culture a Tokyo
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Actualisé il y a 12 mois

La culture japonaise, c'est l'art du respect, de la beauté simple, des codes sociaux que l'on embrasse dès son enfance, pour mieux l'interroger à l'adolescence. Valse constance entre les normes de la collectivité et l'expression de son individualité. Capitale oblige ? A Tokyo, cette dualité s'exprime de manière toute particulière.

L'art du sumimasen

ãã¿ã¾ãã : sumimasen. Ce mot symbolise toute la richesse et la particularité de la culture japonaise. Il signifie « excusez-moi ». Entres autres. Car si on l'utilise (un peu) pour s'excuser ' et l'on s'excuse beaucoup, à Tokyo comme dans le reste du Japon ' on l'utilise surtout pour tous les autres aspects de la vie quotidienne.

Le Japon véhicule cette image de respect des normes. Dès le plus jeune âge, l'on apprend aux enfants japonais à bien se conduire, pour ne pas offenser l'autre. Il ne faut pas faire de vagues ' surtout, rester dans le groupe. « Sumimasen », donc, pour s'excuser, et, encore plus, comme mot de liaison, pour faire passer un message, pour montrer son respect, sa reconnaissance, sa politesse. Cette subtilité toute nippone est difficilement compréhensible pour l'expatrié, pour qui « pardon », signifie juste « pardon ! »

En résumé, s'il y a bien un mot que vous devez retenir, c'est celui-ci :

  • Vous bousculez quelqu'un dans la rue : sumimasen. C'est son sens premier (pardon).
  • Vous vous faufilez pour descendre du métro, du train : sumimasen
  • Quelqu'un vous tient la porte/vous laisse passer : sumimasen
  • Vous demandez un renseignement : sumimasen
  • Quelqu'un vous fait une faveur : sumimasen
  • Quelqu'un vous aide (ex : à retrouver votre chemin) : sumimasen

« Sumimasen » marque votre humilité. Qualité ô combien importante au Japon. Nous sommes, ici, loin de la culture du « self-made man ». L'important, c'est le groupe. La préservation de la paix sociale.

Bonne nouvelle pour les expatriés : vous vous acclimaterez très vite aux multiples usages du « sumimasen ». En côtoyant les Japonais, vous utiliserez, sans même vous en rendre compte, ce mot bien utile.

Liste des principaux mots d'excuse

ããã : gomen

C'est le « pardon » familier. Vous l'entendrez très souvent dans des discussions informelles, entres amis, membres de la famille. C'est le petit « désolé ! » qu'on lance à ses proches. Il existe ses dérivés : « ããããªãã » (gomen nasai) ou encore le mignon « ãããã­ » (gomen ne).

Note : les Japonais ajoutent « ne » à la fin d'une phrase (notamment) pour l'adoucir. « Ne » est aussi une particule de fin de phrase souvent utilisée par les femmes, toujours dans le but d'adoucir le propos. Que le lecteur se rassure : les hommes l'utilisent aussi.

Cas pratique : vous avez rendez-vous avec votre petit(e)-ami(e), votre ami(e), et arrivez en retard (la ponctualité est très importante au Japon !). Vous dites : gomen (ne) !

ãã¿ã¾ãã : sumimasen

« Pardon » « merci » « s'il vous plaît » « d'accord », le mot est un véritable couteau suisse !

Il existe une version plus polie : ãã¿ã¾ããã§ãã (sumimasen deshita). On l'utilise plus particulièrement pour s'excuser d'avoir fait une légère erreur.

Car pratique : vous avez fait une petite faute d'orthographe sur le rapport que vous venez de transmettre à votre supérieur. Vous vous exclamez : sumimasen deshita !

失礼ãã¾ã : shitsurei shimasu

« shitsurei » (失礼) signifie impolitesse. Le mot veut donc dire « j'ai été impoli ». « Veuillez excuser mon impolitesse ». « shitsurei shimasu » appartient au registre poli.

Cas pratique : vous entrez dans le bureau de votre supérieur. Vous dites « shitsurei shimasu ».

Vous venez d'achever une conversation téléphonique avec un supérieur, un conseiller d'accueil, votre professeur etc. Vous raccrochez en disant « shitsurei shimasu ».

Note : il existe une forme légèrement plus polie : « 失礼ãã¾ãã » (shitsurei shimashita ; litt. : j'ai été impoli). C'est, en fait, le même mot, conjugué au passé. 

ç³ã訳ããã¾ãã(ã§ãã) : moushiwake arimasen (deshita)

Littéralement, le terme signifie : « Je ne sais comment vous exprimer mes excuses ».

On est dans le registre très poli. A réserver au milieu professionnel, avec ses supérieurs hiérarchiques, ou des personnes socialement plus élevées que vous. Vous avez commis une grave erreur. Vous implorez le pardon, avec force courbettes.

