Les expatriés et leurs projets pour 2022

Vie pratique
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Publié le 2021-12-31 à 10:00 par Mikki Beru
Depuis mars 2020, rien ou presque ne leur est épargné, mais c'est avec résilience que les expatriés se lancent dans cette nouvelle année. Expat.com donne la parole à celles et ceux qui vivent la grande aventure quotidienne ou rêvent de la vivre, qui profitent du moment présent, veillent sur leurs proches, se recentrent sur l'essentiel pour mieux envisager l'avenir.

Que va-t-on faire de cette nouvelle année ? Optimisme, fatalisme, anxiété, tristesse, calme, indifférence, joie, inquiétude, pragmatisme, sérénité… 

La Covid-19 empêche-t-elle de se projeter ?

Et si la bonne résolution était de ne pas en faire ? Chaque année, les études pleuvent sur ces nouveaux projets (ou anciens, d'ailleurs), grands et petits, qui fleurissent dans les esprits. Et chaque année, les mêmes résultats tombent. Les objectifs sont vite abandonnés, perdus dans le quotidien de la nouvelle année. Il convient cependant de différencier les projets que l'on forme sans vraiment y croire et ceux que l'on construit réellement. Les premiers reviennent comme de sympathiques ritournelles. Les seconds – c'est l'objet de l'article – concernent les projets dans lesquels on s'est investi, ne serait-ce qu'en pensée. Rêve de voyage, de création d'entreprise, de reconversion professionnelle, de vie familiale plus riche, de reconnexion avec soi… Qu'il s'agisse de projets matériels ou plus personnels, ils supposent réflexion, organisation, et prise de décision. Mais voilà, la Covid-19 est arrivée en décembre 2019, et dérègle le monde depuis mars 2020. A-t-elle enterré l'idée même de « projets » ? Faut-il vivre au jour le jour ? Heureusement, pragmatisme et projection jouent dans la même cour. Au fond, vivre au jour le jour n'est-il pas un projet en soi ? 

Rester ou partir ?

Sché résume bien la difficulté de se projeter en pleine crise sanitaire : « Si ça ne tenait qu'à moi, j'aurais bien retenté une expatriation quelque part (toujours en UE), avec a minima un voyage de repérage en 2022. Mais la Covid et les finances ne nous le permettront pas. » Variant Omicron, inégalité vaccinale dans le monde, perte d'emploi, baisse de revenus… envisager sereinement l'avenir est un combat. Surtout avec une famille. Sché reconnaît qu'avec un conjoint pas très emballé à l'idée de s'expatrier et un nourrisson, mieux vaut reporter les projets de voyage. « Je garde cette idée dans un coin de ma tête pour quand on sera prêts à en discuter avec une meilleure visibilité sur l'avenir. » La Covid a augmenté d'un cran la nécessité de temporiser, de prévoir un plan B. Paradoxalement, c'est cette même Covid qui peut pousser à l'expatriation. Partir pour tenter de nouvelles expériences, comme Usinamiss, à Kinshasa (République Démocratique du Congo) depuis 4 ans : « Mes projets pour 2022 ? Partir vers de nouveaux horizons ! Il n'y a plus qu'à choisir lequel ! »

Partir, oui, si les frontières restent ouvertes. Les États réagissent à chaque nouveau cas de variant, avec, comme premier levier, la fermeture des frontières. Étudiants, pvtistes, candidats à l'emploi… beaucoup ont été touchés par ces politiques d'urgence. Sverige rêve d'une vie au calme, à Bruxelles, avec ses enfants : « J'adore la vie à Bruxelles, […] et souhaite un bon avenir scolaire et universitaire pour mes enfants, chose qui se dégrade peu à peu ici chez moi. » Mais difficile de trouver un contrat de travail pérenne. Le père de famille reste cependant confiant : « J'espère que l'année 2022 sera beaucoup mieux que celle-là sur tous les plans, surtout sanitaire, économique, social…  Paix et amour ! »

