Ces pays qui prennent des mesures diplomatiques contre la Russie

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Publié le 2022-05-18 à 07:00 par Mikki Beru
Samedi 14 mai, les ministres des Affaires étrangères du G7 s'accordent pour un nouvel élargissement des sanctions économiques et diplomatiques contre la Russie. Pour les dirigeants, la course contre la montre continue. Il faut se libérer de l'énergie russe. Il faut maintenir la pression sur tous les États qui font le jeu de l'alliance avec la Russie, à commencer par la Chine et la Biélorussie. 

Le ton est ferme : « Nous ne reconnaîtrons jamais les frontières que la Russie a essayé de changer par son intervention militaire. » Alors que la bataille dans le Donbass tourne à l'enlisement, alors que Serguei Lavrov, le ministre des Affaires étrangères russe accuse : « l'Occident nous a déclaré la guerre », alors que l'armée ukrainienne sort victorieuse de la bataille de Kharkiv, quels sont les pays qui ont pris des sanctions diplomatiques contre la Russie ? Quel impact ces sanctions ont-elles eu ?

Expulsions de diplomates

Mardi 19 avril, la Russie expulse 36 ambassadeurs belges et néerlandais. Le Kremlin affirme ne donner que la réciproque : la Belgique et les Pays-Bas ont expulsé 38 diplomates russes. Les forces occidentales ne l'entendent bien sûr pas de cette oreille, et rappellent les motivations expliquant ces expulsions de diplomates russes. Pas de quoi infléchir la position russe, au contraire. Le 25 avril, elle expulse 40 diplomates allemands. 

La réaction des pays visés ne se fait pas attendre. Les Pays-Bas suspendent la délivrance de visas pour les citoyens russes. La décision est cependant moins une sanction contre Poutine qu'une incapacité logistique à poursuivre la délivrance de visas, tout le personnel affecté à cette mission ayant été expulsé de Russie. Dans un tweet daté du 26 avril, l'ambassadeur des Pays-Bas en Russie, Gilles Beschoor Plug, regrette la contre-attaque russe, qui impacte l'ensemble des civils. Il assure cependant que l'État néerlandais fera tout pour rétablir les visas temporaires et humanitaires. C'est aussi le choix de la Lettonie et de la République tchèque, qui suspendent les visas pour les Russes, sauf en cas « d'urgence humanitaire ».

L'expulsion des diplomates fait partie des premières mesures (avec les sanctions économiques) prononcées contre la Russie. Dès le début de la guerre, l'Union européenne (UE) a stoppé la possibilité, pour les détenteurs d'un passeport russe, de voyager dans l'UE sans visa. République tchèque, Irlande… La plupart des pays européens ont expulsé des diplomates russes, soupçonnés d'être des « agents doubles », qui travailleraient pour les renseignements russes. Le 24 février, les États-Unis et la Pologne annonçaient déjà avoir expulsé des agents russes. 

Sanctions contre les oligarques russes

Plus de 900 oligarques russes ont été sanctionnés par les pays occidentaux. Parmi le cocktail de mesures, le gel des avoirs, la saisie des biens mobiliers et immobiliers, la suspension des visas… La famille présidentielle n'échappe pas aux sanctions. Début avril, Maria Vorontsova et Katerina Tikhonova, les deux filles de Vladimir Poutine, rejoignent la « liste noire » des États-Unis, du Royaume-Uni et de l'UE. Que reproche-t-on aux deux filles du président russe ? Maria aurait entretenu des liens avec une société soupçonnée de financer le gouvernement russe, et donc, la guerre. Katherina dirigerait un fonds de soutien qui compterait, parmi ses membres, des oligarques russes proches du Kremlin. Les avoirs des filles de Poutine sont gelés. Elles ne peuvent plus se rendre aux États-Unis ou dans l'UE. Mi-avril, le Canada sanctionne à son tour Maria Vorontsova et Katerina Tikhonova. 