Cas pratique : vous n'avez pas rendu cet important rapport que vous deviez présenter à votre chef. Honteux, vous présentez vos plus sincères excuses.

Vous pouvez aussi utiliser « ç³ã訳ãããã¾ããã§ãã » (moushiwake gozaimasen deshita).

Note importante : veillez à associer le geste à la parole. Excepté le mignon « gomen », les autres expressions s'accompagnent toutes d'une inclinaison de la tête.

Et là encore, c'est tout un art. Le principe à retenir : plus vous vous inclinez bas, plus la demande de pardon/la marque de respect, d'humilité, est appuyée.

Pour le simple « sumimasen » une légère inclinaison de la tête suffit.

Par contre, pour le « moushiwake gozaimasen deshita », c'est tout le haut de votre corps qui se penchera en avant. Vous avez fauté. Vous chutez littéralement devant votre supérieur hiérarchique.

Et le dogeza ?

Peut-être avez-vous déjà entendu parler du åä¸åº§ã€€« dogeza ». Le mot est formé des kanji å (do : terre), ä¸ (ge : bas, en bas), 座 (za : s'asseoir). On pourrait donc le traduire par « s'asseoir plus bas que terre ». Car c'est bien de cela qu'il s'agit ! C'est la forme ultime pour s'excuser auprès de quelqu'un (l'on ose imaginer la gravité de votre faute'¦).

On peut aussi l'utiliser pour demander une grande faveur à un supérieur hiérarchique, une personne socialement plus élevée. Enfin, le dogeza sert aussi à exprimer son respect profond, son humilité : toujours envers quelqu'un que l'on estime particulièrement, donc.

En pratique, les dogeza sont extrêmement rares. Aucune chance d'en voir en pleine rue (quand les petites inclinaisons de tête, elles, sont légion). Les Japonais eux-mêmes ironisent sur la pratique, avec force sketchs humoristiques. Car la pratique obéit, elle aussi, à ses règles : position des mains, de la tête'¦ Le « pardon » devient alors presque un langage à part.

La question du honne/tatemae

Autre langage, pilier des relations humaines au Japon, mais qui suscite bien des incompréhensions de la part des expatriés : le æ¬é³/ 建å(honne/tatemae).

Le æ¬é³ (honne) désigne le vrai désir, les intentions réelles d'une personne.

Le建å (tatemae), lui, symbolise l'attitude de façade. Le mot « tatemae » se compose, d'ailleurs, des kanji « construction ; bâtiment », et « avant ». C'est la charpente, la construction. Au sens figuré, le tatemae est donc le langage convenu, l'attitude que l'on adopte en société.

Pour les expatriés occidentaux, comprendre le honne/tatemae est difficile. Beaucoup y voient de l'hypocrisie, barrière supplémentaire érigée entre les Japonais et eux, empêchant les vraies relations. Mais, au contraire, ce principe culturel japonais est conçu pour pacifier les relations. L'incompréhension vient, en grande partie, d'une erreur de lecture : lorsque l'on regarde le honne/tatemae à l'aune des principes culturels occidentaux, l'on associe la retenue nippone à de l'hypocrisie, ou, pire, de la lâcheté.

Car, côté occidental, afficher sa pensée est valorisé. C'est la promotion de l'individualisme. Non pas celui qui écrase l'autre, mais celui qui montre sa sincérité, invite au partage avec autrui. Dire ce que l'on pense, c'est se montrer libre, défendre sa singularité, accepter de débattre. Ne pas révéler sa pensée, c'est refuser de s'ouvrir à l'autre, être fermé d'esprit.

Au Japon, à l'inverse, le groupe prône sur l'individu. Plutôt que de dire ce que l'on pense, au risque de froisser l'autre, les Japonais s'adaptent, et adaptent leur discours, pour le bien de tout le groupe.

Lorsque l'on pousse la réflexion, l'on se rend compte que l'Occident aussi a, lui aussi, une forme de honne/tatemae. Certes, pas au niveau observé au Japon, mais à un degré permettant, lui aussi, l'échange pacifié avec l'autre. Comme le soulignait le sociologue allemand Norbert Elias, (1897-1990) : l'individu intériorise et adopte des « positions de soi ». Vous ne saluez pas votre supérieur hiérarchique comme vous saluez votre enfant, votre ami, votre conjointe ou conjoint. Et même entre amis, vous ne parlez pas forcément de la même manière à l'un ou à l'autre.

Loin de s'opposer à la sincérité, le honne/tatemae est donc une convention sociale, intériorisée dès l'enfance, visant à réguler les relations humaines. Cette pudeur dans les échanges s'efface dans les sphères affectives (famille, amis). En côtoyant régulièrement les Japonais, vous apprendrez, vous aussi, à cerner les subtilités du honne/tatemae.

Comment dire « non » en japonais

Autre subtilité, découlant droit du honne/tatemae : la difficulté d'exprimer son refus.

