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Stabat Mater au Caudan Arts Centre : rencontre avec Claire Mascarin, une soprano au parcours inspirant

Claire Mascarin
Écrit parVeedushi Bissessurle 17 Mars 2026

À l'affiche du Caudan Arts Centre le 1er avril 2026 pour interpréter le Stabat Mater de Pergolèse, Claire Mascarin, une soprano au parcours atypique, s'apprête à offrir au public mauricien un moment musical d'une grande intensité. Entre vocation tardive, passion pour la musique baroque et renaissance personnelle à Maurice, son itinéraire sort des sentiers battus. Dans cet entretien, elle évoque ce tournant décisif qui l'a menée vers le chant lyrique, son lien profond avec l'île Maurice, ainsi que la force universelle d'une œuvre qui continue de toucher, au-delà des époques et des cultures.

Vous êtes soprano et vous vous produisez sur des scènes internationales. Parlez-nous de votre parcours et de ce qui vous a menée vers la musique baroque et, surtout, vers l'île Maurice. À quel moment avez-vous su que le chant lyrique serait votre voie ?

À la fois très tôt… et très tard. Mon parcours est assez atypique. Je me suis réellement lancée dans le chant lyrique comme on entreprend une reconversion professionnelle, à l'âge de 37 ans, après une première carrière dans un tout autre domaine. Ce qui est déjà un défi en temps normal l'est encore davantage dans le milieu artistique.

Comme beaucoup d'artistes, mon premier contact avec la musique remonte à l'enfance, avec l'apprentissage du piano. J'ai commencé à chanter vers l'âge de 15 ans, d'abord en chœur, puis en classe de chant lyrique. Mais à 18 ans, une fois le baccalauréat en poche, je me suis orientée vers des études plus conventionnelles. À l'époque, je crois que le statut d'artiste me faisait un peu peur : j'avais besoin de stabilité et j'imaginais plutôt une carrière classique.

Même si la musique occupait une place très importante dans ma vie, je n'ai sans doute pas eu suffisamment confiance pour suivre cette voie à ce moment-là. C'est finalement dix-huit ans plus tard que j'y suis revenue, avec la nostalgie d'une occasion manquée…

Notre installation familiale à Maurice a beaucoup compté dans ce cheminement. L'expatriation a quelque chose de profondément libérateur : elle pousse à sortir de ses repères, à oser de nouvelles choses. Pour moi, cela a été un véritable déclic. Maurice est devenu le lieu de cette réalisation personnelle, l'endroit où je me suis sentie libre d'entreprendre ce que j'avais vraiment envie de faire et d'aller jusqu'au bout. C'est ici que j'ai trouvé l'élan et la confiance pour poursuivre ce rêve. Et pour cette raison, je crois que Maurice restera toujours, d'une certaine manière, ma maison.

Le Stabat Mater de Pergolesi est une œuvre majeure du répertoire sacré baroque. Qu'est-ce qui rend cette pièce si particulière pour les interprètes et pour le public ?

Le Stabat Mater est une œuvre très représentative du répertoire baroque par la manière dont elle est écrite. Les lignes vocales s'entrelacent, se répondent et parfois se frôlent, créant des tensions émotionnelles très fortes. Cela donne, selon moi, une véritable sensation de dialogue, à la fois entre les interprètes, les chanteurs et l'orchestre, mais aussi avec le public.

Cette musique est empreinte d'une grande pureté et porte un message profondément humain : elle évoque l'amour et la douleur d'une mère face à la souffrance de son fils. C'est un thème universel qui touche chacun d'entre nous, au-delà de son origine sacrée et de sa tradition chrétienne.

Que ressentez-vous personnellement lorsque vous interprétez cette œuvre ?

Le Stabat Mater de Pergolèse est l'une des œuvres qui m'ont fait découvrir la musique lorsque j'étais jeune. Elle a été, en quelque sorte, la porte d'entrée vers cet univers extraordinaire, en me touchant profondément. L'interpréter aujourd'hui est donc très émouvant pour moi. C'est un peu comme revenir aux sources, retrouver l'élan et l'émotion que j'ai ressentis à l'âge de quinze ans.

