Une globe-trotteuse à Cape Town

  • Expatriee en Afrique du Sud
    © David Winch
Interview
Publié il y a 9 mois

Ayant grandi à Londres, Mei a vécu de nombreuses années à l’étranger, notamment au Cambodge et à Singapour, avant de poser ses valises en Afrique du Sud. Passionnée de découvertes et de nouvelles cultures, elle ne rate jamais une occasion de tenter une nouvelle aventure à l'autre bout du monde. Aujourd’hui, elle parle de son expérience d’expatriée au cœur de Cape Town, surnommée la « Mother City ».

Bonjour Mei, peux-tu te présenter brièvement et nous parler de ton parcours ?

J'ai des origines chinoise et britannique même si j'ai grandi à Londres. Ma mère étant d'origine malaisienne, nous allions souvent en Malaisie au moins une fois par an quand j’étais plus jeune, pour rendre visite à sa famille. Ainsi, j'ai toujours apprécié les différences culturelles, linguistiques et gastronomiques. Ayant étudié le français et l'allemand à l’université, je me suis rendu compte que j'aimerai bien changer d'air et voguer vers de nouveaux horizons. Au terme de mes études, je m'envole pour la première fois au Cambodge en 2008 avant de partir à Singapour où je rencontre mon époux qui est Sud-africain. Après avoir passé une dizaine d’années à l’étranger, il voulait rentrer à Durban, sa ville natale. Nous sommes donc partis en Mongolie avant de rentrer en Europe pour passer un peu de temps avec nos amis et la famille. Par la suite, nous avons pris un vol pour Cape Town où vivait ma sœur avec son copain Zimbabwéen. Au final, nous y sommes restés et, obsédés à l’époque par la permaculture, nous avons choisis d'acheter une petite propriété au fin fond de Cape Town pour profiter de la vie aux côtés des pingouins. En revanche, nous avions d'autres projets qui nous ont poussés à déménager vers le centre-ville où nous vivons depuis 5 ans.

Quelles étaient les formalités à remplir pour que tu puisses t'installer en Afrique du Sud ?

D'une manière générale, les formalités sont plutôt complexes, voire dissuasives. Il faut vraiment avoir de la chance pour réussir. L'une de mes amies, une Allemande, a obtenu son visa en deux semaines seulement, mais j'ai aussi pris connaissance de plein d'autres expériences négatives. Dans bien des cas, le délai d'attente du visa peut prendre jusqu'à une année.

Quand je suis arrivée pour la première fois, j'ai dû attendre 13 mois avant d'obtenir mon visa. En revanche, mon dernier visa n'a pris que deux mois. A présent, c'est le Visa and Permit Facilitation Centre qui traite toutes les formalités relatives au visa. Il suffit de se rendre sur le site du VSF ou à leur bureau pour obtenir toutes les informations nécessaires et de soumettre tous les documents requis. Gardez en tête, toutefois, que le délai d'attente risque d’être plus long que ce qu'ils vous disent. Ici, un mois peut vouloir dire deux ans !

Parles-nous de ce que tu aimes le plus à Cape Town et le moins.

J'aime surtout la culture de café et la variété de restaurants que l'on trouve au Cap. Ce que j’apprécie le moins, c'est le taux de criminalité et la pauvreté qui me fend le cœur.

Comment décrirais-tu Cape Town en une phrase ?

Le Cap, c'est comme une folle montagne-russe.

South Africa
© David Winch

Quelles sont les caractéristiques du marché du travail sud-africain ?

Aucun des expatriés que je connais n'a jamais eu de difficulté à trouver un emploi à Cape Town. Je connais toutefois des personnes qui ont été contraints de s'adapter à leur nouvel emploi et à leur salaire en raison de certaines restrictions. Les entreprises doivent pouvoir justifier le recrutement d'un professionnel étranger par le manque d'expertise localement. Les salaires offerts à Cape Town sont beaucoup moins élevés que dans la plupart des autres grandes villes sud-africaines, surtout pour ceux qui ne possèdent pas les qualifications ou les compétences recherchées dans certains secteurs. A titre d'exemple, il existe bien plus de perspectives de carrière à Johannesburg qu'à Cape Town, d'autant que les salaires sont plus attractifs et que la vie y est plus abordable. Cela peut donc être l'endroit idéal pour ceux qui sont en quête d'un meilleur salaire. Cape Town représente certains avantages pour ceux qui sont flexibles et prêts à accepter n'importe quel type d'emploi. Il existe de nombreuses opportunités pour ceux qui maîtrisent une ou plusieurs langues étrangères qui ne sont pas parlées par les Sud-africains.

