelque chose de particulièrement précieux au sein d'un marché du travail aussi tendu et difficile : son temps.

L'arnaque aux micro-tâches à distance

Le télétravail a connu un essor considérable ces dernières années, révélant à bon nombre de personnes l'étendue des possibilités professionnelles qui n'exigent pas de quitter son domicile. Les arnaques à l'emploi actuelles exploitent précisément cette réalité en proposant des offres promettant de bonnes rémunérations pour des tâches aussi simples que liker des vidéos YouTube, noter des produits sur Amazon ou rédiger de courts avis en ligne. Ce travail semble accessible à tous et ne requiert aucune compétence particulière. Une fois la candidature soumise, on vous invite généralement à poursuivre le processus sur WhatsApp, Telegram ou Facebook.

Selon la Federal Trade Commission américaine (FTC), les arnaques aux micro-tâches comptent parmi les formes de fraude à l'emploi qui progressent le plus rapidement. L'agence a enregistré près de 20 000 plaintes liées à ce type d'escroquerie rien que pour le premier semestre 2024, contre moins de 500 sur l'ensemble de l'année 2021. Les victimes ont perdu plus de 220 millions de dollars au cours de cette même période.

Voici comment cela fonctionne : vous tombez sur une offre d'emploi en ligne ou un recruteur vous contacte directement. Le travail semble très simple et la rémunération rapide : rédiger un avis sur un hôtel, booster le classement d'une application sur le Play Store, noter un produit sur un site de vente en ligne. Beaucoup de gens tombent dans ce piège parce que, en théorie, ce genre de travail a l'air plausible. Nous avons tous entendu parler d'entreprises qui paient pour des likes et de la visibilité. L'existence de tels emplois ne semble donc pas suspecte. Et au début, tout peut paraître parfaitement légitime : on vous confie quelques missions simples, et vous recevez même de petits paiements en retour. Tout cela fait partie d'un plan bien rodé.

Après avoir accompli plusieurs tâches et avoir effectivement reçu des paiements, on peut vous demander de régler une somme initialement modeste pour accéder à des missions « VIP » censées vous rapporter davantage. Beaucoup de personnes y adhèrent dans un premier temps, jusqu'à ce que les escrocs commencent à réclamer des dépôts de plus en plus élevés. Ces sommes ne sont jamais remboursées, et l'accès à ce prétendu vivier d'offres exclusives ne se concrétise jamais.

Les arnaques aux frais de traitement de visa

Ces arnaques visent ceux qui souhaitent construire une vie à l'étranger. Elles le font en s'attaquant aux candidats là où ils sont les plus vulnérables : lors de la procédure de demande de visa de travail.

Ces escroqueries sont particulièrement répandues dans les destinations prisées pour l'immigration, comme l'Australie, le Canada, le Royaume-Uni, l'Allemagne et plusieurs pays du Golfe. Ces régions sont connues pour présenter une demande relativement élevée de travailleurs étrangers dans certains secteurs. Mais elles sont aussi réputées pour leurs procédures de visa complexes, qui peuvent sembler écrasantes pour de nombreux candidats.

Voici comment cela fonctionne : vous pouvez tomber sur une publication en ligne ou être contacté par un recruteur qui prétend avoir accès à un réseau exclusif d'employeurs à l'étranger (premier signal d'alarme). Il peut aller jusqu'à vous garantir l'approbation de votre visa et promettre un traitement accéléré de votre dossier. Certaines arnaques poussent le vice encore plus loin en fournissant aux candidats de faux permis de travail et de faux justificatifs de logement.

Ainsi, en 2025, la police du Gujarat, en Inde, a démantelé une vaste opération de fraude à l'immigration au cours de laquelle 25 personnes avaient été escroquées à l'aide de lettres d'attribution de visa falsifiées, de faux billets d'avion et d'offres d'emploi inexistantes.

L'Australie a, de son côté, émis de nombreuses mises en garde à l'attention des demandeurs d'emploi concernant de faux recruteurs qui utilisent de vrais noms d'entreprises. La Commission australienne a notamment mis en lumière un cas où des escrocs proposaient des emplois dans la construction, l'ingénierie et l'hôtellerie : des postes qui n'existaient pas. Les candidats étaient invités à régler des frais de traitement de visa, et une fois le paiement effectué, les offres d'emploi s'évaporaient.

