Reprise de l'immigration attendue en Nouvelle-Zélande en 2023

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  • Wellington, Nouvelle Zelande
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Publié le 2022-12-12 à 14:00 par Asaël Häzaq
La Nouvelle-Zélande cherche des migrants qualifiés et le fait savoir. Après avoir souffert des conséquences de sa politique zéro Covid, l'État a officiellement supprimé toutes ses restrictions en septembre dernier. L'heure presse pour relancer la croissance malgré la pression inflationniste. En quoi l'immigration est-elle indispensable à la Nouvelle-Zélande ? Quelles sont les mesures mises par l'État pour attirer les travailleurs étrangers ?

De bonnes perspectives pour l'immigration en Nouvelle-Zélande

C'est une enquête qui va faire parler. Dans une récente étude, Kiwibank, filiale bancaire détenue par le gouvernement néo-zélandais, prévoit une hausse significative de l'immigration en 2023. Selon Jarrod Kerr, économiste en chef de la banque, il faudra prochainement s'attendre à « d'importants flux migratoires de plus de 30 000 personnes l'année prochaine ». Une bonne nouvelle pour les entreprises confrontées à une pénurie de main-d'œuvre.

L'immigration est un moteur de la croissance néo-zélandaise. Une croissance mise à rude épreuve depuis la Covid, avec une contraction en 2020 à -0,3 %. D'après les chiffres du gouvernement, le pays comptait près de 500 000 immigrants en mars 2020, juste avant la crise de la Covid et le confinement mondial. Le relatif bon chiffre de la croissance en 2021 (+3,7%) est davantage un rattrapage de 2020. Le nombre d'immigrants continue de chuter à environ 360 000 immigrants en juillet 2022, avant de repartir à la hausse. C'est justement à cette période que la Nouvelle-Zélande se lance dans une série de mesures pour relancer l'immigration. Avec succès : en octobre, on compte un peu plus de 380 000 immigrants, soit 20 000 de plus en 3 mois.

Hausse de l'immigration et inflation 

L'étude pointe cependant une interrogation : l'inflation vient-elle enrayer la machine ? En juillet, l'inflation grimpe à 7,3 % en glissement annuel. C'est le plus haut taux jamais observé depuis plus de 30 ans. En cause : la hausse des prix des carburants, des logements et des produits alimentaires. La Banque centrale néo-zélandaise tente pourtant d'éteindre l'incendie. Comme de nombreuses autres banques centrales, elle relève son taux directeur (taux d'intérêt de référence) à son indice le plus élevé depuis 6 ans. Avec peu de résultats, à en croire le taux d'inflation observé en octobre : 7,2 % en glissement annuel.

Dans son étude, Kiwibank pointe également le défi de l'immigration en période inflationniste. Est-ce le bon moment de recourir à la main-d'œuvre étrangère alors que les chaînes d'approvisionnement restent grippées et que les prix des logements explosent ? Oui, conclut Jarrod Kerr. L'immigration est et reste positive pour la Nouvelle-Zélande. L'erreur commise par beaucoup est de ne considérer que l'aspect économique : le besoin de travailleurs. Or, les expatriés en Nouvelle-Zélande sont bien plus qu'une main-d'œuvre d'appoint. Ils sont indispensables pour soutenir la démographie néo-zélandaise.

Une immigration capitale pour l'avenir de la Nouvelle-Zélande

Comme de nombreux autres pays, la Nouvelle-Zélande traverse une crise de la démographie. Selon l'agence gouvernementale des statistiques de la Nouvelle-Zélande, depuis les années 2000, le nombre des plus de 65 ans augmente plus vite que celui des 0-14 ans. Les courbes modélisant ces hausses sont désormais presque au même niveau : en 2022, le pays compte 840 200 personnes âgées de plus de 65 ans. Les 0 à 14 ans sont à peine plus nombreux (964 300). On observe un même rapprochement entre les 40-64 ans (1 589 500) et les 15-39 ans (1 730 100). Des chiffres inquiétants, pour une population estimée à 5,1 millions d'habitants.

Ce sont les jeunes actifs qui soutiennent les séniors. Moins d'actifs, c'est moins de croissance, moins d'argent pour financer les retraites et le système de santé. Les immigrants s'imposent comme une solution au vieillissement de la population. Le pays cherche avant tout des étrangers actifs (il faut avoir moins de 55 ans pour faire une demande de résidence), en bonne santé, et qualifiés. D'où les incitations du gouvernement pour attirer les étrangers qualifiés.

Comment la Nouvelle-Zélande attire les étrangers

Depuis 2021, l'État multiplie les annonces pour relancer l'immigration et attirer les talents étrangers. La politique zéro Covid de l'État a fortement impacté les étrangers. Beaucoup sont rentrés chez eux et ne sont pas revenus (ou ont choisi un autre pays d'expatriation). Devant la catastrophe annoncée, l'État corrige le tir et rouvre ses frontières un peu plus tôt que prévu.

La Nouvelle-Zélande s'engage aussi à offrir de meilleures conditions de séjour aux étrangers présents sur son territoire. En novembre 2021, il lance le « 2021 One-Off resident visa », un nouveau visa qui permet aux personnes déjà présentes en Nouvelle-Zélande d'accéder à la résidence. Selon les estimations de l'époque du gouvernement, ce visa allait toucher quelque 165 000 personnes, dont plus de 5000 employés du secteur de la santé, 15 000 travailleurs en construction, ou encore, plus de 800 enseignants. L'ancien ministère de l'Immigration Kris Faafoi (désormais ministre de la Justice) déclarait alors : « Ces personnes ont toutes joué un rôle important dans le maintien de notre pays au cours des 18 derniers mois ».

De nouveaux visas de travail pour stimuler l'immigration

Ça bouge aussi du côté des visas de travail. Initialement prévue pour entrer en vigueur le 1er novembre 2021, la réforme des visas a été repoussée à l'été 2022. Le gouvernement a créé un nouveau visa « accredited employer », en remplacement du visa « essential skills ». En juillet, l'État crée 3 nouvelles catégories de visa pour aider les entreprises à embaucher plus facilement des travailleurs étrangers, pour des postes qualifiés, mais difficiles à pourvoir : le « straight to residence », le « work to residence », et le « highly paid ».

En septembre, le gouvernement se tourne vers les investisseurs étrangers, et lance le visa Active Investor Plus (qui remplace les visas de résidence Investisseur 1 et 2). Ce nouveau visa vise à stimuler la productivité des entreprises par l'investissement des étrangers. Un mois plus tard, la Nouvelle-Zélande rouvre deux catégories de visa (« skilled migrant » et « parent ») et augmente le salaire médian de 27,26 dollars néo-zélandais à 26,66 dollars néo-zélandais (en 2023). L'objectif est toujours le même : attirer les migrants qualifiés et à favoriser la croissance. C'est dire l'importance de l'immigration, solution d'avenir pour relever les défis démographiques et économiques de la Nouvelle-Zélande.