
L'indice de la liberté de la presse permet de mieux comprendre l'importance qu'accordent les différents pays du monde à la liberté d'opinion et la liberté d'expression. Cela est d'autant plus important lorsque l'on choisit de s'y installer. Nous nous sommes donc intéressés aux pays où cette liberté est soit « protégée » soit menacée.
Pays nordiques : une presse libre, mais avec certaines limites
Il n'est pas surprenant de retrouver la Norvège en tête de liste, et ce n'est pas la première fois. La Norvège est réputée non seulement pour l'excellente qualité de vie qu'elle offre à ses habitants mais aussi pour le statut qu'elle accorde à la liberté de la presse, plus particulièrement à la liberté d'expression. D'ailleurs, le gouvernement norvégien s'est engagé en 2020 à fournir un rapport chaque année sur l'évolution de la liberté d'expression et la liberté de la presse. Le parlement souhaite ainsi faire un suivi de la situation et de la politique appliquée aux médias. Il n'empêche que la Norvège a récemment introduit une loi visant à situer la responsabilité des médias. Une loi qualifiée de « floue » par les médias norvégiens en raison d'un manque d'informations sur le sujet. Ajoutons à cela les restrictions imposées aux médias lors de leurs reportages sur la gestion de la pandémie en Norvège. Tout porte à croire que la presse ne profite pas d'une liberté absolue, comme en témoigne sa baisse de 1,12 points par rapport à l'an dernier.
Autre pays nordique qui se distingue sur tous les plans, y compris celui de la liberté de la presse : la Finlande. Face à la menace qui pèse sur les médias en Finlande, le gouvernement a proposé une nouvelle loi pour protéger les médias ainsi que les journalistes. En effet, depuis quelque temps, les médias finlandais subissent la menace des réseaux sociaux qui contribuent à réduire la publicité et les autres méthodes de financement des médias. Qui plus est, de nombreux sites d'information fictifs ont été créés ces dernières années, encourageant la création de groupes d'utilisateurs semant la haine et la désinformation en ligne. Il n'empêche que cette nouvelle loi n'est pas toujours bien interprétée. D'autre part, la situation actuelle représente une véritable menace pour les collaborateurs et journalistes freelance en Finlande. Nombre d'entre eux peinent aujourd'hui à survivre.
En troisième position, on retrouve la Suède. Il s'agit d'ailleurs du premier pays au monde à avoir adopté une loi sur la liberté de la presse en 1776. Les médias, en particulier les journalistes, subissent toutefois toutes sortes de pression, y compris la haine en ligne et des menaces. Par ailleurs, les médias suédois ont été vivement critiqués en 2020 par la Chine pour des questions liées aux droits humains, ainsi que par la Hongrie au sujet des reportages sur les mesures liées à la pandémie. Inutile de vous dire que la crise a entraîné des changements importants dans le monde des médias. A titre d'exemple, les médias ont été empêchés par les autorités de consulter des documents publics relatifs à la COVID-19, sans parler des difficultés financières auxquelles ils ont fait face ces derniers mois en raison de la perte de revenus publicitaires.
La répression contre les médias
Au plus bas du classement, on retrouve des pays comme l'Erythrée, la Corée du Sud, ou encore le Turkménistan. Mais il y a aussi la Chine qui se classe actuellement 177e sur 180 pays. La propagation des fausses nouvelles est l'un des principaux problèmes auquel la Chine a été confrontée au cours de l'année écoulée, et plus particulièrement depuis le début de la pandémie de COVID-19. Une situation qui a résulté en un renforcement des contrôles exercés sur l'information dans son ensemble. D'ailleurs, près d'une vingtaine de journalistes étrangers y ont été expulsés, sans parler des autres formes de pression. De plus, le nombre de visas octroyés aux reporters étrangers a été réduit de manière significative. Sept journalistes ont également été arrêtés en 2020 pour leur couverture médiatique de la pandémie. Il n'empêche que la Chine a toujours été reconnue pour ses méthodes répressives contre la presse. Plus d'une centaine de défenseurs de la liberté de la presse n'ont toujours pas été libérés bien qu'ils soient détenus depuis plusieurs années. En s'appuyant sur les nouvelles technologies, le régime communiste en place contrôle non seulement l'information mais aussi les citoyens du pays grâce à un système de surveillance. Les médias publics et privés sont aujourd'hui sous un contrôle encore plus strict qu'il y a quelques années.
