
Des frontières presque toutes rouvertes. Des restrictions entièrement supprimées ou assouplies. Non, la Covid-19 n'a pas fui devant le soleil de printemps. Le virus circule toujours, et mute. Mais il n'effraie plus. Du moins, plus besoin de confiner les populations chez elles.
Même le Japon sort de sa bulle. Une sortie trop prudente, au grand dam des professionnels du tourisme et des voyageurs. Peut-on tout de même parler de « retour à la normale » ? Est-il possible de revenir à la vie d'avant ?
Un retour à la vie d'avant ?
La vie d'avant, c'est sourire sans masque. C'est, dans certaines cultures, la poignée de main ou la bise. La vie d'avant, ce sont les étreintes, les embrassades, les accolades. Car dans la vie d'avant, il n'y a pas de pandémie Covid. Dans la vie d'avant, il n'y a pas de jauge pour aller au stade, au théâtre ou au cinéma. Il n'y a pas de test pour voyager. Pas de quarantaine, pas d'isolement. La vie d'avant connaît les virus saisonniers et sait s'en prémunir : le vaccin contre la grippe, le lavage régulier des mains pour éviter les épidémies de gastro-entériques… Rien de bien contraignant, et surtout, rien qui touche le monde entier.
Et puis, la Covid est arrivée, et a balayé la vie d'avant. Deux ans de monde sous cloche, avec des accalmies et des rechutes. Enfin, le printemps 2022 passe un nouveau coup de balai. À première vue, on voudrait croire qu'il n'y a plus aucune trace du temps Covid. Tout semble rentré dans l'ordre. L'urgence économique a supplanté le sanitaire, accélérant la réouverture des frontières et réduisant les restrictions à leur strict minimum. L'un après l'autre, les États suppriment l'obligation de test pour entrer sur leur territoire. Le 25 mai, la Belgique et Oman ont supprimé toutes leurs restrictions de voyage. L'Allemagne suit dès le 1er juin. Avant eux, la Slovénie, la Mongolie, la Norvège, le Royaume-Uni, la Hongrie, l'Islande et l'Irlande ont ouvert la voie. La vie flaire bon le « comme avant ». Rues bondées, terrasses des restaurants prises d'assaut. Le monde a de nouveau accès à tout, et tout est redevenu accessible pour tout le monde. Ou presque. Impossible de mettre les cas Covid sous le tapis.
La Covid est toujours là
Plus de 520 000 personnes sont diagnostiquées positives à la Covid-19 chaque jour dans le monde. Le chiffre augmente régulièrement, tout comme le nombre de décès. Plus de 6 millions à ce jour. Au premier trimestre 2022, lorsque les pays ont annoncé la fin totale ou partielle des mesures Covid, leur situation était parfois plus critique qu'au temps des restrictions massives. Par exemple, la France est sur une pente haute avant de décider d'alléger ses mesures. Nous sommes alors en début mars, et la Covid touche en moyenne 50 000 personnes par jour. Le 14 mars, c'est la fin du passe vaccinal et d'un grand nombre de restrictions. Le nombre de cas continue de grimper, jusqu'à atteindre un pic à plus de 130 000 contaminés par jour en moyenne. Le gouvernement ne revient pas sur ses allégements, contrairement à d'autres États comme le Canada. Confronté à une nouvelle vague Covid (plus de 30 000 cas par jour), l'État réinstaure le masque obligatoire. L'obligation est levée le 14 mai, alors que le nombre de cas diminue (moins de 5000 par jour). Une décrue toujours de mise à l'heure actuelle, tout comme en France (environ 16 000 cas par jour).
La fin du masque obligatoire reste le signe visible d'une amélioration de la situation. Pour les personnes sourdes et malentendantes, c'est une vraie libération. On a trop peu entendu leurs témoignages. Les restrictions les ont pourtant doublement impactées. Onéreux, parfois inadapté, le masque transparent a fait un flop. Impossible de lire sur les lèvres d'une bouche invisible. Impossible de décoder des phrases calfeutrées sous un masque. Les élastiques des masques malmènent les prothèses auditives. Les interférences sonores transforment les visioconférences en séances de torture. Les intéressés parlent d'un « double isolement » et d'un « effacement progressif » du monde social. La fin du masque obligatoire est, pour eux, un double soulagement.
L'inquiétude face aux nouveaux variants
Peut-on pour autant parler d'un retour à la normale ? Cela dépend du point de vue. Les habitudes sont de retour, certes. Mais le virus est toujours là. Et ça, tout le monde l'a compris. Après Omicron, XE commence à donner quelques sueurs froides aux chercheurs. On le pensait inoffensif. Il pourrait être plus contagieux qu'Omicron. Après avoir sévi au Royaume-Uni en janvier, il migre vers l'Espagne, la Finlande ou la France. En dehors de l'Europe, c'est l'Afrique du Sud et Nouvelle-Zélande qui se mettent en alerte. Une situation que pourraient bien vivre les pays d'Europe, s'ils ne relancent pas la machine vaccins/gestes barrières, s'inquiètent certains scientifiques. En parallèle, la variole du singe, pourtant sans lien avec la Covid, pourrait bien se révéler un peu plus inquiétante que prévu.
L'expression « retour à la vie d'avant » interroge. La communauté scientifique préfère la prudence, face à un virus qui montre sa capacité à s'adapter à son environnement et à muter. Les chercheurs comprennent l'exaspération des populations, mais rappellent que face à un virus inconnu, les pronostics ne peuvent être que partiels. Ils rappellent aussi que la mondialisation et les mouvements de populations font aussi circuler le virus. Or, l'on est loin d'être tous vaccinés contre la Covid. Les habitants d'Afrique sont particulièrement exposés, alors que le programme d'aide COVAX essuie des ratés.
Conclusion
Au fond, le possible retour à la normale n'est vrai que pour certains groupes de personnes. Les malades de la Covid ayant toujours des symptômes (Covid longue) ne sont pas retournés à la vie normale. Les personnels soignants, donc beaucoup souffrent d'un burn-out, ne sont pas retournés à la vie normale. Les malades dont la pathologie s'est aggravée faute de soins (l'essentiel des lits étant occupés par des patients Covid), ne sont pas retournés à la vie normale… ou sont malheureusement décédés. Les personnes qui ont perdu leur emploi, ont changé de travail, de région, ont divorcé, se sont séparées (re)mariées, se sont enrichies, appauvries, attendent toujours un vaccin anti-Covid… ne sont pas retournées à la vie normale. Puisque le monde englobe des pays différents aux situations différentes, le monde n'est pas retourné à une vie normale. L'on pourrait même philosopher sur la notion de normalité. Pas de retour à la vie normale, donc, mais plutôt une adaptation et une prise de conscience. Les États n'ont jamais été aussi interdépendants. Le lien social n'a jamais été aussi important.


