Gel des avoirs, interdiction de séjour, et fin des golden visas. Quelques jours avant le début de la guerre, le Royaume-Uni annonce mettre fin à son programme de « visa dorés ». Lancés en 2008, ces visas accordaient la résidence permanente à quiconque investissait 4 millions d'euros dans l'économie britannique… Le pays, comme d'autres dans le monde, ressent alors les premières vagues de la crise des subprimes. Cela justifie-t-il la grande générosité de la couronne ? Peu regardantes sur l'origine des fonds, les autorités britanniques accordent ainsi la résidence à nombre d'oligarques russes, dont certains sont soupçonnés de blanchiment d'argent. Selon Transparency international, ONG anticorruption « 2581 super riches russes ont […] englouti 2,5 milliards d'euros dans l'immobilier de luxe londonien, dont au moins la moitié sont des fonds douteux. » Pour quel impact ? De nombreux oligarques russes échapperaient à la liste noire. Montages financiers complexes, mise « à l'ombre » de biens litigieux, vente d'actions, noms d'emprunts… Certains super riches russes rivalisent d'idées pour disparaître des radars. Mais pour les pays occidentaux, ces sanctions ne sont pas seulement symboliques. S'attaquer à ces oligarques, c'est toucher au portefeuille du Kremlin.

La Russie exclue du monde sportif

Basket, foot, tennis, cyclisme, athlétisme, Formule 1… Les organisations sportives excluent la Russie des rencontres internationales. La Biélorussie est aussi visée par ces sanctions. Le 28 février, le Comité international olympique (CIO) plaide pour une exclusion de la Russie et de la Biélorussie de toutes les compétitions sportives. C'en est fini de la neutralité du monde sportif. Parfois critiqué pour ces positions « neutres » (confèrent les derniers JO de Pékin), le CIO est sorti de sa réserve. Le CIP (Comité international paralympique) lui emboîte le pas et exclut les athlètes russes et biélorusses des jeux d'hiver. En avril, la Suisse plaide pour que les fonctionnaires russes et biélorusses des organisations sportives internationales soient également exclus. Pour la Suisse, il ne suffit pas de sanctionner les athlètes. Il faut sanctionner les fonctionnaires, qui disposent d'un pouvoir d'influence plus grand. 

Début mai, l'UEFA (Union européenne des associations de football) maintient l'exclusion des équipes russes des compétitions de cette année. Les Russes ne pourront participer à aucune compétition européenne. La Russie, candidate pour l'euro 2028 et 2032, est finalement exclue de la sélection. Même fermeté du côté de la FIBA (Fédération internationale de basket), et du monde du rugby, qui suspendent les clubs russes. Et lorsque les athlètes sont autorisés à jouer, c'est sous drapeau neutre (Formule 1, tennis).

L'exclusion des athlètes russes fait cependant débat, comme le montre « l'affaire Winbledon ». Pour certains experts, sanctionner un sportif à cause de sa nationalité n'a aucun sens, ou pire, appelle à une escalade de discriminations et de violence. Pour d'autres, il convient de dissocier les compétitions internationales, où le sportif joue sous le drapeau de son pays, et les autres tournois, où l'athlète concourt à titre individuel, et donc, travaille comme n'importe quel travailleur. D'autres, enfin, justifient les sanctions, estimant qu'il faut « montrer l'exemple ».

Le sixième « paquet » de sanctions sera-t-il le dernier ? L'UE annonce renforcer ses sanctions contre la Russie. Le Royaume Uni poursuit son investigation et s'attaque au cercle restreint de Poutine. Le 14 mai, il prononce de nouvelles sanctions contre des « très proches » du président russe, parmi lesquelles Lyudmila Ocheretnaya, son ex-femme, et Alina Kabaeva, une ancienne gymnaste soupçonnée d'être sa maîtresse. Londres leur reproche de financer « le train de vie luxueux » du président Poutine. L'homme n'aurait, à titre personnel, que peu de patrimoine, mais « cacherait » sa fortune chez ses proches. Frapper toujours plus fort le réseau Poutine : voilà l'une des armes des puissances occidentales pour affaiblir la Russie. Avec quels effets ? Le rouble s'est déjà remis de son effondrement de début de guerre, notamment grâce à la vente d'énergie, dont dépend encore l'UE. La Russie multiplie les actions pour contourner les conséquences des sanctions, en s'alliant avec tous les déçus de l'Occident, notamment, en Afrique. Reste le constat d'une Ukraine bien plus vaillante que prévu, qui regagne du territoire. Dimanche 15 mai, les renseignements britanniques annoncent que la Russie aurait perdu un tiers de ses forces terrestres. Un premier constat d'échec pour la Russie, qui pourrait en amener d'autres.