Digérer les échecs, vivre la résilience

L'espérance paie. Après plusieurs tentatives avortées, l'Australie a enfin rouvert ses frontières aux pvtistes vaccinés (détenteurs d'un Permis Vacances-Travail). Au Japon, par contre, l'incertitude continue. Un « mauvais rêve », témoignent les étudiants privés de voyage. Dernier coupable en cause : Omicron. Malgré 78% de la population complètement vaccinée, le Japon reste fermé ou presque. « TOUS les visas délivrés avant le 02/12/2021 sont suspendus jusqu'à nouvel ordre et ne permettent donc plus l'entrée sur le territoire japonais. » lit-on sur les sites des Ambassades. Les exceptions sont rares. Le Keidanren (fédération des entreprises japonaises) presse depuis des mois le gouvernement d'infléchir sa politique, en vain. Malgré tout, beaucoup restent optimistes : « Omicron passera comme sont passés les autres variants. Il faut juste que tout le monde puisse se faire vacciner. » 

Pragmatisme et résilience. Le témoignage de Mirana illustre bien cet état d'esprit : « En 2020, j'ai tout perdu. Boulot, échec à mes concours… Je devais partir à l'étranger et me retrouve coincée dans un 8m². Mais paradoxalement, ça va. J'entame une reconversion professionnelle. Fini l'expatriation, du moins, pour l'instant. J'apprends à saisir le bonheur où il se trouve. Ce n'est pas facile tous les jours, mais ça va. » Même résilience pour Sché, qui avance petit à petit en développant son activité, en espérant aider ceux qui, justement, ont tout perdu à cause de la pandémie : « On va y arriver ! » 

Se rêver créateur, développer son entreprise

En février dernier, la Banque Mondiale se penche sur les conséquences économiques de la Covid-19 : quel impact sur les entreprises ? Elle en suit 120 000 entre octobre 2020 et janvier 2021, réparties sur plus de 60 pays. Le chiffre d'affaires de ces entreprises a diminué d'environ 27%. Pour un quart des sociétés, la chute est plus brutale : -50%. Mais la majorité (65%) n'a pas licencié, préférant jouer sur d'autres leviers : réduction du temps de travail, baisse des salaires, ajustements des congés… Inversement, d'autres entreprises ont vu leur chiffre d'affaires s'envoler, à l'instar du groupe Bastide, spécialisé dans la vente de matériel médical (+16, 3% sur la période 2020-2021). Dans des domaines tout autres, le monde de l'animation, du jeu vidéo, et le secteur du luxe/haut de gamme ont, eux aussi, bien résisté à la crise, sinon accru leurs bénéfices.

Pour Olivair, 2021 est une année de croissance : « 2021 sera un ramp-up [montée en puissance ; terme économique] pour la société philippine que nous avons développée. Celle-ci importe et distribue des marques françaises de prestige. Nos clients, des particuliers, n'hésitent pas à investir dans des fourneaux de 90 à 350Kg qu'ils ont customisés. Les installations sont déjà planifiées jusque juin 2022. » La nouvelle année s'annonce florissante pour le chef d'entreprise, qui avance de nouveaux projets et souhaite mettre en valeur le savoir-faire des grands chefs cuisiniers philipppins : « Notre objectif 2022 sera de développer la gamme professionnelle avec des fourneaux construits par des compagnons en France depuis plus de 200 ans. Ceux-ci sont déjà utilisés par les plus grands chefs dans plus de 30 pays. Les grands chefs philippins le méritent aussi ! »

Et si la situation actuelle était paradoxalement un tremplin pour l'avenir ? Frappée par la pandémie, la planète est également ébranlée par les catastrophes naturelles. Les récentes tornades meurtrières aux États-Unis laissent le monde sans voix. Plus tôt, ce sont les tempêtes Ida et Uri (États-Unis), les inondations en Allemagne, en Belgique et en France, les feux de forêt en Algérie, en Grèce ou en Turquie, les séismes en Haïti et au Japon, l'éruption du volcan Nyiragongo, en RDC, à La Palma (Espagne), la famine à Madagascar, conséquence du réchauffement climatique… en parallèle, les pays s'écharpent lors de la COP26 et ne parviennent qu'à des accords à la marge.

