Le Japon, nouveau paradis de l’expatriation ?

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Publié le 2019-05-29 08:25

Selon un classement d’ECA International, le Japon serait le pays d’Asie qui offrirait les meilleurs salaires aux expatriés. Mais est-ce la seule chose que peut offrir ce pays ? Le pays, sa capitale, Tokyo, suivie, depuis quelques années, par sa grande voisine Osaka, est bien installée dans le top des Etats les plus chers au monde. Sur le terrain, la réalité nuance cependant ce constat, plaçant même le Japon en bonne place parmi les pays attractifs. Décryptage

Des salaires attractifs

Non seulement le Japon est le meilleur pays en Asie en terme de rémunération pour les expatriés mais il est aussi le deuxième meilleur pays au monde derrière le Royaume-Uni. En effet, les résultats de l’étude d’ECA International montrent qu’un expatrié employé comme cadre intermédiaire peut s’attendre à $386,451 en moyenne par an.

Et sur le terrain, comment ça se passe ?

Quand on prend en compte le salaire moyen sur toutes les catégories d’employés, cependant, le Japon perd quelques places. En effet, en 2017, quand l’OCDE compare les salaires annuels des grandes puissances mondiales, le Japon arrive derrière la France, avec $40 863 (contre $43 755 pour la France). Il est surtout très loin derrière les Etats-Unis et leurs $60 558.

Des chiffres qui, là encore, cachent des disparités. Contrairement à la France, le chômage au Japon est, comme aux Etats-Unis, très faible (autour des 3%). Des secteurs sont particulièrement en tension, comme ceux de la restauration, de la construction, des services (services à la personne, employé de magasin).

Ce très faible taux de chômage cache une réalité en demi-teinte. Le marché du travail japonais est dual. Les domaines cités ci-dessous offrent plus d’emploi précaires (travail non régulier, temps partiel etc.). Forte pression, faible protection, turn-over fréquent. Les Japonais, les premiers, les considèrent comme des béquilles, le temps de trouver “un véritable emploi” (à plein temps, mieux rémunéré).

A côté de ce marché précaire s’élève un autre marché, qui, lui aussi, recrute : informatique, développement web, applications sur mobile, intelligence artificielle, e-commerce, finance, marketing digital etc. Ce sont bien ces secteurs dits “de pointe” qui tirent les salaires vers le haut, offrent des perspectives d’évolution de carrière, et une meilleure protection salariale.

Plus l’on a d’expertise dans son domaine, plus l’on aura de chances de prétendre à un bon poste.

Et le logement ?

Lorsque l’on parle de “coût de la vie au Japon”, on se réfère souvent à sa capitale, Tokyo. Capitale où le coût global de la vie est relativement supérieur à celui d’autres régions du Japon. Principal poste de dépense : le logement. Il n’est pas rare de trouver une location d’à peine 10㎡ à plus de $500/mois. On trouvera surtout ces tarifs si l’on loge dans le centre de la capitale : Shinjuku, Shibuya, Chiyoda, Chuo et Minato figurant parmi les quartiers les plus chers de Tokyo.

S’éloigner du centre tokyoïte permet bien souvent de réduire la facture, tout en améliorant la qualité de vie : des logements plus spacieux, des zones d’habitation plus calmes, loin de l’agitation urbaine.

Tokyo se montre finalement bien plus attractive que les autres grandes villes, avec un loyer mensuel moyen de $1951, contre $2853 pour Paris, et plus de $3800 pour New York.

Des transports toujours à l’heure

Les transports japonais font la fierté du pays. Toujours à l’heure, propres, avec des sièges chauffant en hiver et la climatisation pour supporter la canicule. Toute cette technologie a un coût, non négligeable.

