
Vous venez de débarquer à l'aéroport, un brin décoiffé par l'humidité ambiante, les valises pleines de bonnes intentions et d'affaires de mi-saison. Vous êtes là, prêt à vivre votre nouvelle vie à l'île Maurice. Tout semble réuni pour le bonheur. Et c'est vrai. Mais avant de siroter un jus de tamarin, les pieds dans l'eau, il faut traverser la jungle de l'installation. À Maurice, tout fonctionne. Mais rien ne fonctionne comme chez vous. Ici, on ouvre un compte bancaire avec un paraphe et une facture d'électricité, on prend un taxi par WhatsApp, et on découvre que « tout de suite » peut vouloir dire « dans l'après-midi »... ou demain. Cet article n'a pas la prétention de tout vous apprendre. Mais il vous donnera les bons repères, les vraies astuces, et quelques avertissements pour éviter de tout découvrir par essai-erreur.
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Les indispensables à faire dès l'arrivée (ou avant, si vous êtes du genre prévoyant)
Avant même de penser à la plage ou au rhum arrangé, il y a un petit marathon logistique à lancer. Rien d'insurmontable, mais mieux vaut savoir dans quel ordre faire les choses, au risque de tourner en rond entre deux agences et trois files d'attente.
Carte SIM locale : priorité absolue
Vous pouvez oublier votre opérateur d'origine dès la sortie de l'aéroport. À Maurice, on vit avec un numéro local. Les principaux opérateurs sont my.t, Emtel et Chili, tous avec des forfaits rechargeables ou postpayés.
Conseil de terrain : commencez avec une carte prépayée my.t ou Emtel (facile à activer), puis vous verrez si vous passez au postpayé plus tard. On recharge dans n'importe quelle boutique, en ligne via Juice ou via votre application mobile bancaire.
Ouvrir un compte bancaire (et respirer)
La plupart des expatriés ouvrent un compte à la MCB ou à la SBM. Il faut une preuve d'adresse (même si vous logez chez un ami), votre passeport, un justificatif de revenus ou un contrat, et… de la patience.
Les documents sont examinés, photocopiés, estampillés, parfois envoyés à Port-Louis pour vérification. Mais à la fin, vous aurez une carte locale et accès à Juice, l'application qui vous sauvera la vie (et vos nerfs), ou SBM Tag. Bien entendu, la plupart des banques présentes à Maurice proposent leur propre application mobile.
Installer les bonnes applis (et supprimer les inutiles)
Premier réflexe une fois connecté : télécharger les apps qui marchent vraiment ici.
Juice pour les paiements, myt Money pour mieux gérer votre argent, HungryDodo ou OrderManzer.mu pour manger, my.t ou Metro Express pour se déplacer, et bien sûr… WhatsApp pour parler à tout le monde.
Internet à la maison : oui, mais pas tout de suite
Pour avoir le Wi-Fi chez vous, il faudra choisir entre my.t (Mauritius Telecom) et Emtel. Le service est correct, mais le processus d'installation peut prendre quelques jours (voire des semaines en période de pointe). En attendant ? Le partage de connexion via votre carte SIM locale fait l'affaire. C'est aussi le moment d'apprendre la patience… mauricienne.
Se loger sans se faire arnaquer (ni réveiller par un coq à 4 h du mat)
Pour trouver un logement à Maurice, il faut de la chance, du flair… et parfois accepter quelques bizarreries. Sur le papier, tout semble idyllique : villa avec piscine, vue sur la mer, clim dans chaque pièce. En vrai, il faut aussi penser à l'humidité, aux coupures de courant et aux voisins qui écoutent du séga à fond.
Où chercher ?
La plupart des expats trouvent leur logement via :
- Les sites immobiliers (rubrique Immobilier d'expat.com, Property Cloud, Lexpress Property)
- Facebook Marketplace et ses groupes spécialisés (parfois un peu fouillis, mais riches en offres),
- Les agences immobilières (plus rassurant, mais souvent plus cher),
- Ou le bon vieux bouche-à-oreille, toujours roi à Maurice.
À savoir : beaucoup de biens ne sont jamais publiés en ligne. Ils circulent entre propriétaires, agents, gardiens et amis d'amis. D'où l'intérêt de poser des questions partout.
Quel type de logement ?
Vous trouverez de tout : du studio au rez-de-jardin avec ventilateur grinçant, à la villa trois chambres avec piscine, vue montagne et gardien (plus pour la déco que pour la sécurité).
