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Comment vos nouvelles habitudes alimentaires à l'étranger influencent votre poids

jeune femme prenant un repas
Visual__Production / Envato Elements
Écrit parAsaël Häzaqle 20 Janvier 2026

Entendons-nous bien. Il ne s'agit pas ici de prétendre que le simple fait de s'expatrier dans tel ou tel pays vous fera prendre du poids. Il ne s'agit pas non plus de lier le taux d'obésité d'un pays donné à un éventuel risque de développer une maladie chronique de la nutrition. Il s'agit plutôt d'évaluer en quoi l'expatriation et les changements qu'elle produit peuvent influer sur vos pratiques alimentaires et sur votre poids.

Nouvelles habitudes alimentaires : dans la peau d'un expat

Commençons par un rappel indispensable. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) définit l'obésité comme « une maladie chronique complexe qui se caractérise par un excès de dépôts graisseux qui peut nuire à la santé. »

Ce point fait, mettons-nous dans la peau de l'expatrié qui vient d'arriver dans son nouveau pays. Il a peut-être déposé ses bagages à Tokyo, à Santa Fe ou à Madrid. Ses papilles lui diront « merci » : ce sont les 3 meilleures villes pour savourer un bon plat. On ne cesse de vanter les mérites de Tokyo, la cosmopolite culinaire. On peut y déguster de délicieux sashimis, un roboratif nikujaga (pot-au-feu japonais) ou des ramen sur le pouce, à moins de flairer la bonne odeur des takoyakis (boulettes de poulpe grillé). Les cuisines du monde ont aussi leur place de choix. Les cuisines de Santa Fe et de Madrid ravissent tout autant les papilles.

Plongeons-nous à présent dans la nouvelle vie de notre expatrié. Il étudie ou travaille, part tôt et rentre tard. Sur le chemin du retour (ou pour la pause déjeuner), il passe peut-être par les marchés de Chiang Mai, en Thaïlande, ou de Quito, capitale de l'Équateur, deux villes bien connues pour leur street food savoureuse et abordable. Le soir, il s'autorise un voyage dans le voyage. À Cape Town, les cuisines africaines, indiennes, allemandes, japonaises (et bien d'autres !) se mélangent dans un festival de saveurs. Notre expatrié a du flair : toutes ces villes figurent également dans le top 10 des « cités culinaires ». Un palmarès qui fait la part belle à l'Espagne (Saint-Sébastien et Palma, en plus de Madrid), et qui accueille la solaire Lisbonne et New York, la ville qui ne dort jamais.

Nouvelles habitudes alimentaires en expatriation : des risques pour la santé ?

Soyez sans crainte : si vos nouvelles habitudes alimentaires se résument à une alimentation équilibrée, vous n'avez aucun risque pour votre santé. Par contre, si votre nouveau rythme de vie vous fait passer chaque soir par la « rue des tentations » (comprendre, toute rue inondée de denrées alimentaires aussi appétissantes que grasses et sucrées), vous pouvez vous inquiéter… surtout si vous êtes du genre à tester toutes les nouveautés qui croisent votre regard. Et puis, on est toujours un peu plus fragile en fin de journée, surtout quand le ventre quémande à manger. Il n'y a bien sûr rien de mal à se faire plaisir de temps en temps. Mais lorsque « le petit extra » devient « la nourriture de tous les jours », il y a (peut-être) du souci à se faire.

Obésité : une pathologie qui a touché le monde

Le 29 février 2024, la revue médicale The Lancet publie une étude sur l'obésité dans le monde, étude reprise par le journal The Economist. L'étude révèle qu'en 2022, plus d'un million de personnes dans le monde souffrent d'obésité. Les taux les plus importants sont relevés en Océanie et dans le Pacifique Sud : Samoa américaines (75,5 %), îles Tonga (71,7 %), Nauru (69,9 %), Tokelau (69,8 %) et les îles Cook (68,9 %). Les taux d'obésité dépassent les 40 % en Égypte (45,9 %), au Koweït et au Qatar (44 %), aux États-Unis et en Arabie saoudite (42 %). En Afrique du Sud et en Australie, le taux dépasse de justesse 31 %. Une partie des pays d'Europe se situe sous la barre des 20 % (Slovénie, Norvège, Luxembourg, Espagne, Suède…). Le Vietnam (2,04 %), le Timor-Leste (2,4 %) et l'Éthiopie (2,9 %) enregistrent les taux d'obésité les plus faibles.

Précision importante : ces taux ont été obtenus grâce à des calculs basés sur l'IMC d'adultes de 18 ans et plus (IMC supérieur à 30, indicateur d'obésité). Or, si l'OMS recommande l'utilisation de l'IMC, qui permet de calculer rapidement la corpulence globale. Mais l'indice ne prend pas en compte la quantité de muscle, de gras et d'eau. Certains peuvent avoir un IMC supérieur à 30 « à cause », mais une grande quantité de muscles. À l'inverse, on peut avoir un IMC « normal », mais avoir un excédent de graisse.

