
Les autorités mauriciennes n'ont signalé ni pénurie ni rupture d'approvisionnement, qu'il s'agisse de carburant, de denrées alimentaires ou d'autres produits de nécessité. Mais les effets de la guerre qui a éclaté le 28 février entre les États-Unis, Israël et l'Iran commencent à se faire sentir, même si on se trouve à 6 000 kilomètres des combats. Pour les expatriés installés à Maurice, les prochaines semaines vont exiger vigilance et anticipation sur plusieurs fronts du quotidien.
À la pompe : une pénurie artificielle décriée
Les posts se multiplient sur les réseaux sociaux depuis le début de la semaine. De nombreux automobilistes se plaignent de la fermeture de certaines stations-service à travers l'île, même si le gouvernement a annoncé officiellement que les prix du carburant restent inchangés, du moins, pour l'instant. Le ministre du Commerce Michael Sik Yuen a d'ailleurs appelé les automobilistes à ne pas se ruer sur les stations-service comme il n'y a pas de pénurie à ce stade.
Cependant, il faut comprendre le fonctionnement du marché local. À Maurice, les prix du carburant ne sont pas déterminés par le marché mais fixés par le Petroleum Pricing Committee (PPC), un organe gouvernemental. C'est la State Trading Corporation (STC) qui importe le carburant pour l'ensemble de l'île, en achetant sur les marchés internationaux en dollars, généralement pour les trois mois à venir. Ce mécanisme crée un effet tampon. Ainsi, les hausses internationales ne se répercutent pas immédiatement à la pompe, mais il ne les empêche pas. Il les décale tout simplement.
Rappelons que le Brent a dépassé 80 dollars le baril lundi, soit une progression d'environ 10 % en une seule journée. Des analystes évoquent la barre des 100 dollars si le blocage du détroit d'Ormuz, par lequel transite 20 % du pétrole mondial, venait à se prolonger.
En conséquence, si vous êtes propriétaire d'un véhicule à Maurice, pensez à intégrer dans votre budget mensuel une hausse possible et durable du carburant dans les mois à venir.
Gaz : Maurice épargnée pour l'instant
Le prix du gaz a connu cette semaine une flambée sans précédent sur les marchés mondiaux. Le contrat à terme du TTF néerlandais, référence européenne, a bondi de plus de 48 % à 47,32 euros le mégawattheure, après avoir atteint en séance un pic de 52,38 % à 47,70 euros, son plus haut niveau depuis février 2025. À l'origine de ce choc : l'arrêt de la production de gaz naturel liquéfié par QatarEnergy, dont deux sites majeurs ont été touchés par des attaques de drones iraniens. Cette perturbation intervient dans un contexte déjà tendu. Le détroit d'Ormuz, voie de passage incontournable pour une large part des exportations mondiales de GNL, étant désormais évité par les grands armateurs depuis le déclenchement du conflit.
Le ministre mauricien du Commerce Michael Sik Yuen tient toutefois à rassurer la population. Selon lui, aucune augmentation du prix du gaz ménager n'est prévue à ce stade. Maurice dispose actuellement d'un stock de 10 882 tonnes métriques, jugé suffisant jusqu'au 10 avril. Un nouvel arrivage est attendu bien avant cette date. La situation reste néanmoins suivie de près par les autorités, dans un contexte international qui évolue d'heure en heure.
Faut-il s'inquiéter pour les courses et les produits du quotidien ?
L'île Maurice importe aujourd'hui plus de 77 % de ses besoins alimentaires, notamment l'huile de cuisine, le lait en poudre, les légumineuses, les conserves, ainsi qu'une large part des légumes et des produits frais consommés localement. Or, les grandes compagnies maritimes, telles que Maersk, CMA CGM, MSC et Hapag-Lloyd, ont suspendu leurs transits par le détroit d'Ormuz et dérouté leurs navires via le cap de Bonne-Espérance. Ce contournement de l'Afrique ajoute deux à trois semaines aux délais habituels et accroît significativement les coûts de transport. Les primes d'assurance de guerre pour les cargos opérant dans la zone ont déjà bondi de plus de 50 %. Ces surcoûts seront répercutés sur les prix à l'importation et, par conséquent, sur la consommation.
Il faut cependant nuancer. Maurice a traversé des chocs comparables, notamment la guerre en Ukraine en 2022 et la flambée des prix post-Covid. De plus, le gouvernement dispose d'outils d'amortissement : subventions sur les produits de base et gel temporaire des prix sur certaines denrées.
Face à l'incertitude actuelle, le ministre de l'Agro-industrie, Arvin Boolell, a convoqué mardi un comité d'urgence sur la sécurité alimentaire afin d'évaluer les répercussions éventuelles du conflit israélo-iranien sur les chaînes d'approvisionnement de l'île. Selon lui, l'île Maurice dispose, à ce stade, de stocks suffisants, notamment en fruits et légumes, pour répondre à la demande locale. Il a également appelé la population à ne pas céder à la panique.
Vols et connexions aériennes : vérifiez avant de partir
Air Mauritius a confirmé que ses liaisons vers l'Europe restent opérationnelles, avec des itinéraires de contingence disponibles si nécessaire. La compagnie surveille activement l'évolution de la situation.
Les perturbations touchent surtout les passagers qui transitent par les grands hubs du Golfe : Dubaï, Doha et Abu Dhabi. Des plateformes qui servent de points de connexion essentiels entre Maurice et une grande partie du monde et qui sont directement touchées par les combats.
Si vous avez un vol prévu dans les prochains jours ou semaines via Dubaï, Doha ou Abu Dhabi, contactez votre compagnie aérienne pour vérifier le statut de votre réservation et connaître les options alternatives disponibles. Évitez de vous présenter à l'aéroport sans avoir vérifié au préalable.
Livraisons et commandes depuis l'étranger : comptez des semaines de retard
Pour les entreprises et particuliers qui attendent du matériel, des fournitures ou des marchandises commandés à l'étranger, les opérateurs logistiques ont émis des alertes claires sur les corridors Europe-Asie et Asie-océan Indien. Des surcharges de fret sont en cours d'introduction. Les délais de livraison sur les commandes en transit sont allongés de deux à quatre semaines selon les routes, parfois davantage.
Les hubs de transbordement du Golfe, notamment le port de Jebel Ali à Dubaï par lequel transite une part importante des marchandises destinées à l'océan Indien, sont perturbés ou temporairement à l'arrêt.
Sources :
- Le Mauricien — Guerre au Moyen-Orient : le pétrole et le gaz bondissent, les Bourses accusent le coup
- Maurice Info — Air Mauritius Press Communiqué on the Middle East Crisis
- Defimedia — Michael Sik Yuen : «O nivo gaz nou pena pou kas latet…»
- France Info — Gaz, pétrole, tourisme : le coût immédiat des tensions au Moyen-Orient
- CNBC — The Strait of Hormuz crisis explained



















