Partir vivre à l'étranger seul relève souvent de l'aventure. En famille, l'expérience prend une autre dimension : chacun doit trouver ses repères et s'adapter à son rythme. Face à l'inconnu, la tentation est grande de recréer à l'identique le quotidien laissé derrière soi, avec ses habitudes, ses traditions et ses petits conforts. Mais cette quête du « comme avant » peut vite devenir coûteuse, contraignante et parfois frustrante. Peu à peu, de nombreuses familles expatriées apprennent donc à composer autrement : préserver ce qui leur tient à cœur, accueillir de nouvelles habitudes et construire ensemble une nouvelle manière de se sentir chez elles.
L'une des principales craintes des parents qui s'expatrient avec leurs enfants est que le déménagement bouleverse profondément leur vie. C'est souvent ce qui les pousse, dans un premier temps, à recréer le plus fidèlement possible les habitudes de leur vie d'avant. Et pourtant, au sein des communautés d'expatriés, le même constat surprenant revient sans cesse : ce sont finalement les enfants qui s'adaptent le plus rapidement à leur nouvel environnement. Comme le confie un expatrié sur Reddit : « J'étais tellement inquiet pour mon fils que j'ai oublié de prendre soin de moi et de me rappeler que c'est moi qui donne le ton. Mon fils s'est adapté et s'épanouit. Moi, je lutte contre l'isolement, l'absence de réseau de soutien, les petites frictions du quotidien, comme réapprendre des choses qui me semblaient naturelles (faire les courses, remplir des formulaires, etc.), et les différences culturelles. »
Pour les adultes, l'adaptation est souvent plus complexe. C'est compréhensible : vous avez tout simplement passé bien plus de temps dans votre pays d'origine. On commence alors à comparer chaque aspect de sa nouvelle vie à « comment les choses se passaient avant ». Et notre cerveau excelle dans l'art de suivre le chemin de la moindre résistance : nous avons naturellement tendance à retomber dans nos habitudes familières. Mais si votre enfant manifeste de la curiosité pour le nouveau pays et est impatient de découvrir de nouvelles choses, c'est peut-être l'occasion idéale de faire évoluer certaines routines et de laisser de la place à l'exploration.
Les traditions n'ont pas à disparaître, mais elles évoluent
Beaucoup de familles expatriées craignent également que leurs enfants perdent le lien avec leurs traditions familiales après le déménagement. Lorsqu'elles s'installent dans un pays culturellement très différent, elles s'inquiètent de voir certaines fêtes tomber dans l'oubli et des coutumes se perdre. Pour de nombreux parents, la perspective que leurs enfants parlent moins bien leur langue maternelle, voire ne la parlent plus du tout, est particulièrement douloureuse.
Et selon de nombreuses familles expatriées, ces craintes sont tout à fait fondées. « J'étais vraiment convaincue que je ferai des efforts pour maintenir nos célébrations. Mais on n'a vraiment tenu que deux ans. Les fêtes ici sont tout simplement plus festives. Halloween, le 4 juillet avec les feux d'artifice, Noël avec toutes les décorations… Ma fille adore ça, et je ne voulais pas la priver de tout ce que ses amis vivent ici. Je crois qu'on n'a gardé qu'une seule de nos traditions : on fête le Nouvel An à la russe, mais pour le reste, honnêtement, je n'imagine même plus gérer tout ça », confie Marina, expatriée russe aux États-Unis.
Certains expatriés adoptent une approche plus structurée pour préserver ce qui leur tient à cœur. « Avant de partir, on s'était tous mis d'accord : à la maison, on ne parlerait que l'espagnol, et notre foyer serait « notre petit Mexique ». On tient encore aujourd'hui cette promesse, cinq ans après notre déménagement. Mais mes enfants ne sont pas Mexicains de la même façon que mon mari et moi. Ils ont tellement de choses qui se passent en dehors de la maison : des amis, l'école, plein de nouvelles idées. Ils voient le monde d'une façon très différente, et je pense que c'est une bonne chose », témoigne Sofia, expatriée mexicaine en Chine.
