
À Maurice, on célèbre tout, tout le temps. Le pays possède l'un des calendriers les plus riches en jours fériés du monde. Ici le vivre-ensemble est une fête à lui tout seul. La religion n'est pas un sujet tabou, mais une occasion de manger, chanter, danser... et parfois même d'avoir un jour de congé. On appelle ça la « bénédiction multiculturelle ». On vous embarque à travers les grandes traditions et célébrations mauriciennes. Vous saurez quand dire « bon Divali », pourquoi les rues s'illuminent en février, et comment éviter les faux pas dans une cérémonie tamoule.
Une île, plusieurs cultures : le secret d'un calendrier multicolore
Ce qui frappe d'abord, c'est la cohabitation joyeuse des cultures. Hindous, musulmans, chrétiens, bouddhistes, créoles et sino-mauriciens partagent l'espace, les marchés, les plages... et les jours fériés. Chacun garde ses traditions mais les partage généreusement avec les autres. Du coup, à Maurice, on souhaite « Joyeux Noël » à son collègue hindou, et « Eid Mubarak » à sa voisine chrétienne. C'est comme ça !
Petit rappel historique : cette mosaïque culturelle est le fruit de siècles de migrations, de colonisations et de brassages. Esclaves venus d'Afrique, engagés indiens, colons européens, marchands chinois… Tous ont laissé leur empreinte. Et comme on dit ici : « Mo ena enn tigit tou dan mo disan » (j'ai un peu de tout dans mon sang).
Le calendrier mauricien, lui, reflète cet héritage. À côté des fêtes chrétiennes classiques, on retrouve de grands rendez-vous religieux hindous, des célébrations musulmanes, le Nouvel An chinois, sans oublier des commémorations civiques et culturelles. On ne s'y ennuie jamais ! Pour les nouveaux arrivants, c'est à la fois déroutant… et attachant.
Alors comment s'y retrouver quand on débarque ? Le mieux, c'est de comprendre l'esprit de chaque fête, et surtout, d'y aller avec le sourire.
Les grandes fêtes hindoues : lumière, foi et gourmandises
Bienvenue dans le monde des guirlandes colorées, des processions fleuries, et du lait en poudre en veux-tu en voilà. Avec plus de 50 % de la population issue de la communauté hindoue, l'île Maurice célèbre plusieurs grandes fêtes d'origine indienne… et elles sont absolument immanquables.
Thaipoosam Cavadee : foi, fleurs et résistance à la douleur
Le Cavadee, célébré par les Tamouls en janvier-février, est l'une des fêtes les plus impressionnantes – et déroutantes – pour les non-initiés.
Les fidèles, après une période de jeûne et de purification, participent à une procession en portant un « cavadee » : une arche fleurie sur les épaules. Certains vont plus loin : piercings à la langue, aux joues, au dos, en état de transe... Le tout dans une atmosphère de ferveur absolue, au rythme des tambours.
On ne vient pas au Cavadee comme à un spectacle. On vient avec respect, curiosité, et discrétion. Alors pas de photos trop insistantes, ni de commentaires déplacés. Mais oui, vous pouvez assister à la procession, et poser des questions aux Mauriciens autour de vous : ils seront ravis de vous expliquer.
Maha Shivaratree : pèlerinage vers le lac sacré
C'est probablement la plus grande manifestation religieuse du pays. Pendant plusieurs jours, en février/mars (fixée selon la 14e nuit du mois lunaire de Phalguna), des dizaines de milliers de fidèles hindous parcourent l'île à pied, vêtus de blanc, en transportant des structures appelées « kanwars », décorées de fleurs et de tissus, en direction du Ganga Talao, le lac sacré au Sud de l'île.
Le lac devient alors un immense sanctuaire vivant. On y vient en famille, on prie Shiva, on dépose de l'eau, on chante. Et même si vous n'êtes pas croyant, c'est bouleversant d'humanité.
Holi : la fête des couleurs (et des éclats de rire)
Si un jour vous voyez des gens recouverts de poudre rose, verte, bleue, c'est Holi, célébrée en mars.
