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Brown-out : quand travailler à l'étranger n'a plus de sens

Dossiers et Tendances 9 min de lecture
Brown-out : quand travailler à l'étranger n'a plus de sens© GaudiLab / Envato Elements

Avec le burn-out et le bore-out, il traduit une souffrance au travail. Un travail qui perd de son sens, des travailleurs qui s'interrogent sur leur avenir professionnel… À quoi bon continuer lorsque seul l'ennui rythme les journées ? Avec les récentes mutations de l'organisation du travail (IA, redéfinition des missions, etc.), le brown-out tend à gagner du terrain. Aucun secteur professionnel n'est épargné. Comment les travailleurs étrangers peuvent-ils redonner du sens à leur travail ?

Brown-out : de quoi parle-t-on ?

Si l'on connaît bien le burn-out, l'épuisement professionnel au travail, on connaît moins le bore-out et le brown-out. Le premier se caractérise aussi par un épuisement professionnel, mais contrairement au burn-out, il n'est pas causé par le surmenage au travail. Au contraire. Dans le cas du bore-out, les compétences du salarié sont sous-exploitées. Il se retrouve « au placard », sous-employé, ou contraint d'effectuer des tâches peu valorisantes, répétitives, non enrichissantes. Le bore-out est donc l'inverse du burn-out.

Entre les deux, le brown-out se définit comme une démotivation extrême. Ici, c'est l'essence même du travail qui est touchée. Le salarié ne trouve plus de satisfaction dans son activité. Le travail perd son sens. Le travailleur perd ses repères. La frontière entre bore-out et brown-out est mince, l'un pouvant conduire à l'autre. En effet, un salarié mis au placard, sous-utilisé par son entreprise (bore-out) peut perdre toute motivation (brown-out).

Ces trois syndromes traduisent une véritable souffrance au travail, avec des conséquences évidentes dans la sphère privée. L'Organisation mondiale de la Santé (OMS) alerte régulièrement sur la nécessité pour les États de prendre en charge les problèmes de santé mentale. Car ces syndromes peuvent plonger les travailleurs concernés dans une dépression. La maladie ne cesse de progresser dans le monde.

Quelles peuvent être les causes du brown-out ?

Quelles situations de travail peuvent conduire au brown-out, en particulier, chez l'expatrié ? Existe-t-il des signes avant-coureurs ?

S'il n'est pas possible d'identifier toutes les causes menant au brown-out, on peut relever plusieurs grandes causes, souvent liées à l'organisation du travail et à l'introduction de nouvelles méthodes et/ou outils de travail :

  • L'utilisation de plus en plus fréquente de l'IA dans les entreprises.
  • La suraccumulation de réunions, y compris à distance.
  • Le « flicage » ressenti par des employés, devant présenter des rapports sur la moindre de leur activité.
  • Un changement dans le management et/ou dans les missions.

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Les signaux du brown-out

L'important ici est de ne pas confondre le brown-out avec une simple baisse de motivation. Comme n'importe quel travailleur, un expatrié peut ressentir une baisse de moral, de motivation, et même, un léger passage à vide. En général, ces sentiments disparaissent naturellement.

Les questions que l'on se pose

Le brown-out n'est pas une baisse de motivation, mais une perte totale de sens. Le malaise s'installe au fil des mois, sans signes avant-coureurs clairs, sans que l'on s'en rende compte. C'est pourquoi le syndrome est difficile à identifier. On peut cependant relever quelques questions que se pose souvent l'expatrié qui souffre de brown-out :

  • Pourquoi suis-je en train de faire ce travail ?
  • Pourquoi m'a-t-on recruté, puisque personne ne s'intéresse à ce que je fais ?
  • Pourquoi continuer à faire des rapports que personne ne lit ?

Les pensées qui surviennent

Face à ces questions, plusieurs types de pensées peuvent surgir :

  • J'aime mon travail et pourtant, j'ai l'impression de tourner à vide.
  • Je ne suis pas en surmenage, mais je suis toujours épuisé.
  • Le travail que je produis n'a aucun sens.
  • Je me sens complètement déconnecté de l'équipe.

Les changements de comportement

Le brown-out peut également entraîner plusieurs changements visibles au quotidien.

