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Geoffroy Bunetel, Vice President de la CCI France UAE : « Aux Émirats, les Français font face à la crise avec sang-froid »

Geoffroy Bunetel
Écrit parVeedushi Bissessurle 03 Mars 2026

Alors que le Moyen-Orient traverse une nouvelle phase d'escalade militaire d'une ampleur inédite, les Émirats arabes unis, longtemps perçus comme un havre de stabilité dans une région tourmentée, se retrouvent eux aussi concernés par l'extension du conflit. Comment cette crise est-elle vécue sur place ? Quel est l'état d'esprit de la communauté française, forte de dizaines de milliers de résidents et de touristes ? Entre gestion sécuritaire, solidarité locale et décalage avec certaines perceptions médiatiques en France, Geoffroy Bunetel, Vice President de la CCI France UAE et Vice President de la CCI France International, nous livre un éclairage de terrain sur une situation exceptionnelle et sur la manière dont les Français des Émirats y font face.

Comment décririez-vous la situation actuelle au Moyen-Orient vue depuis les Émirats arabes unis ?

Le Moyen-Orient est une région qui est habituée aux crises géopolitiques, mais les zones de conflit et leurs répercussions y sont traditionnellement beaucoup plus circonscrites. Depuis samedi, Moyen-Orient est devenu un théâtre d'opérations militaires dans son intégralité. Cette militarisation et cette extension du conflit à des pays comme les Émirats arabes unis qui sont perçus comme très sûrs donnent à cette crise une intensité particulière. 

Si les Émirats arabes unis ont été éprouvés ces dernières années par des crises sanitaires et climatiques, c'est la première fois qu'ils doivent faire face à une agression de cette ampleur. D'un point de vue militaire, la réponse des Émirats a été assez impressionnante puisque l'immense majorité des attaques par missiles ou par drones ont été interceptées. Il n'y a d'ailleurs heureusement pas de blessés à déplorer parmi les 60 000 résidents français et les 10 000 touristes. 

Vous parlez d'un écart entre la perception extérieure et la réalité locale ? Dites-nous-en davantage.

Je reçois beaucoup de messages d'amis et de proches en France qui sont terrifiés pour nous et nous devons les apaiser, les tranquilliser et faire de la pédagogie.  C'est un peu « le monde à l'envers » . Je pense qu'il y a un effet de loupe car les médias traditionnels comme les réseaux sociaux donnent énormément de poids à quelques influencers absolument pas représentatifs de la communauté française ici et qui ont un intérêt à surjouer la panique et à faire du sensationnel. L'immense majorité de la communauté ici est certes inquiète par les récents développements et c'est légitime mais aussi sont aussi confiants dans les autorités, résilients, disciplinés. Nous avons, par exemple, beaucoup d'entrepreneurs, optimistes par nature et dotés d'un grand sens de la responsabilité, pour eux et pour leurs équipes. Et aussi beaucoup de Français notamment binationaux qui ont une grande expérience de la gestion de crise notamment nos compatriotes franco-libanais ou franco-syriens. Ils ont beaucoup de sang-froid, et comprennent bien les dynamiques locales. 

Malheureusement, le traitement médiatique tend à invisibiliser ces personnes au profit d'influencers, souvent récemment arrivés et sans beaucoup d'ancrage dans la communauté. C'est dommage car ça ne fait pas justice à la communauté française ici et en général. Et finalement c'est bien dommage que la France se renvoie à elle-même ce type de visage déformé. Personne n'y gagne rien.

Constatez-vous un climat d'inquiétude au sein de la communauté française, ou au contraire une forme de stabilité et de continuité ?

Bien sûr il y a de l'inquiétude car la crise est d'une intensité inédite, car il faut gérer le stress des enfants ici, de la famille et des amis en France. Et puis, il y a l'incertitude sur la durée du conflit. Mais cette inquiétude est pondérée par l'optimisme ambiant, par la confiance dans les autorités et peut-être par l'idée que cette crise nous rendra plus fort notamment s'il y a un changement de régime de l'autre côte du Golfe.