Fête hindoue célébrant le triomphe du bien sur le mal, Holi est aussi une célébration de la joie, de la couleur et de l'unité. À Maurice, la fête est particulièrement populaire dans les régions à forte population hindoue. On se jette de la poudre colorée dessus, on danse, on chante, on rit... et on oublie les tensions, les statuts, les barrières.
Conseil d'ami : ne venez pas avec vos vêtements préférés. Même la lessive mauricienne n'est pas magique. Et gardez vos lunettes de soleil : la poudre, ça ne pardonne pas les yeux sensibles.
Ganesh Chaturthi : l'art de faire une offrande avec le cœur
Célébrée chaque année en août ou septembre, Ganesh Chaturthi rend hommage au dieu Ganesh, reconnaissable à sa tête d'éléphant et à son ventre rebondi. Symbole de sagesse, de chance et de nouveaux départs, Ganesh est particulièrement apprécié des entrepreneurs, étudiants… et fans de douceurs sucrées.
À Maurice, la fête se traduit par des prières dans les temples, la préparation de « modaks » (petits gâteaux de coco offerts au dieu), et des processions menant à la mer ou à des points d'eau pour immerger les statues en argile, symbole de retour à la nature.
Divali : la fête des lumières (et du sucre)
Si vous ne deviez assister qu'à une seule fête hindoue, choisissez Divali. Elle tombe lors de la nouvelle lune d'octobre/novembre (mois de Kartika). C'est une explosion de lumière, de bienveillance, et... de gâteaux bien sucrés. On célèbre la victoire du bien sur le mal, de la lumière sur les ténèbres, et on en profite pour illuminer rues, maisons et balcons avec des lampes à huile (diyas) ou des guirlandes LED (team tradition vs team rechargeables).
En tant qu'expatrié, vous serez probablement invité à goûter les fameux « gâteaux Divali » : douceurs à base de pois, de coco, de cardamome et surtout, de cette potion magique qu'est le lait concentré sucré. C'est délicieux, mais mieux vaut y aller mollo si vous tenez à votre glycémie.
Les fêtes musulmanes : hospitalité, partage et pâtisseries
Les Mauriciens de confession musulmane représentent environ 17 % de la population. Discrets mais très ancrés dans la vie locale, ils célèbrent deux grandes fêtes qui rythment l'année avec simplicité et générosité. Et si vous êtes invité, une chose est sûre : vous ne repartirez pas l'estomac vide.
Eid al-Fitr : la fin du jeûne… et le début du festin
Après un mois de jeûne durant le Ramadan, Eid al-Fitr est un grand moment de joie, de retrouvailles et de repas copieux. C'est un peu Noël, mais version briani, sirop rose et pâtisseries croustillantes. Les enfants reçoivent des cadeaux, les maisons sont décorées et les familles s'habillent sur leur 31.
En tant qu'expatrié, vous entendrez très souvent : « Viens manger à la maison pour l'Aïd ». C'est une vraie invitation, pas une formule de politesse. Et c'est l'occasion parfaite pour découvrir la richesse de la cuisine musulmane mauricienne, entre douceurs indo-pakistanaises et spécialités locales.
L'Eid commence par la prière matinale à la mosquée. Ensuite, place à la fête. Ne soyez pas surpris si même des collègues que vous connaissez à peine vous tendent une boîte de gâteaux. C'est ça, l'esprit Eid !
À l'occasion des fêtes musulmanes, certains commerces tenus par les musulmans ferment pendant plusieurs jours.
Eid al-Adha : entre foi et tradition
L'autre grande fête musulmane, Eid al-Adha, est liée au sacrifice d'Abraham. Elle a lieu environ deux mois après le Ramadan et implique, comme son nom l'indique, un sacrifice rituel d'un mouton, d'une chèvre ou d'un bœuf. La viande est ensuite partagée entre la famille, les proches et les plus démunis.