  • L'expatrié devient cynique : la moindre mission donnée par l'entreprise lui fait lâcher de petites réflexions comme « encore un reporting ? A quoi ça sert ? ». Il se moque (ouvertement ou intérieurement) des objectifs de l'entreprise, qui n'ont plus de sens pour lui.
  • Une fatigue intense, même après un week-end au calme, même après les vacances.
  • Des troubles du sommeil.
  • Des retards, des absences, des oublis au travail : l'expatrié continue de bien faire son travail, mais avec, parfois, de « petits oublis ».
  • Une présence moins palpable dans l'entreprise : l'expat est là sans être là. Il ne communique plus avec entrain avec ses collègues. Il se contente de faire ce qu'on lui demande, sans y mettre un investissement personnel.

Les pièges à éviter

On a souvent tendance à confondre le brown-out avec une simple baisse de régime. On a aussi tendance à minimiser sa gravité, en pensant qu'il existe de plus graves situations dans la vie. Mais un brown-out non traité peut conduire au burn-out et/ou à la dépression. D'autres maladies peuvent survenir (troubles du comportement alimentaire, du sommeil, douleurs physiques, etc.) à cause du brown-out. Il est donc essentiel de prendre au sérieux tout changement inquiétant au travail. Ici, tous les acteurs de l'entreprise sont concernés : chacun peut agir pour soutenir le collègue en souffrance.

Existe-t-il un « brown-out de l'expatrié » ?

Sans aller jusqu'à identifier un brown-out spécifique à l'expatrié, on peut souligner que le travailleur étranger peut rencontrer, au cours de son expatriation, des situations plus ou moins stressantes.

Choc culturel et brown-out

Un choc culturel peut survenir dès les premiers temps de l'expatriation, avec une possible difficulté à s'acclimater au nouvel environnement de travail. En effet, un même intitulé de poste s'apprécie différemment selon les entreprises, et selon les cultures. Un expat pourtant expérimenté dans son domaine peut perdre ses repères dans l'entreprise étrangère. Le travail qu'on lui demande de faire ne correspond plus à ce qu'il croyait. Les tâches à exécuter lui semblent dépourvues de sens. L'expatriation elle-même peut être remise en question.

Compétences sous-utilisées et brown-out

Autre situation : l'expatrié sans cesse ramené à son statut « d'expat ». Dans ce cas, la démotivation peut venir du fait que l'expatrié ne parvient pas à s'épanouir dans son entreprise. Il est mis dans une case ; qu'il réussisse ou non une mission, tout est analysé sous le prisme de l'expatriation. « C'est parce qu'il est expat qu'il a réussi. » « C'est parce qu'il est expat qu'il a raté. » Difficile, dans ces conditions, de prendre confiance en soi, surtout si à la base, on est d'un naturel peu optimiste. L'expatrié peut même commencer à penser que son recrutement n'est pas dû à ses compétences, mais uniquement au fait qu'il est étranger. Ses qualités ne sont pas reconnues. Il peut se sentir « mis au placard » (bore-out), utilisé comme faire-valoir... Dans les deux cas, la conséquence est la même : une grande démotivation au travail, une perte d'intérêt et de sens.

Parce qu'il vise le sens même du travail, le brown-out conduit, dans un certain nombre de cas, à la démission. Les expatriés sont plus nombreux à remettre en question, non seulement leur travail dans l'entreprise étrangère, mais aussi leur projet complet d'expatriation.

Sortir du brown-out : des solutions existent

Comment sortir du brown-out ? Experts et médecins s'accordent sur ce point : la solution doit se construire entre l'entreprise et le travailleur expatrié.

Expatrié : comment parler de son mal-être au travail ?

Tous les pays ne sont pas égaux en matière de prise en compte de la santé mentale au travail. Bien sûr, la politique de l'entreprise en la matière ne fait pas vraiment partie des points que l'on étudie lorsqu'on cherche à s'expatrier. On s'intéresse davantage aux conditions de travail en général, au salaire, etc.

