Qu’est-ce que le Permis Vacances-Travail ?

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Publié le 2019-07-18 14:07

C’est une nouvelle qui fera des heureux et des envieux. L’Australie, signataire de l’accord PVT avec la France, vient de reculer l’âge limite de demande de PVT à 35 ans. Car, en général, le PVT est accessible entre 18 et 30 ans. L’Australie rejoint le club très fermé des pays accordant le PVT jusqu’à 35 ans, avec le Canada et l’Argentine. Pourquoi un tel changement ? Comment se positionnent les autres Etats ?

Le boom du PVT

Le PVT (Permis Vacances-Travail) est un visa d’un an non renouvelable. Il permet, comme son nom l’indique, de travailler dans le pays signataire de l’accord PVT, tout en découvrant ledit pays : activités culturelles, voyages etc.

Trois Etats figurent au top des destinations les plus prisées des Pvtistes français : l’Australie (de loin, le n°1), la Nouvelle-Zélande, et le Canada.

Points communs de ces destinations : des espaces naturels, des territoires vierges, préservés. Ces destinations proposent aussi un cadre et un art de vivre appréciés des Français. De l’authenticité, donc, du slow down, une tranquilité de vie. 

Côté pratique, il serait facile de décrocher un petit boulot dans ces pays. L’anglais n’étant presque plus considéré comme une langue étrangère, il serait plus simple, pour les Français, de communiquer, et de s’intégrer. 

Et l’Australie entend bien maintenir sa place de leader. Alors que les principaux pays signataires de l’accord PVT avec la France réservent ce visa pour les 18-30 ans, l’Australie vient donc de reculer l’âge à 35 ans. 

Pourquoi ce pays est-il si populaire ? Les paysages idylliques n’expliquent pas tout. Le choix de l’Australie est aussi une réponse à la difficulté d’obtenir un PVT Canada. Car c’était bien lui, le pays préféré des pvtistes français. Mais ce visa (le Canada le classe dans la catégorie “Experience Internationale Canada” (EIC)) est connu pour être très difficile à obtenir. Inscription préalable, invitation envoyée par les autorités canadiennes, soumission de la demande de visa, mise sur liste d’attente, tirage au sort etc. De quoi décourager les plus téméraires. 

L’Australie, elle, n’impose ni quotas, ni procédure contraignante.

Ainsi, en 2018, le pays a accordé 23 217 PVT. Loin derrière elle, la Nouvelle-Zélande arrive en deuxième position, avec 10 025 visas délivrés. Plus loin encore, on trouve le Canada, et ses quelques 7900 PVT (pour 14 000 places). Le pays reste dans le trio de tête, mais très loin derrière l’Australie.

D’autres pays ont gagné en popularité. Parmi eux, les pays d’Asie, Japon en tête. C’est la 4e destination préférée des Pvtistes. En 2016, 1069 Pvtistes s’envolent pour le Japon. Ils étaient 1271 en 2017 et 1360 en 2018 (pour 1500 places disponibles). 

En France, on se souvient de la vague “Club Dorothée” des années 80. Emboîtant le pas à la 5 (France 5, aujourd’hui), TF1 achète en masse les programmes animés japonais, les moins chers du marché. C’est la fin des 30 Glorieuses (années de prospérité économique), l’après choc pétroliers : le Japon d’alors, qui enregistre une croissance supérieure à la France, entend s’imposer à l’international, via l’exportation de biens et services. C’est le “Cool Japan”. Les enfants français se passionnent pour les dessins animés japonais. Les mangas font ensuite leur apparition, et révolutionnent le marché. Aujourd’hui encore, la France est, après le Japon, le deuxième pays consommateur de mangas. 

Les relations entre la France et le Japon ont cependant des racines plus lointaines. Dès le 19e-20e siècle, nombre d’artistes français vouent une fascination pour le Japon. Le mouvement impressionniste trouve dans les estampes japonaises une nouvelle manière de vivre l’art. L’année 2018 a d’ailleurs marqué les 160 ans de l’amitié franco-japonaise.

Le Japon fascine. Fermé au monde des siècles durant, il a conservé un mystère qui attire. Son système d’écriture, ses codes culturels, la richesse de sa gastronomie, poussent chaque année les pvtistes français à tenter l’aventure nippone. 