Ce qu'il y a peut-être de plus beau à l'idée d'emmener sa famille à l'étranger, c'est que l'horizon de vos enfants s'élargit de manière tout à fait naturelle. Ces nouvelles expériences les transformeront inévitablement. Mais pour les familles expatriées, ce n'est pas à déplorer, c'est à chérir. Savoir s'adapter et accueillir la nouveauté, c'est précisément ce qui rend les enfants résilients.
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Recréer un chez-soi est une réaction naturelle
En tant qu'expatriés, on nous encourage souvent à combattre le mal du pays. Ce sentiment nous retient et nous empêche d'explorer et d'avancer. Mais même si c'est généralement vrai, le mal du pays reste un sentiment tout à fait naturel. Vous avez peut-être remarqué qu'il se manifeste souvent lors de moments de stress ou de tristesse intense. Se réfugier dans le familier est une réaction profondément ancrée en nous. Comme le partage cet expatrié : « Après deux ans et demi loin de chez moi, j'ai appris à vivre avec ces vagues de mal du pays qui vont et viennent par cycles. Je pense que j'en traverse une en ce moment, et chez moi ça se manifeste surtout par une envie de moins interagir avec les locaux. J'ai toujours eu tendance à me sentir étranger partout, même avant de partir à l'étranger, et j'ai l'impression que le mal du pays accentue encore cette disposition. C'est comme si je voulais arrêter d'essayer de tisser des liens et d'approfondir des relations avec les gens, et que je glissais vers un repli sur moi-même. »
D'autres trouvent du réconfort dans la reconstitution de petits détails du quotidien, comme nous le raconte Maria, expatriée russe en Türkiye : « Quand je me sens triste, je vais au magasin russe du coin : il y en a un que j'adore, un peu loin de chez moi, mais j'y vais quand même. Parfois on y va tous ensemble, on prend des choses qu'on aime, et je prépare un repas, exactement comme à la maison. C'est tout simple, mais ça fait du bien à tout le monde. »
Un article du journal The Guardian souligne que le débat entre recréer son chez-soi et embrasser la nouveauté peut facilement surgir au sein d'une même famille. L'article décrit une divergence de points de vue au sein d'un couple récemment installé du Royaume-Uni en Espagne. « Je pense que Dave est trop attaché à ses petits conforts et ne fait pas assez d'efforts pour s'ouvrir à de nouvelles choses. Quand on voyage, il emporte tellement d'affaires de Grande-Bretagne que je me demande parfois : à quoi bon partir à l'étranger ? Il apporte du jerk seasoning, du Marmite et des Mini Cheddars. J'aime tout ça aussi, mais je ne vois pas pourquoi on en aurait besoin quand on s'installe dans un pays avec de bien meilleurs produits. » Dave, lui, défend l'importance du confort, celui du chez-soi : « Je pense que les petits conforts de la maison sont essentiels quand on est à l'étranger. Ils vous aident à vous sentir ancré dans votre nouvel espace. »
Cela montre que la différence d'approche tient parfois simplement à la personnalité. Certaines personnes accordent sincèrement plus de valeur aux petits plaisirs du quotidien que d'autres. Pour elles, chercher à recréer ces conforts n'est pas une façon de se replier sur soi, mais de construire un environnement où elles peuvent se sentir bien au fil des jours.
Le chez-soi se transforme peu à peu, et c'est normal
Les expatriés de longue date font souvent une autre observation intéressante : la notion même de « chez-soi » commence à se redéfinir. Au début, le chez-soi désigne naturellement l'endroit que l'on a quitté. Là-bas, vous aviez vos traditions, vous connaissiez chaque rue, vous alliez dans votre restaurant préféré le week-end… Mais avec le temps, les contours de cette définition peuvent devenir moins… définis. À mesure que votre nouveau pays s'infiltre dans votre identité, vous pouvez vous retrouver dans une situation où nulle part n'est vraiment chez vous à cent pour cent.