Est-il difficile de trouver un logement à Cape Town ? Quels sont les types de logements disponibles pour les expatriés ?

J'ai entendu dire qu'il est plutôt difficile de trouver des logements de qualité à des prix raisonnables dans des quartiers tels que City Bowl et Atlantic Seaboard, particulièrement durant la saison de pointe qui va de novembre à février. La plupart des gens louent un appartement ou une chambre vu que les loyers sont élevés. En général, il convient de fournir une caution équivalente à un ou deux mois de loyer. En raison de la forte demande, il est préférable de disposer de références fiables pour convaincre le propriétaire de vous accepter au lieu d'un autre locataire.

Il n'est pas si difficile de trouver un logement à Cape Town lorsque l'on a de l'argent et un casier vierge. La seule difficulté peut provenir de vos critères en termes de logement et de votre budget. La plupart des logements les plus abordables se trouvent loin du centre-ville, particulièrement dans les banlieues sud et et nord. Si vous préférez opter pour la colocation, pensez à vous inscrire aux groupes dédies sur les réseaux sociaux.

Quelles sont les incontournables de l'Afrique du Sud ?

J'entends dire que le parc national de Kruger et la route panoramique sont fantastiques. Je n'y suis pas encore allée. La Garden Route est une autre destination populaire mais je préfère surtout la partie est de Cape Town.

Quels sont les principaux codes culturels en Afrique du Sud ?

Ici, on donne généreusement un pourboire aux serveurs, aux pompistes et aux gardiens. Aussi, le concept d'urgence est pratiquement inexistant. Même le terme « maintenant » ne veut pas forcément dire « maintenant ». Il existe évidemment des variantes, mais aucun d'eux ne veut dire « sur le champs ». Tout se passe selon le rythme sud-africain. Soyez patient et courtois.

Que penses-tu du mode de vie à Cape Town ?

C'est très décontracté, un peu trop au goût de certains expatriés. Il y a plein de choses à voir et à faire au Cap, allant du sport et aux activités en plein air aux splendides plages et aux événements tels que les concerts et le cinéma en plein air. J'aime aussi la variété de cuisines que l'on trouve ici. Il y a toujours un nouveau restaurant à découvrir.

Quels sont les moyens de transport disponibles à Cape Town ? Comment te déplaces-tu ?

Le transport est sans doute l'un des principaux défis à relever ici. Les réseaux de transport en commun, inefficaces, peu fiables et pouvant s’avérer risqués durant des périodes spécifiques et dans certaines régions, ne répondent pas aux besoins de la population grandissante de la ville. Lorsque nous prenions le train pour aller travailler, mon mari et moi, il nous arrivait souvent d'attendre plus de 4 heures sans avoir la moindre information sur ce qu'il se passe. C'est d'ailleurs pour cette raison que nous avons choisi d'acheter une voiture. C'est assez dommage car l'achat d'une voiture représente non seulement un budget significatif mais aussi un risque à l'environnement vu que cela entraîne aussi la congestion routière durant les heures de pointe. Pour ceux qui vivent plus près du centre-ville, il existe des réseaux de bus tels que MyCity. Les étudiants peuvent quant à eux profiter du service Jammie.

Hiking in South Africa
© David Winch

Comment se définit ton quotidien d’expatriée à Cape Town ?