Mais le voisin Coréen entend bien proposer une réponse au “Cool Japan”. La Corée du sud est la 6e destination plébiscitée par les Pvtistes. Bien qu’accordant 2000 places, le pays n’a délivré que 481 PVT en 2018 (mise en vigueur de l’accord signé avec la France en 2009). Mais la Corée du sud a quasi doublé son nombre de Pvtistes, entre 2016 et 2018. Et tout porte à croire que l’ascension continura, portée, notamment, par la “hallyu”, la “vague coréenne”. 

Loin d’être un simple phénomène de mode, la hallyu est une politique gouvernementale visant à diffuser la culture coréenne. Aux voisins asiatiques tout d’abord, de la Chine, en passant par Taïwan, ou encore, le Japon. Nous sommes dans les années 90, années de crise économique, et la Corée du sud cherche à s’imposer sur la scène internationale. Le pays décide d’exporter ses services, ses biens culturels : audiovisuel, gastronomie, musique, mode etc. Le pays s’inspire notamment du succès du voisin américain, qui a réussi à imposer son “american way of life”. En France, la hallyu se diffuse rapidement, auprès des jeunes, comme des moins jeunes. Les moins de 30 ans sont de plus en plus nombreux à tenter l’aventure PVT en Corée du sud. Le pays gagnera certainement de nouveaux Pvtistes dans les années à venir. 

Et l’Amérique ? Les pays d’Amerique centrale et du sud entrent en bonne position dans le top des pays “PVT friendly” : à la (respectivement) 8, 9 et 10 place, le Chili, le Mexique et le Brésil entendent bien percer sur le marché du PVT. Ils n’enregistrent encore qu’un faible nombre de candidats, comparativement aux autres pays. En 2018, le Chili délivre 298 PVT (sur 400 places). Le Mexique en accorde 237 (pour 300 places), et le Brésil, 223 (pour 500 places). Principale raison : ces pays viennent d’entrer sur le marché du PVT. Le Brésil a entériné l’accord avec la France en mars 2018. Le Mexique, en fin 2016. Le Chili, lui, a mis en vigueur l’accord PVT en fin 2015. Des mises en application récentes, donc, et une lecture des chiffres différente : en 2018, le Chili et le Mexique ont presque atteint leur quota PVT.

Là encore, les Pvtistes viennent chercher le dépaysement. Ces pays, Brésil en tête, ont une image de “cité touristique” : plage, beaux paysages, nature. Ce sont aussi des territoires dynamiques, en constante évolution, notamment, sur le plan économique. Une mutation non sans engendrer de véritables crises, comme en Argentine. L’Argentine est le premier pays d’Amérique du sud a avoir mis en vigueur l’accord PVT avec la France (2011). En juin 2018, il rend même le PVT accessible jusqu’à 35 ans.

Pourtant, en 2018, seuls 484 Pvtistes ont pu s’envoler pour l’Argentine, contre 615 en 2017 (688 en 2016). Le quota, lui, est de 1000 places. La profonde crise économique et sociale qui frappe le pays expliquerait ce recul : inflation, chômage, précarité. Des difficultés qui toucheraient également les Pvtistes, avec une difficulté de trouver un travail, et donc, un quotidien devenant plus incertain.
 

Et après ?

Le PVT, c’est la chance de découvrir un pays, plus en profondeur qu’un touriste, pas vraiment comme un résident permanent. Durant un an, on teste la vie d’expatrié (le côté travail et vie active) tout en gardant un pied dans le tourisme. 

On peut donc penser le PVT comme un projet à plus long terme : une expérience, pour voir si l’on pourrait vivre dans tel ou tel pays. Attention cependant à bien garder en tête l’esprit PVT : travailler un peu, voyager dès que possible : à 500m de sa résidence ou à plusieurs kilomètres, l’objectif étant d’aller à la rencontre de l’autre.

Car le PVT n’est pas un visa de travail. Il ne dure qu’un an, non renouvelable, avec l’obligation de quitter le territoire (ne pas dépasser la date inscrite sur votre visa). Si votre objectif est de vous installer sur le territoire, veillez à ne pas l’inscrire dans votre dossier (cas où une lettre de motivation vous serait demandée). Le PVT est une expérience unique. On est content de vous accueillir. On est tout aussi heureux de vous voir repartir. Gardez bien en tête l’esprit du visa.