Au Japon, plus particulièrement à Tokyo, les transports coûtent cher. Pour un Pass navigo parisien avoisinant les 80 euros ($89), on pourra débourser, à Tokyo, une centaine d’euros ($112), voire plus ! Car l’on paie, et en fonction de la longueur du trajet, et en fonction des compagnies de transport utilisées. D’où l’importance de bien évaluer la distance domicile-travail; domicile-école etc. Bonne nouvelle, cependant : comme dans nombre d’autres villes, les écoliers et étudiants bénéficient de réductions. Quant aux salariés, leur transport est pris en charge par l’entreprise. Même en ayant un baito (l’équivalent d’un job, travail non régulier), les transports sont intégralement pris en charge par la société, dans les limites fixées par celle-ci (par exemple, remboursement intégral jusqu’à $10/jour).

Faut-il absolument parler japonais?

Parler japonais, c’est s’ouvrir les portes d’un marché du travail plus vaste encore. Posséder le diplome certifiant son niveau (Japanese Language Proficiency Test; JLPT) est fortement recommandé. Nombre d’entreprises demandent de posséder le niveau 2, correspondant à une bonne compréhension et pratique de la langue.

Même si vous visez les entreprises internationales, ne faites pas l’impasse sur le japonais, et commencez à l’apprendre avant de vous expatrier. Car même les firmes étrangères pourront exiger un certain niveau de langue.

Bien plus, parler la langue d’un pays est gage d’une meilleure intégration. Surtout dans un pays comme le Japon, où l’anglais est loin d’être pratiqué par tous. Il est, bien entendu, possible de vivre au Japon sans parler japonais, surtout dans de grandes villes comme Tokyo. Au quotidien, vous constaterez cependant que tout devient plus facile lorsque l’on maîtrise les rudiments de la langue. Les Japonais eux-mêmes se montrant plus ouverts, et plus enclins au dialogue.

Le Japon, c’est un cadre de vie, un sentiment de sécurité et de quiétude. Un respect de l’autre et de la vie en communauté. Transports propres et ponctuels, préservation et entretien du bien public. Zones dédiées aux loisirs et à la détente. Marché du travail attractif selon les secteurs. Il est tout à fait possible de s’expatrier, et de réussir son expatriation au pays du Soleil Levant.

Le point de vue de l’Expat

L’avis de François

Tout d’abord, pourquoi le Japon ?

J’étais au chômage en France. J’ai toujours rêvé d’aller au Japon. Il y a six ans, je me suis dit “pourquoi pas ?” Je n’ai plus rien à perdre.

Qu'est-ce que vous y faites ?

Je suis tombé amoureux ! C’est l’une des meilleures choses de ma vie. Je ne savais plus où j’en étais en France, quand j’ai rencontré ma future femme. Elle est Japonaise. Je suis resté par amour (rires).

Actuellement, je travaille dans un restaurant. On va dire que j’enchaîne les baito (emplois non réguliers). Il faut savoir que, même pour un étranger, on trouve un job hyper facilement, surtout dans une grande ville comme Tokyo. Partout, on embauche, dans les fast-food, les konbini (supérettes ouvertes 24h/24), les restaurants... Même quand on ne parle pas japonais, on trouve. D’ailleurs, on voit de plus en plus d’étrangers à ces postes.

Mais c’est hyper mal payé. Et on n’est pas respecté quand on est en baito. Moi, comme je ne parle pas encore très bien japonais, je ne peux pas passer shain (employé régulier, salarié). Je ne peux pas sortir de ce truc de boulot précaire. Ça pèse sur le moral. Parfois, je me demande : “entre galérer au Japon et galérer en France, tu préfères quoi ?”. Heureusement que j’ai ma femme. On va avoir un bébé, en plus ! Il faut que je me bouge.

Selon une récente étude, le Japon offrirait aux expatriés de meilleurs salaires que les autres pays d’Asie. Qu’en pensez-vous ? Le coût de la vie au Japon vous parait-il élevé ?

Oui, quand même, mais on trouve plein de bons plans pour arriver à s’en sortir. Nous, on habite à Saitama pour économiser sur le logement. Les prix sont vraiment plus abordables à Saitama ! Et ce n’est pas si loin de Tokyo : à peine 30min via la Yurakucho (ligne de métro). Le restaurant paie tout mon transport, donc ça me fait une économie en plus.