Pour être honnête, ma vie ressemble à ce qu'elle aurait été n'importe où ailleurs. Il n'y a pas une très grande communauté d’expatriés à Cape Town contrairement à d'autres endroits où j'ai vécu. Au Cambodge, ou encore, à Singapour, j'ai plutôt côtoyé des expatriés dans des endroits populaires, que ce soit en termes de logement ou de loisirs. Ici, on se sent davantage intégrés bien que le racisme et les barrières économiques existent toujours, malheureusement. Ma perception peut toutefois être influencée par les faits que mon époux soit Sud-africain, qu'il ait des amis sur place et que nous travaillons tous les deux pour le compte d'entreprises locales, ce qui nous a permis de faire plus de rencontres.

Que fais-tu de ton temps libre ?

J'aime beaucoup la randonnée et il existe plein de sentiers et d'endroits magnifique à visiter à Cape Town. La nature et le plein air sont vraiment exceptionnels. J'aime aussi faire mes courses au marché du coin et prendre un verre de vin de week-end dans les fermes viticoles de la région. Dès que nous en avons l'occasion, nous faisons un petit voyage vers les villes voisines telles que Greyton, Stanford, Swellendam et Tulbagh.

Y a-t-il à Cape Town des activités nocturnes pour les fêtards ?

Il y en a tout plein. Le premier jeudi du mois est riche en événements tels que des concerts, fêtes ou soirées. Le reste de la semaine est toujours aussi vivante avec des bars et clubs très animés.

Quelles nouvelles habitudes as-tu adoptées à Cape Town ?

Il y a des mots que je m’étais jurée de ne plus jamais utiliser mais qui me reviennent tout le temps depuis que je suis ici. J'ai aussi commencé à faire du jogging. Le Park Run est un événement génial qui a lieu chaque samedi matin à travers la ville, rassemblant de nombreux coureurs.

Quelles vieilles habitudes as-tu laissé tomber ?

Je suis toujours en train d'essayer de marcher plus lentement partout où je vais. Je pense que tiens cela de Londres. J’apprends toujours à me détendre.

Quel est ton avis sur le coût de la vie à Cape Town ?

Cape Town étant une destination privilégiée par les touristes et les fins gourmets, la vie y est bien plus chère que dans d'autres régions. Certains choses sont totalement hors de prix. C'est d'ailleurs l'un des points faibles des belles villes telles que Cape Town où l'on trouve une si grande de variété de restaurants, de logements et d’événements. Pour ma part, je pense que ça vaut vraiment le coup. Il y a toutefois d'autres moyens de vivre plus confortablement tout en croquant la vie à pleines dents. A titre d'exemple, The Entertainer est une application mobile qui offre des bons d'achats 2 en 1 dans de nombreux restaurants, ainsi que sur des activités de loisir et autres expériences. En jours de semaine, vous pourriez profiter d'une bière Castle Light au prix de 12 rands au lieu d'une bière artisanale pour 48 rands.

Y a-t-il quelque chose que tu voudrais faire en Afrique du Sud mais dont tu n'as pas encore eu l'occasion ?

Le parc national Kruger, la route panoramique, le Drakensberg et le parc des éléphants d'Addo sont en tête de ma liste de priorités. Il y a tant de choses à découvrir en Afrique du Sud, y des événements tels que Up the Creek et AfrikaBurn.

Shark cage diving South Africa
© Maximilian Lloy

Quel est ton meilleur souvenir de l'Afrique du Sud ?

J'ai du mal à choisir entre le parapente à Sedgefield, dans la Garden Route, ou la plongée en cage de requins à Gansbaai dans le cadre d'une mission professionnelle. Je m'amuse à penser que les humains sont des êtres étranges, vêtus d'une combinaison de plongée noire, comme un phoque, pour entrer dans l'eau glacée et observer un prédateur dans son habitat naturel.

Si tu pouvais repartir à zéro en Afrique du Sud, que ferais-tu différemment ?

Je pense qu'on aurait recherché un emploi avant d'arriver, ou qu'on serait venus avec plus d’économies. A notre arrivée, nous avons eu du mal à nous retrouver financièrement, d'autant que la vie y est chère, surtout si l'on souhaite voyager ou faire des rencontres. Comparé aux autres pays où j'ai vécus, j'ai attendu longtemps avant d'obtenir mon visa et de trouver l'emploi qui me convenait, ou encore, me faire des amis, décider où on préférerait vivre pour se sentir davantage intégrés.

