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Expatriation en Asie : Taïwan se démarque, Singapour et Hong Kong boudés

May_Chanikran / Shutterstock.com
Écrit parAsaël Häzaqle 03 Août 2021

Face à une pandémie qui perdure, et déséquilibre le monde, les Etats asiatiques semblent privilégier la sécurité des locaux, quitte à perdre en attractivité. A l'inverse, d'autres parviennent à maintenir leur économie à flot, de quoi attirer les capitaux étrangers.

Il y a définitivement un monde avant et après la Covid-19. Pour les aspirants à l'expatriation en Asie, le monde d'après s'annonce plus perturbé. La flambée épidémique frappant une partie du continent plonge les habitants dans l'incertitude. Nombre d'expatriés ont quitté leur terre d'accueil, sans être forcément remplacés. Les territoires attractifs d'hier durcissent leurs règles. 

Variant Delta, crise économico-politique, et perte d'attractivité

Régulièrement en tête des pays asiatiques attractifs avant la crise sanitaire, la Malaisie, Singapour et Hong Kong figurent désormais au palmarès des pays qui freinent l'arrivée des expatriés. 

Hong Kong

Contrairement aux autres Etats, le tumulte que subit Hong Kong, amenant le départ progressif des expatriés, n'est pas entièrement dû à la pandémie. Depuis juin 2019, Hong Kong est entré dans sa pire crise. Principale raison : la rétrocession du territoire à la Chine continentale, adoptée en 1997, toujours contestée depuis. Hong Kong a traversé des vagues successives de contestation (notamment 2003 et 2014), avant les manifestations historiques de juin 2019, contre un projet de loi permettant les extraditions vers la Chine continentale. Crise politique, vite rattrapée par une crise économique : perte de confiance sur les marchés boursiers, fuite des capitaux étrangers, départ des investisseurs et des touristes... Hong Kong entre en récession. Les expatriés sont nombreux à quitter le territoire. 

La pandémie vient donc frapper un territoire déjà affaibli. Si la Covid-19 semble éteindre la flamme contestataire, celle-ci se rallume brusquement en mai 2020. Pékin tente un nouveau coup de force, avec une proposition de loi sur la sécurité nationale autorisant les services de sécurité et de renseignement chinois à installer des antennes à Hong Kong. Les expatriés se sentent de plus en plus mal à l'aise, sur un territoire qu'ils ne reconnaissent plus. Ils craignent de ne plus pouvoir travailler et vivre librement. Les citoyens pro-démocratie partagent leurs craintes, et dénoncent la proposition de loi, qui mettrait fin au système "un pays, deux systèmes", pourtant base de référence des relations entre Hong Kong et la Chine continentale. Avec des antennes sur le territoire, Pékin entend accélérer sa mainmise sur Hong Kong. Les effets de ce coup de force se font vite sentir : insécurité, dissolution d'associations pro-démocratie, liberté de la presse remise en question, démission d'élus locaux... et relations plus conflictuelles avec les places financières étrangères, lesquelles déplorent cette perte de contact privilégié et direct avec Hong Kong. 

Les expatriés, eux, sont encore plus nombreux à s'interroger sur un futur possible à Hong Kong. La ville ne séduit plus les expatriés. En 2020, un peu plus de 11 000 visas de travail sont délivrés, contre plus de 31 000 en 2019 (chiffres South China Morning Post). Et la pandémie n'est pas la principale cause : c'est bien la récession et la crise politique qui refroidissent les aspirants au départ.

Les expatriés présents sur le territoire semblent tout aussi alarmés. Selon Asia Times, en 2021, 42% des travailleurs expatriés pensent quitter Hong Kong à court ou moyen terme. En cause : la loi sur la sécurité nationale, entrée en vigueur en juin 2020. Hongkongais et expatriés y voient une menace pour leurs libertés, notamment, la liberté d'expression et de la presse. Les expatriés semblent également voir émerger un sentiment "anti-étranger" et ne se sentent plus à l'aise sur leur territoire d'accueil. Ils regrettent également la rudesse de la politique hongkongaise de lutte contre la Covid-19. Isolement long (jusqu'à 20 jours), incluant même les enfants, interdiction de voyager pour rendre visite à leurs familles... C'est toute la société hongkongaise qui paraît changée par les multiples crises politiques et économiques, et le passage en force du parti communiste chinois. Les expatriés sont nombreux à se tourner vers d'autres contrées asiatiques, qui, bien qu'adoptant également des mesures strictes pour lutter contre la Covid-19, sont plus stables politiquement (Japon, Corée du Sud, et Taïwan, dans une certaine mesure). Les autres envisagent de retourner dans leur pays d'origine. 