Les salaires, par contre, je ne sais pas. Je suis à 1000 yens de l’heure (9,15$). C’est l’équivalent d’un SMIC. On s’en sort, mais on ne fait pas de folies. Heureusement que ma femme travaille, mais je me demande comment on fera, avec le bébé. Il n’y a pas de systèmes de crèches, de garderies comme en France... Et même, j’imagine que ça coûterait cher.

Pour la vie au quotidien, on se débrouille. C’est pas plus cher qu’en France. Y’a des commerces discount. Les aliments sont assez abordables. Sauf les fruits, qui coûtent le prix d’un rein (rires) ! Petite info pour les expats : allez faire vos courses le soir, vers 18h. Y’a souvent des réductions, sur les bento, ou les légumes, par exemple. Les restaurants sont aussi très abordables, bien moins chers qu’en France ! Mais le mieux, c’est de cuisiner soi-même.  

Quels sont les avantages, les inconvénients à vivre au Japon ?

Le gros avantage, c’est la tranquilité d’esprit. On dit que la vie est chère, mais on paie aussi une qualité de vie. Tout est fait pour nous faciliter la tâche. Ici, on a vraiment le sens du service et de l’hospitalité. Les Japonais sont avenants et toujours prêts à aider. Je sais que je serai toujours “l’étranger”, mais ce n’est pas grave. Je fais au mieux pour progresser en japonais et m’intégrer.

Il y a aussi beaucoup d’espaces faits pour s’aérer et s’amuser : parcs, games center, attractions... C’est génial pour élever ses enfants en toute tranquilité.

Le gros inconvénient, c’est, je dirai, le fait que tu n’es rien sans un bon emploi. Et, cumuler les baito, comme moi, c’est vraiment mal vu ! Beaucoup considèrent que ce n’est pas du vrai travail, alors que je trime autant que les salariés réguliers ! C’est comme en France, en fait : on favorise les hauts diplomés, ceux qui viennent d’un bon milieu social. C’est comme partout, et c’est dommage.

L’avis de Maria

Bonjour, tout d’abord, pourquoi le Japon ?

J’ai suivi un séminaire dans ma faculté concernant l’échange universitaire. Ayant un master en photonique et micronanotechnologie, j’ai voulu élargir ma vision en partant pour le Japon, pays également à la pointe en la matière.

Que faites-vous au Japon ?

Je suis étudiante à la Tokyo University of Science depuis un an. J’apprends également le japonais (j’ai commencé à l’apprendre en France).

Selon une récente étude, le Japon offrirait aux expatriés de meilleurs salaires que les autres pays d’Asie. Qu’en pensez-vous ? Le coût de la vie au Japon vous parait-il élevé ?

Je suis peut-être mal placée pour répondre, ne voyant encore le Japon que sous l’aspect “vie étudiante”. Je bénéficie d’une bourse qui me permet de me concentrer sur mes études. Je trouve que les restaurants sont très abordables. J’ai été très surprise de découvrir leurs tarifs. Rien à voir avec Paris ! Pour les courses du quotidien, même constat : hormis les fruits vraiment hors de prix, on peut tout à fait vivre tranquillement, même à Tokyo.

Quels sont les avantages, les inconvénients à vivre au Japon ?

Le gros avantage, c’est que les rues sont propres (rires). En France, beaucoup de villes mériteraient des cartons rouges ! Au Japon, les propriétaires de chiens se promènent avec des sacs et une bouteille d’eau, pour ramasser et nettoyer les déjections de leur chien. On devrait les prendre en exemple !

Inconvénients : il est difficile de se faire de réels amis Japonais. Difficile de parler à coeur ouvert. Leur courtoisie et leur pudeur sont admirables, mais parfois, elles amènent comme un courant froid. Mais j’ai réussi a avoir une amie. Je suis fière de moi (rires).