Un expatrié décrit ce sentiment comme déstabilisant : « Quand j'ai déménagé à Munich il y a environ quinze ans, c'était effectivement difficile avec une nouvelle langue, des systèmes différents, des ajustements culturels. Mais il y avait une logique claire : je m'adaptais à un nouvel endroit. Ça avait du sens. Maintenant, quand je rentre aux États-Unis, c'est étrangement plus déstabilisant. Comme si je devais simplement redevenir Américain, mais que je n'y rentrais plus vraiment. Famille et amis s'attendent à retrouver la même personne qui est partie, mais ce n'est plus tout à fait moi. Et je ne suis pas non plus vraiment allemand, alors je flotte dans cet entre-deux bizarre. Le déménagement initial ressemblait à une croissance, à une aventure. Rentrer, c'est comme essayer d'enfiler des vêtements qui ne me vont plus. »
Ce sentiment est familier à de nombreux expatriés, et beaucoup réagissent avec des commentaires du type : « Bienvenue au club. Tu es désormais officiellement sans patrie, comme beaucoup d'entre nous. Pas de remède connu à ce jour. Si tu en trouves un, fais-le-nous savoir. »
Traverser cette expérience en famille est à la fois plus simple et plus complexe. Plus simple, parce que vous disposez d'un réseau de soutien personnel. La famille est le chez-soi de chacun de ses membres. Et cela rend les épreuves plus surmontables. Mais en même temps, chaque membre de la famille peut vivre cette transition à sa façon, certains ayant plus de mal que d'autres.
Aylin, expatriée turque en Thaïlande, partage son expérience : « J'ai eu beaucoup plus de mal à me sentir chez moi à Phuket que mes enfants. Eux adoraient tout : la plage, l'école et les activités. C'est moi qui me sentais perdue et seule. Sans le bonheur qu'ils avaient l'air d'avoir, j'aurais certainement plié bagage. Mais comme je restais pour eux, j'ai commencé à les accompagner là où ils voulaient aller, à m'impliquer dans leur école, à rencontrer les autres parents… J'ai commencé à voir les choses à travers leur regard, et maintenant je commence enfin à me sentir chez moi ici. »
C'est tout l'avantage d'avoir sa famille ou un cercle proche à ses côtés. Vous avez quelqu'un avec qui partager les hauts et les bas, et parfois, voir les choses à travers ses yeux peut vous aider à surmonter vos propres démons liés à l'expatriation. L'astuce, comme le soulignent certains expatriés, est d'offrir du soutien quand c'est nécessaire, sans pour autant tout prendre en main. « C'est moi qui ai fait déménager ma famille à Hong Kong pour mon travail. Je me sentais donc responsable. Et pendant les deux premières années, j'ai essayé de compenser ce choix… J'ai voulu minimiser le changement autant que possible ; j'ai poussé tout le monde à se faire des amis ; je les ai inscrits à des activités sportives « comme à la maison ». Maintenant qu'on vit ici depuis sept ans, j'ai l'impression de leur avoir volé leurs propres expériences. Je me sentais coupable, alors j'ai tout surcontrôlé. Et je pense qu'à cause de moi, ils sont passés à côté de la chance de trouver par eux-mêmes leur façon d'aimer cet endroit, parce qu'on l'aime vraiment, maintenant, tous autant qu'on est », raconte Gary, expatrié britannique à Hong Kong.
Se lancer à fond
« Je pense que tout dépend de ce que vous avez prévu. Pour nous, on savait qu'on partait pour de bon. Alors on s'est lancés à fond. On apprend la langue et on essaie de s'intégrer à la culture. On n'a pas encore d'enfants, mais si on en a, ils naîtront ici et seront Brésiliens. On n'oubliera jamais d'où on vient ; on a tous des pans de notre « ancienne » vie qu'on tient à garder. Mais je crois qu'on est faits pour changer au fil de nos déplacements, au fil de ce qu'on découvre de la vie ; c'est simplement l'évolution naturelle des choses », témoigne Miroslav, expatrié ukrainien au Brésil.