Singapour

Le coronavirus et ses variants successifs malmènent optimistes les plus persévérants. Les expatriés s'alarment sur les réseaux sociaux. Eldorados des travailleurs étrangers, la Malaisie et Singapour semblent aujourd'hui souffrir d'un désamour grandissant. Principale raison : des mesures jugées trop drastiques pour lutter contre la propagation du virus.

A l'échelle mondiale, Singapour démontre pourtant une bonne gestion de la crise sanitaire, avec un peu plus de 1800 cas de Covid au 29 juillet 2021. Mais la forte montée des cas ces derniers mois amène le gouvernement a progressivement renoncer à la stratégie "zéro Covid". Les vaccinations s'accélèrent ; les autorités espèrent vacciner 50% des habitants à la fin du mois. Les expatriés dénoncent cependant une campagne à deux vitesses, et affirment avoir plus de difficultés à se faire vacciner; la priorité serait, pour eux, donnée aux nationaux.

Les autorités singapouriennes, elles, mettent en avant le succès de leur politique vaccinale, qui leur permet de lever quelques restrictions : les rassemblements de plus de 5 personnes sont autorisés dans les restaurants depuis le 12 juillet; idem pour la possibilité de faire du sport sans masque en intérieur... un assouplissement des mesures qui ne suffit pas à calmer les inquiétudes des expatriés. Comme beaucoup d'autres pays, Singapour subit les conséquences de la crise sanitaire. En difficulté sur le plan économique, l'Etat choisit la préférence nationale. Ainsi, en mars dernier, Joséphine Téo, ancienne ministre de la Main-d'œuvre (désormais ministre de la Communication et de l'Information) encourage les entreprises à "renforcer leur noyau singapourien." Un coup dur pour les expatriés, qui craignent pour leurs emplois, et pour leur vie sur le territoire. En parallèle, le gouvernement relève, en 2020, le salaire minimum requis pour obtenir un visa de travail. Un durcissement sous-jacent des conditions d'accès au marché de l'emploi, qui ravive la question de l'intégration des étrangers.

La Malaisie

Également frappée par un rebond de l'épidémie, la Malaisie adopte des mesures restrictives comparables à celles de Singapour, voire plus drastiques. Confiné depuis mai pour lutter contre le variant Delta, le pays durcit les conditions d'entrée sur son sol. Officiellement, l'entrée sur le territoire est interdite. Par exception, les expatriés détenteurs d'un Long term social visit pass peuvent entrer sur le territoire. Les titulaires d'un titre EP1, EP2, EP3, ou Resident Pass Talent et du Professional Visit Pass y seront également autorisés, sous réserve que de validation de la Direction générale de l'immigration. Autant de conditions prompt à refroidir les candidats à l'expatriation, d'autant qu'à la crise de la Covid-19 s'ajoute une morosité économique. Les activités sociales restent interdites (fermeture des lieux de loisirs); les restaurants ne sont ouverts que pour le click and collect. Le gouvernement table sur un nombre de cas sous la barre des 4000 pour alléger les mesures restrictives. Il en est, pour l'instant, encore loin, avec plus de 16 000 nouveaux cas par jour (chiffres Reuters). Le gouvernement tente de contrecarrer cette flambée épidémique - qui touche toute l'Asie du sud-est - en intensifiant sa campagne de vaccination. Très lente de prime abord, elle connaît une envolée depuis la fin mai. Le taux d'individus complètement vaccinés double en moins d'un mois (3,5% le premier juin, 7,5% le premier juillet). Au 29 juillet, il atteint même 19,8% de la population (chiffres Our world in data). 

Si les autorités se veulent rassurantes, les constats, eux, sont plus inquiétants : cluster géant dans un centre de vaccination de Kuala Lumpur (13 juillet), hausse tragique des suicides (468 au 1e juillet, contre 631 pour toute l'année 2020, selon Free Malaysia Today), famine gagnant peu à peu le pays... D'aucuns pointent du doigt l'action du gouvernement. Les expatriés, eux, sont plongés dans une incertitude grandissante. Se pose, pour eux, la question de partir, ou de rester.

Rester attractif malgré la crise sanitaire : une mission impossible ?