Que penses-tu de la cuisine sud-africaine ? Quelles sont tes spécialités préférées ?

J'aime bien le délicieux bunnychow de Durban, qui est très réconfortant. J'aime aussi le Biltong, le bacon et la pizza à la banane. Le melktert, une tarte croustillante à la menthe poivrée et le pudding au malva sont des desserts exquis. Et puis, je ne peux pas me passer des biscottes au muesli. Qui aurait cru que le pain rassi pouvait être si savoureux ?

Qu'est-ce qui te manque le plus par rapport à ton pays d'origine ?

Le sens de l'humour des Britanniques ! La cuisine asiatique aussi ! J'aimais bien le dim sum de Chinatown à Londres. Je n'aurais jamais cru dire cela un jour mais le temps pluvieux de Londres me manque également. Ici, c'est la sécheresse et on a de sérieuses contraintes par rapport à la fourniture de l'eau.

Es-tu déjà arrivée à un point de vouloir quitter l'Afrique du Sud ? Comment as-tu surmonté cette étape ?

Bien que j'aime Cape Town, la vie ici peut devenir très frustrante. L’instabilité de la situation politique du pays, couplé à d'autres problèmes majeurs tels que l'écart significatif entre les riches et les pauvres, contribuent à une atmosphère inconfortable. J'avoue que c'est assez stressant de vivre avec des barreaux et un dispositif d'alarme en raison des risques de cambriolage. Lorsqu'on témoigne d'un incident ou que l'on lise des articles sur des sujets inquiétants, il nous arrive souvent de vouloir prendre le prochain vol pour rentrer.

J'ai toutefois appris que derrière la colère et la frayeur des Sud-africains se cachent aussi l'amour et l'espoir. La pauvreté et la criminalité existent partout dans le monde, mais ici on ne peut tout simplement pas passer à côté. Je pense qu'au lieu d'ignorer le problème, on peut, dans la mesure du possible, aider les gens et essayer d’améliorer la situation. Il est certes plus facile de faire la sourde-oreille dans les pays développés où l’extrême pauvreté n'est pas si visible au quotidien. On peut prétendre que la pauvreté n'existe pas, mais elle existe bel et bien et il s'agit d'un problème qui doit être pris au sérieux à tous les niveaux, tant politique que communautaire.

Quels conseils donnerais-tu aux futurs expatriés en Afrique du Sud ?

Pensez à faire quelques économies pour vous acheter une voiture. Cela vous sera utile pour vous déplacer au quotidiens et le week-end si vous avez l’âme d'un aventurier.

Quelles seraient, selon toi, les 5 choses à ramener dans sa valise en Afrique du Sud ?

Des tongs (parce qu'il n'y a aucune raison de porter autre chose pendant au moins 9 mois), une veste très chaude et une couverture électrique pour l'hiver qui peut être étonnamment glaciale (surtout à l’intérieur car de nombreux bâtiments ne sont pas dotés d'un système d'isolation ou de chauffage adéquat) et une tente pour les amoureux de la nature et amateurs d’activités en plein air. Pour le reste, on trouve de tout ici.

Tes projets d'avenir ?

J'aime bien vivre en Afrique du Sud et je m'y sens chez moi, mais je suis toujours prête pour de nouvelles aventures. J'aimerai bien retourner en Europe ou séjourner quelque temps en Asie. Même si je suis ouverte à de nouvelles opportunités, je pense que je finirai bien par rentrer à Cape Town.

Y a-t-il une chose que tu souhaiterais emmener avec toi en quittant l'Afrique du Sud ?

J'adore le braai ! Avant de venir en Afrique du Sud, je n'avais jamais vraiment apprécié l'art du barbecue, mais à présent, c'est l'un de mes passe-temps préférés avec des amis. Rien ne veut les mielis, les halloumi et les guimauves sur un braai, accompagnés d'un curry de haricots et d'une salade grecque.

 

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