
MAMA JAZ revient en avril pour une 11ᵉ édition placée sous le thème « The 11th Gate ». Fidèle à son esprit de création et d'improvisation, le festival met cette année à l'honneur l'« Intelligence Naturelle », une célébration du génie créatif humain à l'heure où l'intelligence artificielle occupe une place grandissante. Concerts, performances et rencontres rythmeront tout le mois d'avril à Port-Louis, avec l'ambition de rassembler un large public autour d'une vision libre et universelle de la musique. Gavin Poonoosamy, fondateur de cet événement devenu incontournable sur la scène musicale locale, s'est confié à Expat.com.
Mama Jaz revient en 2026 pour sa 11e édition sous le thème « The 11th Gate ». Quel est le message derrière ?
Le slogan de 2026 pour la 11e salve de MAMA JAZ est « Intelligence Naturelle »; « Intelizans Natirel » en morisien et « Natural Intelligence » en anglais.
Nous avons à cœur de mettre en valeur le génie créatif humain autant que la diversité de ses formes : très simplement, nous souhaitons appuyer l'idée que toutes et tous ont leurs propres forces, se doivent de ne jamais les oublier et, surtout, ont un devoir de les célébrer en toute confiance.
Aussi, par ces temps où l'IA explose dans tous les sens, il est nécessaire de rétablir le fait qu'elle reste tributaire du génie humain et n'est qu'un outil, un raccourci, un modèle de système d'opération. Je pense que, très naturellement, nous souhaitons poser un équilibre idéologique dès qu'une hégémonie apparaît et reconnaissons dans la propagation mainstream de l'IA un enjeu culturel humain à l'échelle universelle.
Il ne faut jamais se limiter à ce qui nous est imposé et toujours continuer de créer, d'innover et de faire grandir notre pensée !
Que réserve donc cette nouvelle édition aux amoureux du jazz à Maurice, mais aussi à ceux qui ne connaissent pas ce genre musical ?
MAMA JAZ est une manifestation pour la création, l'improvisation et la performance en musique couvrant tous les 30 jours d'Avril.
Bien que la journée internationale du jazz ait été une mission du festival dès les débuts et que le jazz soit un idiome inscrit dans notre ADN, nous sommes bien plus que tout ça. Ce serait réducteur que de s'ouvrir seulement aux amoureux du jazz ; nous pensons qu'il est plus adéquat de commencer par fédérer tous ceux et toutes celles en respect du silence ; sans négliger d'accueillir toutes les formes possibles et imaginables de l'expression musicale humaine professionnelle ou amateur.
La création, qui se manifeste à travers l'intention artistique, la recherche et la composition, est bien plus importante que tout. L'improvisation en sa substance, comprenant l'adaptation ou l'évolution d'une expression dans un temps donné, est plus ancienne que toute catégorisation encore et accompagnera l'humain au-delà, car c'est une aptitude naturelle nullement cloisonnée à la musique. Pour finir, la performance est une démarche claire qui emploie l'énergie vitale de celui ou celle qui la produit ; ce n'est pas juste faire des notes ou des accords, c'est se transcender dans l'expression d'une intention.
Ainsi, je remercie le jazz et ses différentes écoles de pratiques et de pensées, mais MAMA JAZ se positionne sur un plan plus familier, plus simple et plus universel : la création. De ce fait, tout ce que nous produisons dans nos chapitres est rare, atypique et fascinant !
Chacun des chapitres est dédié à un thème différent. Parlez-nous en.
Les chapitres sont Minit Mazik, Gran Konser, PARK LA MI FA et Zour Jaz lor Later.
Minit Mazik se traduit par Minutes Magiques : c'est une série de vidéos d'une minute sur les 30 jours d'avril, pour diffusion publique et gratuite sur les réseaux sociaux et la télévision nationale, qui met en lumière la diversité, l'éclectisme et l'originalité d'un florilège d'artistes-musiciens, mauriciens en majorité, s'appliquant à partager des messages humanistes à la terre entière par leurs mots et leurs idées musicales.
Gran Konser veut dire Grands Concerts : c'est une série de concerts intenses à 150 places assises tous les mercredis d'avril de 20 h à 21 h 30 dans la Galerie du Génie à EDITH, Port-Louis, dans un cadre de production maîtrisé où des compositions rares et atypiques de pures artistes sont valorisées. L'accès y est payant et chaque grand concert est unique !
