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S'expatrier pour mieux gagner sa vie : rêve ou réalité ?

Dossiers et Tendances 6 min de lecture
S'expatrier pour mieux gagner sa vie© Yuliya_Kokosha / Envato Elements

Ce sont des histoires dignes d'un film. Success-story quand tout va bien, cinéma catastrophe lorsque la réalité rattrape l'expatrié. Peut-on vraiment tout quitter pour améliorer sa situation financière ? Faut-il voir ces expatriations comme des fuites en avant ou comme des solutions radicales pour améliorer son train de vie ?

Quitter son pays pour gagner plus : le défi secret de l'expat

Tout quitter pour refaire sa vie à l'étranger. Beaucoup en rêvent. Les success stories d'expatriés ayant réussi à tripler leur salaire galvanisent et encouragent les aspirants expats. Tous ne rêvent bien sûr pas d'être millionnaires. Un certain nombre espère simplement améliorer sa situation financière.

Est-il cependant prudent de quitter son pays lorsqu'on traverse un désert financier ? Dans les conseils aux futurs expats, on peut souvent lire qu'il vaut mieux partir avec des économies, pour avoir de quoi vivre les premiers mois d'expatriation. Partir avec peu d'économies est toujours possible, surtout si on a l'esprit d'aventure. Car il faut pouvoir réajuster rapidement son projet d'expatriation en cas de difficulté.

Ce dont on parle moins, c'est que ce rêve et ce défi d'améliorer sa situation financière à l'étranger peuvent faire passer à côté d'un point essentiel : son état d'esprit. Comprendre dans quel état d'esprit on s'expatrie est pourtant fondamental pour éviter de quitter le pays pour de mauvaises raisons. Le seul motif de vouloir gagner plus peut conduire à faire des choix dangereux. De plus, l'expat est parfois en situation de fragilité : sa situation financière est précaire dès les premiers temps de l'expatriation, et il doit rapidement trouver une solution pour concrétiser son projet. Or, améliorer ses finances ne se fait rarement en un jour. L'urgence de la situation bancaire de l'expat s'accorde mal avec la volonté de gagner plus.

S'expatrier pour gagner plus : rêve ou réalité ?

Les success stories d'expatriés ayant fait fortune à l'étranger omettent souvent un détail important : le coût de la vie dans le pays d'accueil. Les packages d'expatriation bourrés d'avantages sont, depuis longtemps, réservés aux postes les plus élevés. La plupart des salariés sous contrat d'expatriation n'ont que peu d'avantages. Et lorsqu'ils en ont, ces avantages sont souvent limités et permettent de contrebalancer le coût de l'expatriation. Par exemple, le salaire sera un peu plus élevé pour faire face au coût de la vie dans la ville d'accueil, lui aussi plus élevé. Au final, l'expat ne s'est pas enrichi.

Autre cas : la fiscalité et le coût de toutes les charges de la vie courante (loyer, énergie, scolarité des enfants, santé, etc.) Les États-Unis, la Suisse et la Norvège comptent parmi les pays aux frais de santé les plus élevés. Côté immobilier, la crise mondiale du logement fait grimper les loyers, notamment dans les pays favoris des expatriés (Canada, Espagne, Portugal, Australie…). En Espagne, la crise est telle que le loyer peut représenter jusqu'à 50 % du salaire. L'inflation et le contexte géopolitique impactent également les finances de l'expat. La guerre au Moyen-Orient et la crise d'Ormuz ont provoqué la flambée des prix du carburant, et pas seulement. Les prix des biens de consommation sont aussi revus à la hausse.

Les personnes rêvant de richesse à l'étranger doivent être conscientes du coût réel de l'expatriation. Avoir un meilleur salaire est possible, mais en gardant à l'esprit le coût de la vie dans le pays d'accueil, et les possibles « turbulences » (changements politiques, lois sur l'immigration, situation géopolitique, etc.)

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Peut-on quitter son pays avec des dettes ?