Les locations sont souvent proposées :
- meublées (avec plus ou moins de goût),
- semi-meublées (traduction : il manque des trucs),
- ou non meublées (à réserver aux longs séjours).
Méfiez-vous des annonces trop alléchantes : à Maurice, « luxueux » peut vouloir dire « il y a de l'eau chaude », et « vue mer » signifie parfois « si tu montes sur la chaise, tu la vois, au fond ».
Les zones les plus demandées
- Le Nord (Grand Baie, Péreybère, Trou aux Biches) : dynamique, touristique, beaucoup d'expats, restos, plages. Les prix suivent.
- L'Ouest (Tamarin, Black River, Flic-en-Flac) : belles plages, nature, écoles internationales, mais aussi chaleur intense en été.
- Le Centre (Moka, Quatre Bornes, Ébène) : pratique pour les écoles et le travail, vie plus locale, prix plus doux.
- Le Sud et l'Est : plus sauvage, plus isolé, parfait si vous cherchez le calme et un jardin avec manguiers.
Les prix… et les pièges
Le prix d'un studio simple dans le centre peut commencer autour de 15 000/mois Rs (~300 €), mais celui d'une villa en bord de mer dans le Nord peut facilement grimper à 60 000 Rs ou 100 000/mois Rs (~1200 à 2000 €).
Toujours vérifier :
- Si l'eau chaude fonctionne vraiment (et pas juste dans une pièce).
- Si le Wi-Fi est inclus ou pas souvent non).
- Si l'électricité est payée en sus (ce qui est presque toujours le cas).
- Et surtout : si le logement prend l'humidité. Car une villa « de rêve » avec moisissure dans la chambre d'amis, ça fait tout de suite moins rêver.
Visitez toujours, posez des questions précises, et si possible, parlez au locataire précédent. À Maurice, les bonnes affaires circulent vite, mais les galères aussi.
Se déplacer sans perdre patience (ni permis)
À Maurice, il y a ceux qui ont une voiture… et ceux qui ont beaucoup de contacts WhatsApp. Car ici, les applis de mobilité ne sont pas reines, et votre adaptabilité fera souvent plus de miracles qu'un plein d'essence.
Pas d'Uber ? Pas grave.
Si vous espériez commander un VTC à la minute comme à Londres ou Dubaï… Désolé de briser le rêve : Uber, Bolt, et autres géants de la mobilité ne sont pas présents à Maurice. Mais la solution locale fonctionne tout aussi bien, voire mieux : on demande à un ami, à un voisin ou dans un groupe Facebook, et en moins de deux messages, vous aurez le numéro d'un « super taxi ». Il s'appelle Ramesh ou Sandy ; il roule de jour comme de nuit et connaît toutes les routes, même celles que Google ignore. Il fonctionne par message WhatsApp.
Sinon, il y a aussi Yugo
Pour les plus digitaux d'entre vous, il existe Yugo, l'appli locale de VTC. Disponible dans les grandes villes, elle permet de commander une course facilement, avec paiement par carte ou cash. L'interface est propre, les chauffeurs sérieux et l'expérience est plutôt fluide. Ce n'est pas Uber, mais ça fait très bien le job.
Et le métro ?
Oui, Maurice a un métro ! Il s'appelle Metro Express ; il est moderne, propre et relie Port-Louis à Curepipe en passant par Rose Hill et Quatre Bornes. Il est utilisé autant par les Mauriciens que par les expatriés, avec des horaires réguliers et une appli dédiée très bien conçue.
Seul bémol ? Il ne dessert qu'une partie du territoire. Si vous vivez dans le Nord ou à l'Ouest, vous ne verrez jamais passer de rame.
Louer, acheter ou importer un véhicule ?
- Scooter : parfait pour les zones balnéaires, mais attention à la conduite locale (ça klaxonne, ça double sans prévenir, et les chiens errants ont parfois envie de vous tester).
- Voiture : très utile, voire indispensable hors des grandes villes. Vous pouvez en louer une (Rs 15 000 à 25 000/mois), en acheter une localement (avec une bonne inspection), ou en importer (mais attention aux démarches et aux taxes).
- Vélo ? Pas vraiment pratique, sauf si vous vivez dans une zone très plate (et très courageuse).