S'expatrier dans un pays riche ne rend pas obèse

Mettons les pieds dans le plat. Tordons quelques idées reçues. Reprenons l'exemple de notre expatrié, désormais bien familiarisé avec les douceurs culinaires de Tokyo, de New York ou de Madrid. Les chiffres montrent bien que l'obésité touche aussi bien les États à hauts revenus que les États à moyens ou faibles revenus. Le Japon, les États-Unis et l'Espagne sont considérés comme des pays à hauts revenus. Mais les taux d'obésité révèlent des variations importantes : à peine 5,5 % au Japon, contre 16,1 % en Espagne et 42 % aux États-Unis. Le taux observé au Japon est comparable à celui du Bangladesh (5,4 %), pays à moyens revenus, et du Burundi (5,2 %), pays à faibles revenus.

Il n'existe en fait pas de lien entre le niveau de revenu du pays dans lequel on s'expatrie et le risque de contracter une maladie chronique liée à la nutrition. L'étude montre même que cette maladie touche des régions particulièrement exposées à la pauvreté. On peut ainsi observer, dans un même pays, des cas de dénutrition et d'obésité. D'un côté, le chômage et la précarité empêchent d'accéder à de bons aliments. On lutte pour manger au quotidien. On n'a pas le temps de vérifier l'indice glycémique de chaque aliment. De l'autre, on a observé une modification de l'alimentation dans un grand nombre de pays. Les États ont progressivement abandonné leur cuisine traditionnelle pour une nourriture peu chère, plus rapide à consommer, mais néfaste pour la santé. Cas pratique avec le Mexique « Coca-colisé ». Dans les années 2010, le Mexique devient le premier pays consommateur de Coca-Cola. Un trophée et des conséquences funestes : en 2013, l'obésité est devenue la première cause de mortalité au Mexique. Aujourd'hui, le problème demeure.

Cuisines du monde, équilibre alimentaire et budget (serré)

Et s'il y avait un lien entre la globalisation du marché économique et la modification des habitudes alimentaires ? En quoi notre expatrié pourrait-il être impacté par ces phénomènes qui le dépassent ?

Pour un certain nombre d'économistes, aucun doute. La libéralisation du marché économique contribue à modifier les habitudes alimentaires… rarement pour le meilleur. Reprenant l'exemple du Mexique, ils observent que les taux de surpoids et d'obésité ont augmenté lorsque le pays a intégré le commerce international. Les États-Unis ont exporté en masse leurs produits alimentaires, produits souvent ultra-transformés. Au Mexique, le Coca-Cola s'est rapidement imposé comme la boisson la moins chère… Il était même moins cher que l'eau.

Bien entendu, il ne s'agit pas ici de fustiger le commerce international. Les échanges continueront, tout comme les expatriations. Comment manger équilibré à l'étranger quand on n'a pas forcément le budget pour acheter régulièrement des produits frais ? Les étudiants étrangers et expatriés en situation de précarité vous le diront : même s'ils le souhaitent, il est difficile de toujours manger équilibré quand on lutte pour boucler les fins de mois. Mais la hausse du pouvoir d'achat ne conduit pas forcément à améliorer le contenu de son assiette.

Le monde dans son assiette

Mais comment ramener « le monde dans son assiette » tout en conservant de bonnes pratiques alimentaires ? Si l'obésité est une maladie complexe, c'est parce qu'elle est multifactorielle. L'expatrié regarde dans son assiette, mais pas seulement. « cadences des repas » dans le pays d'accueil, activité physique régulière et adaptée ou sédentarité, grignotage éventuel, etc. C'est le rythme de vie qui doit être analysé avec soin, pour éviter les risques.

On rappelle néanmoins qu'il n'est pas question de se priver. Le « cerveau de votre ventre » (votre estomac) risquerait de vous le faire payer tôt ou tard. De même que l'on parle d'une « lune de miel » de l'expatrié fraîchement arrivé dans son pays d'accueil, on pourrait parler d'une « lune de miel » culinaire de l'expatrié qui découvre les mets locaux. Cette « lune de miel » se reproduira à chaque fois que l'expatrié tombera sur une nouveauté culinaire. Pas de souci si la nouveauté est intéressante sur le plan nutritif.

Mais en réalité, pas de souci non plus s'il s'agit d'aliments gras-sucrés… à condition de bien les intégrer à votre routine alimentaire. C'est justement le plus difficile à faire, surtout quand notre quotidien d'expat est déjà bien chargé. Pour se motiver, on peut se dire que rechercher « le monde dans son assiette » est une aventure du quotidien. Si on a l'habitude de manger équilibré, on conservera les mêmes pratiques tout en s'adaptant aux produits locaux. Dans le cas contraire, l'expatriation est le bon moment pour adopter de bonnes habitudes alimentaires. N'oublions pas que manger est aussi un plaisir. Plaisir de découvrir une nouvelle culture culinaire. Plaisir de partager de bons repas avec d'autres expatriés, avec des locaux. Plaisir de mixer les cultures pour construire son « chez-soi » dans le pays d'accueil.

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A propos de

Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d’expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d’expatrié : choix du visa, études, recherche d’emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d’un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

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