L'histoire ferait peut-être un film de suspense palpitant s'il s'agissait d'une pure fiction. Mais lorsque la fiction rejoint la réalité, c'est tout le système d'un État qui peut être remis en cause. Qui n'a jamais pensé à fuir son pays pour en finir avec ses dettes ? Aux États-Unis, cette solution extrême est devenue l'unique recours de certains Américains, écrasés par leur dette étudiante. Ils sont trentenaires, quarantenaires et traînent leur dette étudiante comme un boulet. Les sommes dépassent souvent les dizaines de milliers d'euros. Pour espérer améliorer leur situation financière, ils ont osé le « reboot » : s'expatrier pour recommencer dans une ville ailleurs, meilleure.

Qu'en pense la justice ?

Mais peut-on vraiment quitter son pays avec des dettes ? A priori, non, bien entendu. Il n'existe toutefois pas toujours de législation interdisant clairement la sortie du territoire en raison d'une dette. C'est le cas au Royaume-Uni, par exemple.

La justice peut même juger disproportionnée une sanction d'interdiction de quitter le territoire tant que la dette n'est pas payée. Cas pratique devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), qui se prononce le 11 mai 2021. Dans le cas d'espèce, le plaignant s'était vu interdire de quitter le territoire durant « au moins 4 ans » en raison de sa dette impayée. La CEDH a estimé que la sanction allait à l'encontre du droit à la liberté de circulation. Elle rappelle également qu'« une mesure astreignant la liberté de circulation d'une personne, fût-elle justifiée au départ, peut devenir disproportionnée si elle se prolonge automatiquement pendant une longue période ».

La situation financière s'améliore-t-elle vraiment avec l'expatriation ?

Ou pour le dire autrement : les dettes disparaissent-elles automatiquement lorsqu'on quitte le pays ? Bien entendu, la réponse est négative. Les dettes ne disparaissent pas une fois la frontière franchie. Au contraire : le retour au pays pourrait être plus compliqué à cause de la dette non réglée. Aux États-Unis, les dettes étudiantes contractées demeurent ; les intérêts continuent de courir, même si la personne s'est expatriée. Car l'obligation de paiement ne dépend pas du lieu d'habitation. Le changement d'adresse n'efface pas non plus la dette.

Une dette qui pèse non seulement sur les finances, mais aussi dans la tête. S'ils contestent la solution (quitter le pays en raison de ses dettes), certains analystes voient ces solutions radicales comme un signe de défaillance de l'État.

L'expatriation, clé de la richesse : rêve ou réalité ?

Qu'on parte avec ou sans économies, l'expatriation n'est pas la clé de la richesse, ni même de l'amélioration des finances. Le portrait du riche expatrié qui négocie son salaire, toujours à la hausse, donne une fausse image de l'expatriation. En réalité, bien peu de travailleurs étrangers parviennent à négocier leur salaire, assorti d'une multitude d'avantages. Un grand nombre d'expats perçoivent des salaires comparables à ceux des locaux. Avec, certes, des différences évidentes, selon le secteur professionnel et le poste occupé. Mais penser gagner grâce à son statut de résident étranger est une erreur.

Comment améliorer sa situation financière à l'étranger ?

Il est néanmoins possible d'améliorer son train de vie grâce à l'expatriation. Certains travailleurs ont trouvé un bon emploi à l'étranger. Ils ont estimé le nombre d'années qu'ils devraient passer à l'étranger pour économiser suffisamment afin d'atteindre leur objectif (rentrer dans leur pays et acheter une maison, démarrer une entreprise à l'étranger ou dans leur pays, reprendre ou commencer des études, etc.).

Pour espérer transformer le rêve en réalité, il convient de repenser son projet d'expatriation en évitant de placer la recherche d'argent comme l'unique but du voyage. On appréciera mieux la nouvelle vie à l'étranger en cherchant à découvrir sa ville d'accueil et en se fixant des objectifs annexes. C'est un bon moyen de maintenir sa motivation. Viser des villes au coût de la vie moins élevé que celui de sa ville de départ permet d'augmenter mécaniquement son pouvoir d'achat. Mais attention aux frais cachés liés à l'expatriation. Attention aussi à l'inflation. L'établissement d'un budget rigoureux permettra de mieux appréhender ses dépenses futures. Enfin, il est essentiel de se donner du temps. Sur la route de la hausse des revenus, patience et persévérance seront les meilleures alliées de l'expatrié.

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Asaël Häzaq
À propos de l'auteur

Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d'expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d'expatrié : choix du visa, études, recherche d'emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d'un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.

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