Alerté par l'urgence climatique, Togonontogo veut agir : « Je souhaite créer une entreprise de recyclage plastique et relancer mes projets d'éducation dans l'environnement. » Même élan pour Axel, résident à Kinshasa depuis 3 ans, désireux « d'aider les habitants au quotidien ». Mais le problème, c'est le « manque de moyens ». Que faire face au défi environnemental ? Les États eux-mêmes s'écartèlent entre pression économique et urgence climatique. Les deux ne sont cependant pas irréconciliables, au contraire. Reconsidérer le capitalisme, ou, pour les plus avant-gardistes, changer de paradigme et s'orienter vers la décroissance : tels seront les défis des années à venir.

Redéfinir le rapport au temps et à l'espace

C'est peut-être le grand défi de ces temps toujours troubles. Apprécier le moment présent. La Covid-19 a bouleversé tous les repères et oblige à une nouvelle prise de recul. C'est le cheminement de Mars et Goaa. Le premier vit au Portugal depuis 4 ans avec sa famille : « Nous y sommes bien. Pas de changement de prévu pour 2022. […] Je continuerai à développer mon activité. » Goaa, lui, revient sur le confinement – qu'il a vécu en France avec son épouse – et le voit comme des « vacances prolongées » qui lui ont permis d'apprécier l'essentiel. « Nous sommes en location dans un petit appartement parisien de 25m², mais nous avons l'immense privilège d'avoir une terrasse et un jardin. Nous avons donc profité pleinement du temps magnifiquement agréable durant cette période de retranchement. » Goaa reste cependant conscient que 2020-2021 est une période « difficile et douloureuse pour la plupart d'entre nous. » Empathique, il pense à toutes celles et ceux en souffrance physique et/ou psychologique.

Est-ce le bon moment pour partir ? La question a germé aux quatre coins de la planète. Les déménagements à l'intérieur des États ont bondi, boostés par le traumatisme du confinement. Comme le précise Goaa, le balcon, la terrasse, le jardin, l'espace ont pris une importance capitale. Les mégalopoles engorgées perdent de leurs habitants, qui, dès qu'ils en ont les moyens, préfèrent aller en périphérie, dans des villes plus moyennes, plus accessibles financièrement, avec plus d'espace. D'autres renouent avec d'anciens rêves ou envisagent de nouveaux projets. C'est aussi l'un des effets des confinements. Penser autrement, oser le « pourquoi pas ? » imaginer le grand déménagement, s'expatrier. Pour Goaa, l'essentiel est de « profiter de l'instant présent, ne plus attendre pour décider de nous expatrier en Espagne dans un petit cortijo [petite ferme, maison de campagne]. Un endroit calme, pour profiter de la nature, car nous nous sommes rendu compte que nous n'avions pas besoin de grand-chose d'autre. » Pour Jean-Luc aussi, le bonheur se niche dans les instants familiaux du quotidien et dans de « petits projets » comme « un voyage au Danemark en juin, pour voir la plage, la nature… ». Un retour aux sources bienvenu pour 2022.

Optimisme, pragmatisme, résilience, simplicité, sérénité. Tels pourraient être les mots-clés de cette projection vers 2022. Si expatriation il y a, elle s'inscrit dans un nouveau rapport au temps et à l'espace. Changer de pays ou rester, se reconvertir professionnellement ou poursuivre ses activités, télétravailler à l'étranger ou se connecter au monde depuis chez soi, se mettre au vert, préparer sa retraite, l'avenir des enfants, créer son entreprise, réaliser un rêve… 2022 ouvre tous les champs des possibles.