Pas d'inquiétude : tout est fait dans un cadre réglementé. Et vous n'aurez jamais un gigot dans votre assiette sans qu'on vous ait prévenu. Mais c'est aussi un moment très fort pour les croyants, centré sur la foi, le don et l'humilité.
Nouvel An chinois : dragons, vœux et biscuits porte-bonheur
À l'île Maurice, le Nouvel An chinois, ce n'est pas juste une affaire de fortune cookies ou de lanternes rouges suspendues pour faire joli sur Instagram. C'est un moment fort pour la communauté sino-mauricienne, discrète mais influente, et une célébration haute en couleurs à laquelle tout le monde peut s'associer.
Une nouvelle année… qui commence en fanfare
Le Nouvel An chinois, aussi appelé « Festival du Printemps », tombe entre fin janvier et mi-février, selon le calendrier lunaire. Si vous entendez des pétards claquer dans les rues, pas de panique : ce ne sont pas des émeutes, mais des rites de purification. Le bruit est censé chasser les mauvais esprits. Et accessoirement réveiller les voisins.
Les incontournables :
- Les danses du lion et du dragon : réalisées par des troupes de jeunes acrobates locaux, souvent au rythme de tambours endiablés.
- Les enveloppes rouges (« hong bao ») : offertes aux enfants (et parfois aux collègues) contenant un petit billet porte-bonheur.
- Les décorations rouges partout : symbole de joie, prospérité et bonne fortune.
Et côté cuisine ?
Ah, la cuisine chinoise… Elle est toujours délicieuse, mais pendant le Nouvel An, elle devient sacrée. Tables pleines de boulettes vapeur, de plats au canard laqué, de nouilles de longévité… Chaque mets a une signification symbolique.
Et pour les plus superstitieux, ne balayez surtout pas la maison le jour J : vous risqueriez de balayer votre chance. À Maurice, certaines familles suivent ces traditions à la lettre, d'autres un peu moins. Mais l'ambiance reste chaleureuse, festive, et toujours ouverte à ceux qui veulent découvrir.
Où vivre l'expérience ?
Le cœur des festivités bat dans Chinatown, à Port-Louis, où vous pourrez assister aux spectacles traditionnels, goûter aux spécialités maison et même apprendre à dire « Gong Xi Fa Cai » sans trop massacrer la prononciation.
Il y a également des festivités et des danses du dragon dans la plupart des gros centres commerciaux de l'île et dans certains business.
Les fêtes chrétiennes : entre traditions tropicales et moments de partage
Loin des sapins enneigés et des cloches de cathédrale, les fêtes chrétiennes à Maurice ont un goût de soleil, de ti-punch et de prières au bord de l'eau. Majoritairement catholique, la communauté chrétienne locale est très active, et ses célébrations sont festives. Si vous venez d'un pays européen, préparez-vous à redécouvrir Noël... en tongs.
Noël à la mauricienne : Jésus, guirlandes et barbecue
Ici, évidemment, Noël ne rime pas avec froid, neige ou vin chaud, mais plutôt avec arbustes décorés, robes fleuries, et grillades en famille. Les Mauriciens chrétiens fêtent la naissance du Christ avec ferveur, et même ceux qui ne pratiquent pas participent souvent aux réjouissances.
Au programme :
- Messe de minuit dans des églises pleines à craquer, parfois en plein air.
- Crèches artisanales faites maison, souvent avec des matériaux récupérés
- Et surtout, repas gargantuesques, entre ragoûts de cerf, salades exotiques, buches de Noël, et rhum arrangé.
Pâques : entre spiritualité et chocolat
La Semaine Sainte est un moment intense pour la communauté catholique. Les fidèles assistent aux messes, aux processions, aux veillées pascales. Beaucoup jeûnent, prient, se recentrent. Et à la fin ? On craque sur les œufs en chocolat (importés pour la plupart, mais très attendus).
Les Mauriciens vivent Pâques de manière très familiale. On s'invite, on partage, et les enfants profitent pour courir dans le jardin à la recherche d'œufs… quand il ne fait pas 35°C à l'ombre. Et bien sûr, impossible de passer à côté du traditionnel gâteau de Pâques au chocolat, moelleux à souhait, et dévoré en quelques minutes. C'est le clou sucré du repas pascal !
