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Qui sont les expatriés d'aujourd'hui ?

Dossiers et Tendances 9 min de lecture
Qui sont les expatriés d'aujourd'hui ?© itchaznong / Envato Elements

Être expat en 2000. Être expat aujourd'hui. En 26 ans, le visage de l'expatriation a changé. Le profil des expats d'aujourd'hui n'est plus le même qu'au début des années 2000. Comment envisageait-on l'expatriation hier ? Comment l'envisage-t-on aujourd'hui ? Les grands pays d'immigration sont-ils les mêmes qu'il y a 26 ans ? Est-il plus facile de s'expatrier aujourd'hui ? Décryptage.

Que signifie « être expatrié » aujourd'hui ?

Dans les années 90, l'expat, c'est le cadre dynamique (forcément masculin) muté à l'étranger par son entreprise. Il bénéficie forcément d'un juteux package d'expatriation, avec bonus, aides à l'emménagement et à l'installation des enfants, du conjoint, ainsi que d'autres avantages en nature. Cette image, déjà stéréotypée à la base, semble parfois flotter dans l'inconscient collectif. L'expatrié serait forcément privilégié et viendrait forcément des catégories socioprofessionnelles supérieures (CSP+). Mais ce profil, déjà rare à l'époque, a quasi disparu du paysage de l'expatriation.

Dans les années 2000, l'expatriation se démocratise. L'année 2000 coïncide avec l'essor d'Internet, qui amène de nouvelles manières de s'informer et de consommer. L'innovation technologique rapproche les pays. Les mesures prises par les États en faveur de l'immigration facilitent la circulation des étudiants et des travailleurs. Car entre l'expat et l'immigré, il n'y a finalement pas de différence. On le constate à mesure que les échanges internationaux se développent. « L'expatrié » type rajeunit, se féminise. Il n'est pas muté par son entreprise, mais part lui-même, poussé par ses rêves, par la crise économique, par le désir de challenge… Ces nouveaux expats des années 2010-2017 ne s'identifient plus comme une communauté à part, mais aspirent simplement à vivre au milieu des locaux.

« Nomade numérique » : le nouveau visage de l'expatrié

La tendance se confirme au sortir de la crise sanitaire. Les jeunes, surtout, hésitent encore moins à partir à l'étranger pour effectuer un stage, étudier ou chercher du travail. Les mutations du travail contribuent d'ailleurs à redéfinir l'expatriation : travail à distance, workcation… Les États suivent les tendances et proposent de nouveaux visas, comme le visa nomade numérique. Depuis la réouverture des frontières, le nombre de pays proposant ce visa est en plein essor.

L'Estonie a ouvert la marche en lançant son visa nomade numérique en 2020. Un nombre croissant de pays a suivi : Espagne, Grèce, Italie, Brésil, Costa Rica, Argentine, Thaïlande, Japon, Corée du Sud, etc. Ce sont autant de nouvelles destinations pour les jeunes actifs, qui ne partent plus seulement à l'étranger pour gagner plus, mais surtout pour donner un sens à leur vie. Les États y trouvent aussi leurs comptes. La venue des nomades numériques est un bon moyen de relancer le tourisme, marqué par la crise sanitaire ; c'est aussi un moyen de retenir les jeunes actifs.

Autre solution pour les retenir : des programmes spéciaux destinés aux travailleurs qualifiés. Dans un monde marqué par la crise démographique et les pénuries de main-d'œuvre chroniques, les jeunes travailleurs étrangers sont perçus comme une précieuse source de richesse. Les étrangers travaillant dans les secteurs les plus recherchés (santé, IA, technologie de pointe, métiers en tension, etc.) peuvent bénéficier de conditions d'immigration facilitées.

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Ce que cherchent les expatriés : quelles évolutions entre hier et aujourd'hui ?

Partir « pour voir », sans forcément décider d'immigrer à long terme. Contrairement aux générations précédentes, les nouveaux expats ont moins d'attaches. Ils fondent une famille plus tard que par le passé et profitent de leur célibat pour tester la vie à l'étranger. Auparavant, s'expatrier, c'était embarquer toute une famille à l'étranger. Désormais, les départs en solo sont plus fréquents, même si l'expatriation familiale existe toujours.

La multiplication des programmes d'immigration participe à cette évolution : les visas d'un ou deux ans (comme le visa nomade numérique, par exemple) sont assez souples pour permettre aux expatriés de tester la vie dans un pays avant de décider d'y rester, ou de partir ailleurs. Cette « volatilité » est l'une des dernières tendances de l'expatriation. Elle va aussi dans le sens de la quête : on ne s'expatrie plus uniquement pour des raisons professionnelles (même si la recherche d'un bon travail à l'étranger reste l'une des principales causes de l'expatriation). On s'expatrie pour donner un sens à sa vie, pour profiter d'un meilleur équilibre vie professionnelle/vie privée.