Vous vous rendrez vite compte combien il est difficile, pour un Japonais, de dire non. Politesse oblige, respect de l'autre avant tout, dire « non » est perçu comme trop agressif. Les Japonais lui préféreront le ã¡ãã£ã¨ (chotto), jugé plus doux et respectueux.

« Chotto », c'est le « sumimasen » numéro deux. Comme son homologue, il intervient extrêmement souvent dans les échanges. C'est une ponctuation supplémentaire.

A la base, « chotto », signifie « un peu ». S'il conserve son sens premier, il embrasse, dans de nombreuses autres situations, le rôle du « non ».

Cas pratique : quelqu'un vous invite à sortir et vous ne voulez pas. Plutôt que de dire « non », frontalement, vous glissez un « chotto ». Selon le niveau de la relation, vous pouvez l'agrémenter d'un « gomen ne'¦ chotto'¦ » ou d'un « sumimasen'¦ chotto'¦ ».

Votre interlocuteur comprend que vous venez de refuser sa demande.

Beaucoup d'expatriés se trouvent bien désemparés face à ce « chotto » dont ils ignorent la signification.

Cas pratique : vous demandez votre chemin/un renseignement à un Japonais, qui, ne sachant vous répondre, vous dit « chotto'¦ ». Vous attendez, pensant, à tort, qu'il vous demande de patienter « un peu ». S'en suivent des minutes gênantes (vous vous en souviendrez avec hilarité dans quelques jours) entre vous, qui attendez une réponse, et le Japonais, qui tente de vous dire qu'il ne peut vous renseigner.

Le « chotto » illustre bien à quel point la culture japonaise considère le respect de l'autre. La paix sociale. L'harmonie du groupe.

Culture d'entreprise et code de conduite

Cette harmonie de groupe se voit concrètement, dès que l'on sort de chez soi.

Ainsi, à Tokyo, l'on marche à gauche. Comme les voitures. Vous serez surpris de constater qu'il existe un sens de marche ' sens indiqué par des flèches, dans les gares. Gare à l'intrépide qui ne le respectera pas ! Outre le regard courroucé des Japonais, vous vous exposerez à de véritables chocs physiques, surtout en période de rush.

Dans la rue, pas de flèche, mais un sens de la marche toujours respecté. Et lorsque l'on emprunte l'escalator, l'on se place à gauche. Pour monter les escaliers, à gauche, toujours.

A noter que toutes les villes n'ont pas une telle rigueur. A Osaka, par exemple, les règles sont plus souples. Les habitants marchent à droite, au milieu, à gauche. Lorsqu'ils prennent l'escalator, ils se placent à droite. Est-ce pour cela que les Tokyoïtes appellent Osaka la « voisine rebelle » ? Les Occidentaux, eux, la trouvent souvent plus proche d'eux, plus détendue, insouciante.

Rigide, Tokyo ? Pas toujours. Rigide, et en même temps, colorée, novatrice, avant-gardiste. Rendez-vous dans le quartier Harajuku pour une expérience visuelle unique. Considéré comme le « temple de la mode tokyoïte », le quartier est célèbre pour sa rue Takeshita-dori, où se réunissent nombre de boutiques de créateurs, de mode punk, rock, grunge, pop, lolita, street. Tous les goûts sont permis. Toutes les couleurs sont les bienvenues. Le mot d'ordre est justement : oui à la couleur ! Les jeunes investissent les lieux pour afficher leurs looks les plus originaux. L'atmosphère est bon enfant. Le vêtement est, pour eux, un moyen d'exprimer leur individualité.

Considérés comme excentrique par certains, cette mode décomplexée est peut-être la réponse de la jeunesse à la rigueur des conventions sociales. L'uniforme pourrait être son incarnation : présent à l'école, il revient lorsque l'on décroche un emploi (costume/tailleur dans les tons neutres). A travers le vêtement, les jeunes japonais interrogent leur société. Ici, cultures occidentale et japonaise se rejoignent. Bien plus qu'un simple accessoire, le vêtement devient porteur de message. Un message délivré dans le respect, qui prône la tolérance et la liberté. A l'image du quartier Harajuku, qui rassemble une antre pop mode alternative, un sanctuaire shintoïste, deux parcs nationaux. La magie de Tokyo est là. Dans ces mondes qui se mêlent et coexistent naturellement.

Finalement, l'on s'y fait facilement, à cette atmosphère. En tant qu'expatrié, vous serez sans doute, dans un premier temps, sensible à l'extrême politesse japonaise. Les mois passants, peut-être ressentirez-vous quelque frustration, devant le mur que semble incarner le honne/tatemae. Ne le craignez pas. Partie intégrante de la culture, il est une manière de cultiver la paix sociale. Pratiquer la langue japonaise, évoluer dans les mêmes cercles que les Japonais (travail, clubs sportifs, de loisirs, établissements scolaires, etc.) vous permettra de nouer de briser la glace, et de nouer de véritables relations.

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