Bien sûr, le PVT peut conduire, par la suite, à l’obtention d’un visa de travail. Si une entreprise vous sponsorise et effectue les démarches adminstratives, vous pourrez revenir sur le territoire en tant qu’expatrié. Mais ce sont bien deux optiques différentes.

L’après PVT peut aussi conduire à effectuer un autre PVT. C’est le cas des “serial Pvtistes” - ou comment nommer (avec humour) les amoureux du voyage et des découvertes. Chaque PVT dure 1 an, mais vous pouvez tout à fait les enchaîner, voire même, visiter tous les pays applicant l’accord PVT avec la France : Canada, Brésil, Argentine, Mexique, Chili, Uruguay, Colombie, Australie, Nouvelle-Zélande, Taiwan, Hong-Kong, Japon, Corée du sud. Voilà de quoi bien occuper vos dix prochaines années. Vous pouvez même réserver le Canada, l’Argentine et l’Australie pour vos années de trentenaire.

Enfin, le PVT peut mettre en valeur votre CV. Rentrés en France, certains craignent qu’une année de césure dans leur CV freine les employeurs. Nombreux attendent, en effet, un CV linéaire, sans période creuse. Mais vous avez tout intérêt à indiquer que vous avez travaillé à l’étranger (travail rémunéré ou bénévolat). Surtout si vous avez occupé une fonction similaire à celle pour laquelle vous postulez. 

De plus, le PVT véhicule des valeurs très positives et recherchées en entreprise : dépassement de soi, altruisme, attrait pour la découverte, autonomie, force de proposition, capacité d’adaptation, sens de l’organisation, facilité d’intégration, rigeur, dynamisme, optimisme etc. A vous de mettre en valeur vos expériences.

PVT : les essentiels

Comment faire une demande de PVT ? 

Vérifiez d’abord que vous remplissez la première condition : ne pas dépasser la limite d’âge requise ! Elle est fixée, pour la majorité des pays, à 30 ans. Le Canada, l’Argentine et l’Australie la repoussent à 35 ans.

Cependant, même la limite des 30 ans fait débat : 30 ans révolus (veille des 31 ans) ou 30 ans “pile” (veille des 29 ans) ? Le Japon entend le texte au sens “large”, soit, 30 ans révolus. La Corée du sud, ou le Brésil sont plus strictes (veille des 29 ans).

Dans tous les cas, mieux vaut ne pas attendre la dernière minute pour candidater.

Tous les pays vous demanderont de remplir un dossier (démarches en ligne). Etat civil, situation professionnelle etc. Rendez-vous directement sur les sites Internet des Ambassades concernées pour avoir plus de précisions.

Votre pays d’accueil est, certes, heureux de vous ouvrir ses portes, mais veut s’assurer que vous aurez les ressources nécessaires pour vivre, surtout les premiers mois (avant d’avoir un petit boulot). On exigera que vous fournissiez un document bancaire officiel attestant de vos ressources financières. 

On peut également vous demander un programme, un CV et une lettre de motivation (cas du PVT Japon). Si les deux derniers documents ne sont pas d’une importance capitale, le programme, lui, est à établir avec soin : les autorités veulent savoir ce que vous comptez faire, pour vérifier que vous respectez bien l’accord du PVT. Un programme ne comportant que des activités professionnelles, sans loisirs ni tourisme, est très loin de l’esprit du PVT !

Notez que, selon les pays, la demande de visa est gratuite, ou payante.

Envie de voyager autrement ?

Le PVT est une aventure humaine et sociale. Partir loin pour découvrir d’autres modes de vie, et, en même temps, se rencontrer, soi. Le PVT peut ouvrir des portes : découverte d’un nouveau milieu professionnel, reconversion, apprentissage d’une nouvelle langue etc. Que l’on décide de rentrer dans son pays de résidence, que l’on opte pour un autre PVT, ou que l’on souhaite s’installer à long terme dans son pays d’accueil, le PVT est un excellent moyen d’entrapercevoir la vie d’expatrié.