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La France, on l'aime, mais de loin

Vie pratique 3 min de lecture
jeune femme portant le drapeau francais© RossHelen / Envato Elements

Il y a quelque chose d'un peu étrange dans les chiffres du Baromètre Français du Monde 2026. D'un côté, des gens qui affichent un attachement sincère, presque inébranlable, à leur nationalité. De l'autre, une majorité qui ne se voit pas revenir. Pas par colère. Pas par rupture spectaculaire. Plutôt par une sorte d'évidence tranquille : leur vie est là où ils sont. La France, qu'ils suivent, commentent et critiquent, est devenue un pays qu'on aime de loin.

Un profil qui dit tout

Avant les opinions, le portrait. Les Français de l'étranger interrogés ne sont pas des jeunes partis tenter leur chance à l'étranger depuis quelques mois. Près de deux tiers ont plus de 45 ans. Plus de six sur dix résidents sont hors de France depuis plus de onze ans et près d'un sur deux détient une double nationalité. Ce sont des personnes installées, intégrées, dont les enfants grandissent parfois dans une autre langue, et dont les réseaux professionnels, amicaux et familiaux sont souvent davantage ancrés à l'étranger qu'en France. Ce contexte est essentiel pour comprendre ce qui suit. Leurs opinions sur la France ne sont pas celles de touristes déçus ni d'exilés nostalgiques. Ce sont celles de gens qui ont choisi, durablement, de vivre ailleurs et qui gardent quand même un œil attentif sur le pays qu'ils ont quitté.

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Ce qui s'est cassé

Sur huit dimensions évaluées, une seule présente un solde positif : le rayonnement culturel. Tout ce qui fait la France dans l'imaginaire mondial reste un motif de fierté réel, allant de la langue, de la littérature et du cinéma à la gastronomie. Mais c'est à peu près là que s'arrête le bilan flatteur.

Sur d'autres fronts, tels que la gouvernance, l'attractivité économique, la politique migratoire et le soutien aux Français de l'étranger, les opinions négatives l'emportent largement. La politique migratoire n'obtient que 9,8 % d'opinions positives ; l'attractivité économique, 17,1 %. 51,8 % des répondants estiment que la France ne défend pas efficacement ses valeurs sur la scène internationale.

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Pourquoi ils ne rentrent pas

Parmi les 42,1 % qui excluent un retour, les raisons invoquées sont d'abord positives : une meilleure qualité de vie dans le pays de résidence (citée par 52,2 % de ce groupe) et un attachement sincère au pays d'accueil (48,7 %). La perception négative de la France n'arrive qu'en troisième position, mais elle est là, citée par 43,5 % d'entre eux. Autrement dit, ce n'est pas la France qui les repousse, mais leur vie à l'étranger qui les retient. La nuance est importante.

Le baromètre établit aussi une corrélation nette : plus la perception de la France se dégrade, plus la proportion de ceux qui excluent le retour augmente. L'image du pays n'est pas neutre dans l'équation.

La retraite et la géopolitique, deux angles morts

Derrière le paradoxe central, deux préoccupations structurent l'inquiétude quotidienne de cette communauté. D'abord, la retraite reste la première préoccupation, citée par 40,3 % des répondants. Parmi les 45 ans et plus, plus de la moitié n'ont pas encore engagé de démarches pour leurs droits à la pension. Manque d'information, conventions bilatérales opaques, délais de traitement interminables : les obstacles sont réels.

La géopolitique, ensuite. Elle s'impose dans ce baromètre comme la deuxième préoccupation (36,2 %) et la seule à traverser tous les âges, sans exception. Les expatriés ne la vivent pas comme un débat de salon : près de 15,7 % déclarent être fortement impactés dans leur vie quotidienne par l'instabilité locale, les fluctuations monétaires, ou encore l'insécurité dans certaines zones.

La scolarité française devient-elle un luxe ?

Un dernier signal mérite attention, moins visible mais tout aussi révélateur. Près de 44 % des répondants ne connaissent pas les principaux acteurs de l'enseignement français à l'étranger. Et parmi ceux qui les connaissent, 72 % jugent les frais de scolarité difficiles d'accès. Les familles déjà scolarisées dans le réseau sont, elles, préoccupées à 78,3 % par l'évolution future des coûts.

Pour eux, le réseau scolaire français à l'étranger, censé maintenir le lien entre les familles expatriées et la France, est en train de devenir un service réservé à ceux qui peuvent se le payer. Pour les autres, le cordon se distend un peu plus.

Ce que l'on retient, c'est que les Français de l'étranger regardent la France, s'y intéressent et lui gardent une affection tenace. Mais ils ont construit leur vie ailleurs, et la France, dans ce qu'elle leur renvoie concrètement, ne leur donne guère de raisons de faire le chemin en sens inverse.

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Veedushi Bissessur
À propos de l'auteur

Journaliste de formation, titulaire des DALF C1 et C2 et diplômée de l'Université de Maurice, je cumule près d'une vingtaine d'années d'expérience en rédaction. Après six ans dans la presse mauricienne, j'ai rejoint Expat.com, où j'évolue depuis une douzaine d'années, dont cinq en tant qu'assistante éditoriale, et à présent responsable éditoriale.

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