Nous nous sommes également intéressés au Vietnam qui se classe actuellement 175e sur 180 pays. Le 17 décembre 2020, Lê Thi Thu Hang, porte-parole du ministère vietnamien des Affaires étrangères, a souligné, lors d'une conférence de presse, que « le Vietnam soutient et garantit la liberté de la presse, aussi bien dans sa Constitution de 2013 que dans les faits ». Selon elle, le Vietnam comptait pas moins de 868 agences de presse et 125 chaînes de télévision, sans compter le fait que 62 millions de Vietnamiens ont des comptes sur les réseaux sociaux. Il n'empêche que son classement par Reporters Sans Frontières, témoigne du contraire. Chose que nous confirme Andrew, un expatrié australien au Vietnam : « Je ne suis pas sûr que nous soyons libres de nous exprimer. Certaines choses ne sont pas tolérées dans des pays communistes ». D'ailleurs il existe des lois claires au Vietnam concernant la liberté d'expression. « Chaque citoyen est égal devant la loi et quiconque enfreint la loi sera traité conformément aux procédures judiciaires codifiées dans les lois existantes », avait affirmé Lê Thi Thu Hang.
Il n'empêche qu'au Vietnam, la presse est régularisée par le Parti communiste. Ce qui explique sans aucun doute la répression envers les journalistes indépendants et les blogueurs. D'ailleurs, tout article qui tenterait de renverser le pouvoir ou de faire de la propagande anti-étatique est passible de lourdes peines d'emprisonnement en fonction du Code pénal vietnamien. En 2020, plusieurs journalistes indépendants ont été arrêtés et condamnés à la prison pour une durée de plus de 10 ans. Aujourd'hui, selon le constat de RSF, plus d'une trentaine de journalistes et de blogueurs sont derrière les barreaux. Mais la répression vietnamienne ne s'arrête pas là. Il existe, depuis 2019, une loi sur la cybercriminalité qui contraint les plateformes en ligne à préserver les données publiées par les utilisateurs d'internet au Vietnam. Les autorités vietnamiennes ont donc accès à ces données et peuvent les utiliser à leur guise. Marc, un expatrié canadien au Vietnam, nous dira que « comme nous sommes des invités dans ce pays, je pense que nous devons agir de manière responsable, encore plus que les Vietnamien. Nous devons faire preuve d'une plus grande retenue que celle que nous aurions normalement fait dans notre pays d'origine quand il s'agit de débattre de questions politiquement sensibles. Cela dit, il y a dans le bouddhisme un dicton qui dit que si vous n'êtes pas critiqué, cela signifie que vous ne faites peut-être pas quelque chose qui fait la différence ».
N'oublions pas l'Arabie saoudite qui se retrouve cette année à la 170e place. Dans cette monarchie absolue, la liberté de la presse est pratiquement inexistante. Ces dernières années, la répression s'est intensifiée avec les décisions du jeune prince héritier Mohamed Ben Salmane. Aujourd'hui, de nombreux journalistes et blogueurs restent détenus de manière arbitraire et sont torturés. Il existe également, en Arabie saoudite, des lois régisssant la cybercriminalité et le terrorisme. Selon ces lois, toute personne tenant des propos blasphemiques, mettant l'unité nationale en péril ou portant atteinte à l'image et à la réputation du roi et de l'État, est passible d'une suspension, voire d'une peine d'emprisonnement. Mais le pays va encore plus loin avec ses méthodes de répression. Les réseaux sociaux sont soumis à l'autocensure grâce à la présence très active de brigades électroniques.


















