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Tomber amoureux d'un collègue : quels risques pour les expats ?

Dossiers et Tendances 6 min de lecture
Tomber amoureux d'un collègue : quels risques pour les expats ?© lorenzocapunata / Envato Elements

On passe une grande partie de sa vie au travail : il n'est pas surprenant que des couples se forment au bureau. Certaines études estiment que 30 à 40 % des salariés ont déjà vécu une relation avec un(e) collègue. Pourtant, ce qui paraît plutôt naturel peut devenir un casse-tête selon les pays, les cultures et les législations internes. Entre tolérance, encadrement strict ou tabous, les pratiques diffèrent. Tour d'horizon sur cette question particulièrement délicate pour les personnes qui travaillent à l'étranger.

Que dit la loi en général sur les relations amoureuses au travail ?  

Dans la plupart des pays, l'existence d'une relation amoureuse entre deux salariés d'une même entreprise n'est pas interdite en soi. « Ce type de relation, qui relève de la vie privée, n'a rien d'illégal, que ce soit en Suisse, en France ou ailleurs », confirme Caroline Diard, professeure associée au département Management des ressources humaines et droit des affaires chez TBS Education.

Toutefois, cette liberté de principe doit être prise en compte dans un contexte propre à chaque pays. Caroline Diard souligne en effet que des différences culturelles, sociétales et juridiques existent et influencent fortement la manière dont ces relations vont être perçues et encadrées. Autrement dit, si le fait d'avoir une relation avec un collègue n'est pas interdit en soi, les conséquences concrètes peuvent varier considérablement d'un pays à l'autre.

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Focus : l'affaire du Directeur général de Nestlé

Le licenciement du directeur général de Nestlé en 2025 pour une relation amoureuse non déclarée avec une subordonnée directe a déclenché un large débat public. Pourquoi une telle sanction alors qu'aucune loi n'interdit ce type de relation ?

Cette affaire illustre justement la complexité des enjeux éthiques, juridiques et culturels entourant les relations amoureuses au travail. Dans une multinationale de l'envergure de Nestlé, l'image de marque et la gouvernance sont des enjeux stratégiques majeurs. « L'entreprise est présente sur tous les continents, avec des clients issus de cultures et de sensibilités très différentes. Elle doit donc adopter le plus petit dénominateur commun en matière de sensibilité et d'éthique », rapportait le média suisse RTS. 

La relation n'était pas illégale. Ce qui a conduit au licenciement, c'est la violation du code de conduite interne de l'entreprise. Celui-ci impose aux cadres dirigeants de déclarer toute relation susceptible de créer un conflit d'intérêts ou de nuire à la bonne gouvernance. À ce niveau de responsabilité, la transparence est donc considérée comme une obligation. 

Quand la relation amoureuse implique un rapport hiérarchique

C'est dans ce contexte que les difficultés apparaissent le plus souvent : une relation amoureuse entre un supérieur et un(e) subordonné(e) crée une situation particulièrement sensible. Le lien de subordination comporte en effet un déséquilibre qui peut avoir des répercussions importantes sur l'organisation.

D'abord, ce type de relation pourrait nourrir des soupçons de favoritisme : les promotions, les évaluations de performance ou les choix d'affectation risquent d'être perçus comme biaisés. Cette perception, même si elle est fausse, peut suffire à fragiliser la confiance des équipes en l'impartialité du management. 

Ensuite, si la relation se termine ou si l'un des partenaires estime avoir été contraint ou désavantagé, l'entreprise peut être exposée à des accusations de harcèlement sexuel, d'abus d'autorité ou de discrimination.

En somme, une « romance hiérarchique » soulève des enjeux de gouvernance, d'équité et de responsabilité juridique, que les entreprises prennent évidemment très au sérieux ! 

Comment ça se passe dans le monde

Voici à présent quelques aperçus et cas concrets de pays.  

France : l'importance accordée à la notion de vie privée

En France, le principe est fort : la vie privée est protégée. L'article 9 du Code civil garantit à chacun le respect de sa vie privée. Un employeur ne peut donc pas interdire à ses salariés d'entretenir une relation amoureuse au travail.

