
La fin d'année prend tout le monde de court, et les réactions sont autant de coups brutaux portés à des économies toujours convalescentes. Même effroi côté politique, où l'on craint que les milliards injectés pour soutenir les entreprises n'aient servi à rien. Difficile, dans ce contexte tendu, d'entendre les appels à la liberté des non-vaccinés. Pour eux, c'est, au contraire, le régime sec. À quoi peuvent s'attendre les expatriés non vaccinés pour cette fin d'année ?
Tolérance zéro : le modèle jordanien
Encore deux semaines pour se mettre en règle. Les expatriés non vaccinés en Jordanie ont jusqu'au 15 décembre pour recevoir leurs deux doses de vaccin. Le ministère de l'Intérieur a musclé son discours dès octobre dernier, et vise particulièrement les non-vaccinés, y compris les expatriés. Pour eux, c'est le vaccin, ou l'expulsion. Bien que ne connaissant pas le pic actuellement observé en Europe, à peine 36,5% de la population jordanienne était vaccinée fin novembre. La découverte du nouveau variant Omicron n'arrange rien. Tolérance zéro, donc, et expulsion de tous les expatriés non pleinement vaccinés au 15 décembre. Le ministère de l'Intérieur rappelle que les expatriés ont ici les mêmes droits que les Jordaniens. Le vaccin est gratuit, et n'est pas soumis à la présentation d'un titre de séjour ou d'un permis de travail.
Frontières refermées
L'appel de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) n'est toujours pas entendu. Face au nouveau variant Omicron, les États ferment leurs frontières avec l'Afrique australe, voir, avec tous les pays. Israël ferme ses frontières à tous les voyageurs étrangers. L'État hébreu les avait ouvertes le 1er novembre dernier aux seuls voyageurs vaccinés. La fermeture des frontières concerne désormais tous les ressortissants étrangers, qu'ils soient vaccinés ou non. Les citoyens israéliens vaccinés devront présenter un test PCR négatif pour entrer sur le territoire, et se mettre à l'isolement pendant 3 jours. Les non-vaccinés, eux, sont contraints d'observer une quarantaine de 7 jours. Avec la fête juive Hanoucca (fête des lumières juives) qui a eu lieu toute la semaine écoulée, les autorités n'ont voulu prendre aucun risque. Pas d'annulation des célébrations, mais l'obligation de présenter son passe sanitaire. Avec le variant Omicron, les États contraignent encore plus les non-vaccinés, expatriés comme locaux.
Les autorités canadiennes ont annoncé que les étudiants et travailleurs étrangers non pleinement vaccinés ne pourront plus quitter le territoire en avion - la mesure a pris effet dès la fin octobre. Une tolérance a été accordée jusqu'au 30 novembre, sur présentation d'un test de dépistage moléculaire négatif. Le pays reste totalement fermé aux non-vaccinés, de même que les États-Unis, le Groenland, le Chili, l'Argentine, l'Uruguay, les Philippines ou encore l'Indonésie. Les autres États contraignent le voyage des non-vaccinés au maximum : motif impérieux, test PCR négatif exigé, quarantaine (Islande, Royaume-Uni, Lettonie, Thaïlande, Cambodge...).
Vie sociale à l'arrêt
Avec l'arrivée du variant Omicron, les États accentuent la pression sur les non-vaccinés. Certains pensent s'aligner sur l'Autriche, qui a rendu la vaccination obligatoire pour février 2022, avec une amende pouvant aller jusqu'à 3600€ pour les contrevenants. À partir du 15 décembre, l'Italie étend l'obligation vaccinale à tout employé du secteur public. Les autres non-vaccinés se voient privés de cinéma, de restaurant, de théâtre, de sorties en discothèque et autres événements sportifs (à partir du 6 décembre).
Confinée comme l'Autriche, la Lettonie frappe sur le porte-monnaie des non-vaccinés. Le refus de vaccination est désormais un motif valable de licenciement. La Slovaquie confine les non-vaccinés pour trois semaines. Interdiction pour eux de participer à la vie sociale du pays. L'accès aux commerces non essentiels leur est refusé, même avec un test PCR négatif. La mesure pourrait s'étendre avec l'arrivée du variant Omicron. La Grèce aussi tape sur les non-vaccinés, et leur interdit l'accès aux espaces fermés (à l'exception des restaurants, sur présentation de test PCR négatif). Avant la découverte d'Omicron sur son sol, le Premier ministre grec déclarait, dans une allocution télévisée : « Nous faisons face à une pandémie des non-vaccinés. La Grèce pleure des pertes inutiles parce qu'elle n'a tout simplement pas les taux de vaccination des autres pays de l'Union européenne. » Le nouveau variant ravive l'urgence de se faire vacciner. Avis partagé par l'Allemagne, qui scinde sa population en deux : les vaccinés et guéris, qui peuvent continuer de faire leurs activités, et les non-vaccinés, à qui l'on interdit tout ou presque. Pour eux, même un test PCR négatif ne suffit pas à entrer dans un restaurant ou un cinéma. Les intéressés crient au confinement déguisé. Angela Merkel en appelle à leur civisme. Jens Spahn, ministre de la Santé, enfonce le clou. « Vaccinés, guéris ou morts à la fin de l'hiver »: sa petite phrase lancée lundi 22 novembre a fait le tour de la planète et se teinte de tragique avec la menace du nouveau variant.
Guerre ouverte entre les vaccinés et les non-vaccinés ?
L'Allemagne s'enflamme autour de l'obligation vaccinale. Les partisans du « oui » rappellent que ce sont les 12 à 15 millions de non-vaccinés allemands qui plongent tout le pays dans la crise. Le 25 novembre dernier, l'Allemagne a franchi le triste cap des 100 000 morts de la Covid. Le variant Omicron est désormais présent sur le territoire. « Tout ça, à cause des non-vaccinés », s'irritent presque les vaccinés, qui ne veulent plus payer l'irresponsabilité de quelques-uns. Le ministère de la Défense prend de l'avance et annonce rendre la vaccination obligatoire pour tous les soldats. Markus Söder, président régional de la Bavière, et l'écologiste Winfried Kretschmann, ministre-président de Bade-Wurtemberg, militent pour une application de cette mesure à tout le pays. Ils signent une tribune mardi dernier, dans le quotidien Frankfurter Allgemeine Zeitung, et dénoncent les dérives de l'individualisme : « il y a une limite lorsque sa propre vision du monde cause de graves dommages à d'autres personnes». Même Joachim Sauer, époux d'Angela Merkel, sort de son silence habituel pour regretter la « paresse » des Allemands. Les tensions deviennent de plus en plus fortes entre les vaccinés et les non-vaccinés. La situation allemande se retrouve dans les autres pays du monde où les manifestations des deux camps virent parfois à l'affrontement. La Guadeloupe est en crise depuis le 15 novembre, entre manifestations contre le vaccin et « fake news ».
Interdiction de se rendre au restaurant, au cinéma, de visiter un musée, d'assister à un concert, de flâner dans les galeries commerciales... Qu'elles soient sous la forme d'un confinement pur et dur ou non, les mesures restrictives mènent la vie durent aux non-vaccinés. Tout est fait pour limiter au maximum leurs déplacements et interactions. Si les mesures sont les mêmes pour les locaux et les expatriés, une autre menace pèse sur ces derniers : le risque d'être expulsé ou bloqué sur le territoire. Seule solution pour espérer une fin d'année 2021 plus réjouissante : se faire vacciner.


















