
À l'île Maurice, le padel connaît un essor spectaculaire. Les terrains se multiplient, les tournois s'organisent, les communautés grandissent. Mais au-delà de l'effet de mode, ce sport semble jouer un rôle particulier dans la vie des expatriés. Plus qu'un simple loisir, il devient un point d'ancrage, un accélérateur de rencontres et parfois même un véritable outil d'intégration. Des expats nous en parlent.
À Rivière Noire, Katia, une expatriée française installée depuis 2015, a vu ce phénomène naître et évoluer. « Nous sommes arrivés en juillet 2015, en provenance de France où nous avions une ferme près de Toulouse. Mon mari avait un cabinet de formation en management et coaching et nous travaillions ensemble. Après le décès de son père puis de son meilleur ami, il a souhaité prendre sa retraite plus tôt. Nous avons tout vendu, fermé la société et fait construire à Rivière-Noire. On a débarqué avec nos deux valises et nos deux chiens. Et zou ! »
Quelques années plus tard, une semaine d'essai gratuite, proposée à l'ouverture de nouveaux terrains de la route des Gorges, change leur quotidien. « Nous avons essayé, aimé… et nous sommes devenus addicts ! Très vite, il a fallu trouver des joueurs et des joueuses. Je suis allée à la rencontre des filles qui débutaient. Le groupe Fun Girl est né comme ça. Puis nous avons créé des tournois féminins tous les deux mois. Cela a été l'occasion de faire se rencontrer des personnes issues de milieux, de nationalités et de cultures très différents. Un vrai bonheur. »
Son engagement l'amène à devenir ambassadrice du club. Elle observe également la structuration progressive du padel à l'échelle nationale. « Depuis deux ans, cela s'est professionnalisé. Une ligue nationale a été créée, des tournois nationaux mis en place avec un classement. Les joueuses ne se contentent plus de jouer ; elles s'entraînent, cherchent à progresser. Parfois cela peut prendre le dessus sur le simple plaisir du jeu. »
Malgré cette évolution, l'essence du padel reste profondément sociale. « C'est un sport qui se joue à quatre. On joue avec quelqu'un et contre une autre équipe. L'adversaire d'hier peut devenir le partenaire de demain. On apprend à s'adapter. À la fin du match, on échange des rires, parfois un café ou une bière. On est dans la rencontre. »
Le padel : un langage universel
Cette dimension sociale se retrouve dans d'autres parcours d'expatriés.
Originaire d'Afrique du Sud, Melody vit à Maurice depuis plusieurs années. Elle a quitté son pays pour offrir à ses enfants un environnement plus sûr. « Nous avons déménagé ici pour offrir à nos enfants une vie plus sereine, et ce qui a commencé comme une aventure est rapidement devenu notre foyer. »
Entrepreneure (et fondatrice de Biolink Mauritius), elle accompagne les enfants et les adolescents dans le développement de leur concentration et de leur confiance en eux. Dans son quotidien chargé, le padel a pris une place particulière. « Depuis mon expatriation, le padel joue un rôle important dans ma vie. C'est plus qu'un sport, c'est un lien social. Il m'a permis de trouver instantanément une communauté et un espace où m'intégrer naturellement à la vie de l'île. »
Sur le terrain, les différences s'estompent. « Sur le court, les origines, la langue et la culture s'effacent pour laisser place au travail d'équipe et aux rires. Le sport a son propre langage universel. »
Une communauté qui dépasse le jeu
Pour beaucoup d'expatriés, les relations créées autour du padel dépassent rapidement le cadre sportif.
À Rivière Noire, une véritable communauté s'est formée. « Des amitiés sont nées, des affaires ont été conclues, des aides ont été trouvées. Aujourd'hui, mes meilleures amies sont mauriciennes, russes, sud-africaines et françaises. Sur le groupe, on cherche et on trouve un appartement pour la fille de l'une à Bruxelles, une famille pour un chien errant, une garde d'enfants… »
De son côté, Melody souligne également cette dimension d'équilibre personnel. « Au-delà du jeu lui-même, le padel m'apporte un équilibre. En tant que chef d'entreprise, épouse et mère de deux enfants, c'est mon espace pour me ressourcer, me lancer des défis, m'amuser… et bien dormir ! »
Elle évoque aussi un moment charnière. « L'un des moments les plus marquants pour moi a été de réaliser que je ne me sentais plus comme “la nouvelle expatriée”. »
Quand le sport devient un outil d'intégration naturel
Convivialité, entraide, esprit d'équipe et respect sont les valeurs qui reviennent le plus souvent sur les terrains. Bien sûr, comme dans toute communauté, des tensions peuvent parfois apparaître, mais l'ambiance générale reste bienveillante. « Tu veux rencontrer des gens, te faire des contacts, trouver une communauté ? Viens jouer au padel ! »
Pour les mamans en particulier, c'est aussi un espace pour souffler, créer des liens et s'accorder un moment pour soi.
Où jouer au padel à Maurice ?
Si Rivière Noire s'est imposée comme l'un des pôles dynamiques du padel sur la côte ouest, la discipline s'est largement développée à travers l'île ces dernières années.
Dans le Nord, plusieurs clubs accueillent une communauté internationale active, notamment dans les régions de Grand Baie et de Mont Choisy, où expatriés et Mauriciens se retrouvent régulièrement pour des matchs amicaux et des tournois. Parmi les plus connus, on retrouve Caña Padel à Beau Plan, Isla Padel, Urban Sport Grand Baie ou encore Labourdonnais Sports Club.
Sur la côte ouest, au-delà de Rivière Noire, d'autres infrastructures permettent de jouer dans un cadre naturel particulièrement apprécié des résidents.
Dans le Centre et vers Moka, de nouveaux terrains ont également vu le jour, facilitant l'accès au padel pour ceux qui vivent ou travaillent dans cette zone plus centrale.
Cette répartition géographique contribue à faire du padel un sport accessible sur l'ensemble de l'île, favorisant ainsi les échanges entre différentes communautés d'expatriés et de Mauriciens.
À Maurice, le padel n'est donc pas seulement un sport en vogue. Il est devenu, pour de nombreux expatriés de toutes nationalités, un terrain d'intégration, de rencontres et parfois même de transformation personnelle. Sur l'île, la petite balle jaune semble avoir trouvé bien plus qu'un public : elle a trouvé une communauté.



