Des limites existent néanmoins. Si une relation perturbe l'organisation de l'entreprise (retards répétés, tensions visibles ou conflits d'intérêts), l'employeur peut intervenir. Dans ces situations, il est possible de réaffecter l'un des partenaires afin d'éviter toute suspicion de favoritisme. Mais en aucun cas une personne ne peut être sanctionnée uniquement parce qu'elle est en couple avec un collègue.

La loi n'impose pas de déclarer une relation amoureuse, même en cas de lien hiérarchique. Toutefois, selon le magazine Courrier Cadres, de plus en plus d'entreprises introduisent dans leur règlement intérieur ou leur code de conduite l'incitation à en informer les ressources humaines, afin d'anticiper d'éventuelles réorganisations ou conflits d'intérêts précisément.

États-Unis : entre pragmatisme et “contrats amoureux”

Le système américain et le système français reposent sur deux conceptions du droit du travail profondément différentes. Aux États-Unis, le cadre juridique est plus libéral. Le principe d'employment at will autorise l'employeur à rompre un contrat de travail, sans avoir à justifier sa décision, dès lors qu'elle ne repose pas sur un motif illégal (par exemple, une discrimination). Cette grande flexibilité donne aux entreprises une marge de manœuvre beaucoup plus large pour réglementer la vie personnelle de leurs salariés, y compris les relations amoureuses entre collègues.

Ainsi, il n'est pas rare que des politiques internes interdisent ou encadrent strictement les relations amoureuses, notamment lorsqu'un lien hiérarchique direct existe. Les employeurs peuvent imposer des obligations de déclaration.

On connaît, par exemple, le « consensual relationship agreement », surnommé « love contract ». Il s'agit d'un document signé par les deux partenaires déclarant que leur relation est volontaire et qu'ils connaissent les politiques de l'entreprise. L'objectif est de protéger l'entreprise contre d'éventuelles accusations ultérieures de favoritisme ou de pression. 

Chine : le poids de la culture et le respect du manuel de l'employé

En Chine, la question des relations amoureuses au travail touche aussi à la culture et aux mentalités. Dans un environnement professionnel marqué par la discipline collective et la recherche de l'harmonie sociale, les relations ou les démonstrations publiques d'affection sont généralement mal perçues. 

Un élément central à connaître est le manuel de l'employé, véritable pilier de la vie en entreprise dans l'Empire du milieu. Ce document détaille de manière précise les règles internes, les attentes comportementales et les procédures disciplinaires. Il a une valeur quasi équivalente à celle d'un contrat de travail et sert de référence en cas de litige. Cette importance s'est illustrée dans une affaire largement médiatisée : deux collègues sans lien hiérarchique direct, tous deux mariés par ailleurs, ont été licenciés après avoir été surpris en train de s'embrasser au bureau. Tous deux ont intenté une action en justice contre l'entreprise, réclamant une indemnisation, mais celle-ci est restée sans effet.  

L'entreprise s'est en effet appuyée sur son manuel des employés, qui stipule qu'elle peut « rompre la relation de travail avec les employés qui sont moralement corrompus, ternissent la réputation de l'entreprise et ont une influence négative sur elle ». Tout est ensuite question d'interprétation…

Les relations amoureuses au travail ne sont donc, dans la plupart des pays, ni illégales ni strictement interdites. Mais elles s'inscrivent dans un cadre culturel et organisationnel qu'il est important de comprendre. Selon le pays, l'entreprise ou la position hiérarchique des personnes concernées, les conséquences peuvent aller de simples réorganisations internes à des sanctions disciplinaires lourdes, voire à des ruptures de contrat. 

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Helena Delbecq
À propos de l'auteur

Helena a vécu au Japon, en Chine et en Allemagne où elle est actuellement basée. Ces différentes expériences lui ont permis d'enrichir sa compréhension des problématiques variées de l'expatriation. Titulaire de l'Education nationale et d'un Master II en Politiques linguistiques, elle concilie enseignement et rédaction professionnelle, autour de thématiques telles que l'éducation et le travail à l'international. Elle gère également les partenariats et les programmes d'un organisme de formation professionnelle.

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