Un cas similaire vient de Thaïlande. Environ 250 personnes ont perdu de l'argent à cause d'un recruteur qui prétendait disposer de « contacts » auprès d'employeurs australiens. Les candidats étaient invités à débourser jusqu'à 200 000 bahts (soit environ 6 000 dollars américains) chacun pour des postes garantis dans des fermes, des restaurants et des établissements de soins. Certains n'ont découvert qu'ils avaient été escroqués qu'à l'aéroport international de Bangkok, lorsque leurs billets se sont révélés invalides.

L'arnaque au « money mule »

Il s'agit de l'une des plus anciennes, mais aussi de l'une des plus dangereuses arnaques au travail à domicile. À titre personnel, j'ai moi-même reçu une offre de ce type en 2008, alors que j'étais étudiante et que je participais à un programme Work & Travel à San Diego. À l'époque, ces propositions apparaissaient surtout sur Craigslist, mais aujourd'hui, vous pouvez également être contacté directement sur les réseaux sociaux ou sur les plateformes de recherche d'emploi.

Voici comment cela fonctionne : vous tombez sur une offre d'emploi à distance. Le poste est généralement présenté sous l'intitulé d'« assistant financier » ou de « représentant local ». On vous demande de recevoir des paiements de clients sur votre compte personnel, de traiter ces transactions, de prélever une commission pour vos services, puis de transférer le solde restant à des « fournisseurs ».

Pour quelqu'un qui cherche du travail sur un marché aussi difficile qu'aujourd'hui, cette offre peut sembler idéale. Le travail est à distance et aucune expérience n'est requise. Il suffit d'être domicilié dans un pays donné et de disposer d'un compte bancaire. Le piège : l'argent n'appartient généralement pas à l'entreprise qui vous l'envoie. Vous êtes utilisé comme « mule financière », c'est-à-dire comme intermédiaire qui, sans forcément le savoir, déplace des fonds obtenus de manière frauduleuse.

Selon le Bureau fédéral d'investigation américain (FBI), il s'agit d'une pratique assez répandue aux États-Unis. Une fois que l'argent a transité par plusieurs comptes, il devient beaucoup plus difficile pour les forces de l'ordre d'en retracer l'origine. Le FBI précise que les principales cibles de ce type d'arnaque sont les étudiants et les nouveaux demandeurs d'emploi, souvent des immigrés. Ces derniers n'ont pas encore forcément l'expérience nécessaire pour reconnaître le caractère suspect d'une telle offre ou en déceler les signaux d'alarme.

Lorsque cette proposition m'a été soumise, elle émanait d'un autre participant au programme Work & Travel, via Craigslist, qui me la présentait comme une « excellente façon de gagner un peu d'argent en plus ». Il insistait sur le fait que, disposant déjà d'un visa de travail aux États-Unis, je ne contreviendrais à aucune loi. Pour un jeune étudiant travaillant pour la première fois à l'étranger, l'argument semblait séduisant. Si je n'ai finalement pas donné suite, c'est uniquement grâce à un appel de mes parents, qui m'ont fortement déconseillé de m'y lancer. Cette arnaque est la plus dangereuse de toutes, car ses conséquences vont bien au-delà d'une simple perte d'argent ou de temps. Elle peut déboucher sur une arrestation et laisser une véritable trace au casier judiciaire.

Les arnaques à l'emploi dans le secteur des cryptomonnaies

Les cryptomonnaies et la blockchain constituent des niches relativement récentes et, pour le moins, singulières. Singulières parce qu'une poignée de personnes les maîtrisent vraiment, tandis qu'un grand nombre d'autres en ont seulement entendu parler pour leur potentiel lucratif. C'est précisément pour cette raison que les offres d'emploi dans le domaine des cryptomonnaies peuvent être si efficaces. Les personnes peu familières avec ce secteur peuvent facilement se laisser séduire par des salaires mirobolants et des missions quelque peu inhabituelles. Et c'est exactement ce dont les escrocs tirent parti.

Recevoir une fausse offre d'emploi à distance dans le domaine des cryptomonnaies est l'une des arnaques crypto les plus courantes. Le poste consiste à effectuer de simples tâches en ligne, assorties de petits paiements destinés à instaurer un climat de confiance. On vous demande ensuite de déposer une partie de votre propre argent sur un compte crypto, sur une plateforme bien précise. Celle-ci vous affiche alors de faux bénéfices et un solde en constante augmentation. Puis, un beau jour, vous perdez tout simplement l'accès à votre compte et à vos prétendus gains.