L'Assomption : ferveur et gâteau Marie
Le 15 août, les chrétiens célèbrent l'Assomption de la Vierge Marie, l'une des grandes fêtes de l'année. À Maurice, cette fête est particulièrement populaire. Les églises se remplissent de fidèles, les messes se succèdent, et de nombreuses familles profitent de ce jour férié pour se retrouver autour d'un bon repas.
Le symbole sucré de la journée ? Le fameux « gâteau Marie », une génoise parfumée (parfois aux fruits confits ou à l'essence d'amande) qui accompagne les retrouvailles. On le trouve aussi dans certaines boulangeries, décoré de fleurs en sucre ou d'une effigie mariale. Un mélange de tradition et de gourmandise.
Nouvel An : feux d'artifice, pétards et résolutions sous les filaos
À Maurice, le 1er janvier est férié, évidemment. Mais ici, le Nouvel An se fête deux fois plus fort : le 31 décembre est l'occasion de rassembler toute la famille autour d'un dîner (parfois très copieux), avant que les pétards, les feux d'artifice et les bouchons sautent tous en même temps à minuit pile.
Les Mauriciens adorent marquer le passage à la nouvelle année dans la bonne humeur : on sort les enceintes, on danse sur la terrasse ou sur la plage, et on partage un repas selon les traditions. Le 2 janvier est également férié (oui oui), histoire de récupérer comme il faut de toutes ces festivités.
La fête de l'Indépendance : rouge, bleu, jaune et vert
Le 12 mars, l'île Maurice fête son indépendance (1968) et sa République (1992). Au programme : drapeaux sur les voitures, parades officielles, feux d'artifice et parfois même des démonstrations militaires.
Mais au-delà des cérémonies politiques, c'est un jour de fierté nationale, célébré dans les écoles, les bureaux, les familles. Et c'est l'occasion parfaite pour entendre le fameux slogan : « As one people, as one Nation ».
Astuce d'expat : si vous voulez faire plaisir à vos collègues, portez un vêtement aux couleurs du drapeau mauricien (bleu, jaune, rouge, vert) le 12 mars. Succès garanti !
La Fête de l'Abolition de l'Esclavage : mémoire et transmission
Le 1er février, l'île Maurice commémore l'abolition de l'esclavage (1848). C'est une journée solennelle, mais pas triste : un hommage vibrant aux ancêtres, à la liberté retrouvée et à la dignité humaine.
Le cœur des cérémonies se trouve au Morne Brabant, lieu symbolique classé au patrimoine mondial de l'UNESCO. Chaque année, des centaines de personnes s'y rassemblent pour chanter, danser, prier… et honorer ceux qui ont souffert pour que d'autres soient libres.
C'est un moment très fort, et même si vous n'avez aucun lien direct avec cette histoire, vous ne pouvez qu'être touché par l'émotion qui s'en dégage.
La culture populaire mauricienne, c'est l'art de transformer n'importe quel moment en fête. Et quand on y goûte, difficile de revenir à la grisaille d'un agenda européen. À Maurice, la joie est un art de vivre !
Fêtes créoles et culture populaire
Les Mauriciens savent faire la fête. Et pas qu'un peu. En dehors des grandes célébrations religieuses, l'île s'anime aussi de fêtes créoles, de commémorations historiques et d'événements culturels où tout le monde danse, chante, rit… et mange (encore).
Dès qu'on parle de culture créole, le séga n'est jamais loin. Genre musical traditionnel né de l'esclavage il est devenu au fil du temps un symbole de liberté, de joie, et de résistance. Aujourd'hui, c'est toute une identité qui s'exprime à travers les sons de la ravanne et du maravanne.
Chaque année, la fête de la créolité (traduite par le Festival International Kreol) donne lieu à des concerts gratuits, expositions et autres événements.



