Y a-t-il un passage du Stabat Mater qui vous touche particulièrement ?

L'ensemble de l'œuvre est sublime, mais parmi les 12 pièces qui la composent, ce sont la première et la dernière qui me touchent le plus, en particulier celle où l'harmonie entre les deux voix est la plus intense.

Vous serez sur scène le 1er avril 2026 au Caudan Arts Centre à Port-Louis. Qu'est-ce que cela représente pour vous de chanter cette œuvre à Maurice ?

Chanter cette œuvre à Maurice a une signification très particulière pour moi, car c'est aujourd'hui le pays où je vis. Il y a quelque chose de très émouvant à pouvoir partager cette musique ici, presque comme si je chantais à la maison. C'est aussi une grande chance de pouvoir se produire sur la magnifique scène du Caudan Arts Centre et de proposer au public mauricien la découverte d'une œuvre aussi profonde que le Stabat Mater. J'espère que ce concert sera l'occasion de faire vivre un moment musical un peu différent de ce que l'on peut habituellement entendre, même lorsque l'on aime déjà la musique classique.

Le concert réunira des artistes français et mauriciens, notamment le contre-ténor Fabrice Di Falco et l'Ensemble 415, dirigé par Guy-Noël Clarisse. Comment est née cette collaboration artistique ?

J'ai rencontré Fabrice Di Falco lors de la finale réunionnaise du concours Voix des Outre-mer. Ce fut une véritable rencontre, à la fois artistique et humaine, et très vite est née l'envie de partager un projet musical ensemble ici à Maurice.

Le Stabat Mater étant à l'origine écrit pour un ensemble de cordes baroques, il m'a semblé naturel de me tourner vers Guy-Noël Clarisse pour lui parler de ce projet. Son ensemble, Ensemble 415, tire d'ailleurs son nom de la tradition baroque : le chiffre 415 fait référence à la fréquence du La baroque, accordé un demi-ton en dessous du La moderne à 440 Hertz.

L'Ensemble 415 a immédiatement été enthousiaste à l'idée de participer à cette aventure musicale, pour notre plus grande joie.

Ce concert s'inscrit dans une collaboration artistique entre la France et Maurice. Selon vous, quel rôle la musique peut-elle jouer dans le rapprochement des cultures ?

Je pense que la musique rassemble avant tout parce qu'elle nous touche profondément. Qu'elle soit sacrée ou profane, elle parle un langage universel : celui de l'émotion, de l'ouverture et de la tolérance. Elle apporte de la beauté, elle fait naître du bonheur et elle accompagne nos vies comme un battement de cœur. C'est peut-être pour cela qu'elle a ce pouvoir unique de nous rapprocher les uns des autres.

Que diriez-vous à quelqu'un qui n'a jamais assisté à un concert de musique baroque pour lui donner envie de découvrir cette œuvre ?

Je lui dirais simplement de venir avec curiosité et de se laisser porter par la musique. La musique baroque a quelque chose de très direct et de très humain : elle parle immédiatement aux émotions. Et puis ce n'est pas si fréquent d'avoir l'occasion d'entendre un contre-ténor, une voix très particulière et fascinante, qui apporte une couleur unique à cette musique. Beaucoup de personnes qui découvrent cette œuvre pour la première fois sont d'ailleurs surprises de voir à quel point elle peut être à la fois émouvante et accessible.

Les billets sont disponibles ici : STABAT MATER de Pergolesi - Le Caudan Waterfront

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A propos de

Détentrice d'un diplôme approfondi de langue française, j'ai été journaliste à Maurice pendant 6 ans. Je compte une douzaine d'années d'expérience en tant que rédactrice web bilingue à Expat.com, dont cinq au poste d'assistante éditoriale. Avant de rejoindre l'équipe d'Expat.com, j'ai occupé le poste de journaliste/reporter au sein de plusieurs rédactions mauriciennes. Mon expérience de plus de 6 ans dans la presse mauricienne m'a permis de côtoyer plusieurs personnalités et de couvrir de nombreux événements sur différentes thématiques.

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