Le FBI et la Federal Trade Commission (FTC) ont tous deux publié des mises en garde contre ce type d'arnaque. Selon la FTC, les arnaques aux micro-tâches ont engendré, au cours du seul premier semestre 2024, des pertes de plus de 220 millions de dollars.

Les centres d'appels illégaux en Asie du Sud-Est

Il s'agit probablement de l'une des plus grandes arnaques de recrutement à l'échelle internationale. Et ces réseaux ne sont pas l'œuvre d'escrocs amateurs opérant en ligne. Ils sont dirigés par des organisations criminelles transnationales sophistiquées, notamment par des groupes mafieux chinois. Selon Interpol, ces centres d'appels illégaux génèrent plusieurs milliards de dollars par an.

Voici comment cela fonctionne : les candidats sont attirés par des offres dans le service client, la vente, la saisie de données, le marketing ou l'informatique, en Thaïlande, au Cambodge, au Laos ou en Birmanie. La rémunération promise est généralement élevée (entre 1 000 et 3 000 dollars par mois), et le logement ainsi que les billets d'avion sont pris en charge. Une fois arrivés sur place, leurs passeports leur sont souvent confisqués et ils sont contraints de participer à des opérations de fraude en ligne ciblant des victimes à l'étranger.

Selon l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC), des centaines de milliers de personnes ont été victimes de la traite et se retrouvent aujourd'hui captives dans des « camps à arnaques » en Asie du Sud-Est. L'une des survivantes d'une telle arnaque a expliqué, lors d'un entretien avec l'ONUDC, que tout semblait encore normal à son arrivée à l'aéroport. Elle avait été accueillie par des « représentants de l'entreprise » qui lui souriaient et lui avaient remis de l'argent pour le dîner. Dès le lendemain, ces mêmes personnes lui donnaient déjà des ordres sous la menace d'une arme.

Les gouvernements de plusieurs pays de la région mènent régulièrement des raids contre ces centres d'appels illégaux. Ainsi, en 2025, la Thaïlande, la Chine et la Birmanie ont lancé une opération coordonnée contre des camps situés près de la frontière birmane. Ces raids ont permis de libérer des milliers de ressortissants étrangers, dont beaucoup s'étaient rendus dans la région pour des emplois dans le service client.

Pourquoi ces arnaques fonctionnent encore

C'est précisément par là que nous avons commencé cet article. Le marché de l'emploi est imprévisible en ce moment. Avec la raréfaction des offres, les bouleversements liés à l'IA et la transformation profonde de ce que représente une carrière aujourd'hui, ceux qui se retrouvent en recherche d'emploi sont souvent prêts à tout.

Première raison : nous sommes face à trois niches « émergentes » : le télétravail, les emplois liés aux cryptomonnaies et ceux liés à l'IA. Pour beaucoup de gens, les opportunités dans ces domaines ne sont pas encore bien connues : ils ne savent pas vraiment à quoi s'attendre. Cette méconnaissance les rend plus vulnérables aux offres frauduleuses ; ils ne les reconnaissent tout simplement pas comme telles.

Deuxième raison : les escrocs ciblent souvent des personnes situées à l'étranger, prêtes à s'expatrier ou nouvellement arrivées dans un pays. Dans ce cas, la cible peut ne pas être au fait des spécificités du marché du travail dans sa destination. Elle peut ignorer comment fonctionne la délivrance des permis de travail, quelles missions sont habituelles et lesquelles ne le sont pas, ou encore ce qui pourrait la mettre en porte-à-faux avec la législation locale.

Troisième raison : les escrocs sont aujourd'hui bien plus sophistiqués qu'il y a quelques années à peine. Les outils permettant d'usurper l'identité d'autrui se sont multipliés. Il est possible de créer un site web à l'aspect professionnel en quelques heures, sans être graphiste, de générer des centaines de fausses références grâce à ChatGPT, et de simuler une présence active sur les réseaux sociaux en faisant produire des publications et des interactions par des algorithmes. Un escroc d'aujourd'hui peut aisément donner vie à une entreprise fictive complète, avec des projets, des employés et un historique, en y consacrant un effort minimal.

Tout cela rend le marché de l'emploi encore plus complexe. En plus du stress inhérent à la recherche d'un poste, les candidats doivent désormais apprendre à identifier et à écarter des offres frauduleuses particulièrement convaincantes.

