Incitations aux expatriés : quelle réalité dans ces pays ?

Vie pratique
  • future expat choisissant sa destination
    Shutterstock.com
Publié le 2022-01-04 à 15:00 par Mikki Beru
On n'a peut-être jamais autant eu envie de voyager. Avec des avantages, c'est encore mieux. L'on parle souvent de ces « villes de rêve » dans lesquelles il fait bon vivre. Place aujourd'hui à ces lieux où notre simple présence renfloue notre compte en banque. Être payé pour vivre à l'étranger : effet d'annonce ou réalité ? La crise économique joue-t-elle un rôle dans ces campagnes incitatives ?

Récompenser les honnêtes citoyens

L'Alaska est passé maître dans l'art d'attirer les candidats au voyage. Parmi ses atouts : les grands espaces naturels, la beauté des paysages… Et le pétrole. L'Alaska fait partie des plus grandes régions pétrolières des États-Unis. Ce sont justement les redevances pétrolières qui lui permettent de créer, dès 1976, un fond permanent dont le montant est réparti entre les habitants. Crise sanitaire ou pas, le fonds garantit de toucher environ 1000 dollars par an (1114 cette année, soit 980 euros) avec un possible bonus pouvant rapporter quelques centaines de dollars supplémentaires. Autre avantage : l'État de l'Alaska est exonéré d'impôts. Pour recevoir le fonds, quelques conditions à remplir : résider en Alaska de manière permanente (ne pas s'être absenté plus de 180 jours), ne pas avoir commis de crime, ne pas avoir été incarcéré... En clair : être un bon citoyen. Si la prime annuelle est une belle incitation financière, on est loin du jackpot. Amour de la nature, opportunité professionnelle, désir de changer de vie... mieux vaut piocher dans ces motivations pour sauter le pas et vivre l'aventure en Alaska.

Surfer sur la vague du télétravail

Il partage avec l'Alaska une végétation préservée. Célèbre pour ses forêts et la beauté de ses paysages, l'État rural du Vermont est l'un des moins peuplés des États-Unis : 640 000 habitants, contre près de 39 500 000 en Californie, ou 29,2 millions au Texas. Pour attirer les populations, surtout les jeunes, le Vermont a lancé une subvention pour les télétravailleurs (Remote worker grant) de 10 000 dollars sur deux ans. Seule condition : s'installer dans le Vermont. Bémol : premier arrivé, premier servi. Une fois les subventions totalement distribuées, c'est portes clauses. L'État du Vermont précise d'ailleurs que l'intégralité de ses subventions a été attribuée depuis janvier 2020. 

Attirer les jeunes talents

Terre multiethnique, le Kansas est réputé pour la diversité de ses paysages, la richesse de sa gastronomie, en lien direct avec son histoire. L'État compte aujourd'hui 2,95 millions d'habitants, et c'est sa capitale, Topeka, qui cherche à attirer les jeunes talents de demain. A la clé, une subvention pouvant aller jusqu'à 15 000 dollars (environ 13 200 euros) en travaillant sur place. Les conditions : avoir un employeur qui participe au programme « Choose Topeka », déménager dans la capitale (acheter ou louer une maison dans le comté de Shawnee, qui abrite Topeka). La capitale mise sur la richesse de sa culture (de nombreux musées, restaurants, sites artistiques et musicaux...) et sa diversité pour attirer les jeunes talents internationaux. 

Faire revivre les villages

Situé dans les Asturies, au nord-ouest de l'Espagne, le village de Ponga a acquis une petite notoriété, bien malgré lui. Victime de l'urbanisation de l'Espagne durant le 20e siècle, il a vu sa population partir pour des contrées plus industrialisées. Ponga, son agriculture et sa ruralité peinent à séduire, surtout les jeunes. Pour ne pas sombrer dans l'oubli, le village aux 684 habitants propose 3000 euros à chaque jeune couple qui s'installe sur ses terres. 3000 euros supplémentaires seront reversés à chaque fois que le couple aura un enfant. Reportages TV, presse, Internet... on parle régulièrement du village médiéval. Une publicité bienvenue et encouragée par la municipalité, qui espère ainsi préserver et surtout faire vivre son patrimoine. Dans le département voisin, Rubiá, en Galice, mène une opération similaire et propose un bonus mensuel de 100 à 150 euros pour attirer de nouveaux résidents. Même stratégie pour plusieurs villages italiens : Candela, Santo Stefano di Sessanio, Molise ou Calabria misent sur des incitations financières et mettent en avant leur patrimoine pour attirer les jeunes étrangers.

Miser sur les start-up

Le Chili part à la conquête du monde avec les start-up avec « Start-up Chile » (SUP), organisme gouvernemental géré par l'Agence chilienne de développement économique. Présenté comme un accélérateur de croissance, Start-up Chile permet aux nouveaux entrepreneurs de démarrer et faire croître leur activité, notamment via l'octroi de subventions. Lancé en 2010, SUP met en avant la parité femmes-hommes. L'organisme encourage les candidatures d'entrepreneuses, et assure que 50% des entreprises retenues sont dirigées par des femmes. 

L'Irlande parie également sur les start-up. Le gouvernement a lancé « Entreprise Ireland », organisation qui promeut les entreprises irlandaises dans le monde. Pour recevoir les aides du gouvernement, la start-up doit être enregistrée en Irlande, créer au moins 10 emplois et dégager 1 million d'euros de chiffre d'affaires durant ses 3 premières années d'exercice. En contrepartie, Entreprise Ireland assure, outre son appui financier, son apport logistique et son expertise. L'Irlande fait valoir son attractivité - l'impôt sur les sociétés y est très faible - et ses bonnes relations commerciales, particulièrement avec l'Union européenne et le Royaume-Uni. En 2020, quelque 120 millions d'euros ont ainsi été attribués à des start-up, notamment, pour soutenir leur activité mise à mal par la Covid-19.  

Grèce, Croatie... d'autres États proposent des incitations à l'installation sur leurs terres. Il s'agit bien d'incitations, de subventions, et non de revenus accordés au seul motif d'entrer sur le territoire. Loin d'être payés pour vivre dans tel ou tel pays, les expatriés sont plutôt encouragés à créer des entreprises, des emplois, à participer à la vie économique du pays, à dynamiser leur nouvelle région de résidence.

Dans un monde frappé par la crise et inquiet face au nouveau variant Omicron, ces mesures incitatives sont autant de paris sur l'avenir. Non à l'immobilisme, et oui à la créativité et à l'innovation. Deux piliers justement nécessaires à toute croissance économique.