La dernière crise économique post-Covid est aussi passée par là. L'arrêt du monde en 2020 a été un véritable choc pour la planète, en particulier pour les jeunes. La réouverture des frontières a sonné, pour nombre d'entre eux, comme un appel à davantage de liberté. L'expatriation est un moyen de vivre ses rêves, d'oser entreprendre. Ces expatriations ne sont pas du tout conçues « pour la vie », mais plutôt comme des expériences de vie.

Expatriation 2000 - 2026 : des chiffres en constante augmentation

Les chiffres de l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) et du Migration Policy Institute (MPI) sont sans appel : on s'expatrie plus aujourd'hui qu'hier. Selon l'OIM, le nombre de personnes vivant dans un pays autre que leur pays de naissance est en constante augmentation. L'organisation compte 281 millions de migrants internationaux en 2020 (soit 3,60 % de la population mondiale). Ils étaient 174 millions en 2000 (soit 2,83 % de la population mondiale). Les chiffres du MPI vont dans le même sens : en 2024, 304 millions de personnes vivaient dans un pays différent de leur pays de naissance.

Les pays phares de l'expatriation : quelle évolution ?

Si le nombre d'expatriés est en constante augmentation, les destinations phares de l'expatriation demeurent sensiblement les mêmes. Les pays les plus riches attirent toujours autant. En 2000 comme en 2026, l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Océanie restent les destinations privilégiées des candidats à l'immigration. Les mêmes pays sortent du lot : États-Unis, Canada, Royaume-Uni, France, Australie. Si les pays riches attirent, c'est, non seulement, à cause des perspectives d'emploi qu'ils offrent, mais aussi à cause du cadre : transports, services, écoles, etc.

Les nouveaux pays de l'expatriation

Néanmoins, on constate un glissement vers des pays jugés auparavant moins attractifs, à cause de la barrière de la langue, par exemple. Les durcissements des politiques d'immigration des pays phares de l'expatriation (Canada, États-Unis, Australie, Royaume-Uni, France…) ont fait émerger d'autres destinations. En Europe, les étudiants et les travailleurs étrangers se tournent vers la Pologne ou la République tchèque. En Asie, le boom économique de la Chine s'est traduit par une vaste politique en faveur des étudiants internationaux (certes, la dynamique s'est cassée à cause de la crise sanitaire de 2020). Le Japon et la Corée du Sud ont investi dans leur soft power pour attirer les jeunes actifs et les étudiants. Avec succès. Les deux pays surfent sur la vague des nouvelles formes d'expatriation (nomades numériques…) pour attirer davantage de talents. Les nouveaux pays de l'expatriation misent aussi sur leurs atouts : paysages d'exception, bonne cuisine, quartiers calmes, etc. Le tout, pour un coût de la vie moins élevé qu'ailleurs. C'est justement ce que recherchent les expats : du calme, de la tranquillité et des découvertes culturelles.

Évolution de l'expatriation en Afrique

L'Afrique tire aussi son épingle du jeu. D'un côté, les retraités étrangers (notamment américains et européens) profitent de systèmes fiscaux avantageux proposés au Maroc ou au Sénégal ; ces pays sont reconnus comme des destinations privilégiées pour la retraite.

D'un autre côté, les pays africains encouragent progressivement la libre circulation des Africains sur le continent. En mai dernier, le Togo a rejoint la courte liste des États exemptant de visa les ressortissants africains (Bénin, Seychelles, Rwanda, Kenya). Le Ghana a rendu les visas gratuits pour les Africains. Le Congo et le Tchad supprimeront les visas pour les Africains le 1er janvier 2027. Cette politique de libre circulation des personnes vise à faciliter les expatriations et les échanges commerciaux entre les ressortissants africains. Le défi reste cependant de taille pour les pays d'Afrique, qui doivent désormais harmoniser leurs législations et simplifier les procédures d'entrée sur leur territoire.

Expatriation : une progressive démocratisation

Les procédures sont largement prises en compte lorsqu'on parle de « démocratisation de l'expatriation ». Car entre les années 2000 et aujourd'hui, les États se sont tour à tour lancés dans de vastes plans de simplification des démarches. L'idée est souvent la même : moins de paperasse, moins de bureaucratie.

Le boom d'Internet a, bien entendu, facilité la mise en place de ces initiatives. De plus en plus d'informations sont disponibles en ligne. Les procédures peuvent également être remplies et envoyées en ligne. Un nombre croissant d'États s'est lancé dans l'e-visa : Thaïlande, Canada, Corée du Sud, États-Unis, Australie, Inde, Côte d'Ivoire, Philippines, Kenya, etc.

