Pause carrière : la nouvelle arme des jeunes diplômés à l'étranger

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Écris par Asaël Häzaq le 10 juin, 2024
Longtemps perçu comme rédhibitoire, le CV à trous est progressivement toléré sur le marché du travail international. Défendu par les jeunes talents étrangers, mieux accepté par les employeurs, il est représentatif d'une nouvelle tendance : un chômage volontaire pour trouver un meilleur poste chez soi ou à l'étranger. Comment les postulants parviennent-ils à justifier leur choix ? Comment les employeurs réagissent-ils ?
 

Un « chômage volontaire » sous conditions

Décomplexés, les jeunes travailleurs ? À en croire les sociologues, ils n'auraient plus le même rapport au travail que leurs aînés. Pour eux, l'entreprise n'est pas « une seconde maison » pour laquelle ils sacrifieraient leur bien-être. C'est plutôt une structure qu'ils veulent utiliser pour façonner le métier de leurs rêves. Et pour construire leur cadre idéal de travail, les jeunes n'hésitent plus à quitter leur entreprise, à rester quelque temps au chômage, à s'offrir une pause professionnelle pour s'expatrier, chercher un emploi à l'étranger, se former, apprendre une langue, découvrir de nouvelles activités…

Attention : ce « chômage sans complexes » ne concerne pas tous les jeunes, mais uniquement les diplômés et jeunes cadres. Car ce phénomène repose sur deux facteurs indispensables : le bon diplôme et la sécurité financière. Les États ont bien compris les nouvelles attentes des talents étrangers. Le phénomène prend d'ailleurs de l'ampleur depuis la crise sanitaire. Certains pays proposent des visas de recherche d'emploi, comme l'Allemagne, la Belgique, les Émirats arabes unis (EAU) ou l'Autriche. Des visas qui s'adressent aux diplômés.

Pause carrière et expatriation : comment se vendre auprès de l'employeur étranger ?

N'y a-t-il pas néanmoins un risque à rester volontairement au chômage pour trouver du travail à l'étranger ? Comment justifier le « trou » sur le CV auprès des employeurs ? On a souvent entendu qu'un CV à trous n'était pas vendeur. L'idée est encore répandue sur le marché du travail international. Mais la carrière linéaire est de plus en plus remise en question, surtout chez les jeunes diplômés. Ils n'hésitent plus à défendre leur vision de la carrière professionnelle, différente de celle de leurs aînés.

Ces jeunes, prêts à renoncer à un bon poste pour obtenir un meilleur emploi à l'étranger, n'agissent pas sur un coup de tête. Ils connaissent la situation du marché international de l'emploi et la valeur de leur diplôme. Ils sont au fait des réformes de l'immigration actées dans plusieurs pays, et de la bataille que se livrent les États pour attirer les talents étrangers. Les réformes s'orientent plutôt vers une facilitation de l'immigration des diplômés et des étrangers qualifiés et très qualifiés. Les métiers de la finance, de l'informatique, du marketing, des nouvelles technologies, de la robotique, de la construction ou de l'environnement font partie des secteurs en forte demande de professionnels qualifiés. Certains métiers de pointe sont particulièrement recherchés à l'international (secteur environnemental, métiers de l'IA). C'est une aubaine pour les demandeurs d'emploi diplômés dans ces domaines.

On comprend mieux leur assurance. Ils n'évoluent pas dans les secteurs fortement soumis à la concurrence, mais sont recherchés par les entreprises. Car ces jeunes ont un autre atout : la période de chômage est souvent mise à profit pour gagner en compétence dans d'autres domaines. Et même lorsqu'ils ne s'engagent pas dans une activité, les jeunes candidats à l'expatriation savent comment valoriser leur temps de pause auprès du recruteur étranger.

Des talents étrangers qui valorisent le « CV à trous »

« Après cinq ans d'études, j'ai pris 6 mois de pause professionnelle pour mieux analyser mon parcours et prendre le temps d'élaborer la suite de mon projet professionnel. Cette pause est bénéfique, non seulement pour moi, mais aussi pour vous. On a vu, durant la crise sanitaire, combien la préservation de la santé mentale doit être défendue par les entreprises… »

Voilà donc le type de discours que n'hésitent plus à dire les jeunes pour justifier leur chômage volontaire. Là encore, ils sont conscients du potentiel de leur CV, de leur diplôme. 6 mois ou un an de césure ne les rendront pas moins vendeurs. Mais que penser des nouveaux diplômés qui arrivent chaque année sur le marché du travail international ? Les jeunes cadres en recherche d'emploi depuis 6 mois ou un an ne craignent-ils pas de se faire distancer par d'autres jeunes, au diplôme plus récent ?

Là encore, la réponse est non. Les cadres font valoir la qualité de leur diplôme et mettent en avant leurs expériences professionnelles. Avoir travaillé pour une entreprise reconnue dans le pays d'expatriation et/ou avoir réalisé des missions recherchées par l'employeur augmentent « la cote » du CV. Les jeunes cadres misent aussi sur leur réseau : anciens étudiants, contacts noués lors d'une alternance, d'un voyage à l'étranger, d'une mission de bénévolat, etc. Car certaines offres d'emploi ne se trouvent pas sur le marché du travail primaire (offres d'emploi visibles sur Internet, par exemple), mais sur le marché du travail secondaire (en interne).

Comment les employeurs perçoivent-ils ce nouveau rapport au travail ?

Dans leur course aux talents étrangers, ils sont prêts à tous les sacrifices pour retenir la perle rare : hausse de salaire, télétravail, mutuelle d'entreprise, 13e mois… Ils savent que les talents étrangers ont leurs prétentions. Ils n'hésiteront pas à aller dans une entreprise offrant de meilleurs avantages. Ils ne cherchent d'ailleurs pas forcément un salaire plus élevé. Ils prennent aussi en compte la qualité du cadre de travail et de l'ambiance de travail, la séparation entre vie professionnelle et vie personnelle, la défense du bien-être dans l'entreprise…

Certaines entreprises soulignent néanmoins que ces jeunes « décomplexés vis-à-vis du chômage » semblent ne pas toujours savoir dans quelle direction s'orienter. Ils voudraient « tout, tout de suite ». Une équation parfois difficile à résoudre. Les employeurs sont néanmoins conscients qu'un retour en arrière est difficilement envisageable. Les avancées (travail à distance) sont désormais inscrites comme faisant partie de l'organisation du travail. Pour attirer les talents étrangers, les entreprises choisissent de s'adapter.

Liens utiles :

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