Le permis de conduire
Si vous avez un permis international, vous pouvez conduire à Maurice pendant une période limitée (généralement 4 à 6 mois selon votre visa). Ensuite, il faudra le convertir ou en demander un mauricien. Le processus est administratif mais faisable, surtout si vous avez un bon contact à la NTA (National Transport Authority)… ou beaucoup de patience. À noter que la conduite est à gauche, ce qui demande un petit temps d'adaptation. Surtout quand vous cherchez les clignotants et que vous actionnez les essuie-glaces à la place.
Se nourrir
À Maurice, on mange bien. Très bien même. Entre les saveurs créoles, indiennes, chinoises, européennes et parfois improbablement fusionnées, vos papilles ne vont pas s'ennuyer. Mais avant de vous gaver de mine frit et de samoussas, il faut apprendre où, comment et à quel prix se nourrir sans galérer.
Les supermarchés : repères des expats affamés
Vous trouverez des supermarchés un peu partout sur l'île : Super U, Intermart, Winner's, Dreamprice, King Savers… Chacun a ses fans et ses particularités.
- Super U est apprécié pour son large choix et ses produits importés. Bonus : ils livrent à domicile, ce qui peut sauver un dimanche pluvieux (ou votre frigo vide).
- Intermart propose une expérience plus « calme », avec un peu moins de monde et des produits souvent de qualité.
- Dreamprice et King Savers sont des options économiques, pratiques pour les produits de base.
- Winner's, est bien implanté dans les quartiers résidentiels ; il sauve bien des apéros de dernière minute. On y trouve un peu de tout, à des prix raisonnables, avec quelques produits locaux bien choisis.
Attention aux produits européens importés : le pot de Nutella peut coûter aussi cher qu'un taxi pour l'aéroport.
Les marchés : l'âme mauricienne dans votre assiette
Si vous aimez les saveurs locales, les couleurs vives et les papayes mûres à point, allez au marché. Celui de Port-Louis est un incontournable, mais chaque ville ou village a le sien (Quatre Bornes, Mahébourg, Flacq, Goodlands…).
On y trouve des fruits et légumes de saison, du poisson frais (à 6 h du mat'), des épices qui parfument tout le sac, et souvent un vendeur qui vous appelle « chef », « boss », ou « madame charmante » même à 8 h 00.
Marchander n'est pas obligatoire, mais acheter avec le sourire et fidéliser un vendeur, c'est l'assurance d'avoir les meilleures tomates.
Les snacks et restos : petit budget, gros goût
À Maurice, on mange très bien sans se ruiner. Un plat de riz frit ou des mines (nouilles sautées) est très abordable. Les snacks de bord de route sont une véritable institution : mine bouilli, dholl puri, roti, boulettes vapeur… tout est fait maison, souvent délicieux et servi avec beaucoup de générosité.
Les restaurants plus classiques, eux, s'adaptent à tous les styles : cuisine fusion, italienne, indienne raffinée, créole revisitée. Les prix sont souvent raisonnables comparés à l'Europe ou à l'Afrique du Sud, sauf dans certains établissements très « expat-friendly » où le brunch avoisine les 25 euros.
Se soigner (et rester zen en cas de bobo)
À Maurice, on se soigne plutôt bien. Le système est un mélange de modernité, de débrouillardise et de relation humaine, et comme souvent ici, ça fonctionne mieux avec un bon contact et un peu de souplesse.
Cliniques privées ou hôpitaux publics : comprendre la logique
Maurice dispose d'un système de santé à deux vitesses :
- Les hôpitaux publics sont gratuits pour tout le monde (résidents comme non-résidents), mais souvent surchargés, avec des délais longs, peu de confort et une approche... très administrative.
- Les cliniques privées sont plus chères, mais beaucoup plus rapides, propres et efficaces. La majorité des expats y vont pour les urgences, les consultations, les accouchements, les radios, etc.
L'île Maurice dispose d'un secteur de santé privé bien développé, offrant des services de qualité, souvent privilégiés par les locaux et les expatriés pour la rapidité des soins, l'équipement moderne et le personnel qualifié. Certaines cliniques proposent des packages santé annuels pour les expats, avec des check-ups, des consultations illimitées ou priorisées.
Trouver un médecin
Ici, pas de prise de rendez-vous en ligne ultra-structurée. Non, non. À Maurice, on fait comme on a toujours fait. On demande le contact du bon généraliste à un voisin, un groupe Facebook, un collègue…Puis on envoie un message WhatsApp. Oui, même pour un rendez-vous médical. Et devinez quoi ? Le médecin vous répond. Parfois lui-même, parfois son assistante.