Qui est derrière FR'ENTRAIDE ? Quelle est sa mission et quelles sont les différentes parties prenantes de ce mouvement ?

Ca n'est pas un mouvement constitué et il n'y a pas de parties prenantes. C'est seulement l'initiative de quelques personnes qui a fait tache d'huile pour mettre en relation, connecter, partager. Vous savez, ici l'État est fort sur les sujets régaliens comme il le montre actuellement, mais il n'y a pas d'État-providence. Les gens ont donc l'habitude de se prendre en main.

Quelles sont actuellement les principales préoccupations des Français installés aux Émirats ?

En fait, les plus préoccupés sont les touristes qui souhaitent rentrer au plus vite chez eux et qui sont parfois perdus dans un pays dont ils ne connaissent pas les codes et les usages dans un contexte de crise. Hébergement, rapatriation, relations avec les compagnies aériennes sont les sujets les plus forts. En fait, le groupe FR'ENTRAIDE fonctionne largement comme un groupe de solidarité entre résidents et touristes, les premiers faisant bénéficier les seconds de leur expérience,  leurs relations, leur accès à l'information, et parfois un coup de main plus tangible.

Les Français résidant souhaitent partager des informations fiables sur la situation du pays. Se tenir au courant des consignes des autorités françaises et émiriennes et aussi partager des bonnes pratiques.

Les entreprises françaises implantées aux Émirats arabes unis ressentent-elles un impact direct de la situation régionale ?

Le pays continue à fonctionner à peu près normalement en ce sens que les commerces sont ouverts, les services rendus. Cependant, les entreprises sont en mode gestion de crise et privilégient les questions de sécurité de leurs équipes. Les écoles sont passées en distanciel. Il faudra juger de l'impact avec un peu plus de recul.

Pour les Français de passage ou en transit dans la région, quels sont les enjeux les plus concrets actuellement ?

Clairement, le retour en France et l'hébergement pendant la période d'attente. Il y a aussi une grande angoisse due au fait de se retrouver dans cette situation de crise, dans un pays méconnu. C'est aussi là que les résidents peuvent aider en rassurant, en expliquant, en relativisant.  Mais c'est parfois assez anxiogène…

Comment les autorités locales gèrent-elles la situation sur le plan sécuritaire et économique ? Quel message cela envoie-t-il aux expatriés ?

La situation est très bien gérée. Sur le plan militaire, j'en ai parlé plus haut. Sur le plan économique et social, les Émirats arabes unis disposent de très bonnes infrastructures, d'une solide culture du service et de la continuité des opérations. La population est résiliente, très disciplinée, toute nationalité confondue. C'est une énorme force car les énergies convergent vers un objectif commun. Lorsque nous aurons le recul nécessaire, je pense qu'on reconnaîtra une fois de plus la force du modèle émirien, comme cela a été le cas lors des crises sanitaires et climatiques de ces dernières années.

Quels conseils donneriez-vous aux Français qui vivent actuellement aux Émirats et s'interrogent sur la suite ?

Continuez d'être confiants, résilients, optimistes. Notre communauté et le pays dans lequel nous vivons le méritent.

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A propos de

Détentrice d'un diplôme approfondi de langue française, j'ai été journaliste à Maurice pendant 6 ans. Je compte une douzaine d'années d'expérience en tant que rédactrice web bilingue à Expat.com, dont cinq au poste d'assistante éditoriale. Avant de rejoindre l'équipe d'Expat.com, j'ai occupé le poste de journaliste/reporter au sein de plusieurs rédactions mauriciennes. Mon expérience de plus de 6 ans dans la presse mauricienne m'a permis de côtoyer plusieurs personnalités et de couvrir de nombreux événements sur différentes thématiques.

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