PARK LA MI FA tient du langage de la rue pour dire soit « Parc de la famille », soit « Mettez-vous là, la famille ! » Tous les dimanches d'avril de midi à 22 h à EDITH, Port-Louis, le festival s'engage à ouvrir gratuitement l'accès à de grands moments autour de la musique, du vivre ensemble, d'une bonne ambiance et de la bonne bouffe. Nous soulignons que ce chapitre est en collaboration avec La Scène d'Edith, un projet de programmation artistique dans la cour intérieure d'EDITH qui peut accueillir jusqu'à 2 000 personnes au format debout/assis/à table/chill que Park La Mi Fa prévoit et que, de ce fait, une performance live d'artistes incroyables est prévue à 15 h.
Quels sont vos coups de cœur de cette année ?
De vivre une nouvelle édition et de garder le cap nous sont déjà chers ; de travailler dans un nouvel espace aussi est beau, à savoir que le vieux Port-Louis a un charme fou et le magnétisme des pierres datant du 18e siècle mêlé à un aménagement contemporain touche vraiment. Les grands concerts continueront d'être des moments splendides ! Nous aimons tous nos artistes et tous nos chapitres ; c'est dur de valoriser une chose plus qu'une autre quand tout est unique.
Un mois riche en concerts dans différents endroits. Comment faire pour assister aux concerts ?
Nous nous centralisons physiquement à EDITH, Port-Louis, cet avril ! Les grands concerts du mercredi soir seront dans la Galerie du Génie et l'action grand public du dimanche comprendra la cour intérieure d'EDITH et la Galerie du Génie.
Pour plus d'info ou pour accéder à nos billetterie : mamajaz.org
À savoir que le billet pour les grands concerts du mercredi d'avril et pour KRI du 30 avril est à Rs 800 en prévente et Rs 1 000 à la porte, s'il en reste ; le passe du festival, appelé MAMA KOMBO PAK, donnant accès à une personne à 6 dates payantes, est à Rs 3 000 et sera achetable jusqu'au 1er avril, s'il en reste à ce moment.
Après 10 ans d'existence, quel est votre bilan de l'événement ?
MAMA JAZ est le seul festival de la planète en son genre ; a bénéficié de la National Arts Fund du Ministère des Arts et de La Culture de Maurice par 2 fois, a été honoré du premier fond pour les industries culturelles et créatives de la Commission de l'Océan Indien soutenu par l'Agence française de développement, a été distingué pour son excellence en innovation culturelle par le Ministère du Tourisme, labellisé Made in Moris et intronisé au panthéon de la Mauritius Research & Innovation Council ; aussi, le festival est partenaire du Marché des Musiques de l'Océan Indien et de la journée internationale du jazz sous l'égide de l'Unesco.
Nous avons produit plus de 400 performances, de Mauriciens en majorité mais aussi d'internationaux de la Corée du Sud à la Grèce en passant par l'Afrique du Sud où le Mozambique et l'Espagne ou l'Angleterre, la Bulgarie, la Pologne ou la France, comptant la Réunion.
Nous sommes connectés à un réseau de 190 pays et sommes suivis dans 70 pays sur Internet.
À travers la télévision nationale, les radios partenaires et les réseaux sociaux, nous avons une masse critique de plus de 800 000 personnes exposées à ce que nous faisons.
C'est juste un parcours atypique et riche, surtout que nous gardons le momentum année après année pour ne jamais nous endormir, continuer à évoluer et nous améliorer.
Ce que je peux partager, c'est qu'aucune édition ne ressemble à une autre, car les conjonctures sociétales et sociales sont en mouvement, autant que les événements du monde nous affectent différemment à chaque palier.
Quels ont été vos plus grands défis et les moments les plus marquants ?
Naître et grandir dans le temps, déjà, en prenant notre espace et en encourageant les autres.
2020 et 2021 ont aussi mené à une transformation incroyable.
Le départ de Belingo Faro l'année dernière alors qu'il était sur scène restera un événement marquant aussi.
À chaque contexte son équilibre, ses obstacles, ses rigueurs, et dans chaque expérience un trésor à trouver, finalement, pour grandir.
Gavin, vous êtes désormais une figure qu'on ne présente plus sur la scène musicale mauricienne. Mais à côté de Mama Jaz, qui êtes-vous dans la vie de tous les jours et quelles sont vos passions ?
C'est joli, cette question, car j'en suis à discerner mon moi de ce « mois » (d'avril) pratiquement en ce moment et pas si simple.
Je pense être un humain sensible et patient, qui travaille sa bienveillance et sa stabilité, en recherche d'un alignement sans effort entre son fond et son expression ; j'aime contempler le concret comme l'abstrait ; je pratique ce qui me stimule, physiquement et intellectuellement ; je souhaite pouvoir accueillir la pensée des autres sans jugements ; j'aime apprendre de nouvelles choses ; j'aime voyager.
Comment voyez-vous l'avenir du jazz à Maurice ?
Avec un « z » en moins.



