L'anglais reste la langue phare de l'expatriation

Dans ce processus de simplification, une chose demeure : l'utilisation de l'anglais comme langue de référence. Dans les années 2000, l'anglais était déjà la première langue commerciale au monde. L'ouverture à l'expatriation de pays jusqu'alors dans l'ombre des grands pays d'immigration est allée de pair avec une utilisation accrue de l'anglais : documents en anglais sur les sites des ambassades, sites Internet des ministères en anglais…

Cet effort se voit aussi sur place. Les capitales et les grandes villes se mettent à l'anglais. À Tokyo, par exemple, on compte un nombre croissant de mairies ayant du personnel parlant anglais. Cet effort se voit aussi dans les banques (la Shinsei Bank, par exemple). Des villes plus modestes, mais accueillant plus d'étrangers qu'auparavant, se sont aussi mises à proposer des services administratifs dans les langues parlées par les expats (mandarin, philippin, anglais…).

Néanmoins, ce mouvement vers l'anglais ne se fait pas toujours sans heurts. En France, le lancement de la nouvelle carte d'identité bilingue (français/anglais) en 2021 a suscité une polémique. S'agissait-il d'une obligation européenne, ou non ? Les détracteurs crient au scandale, à la « perte de l'identité française ». Scandale d'autant plus grand, selon eux, que la langue ajoutée, l'anglais, est celle d'un pays qui a quitté l'Union européenne (UE). L'UE a mis fin au débat en affirmant que les États membres n'étaient pas obligés de traduire l'intégralité de leur carte d'identité. L'obligation ne concernait que le titre « carte d'identité ». De plus, il n'était pas obligatoire de traduire ce titre en anglais… mais plutôt de choisir « une autre langue officielle des institutions de l'Union. »

Un meilleur accueil des étrangers 

Bien entendu, l'anglais ne fait pas tout. Les expatriés sont vivement encouragés à apprendre la langue du pays d'accueil. Les récentes réformes de l'immigration proposant un assouplissement du niveau de langue requis (réforme allemande, proposition sud-coréenne) ont d'ailleurs suscité l'inquiétude. Car pour les opposants, l'abaissement du niveau de langue fragilise les expatriés. Ils militent plutôt pour le renforcement des politiques d'accueil des étrangers. Au Canada, par exemple, on se dit préoccupé par le quotidien des nouveaux arrivants. Une préoccupation partagée par d'autres places fortes de l'immigration, ainsi que par les nouvelles venues. Pour faciliter l'intégration, les États proposent des cours de langue, un accompagnement pour chercher du travail et pour remplir des documents administratifs…

Le futur visage de l'expatriation

Est-il plus facile ou plus difficile de s'expatrier aujourd'hui ? En un peu plus de 20 ans, la simplification des démarches d'immigration a facilité les candidatures. Il est également plus simple de s'informer sur son pays d'accueil. Il existe de nombreux réseaux d'expats et d'autres associations mettant en relation les candidats à l'expatriation, les étrangers résidant dans le pays d'accueil et même les locaux.Ces simplifications s'inscrivent néanmoins dans un contexte de durcissement global des politiques d'immigration. Aux États-Unis, le retour de Trump au pouvoir se traduit par un net durcissement de la politique migratoire. Durcissement qui, selon les économistes, aura des conséquences sur l'économie américaine et sur les flux migratoires mondiaux. D'autres États entendent profiter du durcissement de la politique américaine. Ainsi, face aux restrictions imposées aux chercheurs, l'UE se présente comme une terre d'accueil. L'Espagne et la Chine ouvrent leurs portes aux étudiants étrangers refoulés par les États-Unis. Le Japon, l'Allemagne et la Corée du Sud veulent devenir de nouvelles destinations phares pour les étudiants étrangers. L'Arabie saoudite intensifie sa compétition avec les Émirats arabes unis, pour attirer toujours plus de talents étrangers.

Au milieu de ces considérations géopolitiques, l'expatrié de demain sera peut-être celui qui se soucie encore plus de son impact écologique. Les récents évènements climatiques extrêmes (incendies, séismes, inondations) le rappellent. Impossible de faire l'impasse sur le changement climatique. Les expatriés se disent de plus en plus conscients de leur impact écologique et de leur capacité à agir, à leur niveau, pour préserver la planète.

La quête de sens continuera également de motiver les expatriations. Donner un sens à son travail, à son voyage et à sa présence dans un pays étranger. Voilà ce qui anime de plus en plus d'expatriés, pour qui le voyage est avant tout une rencontre humaine : avec soi et avec les autres.

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Asaël Häzaq
À propos de l'auteur

Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d'expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d'expatrié : choix du visa, études, recherche d'emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d'un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

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