Tout d'abord, il est important de rappeler que la solution au brown-out peut passer par un dialogue avec le manager… ou pas. Tout dépend de la position de l'expatrié. Par exemple, un expat qui commence à ressentir de l'ennui au travail peut se demander pourquoi. Ce travail introspectif l'amènera à se poser les bonnes questions : cette démotivation est-elle due au travail en lui-même ? À l'expatriation ? À des évènements survenus dans la sphère professionnelle ou privée, qui impactent le travail ? Parfois, le problème vient d'un déséquilibre entre l'image qu'on se faisait du poste et la réalité de sa mission à l'étranger. Dans ce cas, on peut essayer d'apprécier ses nouvelles missions pour ce qu'elles sont, sans les comparer à sa précédente activité.

En effet, chaque travailleur a la liberté de donner le sens qu'il veut à son activité. C'est ce qui explique que certains trouveront une tâche peu intéressante, tandis que d'autres la considéreront comme indispensable. Remettre du sens dans son travail (quand c'est possible) est l'une des premières clés pour sortir du brown-out. Mais lorsque les difficultés persistent, l'expat doit pouvoir dialoguer sereinement avec l'employeur étranger.

Managers : valoriser le travail de ses salariés

Il n'est pas toujours simple, pour les managers, de détecter un salarié en brown-out. Il faut parvenir à maintenir une bonne ambiance de groupe tout en respectant l'intégrité de chacun. Il faut également se faire comprendre tout en tenant compte du caractère multiculturel du service (employés venant de pays différents, cultures différentes, manières de travailler différentes).

Dans l'idéal, l'expatrié bénéficiera d'une formation interculturelle au sein de l'entreprise étrangère. Un accompagnement lui sera proposé pour faciliter son intégration. Cette configuration optimale reste néanmoins de l'ordre de l'exception. Dans les faits, on ne compte plus les expats embauchés comme n'importe quel travailleur local, avec tout ce que cela implique, notamment sur le plan culturel. Bien sûr, avec ou sans formation théorique, il y aura une formation sur le tas indispensable. Néanmoins, pour faciliter l'acclimatation du salarié étranger, l'entreprise a tout intérêt à développer son « service d'accueil ». L'équipe managériale doit pouvoir encadrer les nouveaux arrivants, et pas seulement le volet strict du travail. Car la « vie en entreprise » comporte, comme l'expression l'indique, une forte dimension sociale.

La dimension sociale se retrouve également dans les échanges. Là encore, la culture de l'entreprise étrangère se retrouve en première ligne. Le pays d'expatriation est-il un pays où le bien-être du salarié est pris en compte ? Comment les lois sur l'immigration évoluent-elles ? Le travailleur peut-il librement exprimer son mal-être à son manager ? Un cadre bienveillant est bien entendu requis, afin que l'expatrié puisse s'exprimer librement. Dans le même sens, l'ambiance au sein du service est tout aussi capitale. Une ambiance chaleureuse, des discours encourageants et positifs faciliteront la prise de confiance et l'intégration de l'expatrié.

Brown-out et expatriation : comment s'en sortir ?

Parfois, la solution au brown-out, c'est le départ. On ne parle pas ici de mettre fin à son expatriation, mais plutôt de changer de poste dans l'entreprise (quand c'est possible), de changer d'entreprise, de secteur d'activité, de métier… En effet, puisque le brown-out cible le sens même du travail, la réflexion entamée par le salarié en souffrance peut l'amener à se demander s'il doit continuer ou changer d'activité professionnelle. Bien entendu, aucune décision ne doit être prise dans la précipitation. Quitter l'entreprise ne mettra pas fin instantanément au brown-out. Mieux vaut d'abord se faire suivre sur le plan psychologique, pour aller mieux, avant d'entamer un éventuel nouveau parcours professionnel.

Mais attention : l'expatrié devra aussi se poser la question du permis de travail. Est-il titulaire d'un permis ouvert ou fermé ? Peut-il librement mettre fin à son activité ? Pourra-t-il facilement retrouver un poste ? Toutes ces questions peuvent être source de stress pour l'expat. On conseille de se faire accompagner et d'éviter les départs précipités.

Dans tous les cas, un accompagnement sur le plan psychologique et professionnel est plus que recommandé, que l'expat décide ou non de changer d'entreprise ou de secteur d'activité. Car pour mieux reconstruire sa carrière à l'étranger, il convient d'abord de se reconstruire à l'intérieur.

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Asaël Häzaq
À propos de l'auteur

Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d'expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d'expatrié : choix du visa, études, recherche d'emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d'un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

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