Votre capacité à accepter le changement dépendra probablement en grande partie de la durée de votre séjour. Tolérer quelques inconvénients ou prendre le choc culturel avec humour est plus facile lorsqu'on est en mission de courte durée ou qu'on explore simplement une destination. Mais adopter un mode de vie différent, si c'est à quoi ressemblera votre quotidien dans les années à venir, c'est une tout autre histoire.
Aucun endroit n'est parfait. Et le lieu que vous appelez « chez vous » ne l'est pas non plus. Vouloir recréer chaque petit détail risque finalement de vous faire passer à côté de l'essentiel, pour ainsi dire.
Linda, expatriée américaine en Chine, raconte : « J'ai passé une année entière à cuisiner chez moi en Chine, ce qui me semble fou aujourd'hui, simplement parce que je n'avais pas aimé la nourriture les premières fois que j'y avais goûté. J'avais décidé sur-le-champ que ce n'était pas pour moi, et j'avais convaincu ma famille que ce n'était pas pour elle non plus. On a dépensé des fortunes pour trouver des ingrédients introuvables afin de cuisiner des plats qui ressemblaient à ceux de chez nous… Et puis, un an plus tard, j'ai essayé autre chose, j'ai adoré, et j'ai même suivi un cours de cuisine locale. Je pense que quand on essaie quelque chose de nouveau, il ne faut jamais se fier à la première impression. Si ce n'est pas ce à quoi on s'attendait, on va croire qu'on n'aime pas. Mais il faut réessayer encore et encore pour savoir ce qu'on pense vraiment. »
Lorsqu'on s'installe dans un nouvel endroit, on commence souvent, sans s'en rendre compte, à le comparer à celui qu'on a quitté. D'une certaine façon, on n'évalue pas vraiment objectivement le nouvel endroit. On cherche à mesurer à quel point il ressemble à ce qu'on connaissait. Mais différent ne veut pas dire moins bien. « J'ai eu un choc culturel assez important quand je me suis installée en Algérie… J'avais mes habitudes bien ancrées, mais là-bas je me sentais désorientée par toutes les règles et les codes. Ce qu'une femme peut ou ne peut pas faire ne correspondait pas du tout à ma personnalité. Et pendant les premiers mois, je me suis sentie enfermée et malheureuse. Mais je devais rester, alors j'ai commencé à me concentrer sur les bons côtés. La nature est magnifique, les excursions qu'on pouvait faire en famille, la chaleur des gens, et à quel point les restaurants et les hôtels sont accueillants pour les enfants. Je continuais à avoir du mal avec certains aspects de la vie là-bas, mais j'ai délibérément choisi de ne voir que ce que j'aimais à l'idée d'être là. Et on a tous passé de bons moments », témoigne Elena, expatriée russe en Algérie.
L'idée qui revient sans cesse dans de nombreux témoignages d'expatriés, c'est que l'expatriation n'est pas toujours un choix, mais la façon dont on choisit de la vivre l'est souvent. Il est tout à fait normal de ne pas aimer certains aspects de son nouveau chez-soi, et de regretter comment les choses étaient avant. Mais plus on aborde sa nouvelle destination avec curiosité, plus on a de chances d'y trouver quelque chose à quoi s'attacher.
Et si vous partez en famille, vous avez toujours un réseau de soutien sur lequel vous pouvez compter, ainsi que des « joueurs » supplémentaires dans votre jeu d'exploration. Imaginez-le comme Pokémon Go, où chaque Pokémon représente une expérience positive, quelque chose que vous aimez et que vous souhaitez conserver. Il ne vous reste plus qu'à tous les attraper.
Titulaire d'une licence (avec distinction) en langue anglaise et interprétation simultanée, Natallia a exercé en tant que rédactrice et éditrice pour diverses publications et chaînes médiatiques en Chine pendant dix ans.