Pharmacies : fiables, réactives, souvent bienveillantes
Il y a des pharmacies partout à Maurice, parfois ouvertes jusqu'à 20 h, et certaines proposent même la livraison à domicile. Les pharmaciens sont souvent de bons conseillers, et vous pouvez trouver des produits courants sans ordonnance, comme des antibiotiques légers ou des anti-inflammatoires.
L'assurance santé : locale, internationale ou totale impro ?
Certains expats sont couverts par leur assurance internationale (Allianz, CFE, April, etc.), d'autres prennent une assurance locale (Swan, MUA, etc.), et beaucoup… croisent les doigts. Si vous comptez rester plus de six mois, mieux vaut avoir une vraie couverture, même basique, pour éviter les mauvaises surprises. Une nuit à la clinique privée peut coûter entre 15 000 et 50 000 roupies (~300 à 1 000 € selon les soins).
L'administration pour les patients
Si vous pensiez avoir tout vu en matière de paperasse, attendez de découvrir l'administration mauricienne. Ici, tout finit par se faire, oui, vraiment, mais rarement à la vitesse espérée, ni dans l'ordre logique. C'est un univers parallèle où photocopier son passeport devient une routine, et où « revenez demain » est une réponse parfaitement acceptable.
Le permis de résidence
Avant de vous installer à long terme, vous devrez définir sous quel statut vous souhaitez rester :
- Occupation Permit : si vous êtes salarié d'une entreprise mauricienne.
- Permis d'investisseur ou de travailleur indépendant : pour les entrepreneurs, freelances, consultants ou artistes.
- Permis de retraité : si vous avez plus de 50 ans et un revenu stable.
Les demandes se font auprès de l'Economic Development Board (EDB). Leur site (edbmauritius.org) est assez bien conçu, mais les démarches restent complexes, surtout si vous avez horreur des documents notariés, des traductions certifiées et des fichiers PDF en cascade. Il peut être utile de se faire accompagner par une agence spécialisée ou un expatrié aguerri.
Les rendez-vous ? Parfois en ligne, parfois à 7 h du matin
Certaines institutions proposent aujourd'hui des rendez-vous via le site govmu.org : pour l'immigration, les impôts, ou la NTA (permis de conduire). Bonne nouvelle.
Moins bonne nouvelle : beaucoup de démarches se font encore physiquement, sur place, à l'ancienne. On vous demandera de venir en personne, avec vos originaux, vos copies et votre stylo (oui, on vous fera remplir un formulaire à la main).
Conseil pratique : prévoyez une demi-journée minimum par démarche. Et si tout se passe en 20 minutes, vous pourrez célébrer avec un roti.
Et le courrier, dans tout ça ?
La Poste mauricienne fonctionne… lentement. Une lettre d'Europe peut mettre 2 à 4 semaines à arriver, parfois plus. Quant aux colis, ils ont tendance à s'arrêter en chemin : souvent au bureau de poste du quartier ou à la douane. Dans certains cas, vous devrez vous déplacer pour signer, payer des frais ou tout simplement réclamer le colis. Si vous attendez un colis important, surveillez-le activement (et armez-vous de patience).
Les petits trucs qui changent tout
Dans un quotidien à l'étranger, ce sont souvent les détails qui font la différence. Voici quelques astuces de terrain glanées auprès d'expatriés qui vivent heureux sur l'île (ou qui ont au moins arrêté de râler) :
- Ayez toujours de la petite monnaie : pour les marchands de fruits, les bus, les petits restos, les tips. Les billets de 1 000 roupies peuvent vous valoir des regards désespérés.
- Achetez un ventilateur avant un micro-ondes : vous comprendrez en février.
- Gardez toujours une copie de vos documents officiels : physiquement et sur votre téléphone. À Maurice, le papier reste roi.
- Ralentissez. Vraiment. Ici, on fait la queue, on attend, on discute et on apprend à ne plus s'énerver pour un « retard » de 30 minutes. C'est normal.
Vous ne comprendrez pas tout tout de suite, et c'est tant mieux. Car c'est aussi ce flou initial qui rend l'expérience plus riche, plus humaine, plus vraie. Et entre deux démarches bancales, vous verrez un coucher de soleil qui vous fera oublier la file d'attente du matin. Alors souriez, et n'oubliez pas : ici, ce n'est pas « vivre à Maurice ». C'est vivre Maurice.
Pour en savoir plus, téléchargez gratuitement le Guide de l'expatrié à Maurice.



