Les candidats au départ se tournent vers la Corée du sud ou le Japon, pourtant eux aussi frappés par cette flambée des cas de Covid-19, et adoptant également des mesures restrictives strictes. La Corée du Sud et le Japon bénéficient cependant d'une permanence politique. Bien que régulièrement en crise ouverte avec son voisin du nord, la Corée du sud reste stable. Le constat est le même pour le Japon. 

En 2020, le Vietnam parvient à se démarquer, notamment grâce à sa maîtrise de la pandémie. Les médias d'alors n'hésitent pas à titrer : "le Vietnam a éliminé le virus". Et les expatriés de renchérir : bien qu'ayant appliqué une politique stricte, avec la fermeture des frontières, le Vietnam présente de nombreux avantages : faible coût de la vie, réseau Internet de qualité (fortement utile pour le télétravail), sécurité... Mais 2021 plonge le pays dans une nouvelle crise. Dès le mois de mai, les contaminations se multiplient, alors que l'Etat amorçait sa réouverture. La vague sévissant dans toute l'Asie du sud-est touche le Vietnam. Le nombre de nouveaux cas flambe, passant de 193 au 1er juin à 9965 au 29 juillet (chiffres JHU CSSE COVID-19 DATA) Le pays se reconfine, et impose des règles strictes, avec un couvre feu à Saïgon et Ho Chi Minh ville. Sauf exception, les étrangers ne sont pas autorisés à se rendre sur le territoire.

Dans le flou occasionné par l'apparition du variant Delta, un seul territoire semble parvenir à maintenir une relative stabilité économique, prompt à attirer les expatriés.

L'exception taïwanaise

Comme les autres pays de l'Asie du sud-est, Taïwan a connu une flambée des cas en mai, avec une moyenne de plus de 563 cas par jour au plus fort de l'épidémie (chiffres JHU CSSE COVID-19 data). Depuis, le nombre de cas est redescendu sous la barre des 50 infections par jour (20 cas le 20 juillet - chiffres Reuters). En parallèle, le gouvernement accélère sa campagne de vaccination - campagne dirigée vers l'ensemble de la population, y compris étrangère. En effet, les étrangers titulaires d'une Alien Resident Card ou d'un Alien Permanent Resident Cerfificat peuvent se faire vacciner s'ils possèdent une carte d'assuré social. Mais le gouvernement fait un pas de plus vers les étrangers : depuis le 29 juillet, les étrangers de plus de 18 ans résidant à Taïwan, mais dépourvus d'assurance sociale, peuvent tout de même se faire vacciner, via un formulaire d'inscription en ligne.

Le gouvernement est repassé au niveau 2 de vigilance au 27 juillet (jusqu'au 9 août), et laisse une certaine marge de manœuvre aux habitants : fermeture des lieux de divertissement, mais rassemblements autorisés, s'ils sont inférieurs à 50 personnes en intérieur, et 100 en extérieur. Le port du masque est obligatoire dès que l'on quitte son domicile. Pas de confinement, donc, et des frontières partiellement ouvertes. Face à la flambée des cas en Asie du sud-est, Taïwan joue la carte de la prudence. Du 19 mai au 17 juillet, le pays a ainsi refermé temporairement ses frontières (exception : détenteurs d'un passeport taïwanais, d'une carte de résident étranger, ou d'une autorisation spéciale du Central Epidemic Command Center).

Mais c'est sur le plan économique que Taïwan se démarque. Alors qu'en 2020, le monde sombre dans une crise sans précédent, Taïwan résiste, et connaît même la croissance, avec une hausse de 3,1% du PIB. Le Ministère de la Comptabilité nationale et des Statistiques vise même une croissance à plus de 5,4% en 2021. La récente montée des cas de Covid ne devrait - selon le Ministère – pas impacter l'économie taïwanaise outre mesure, surtout en ce qui concerne les exportations. De quoi inciter les expatriés et aspirants expatriés à se tourner vers Taïwan... à moins que l'ombre de la Chine continentale ne fasse perdre à Taïwan son attractivité. L'Etat taïwanais se réarme dans la coulisse, conscient des pressions que la puissance chinoise fait peser sur lui.

Longtemps cités en exemple quant à leur gestion de la crise sanitaire, les pays d'Asie, et surtout d'Asie du sud-est, subissent les effets du variant Delta. Certains Etats, comme Taïwan, s'en sortent cependant mieux que d'autres. Les prochains mois permettront d'évaluer si les stratégies mises en place dans les différents États - isolement total ou ouverture partielle aux étrangers - influent sur leur attractivité.

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A propos de

Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d’expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d’expatrié : choix du visa, études, recherche d’emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d’un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

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