Recherche d'emploi à l'étranger : les signaux d'alarme à surveiller 

Salaire élevé, exigences minimales

Les miracles sont rares sur le marché de l'emploi actuel. Si vous tombez sur une offre, en particulier un poste à distance, qui promet de l'argent facile pour des tâches ne nécessitant aucune compétence, il y a de fortes chances que ce ne soit pas sérieux.

Vous devez payer pour obtenir le poste

Ni une entreprise ni un chasseur de têtes ne devrait vous demander le moindre paiement à l'avance. Si l'on vous demande de régler une somme pour accéder à un « vivier exclusif d'offres » ou à une formation, il s'agit très probablement d'une arnaque. La plupart des entreprises prennent en charge les frais de déménagement.

On vous demande de régler des frais de traitement de visa ou d'autres documents

Si le poste implique une mobilité géographique, au sein du même pays ou à l'étranger, l'entreprise prend généralement en charge vos frais de relocalisation. Si vous devez effectivement régler des frais de traitement de visa à titre individuel, veillez à effectuer ces paiements directement auprès des organismes officiels compétents.

On vous garantit l'obtention d'un visa ou d'un permis de travail

Aucun recruteur ni aucune entreprise ne peut garantir que votre demande de visa ou de permis de travail sera acceptée par les services de l'immigration. Si c'est le cas, ne donnez pas suite à cette offre d'emploi.

On vous contacte avec une offre qui correspond trop précisément à votre profil

Les chasseurs de têtes recherchent effectivement les meilleurs candidats pour les postes qu'ils ont à pourvoir. Mais si vous êtes approché d'une description de poste qui semble reproduire point par point l'intégralité de votre parcours professionnel et de votre formation, faites preuve d'une prudence accrue et prenez le temps de vérifier que l'offre provient bien d'un employeur légitime.

On vous demande de poursuivre le processus de recrutement sur une messagerie informelle

Si le responsable du recrutement vous demande d'emblée de poursuivre les échanges sur WhatsApp ou Telegram, c'est une raison suffisante pour être méfiant. Dans le cadre d'une offre sérieuse, la majorité des communications s'effectue, en règle générale, via les canaux officiels de l'entreprise, notamment la messagerie électronique, jusqu'à l'étape de l'entretien en personne.

Aucune preuve de l'existence physique de l'entreprise

Si vous avez des doutes concernant une offre d'emploi, recherchez l'adresse de l'entreprise sur Google Maps, retrouvez son numéro d'immatriculation, consultez les profils de ses employés sur LinkedIn et vérifiez s'il existe des traces numériques antérieures à quelques mois.

L'employeur vous presse de vous décider très rapidement

Il arrive qu'une entreprise soit effectivement en situation d'urgence pour pourvoir un poste. Mais si vous vous sentez bousculé pour vous engager rapidement, surtout avec des formulations du type « places limitées » ou « date limite de dépôt de visa », il est très probable que quelqu'un cherche à vous pousser à prendre une décision précipitée, avant que vous n'ayez le temps de réfléchir ou de vérifier quoi que ce soit.

La description du poste est vague

Si vous n'arrivez pas à expliquer clairement ce que vous seriez amené à faire au quotidien, n'acceptez pas l'offre. Cette imprécision est souvent délibérée et peut masquer des activités illégales.

Le contrat ne mentionne pas les informations essentielles

En cas de doute, faites relire votre contrat de travail par un professionnel. Un contrat d'emploi sérieux doit obligatoirement préciser votre salaire exact, vos responsabilités, vos horaires de travail, votre lieu d'affectation, les autres conditions de votre emploi, les coordonnées de l'employeur, et bien d'autres éléments encore.

Une partie de vos missions consiste à recevoir ou à transférer de l'argent depuis votre compte personnel

Aucun poste d'« assistant » ou de « chargé de fidélisation » ne devrait jamais vous amener à gérer des paiements clients sur votre propre compte bancaire. Si vous recevez une telle demande, vous risquez d'être entraîné, à votre insu, dans un système de blanchiment d'argent.

Pour résumer rapidement : si un emploi vous demande de verser de l'argent, d'en transférer, de communiquer des informations sensibles ou de prendre une décision dans la précipitation avant de vous sentir vraiment à l'aise, arrêtez-vous et prenez le temps d'approfondir vos vérifications.

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Natallia Slimani-Mercier
À propos de l'auteur

Titulaire d'une licence (avec distinction) en langue anglaise et interprétation simultanée, Natallia a exercé en tant que rédactrice et éditrice pour diverses publications et chaînes médiatiques en Chine pendant dix ans.

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