Ils l’avaient promis. En France, le jeudi 5 décembre 2019 marque le début d’un nouveau mouvement de grève générale. Au coeur des débats, la réforme des retraites. Le gouvernement suit l’affaire de près. Après un an de manifestations, les gilets jaunes ont-ils retrouvé un nouvel élan ?
Une très forte mobilisation
Le gouvernement compte un peu plus de 800 000 manifestants. Le syndicat CGT, lui, en recense 1,5 millions. C'est à Paris qu'ils sont les plus nombreux : 65 000 selon le gouvernement. Plutôt 250 000, pour la CGT.
Bataille des chiffres. C'est à Paris que la situation est la plus tendue : 90% des TGV annulés; quasi aucun métro en circulation. Mais les autres régions ne sont pas en reste, avec de nombreuses manifestations et institutions fermées. Car, avec les agents des transports publics, ceux des écoles et des institutions se sont également mis en grève. 70% des enseignants ont rejoint le cortège des grévistes, selon les syndicats. Le gouvernement abaisse ce chiffre à 40 à 50% d'enseignants grévistes.
Bataille des chiffres, toujours, et batailles dans les rues. A Paris, les services de police sont passés, la veille, conseiller aux commerçants de ne pas ouvrir le 5 décembre. Certains ont suivi le conseil. D'autres ont décidé d'ouvrir, malgré tout : ils sont pharmaciens ou barmans, et ne veulent pas céder devant les casseurs et les black blocs, ces individus radicalisés qui se fondent dans les cortèges de manifestants, dégradent les biens publics, et cherchent la confrontation avec les forces de l'ordre. Des forces de l'ordre à bout. Des policiers ont porté plainte, après avoir reçu des lettres de menaces de mort à leur domicile.
Interrogé par France info, Gérard regrette cette situation : “c'est désolant.” Il craint que l'on ne parle encore “que de ça (des casseurs) aux infos”. D'autres, bien que regrettant l'intrusion des casseurs, sont déterminés à poursuivre le mouvement “jusqu'à la retraite”, peut-on lire sur des pancartes.
De quoi faire plier le gouvernement ?
Le spectre de 1995
En 1995, les Français se soulèvent contre la réforme des retraites. Ils manifestent 24 jours. Ce sont les “grandes grèves” de France, qui paralysent le pays. C'est cet effet que cherchent à provoquer les manifestants les plus déterminés. Ils ont fait leurs calculs : en décembre, le 13e mois leur permet de tenir quelques semaines, jusqu'aux vacances, avancent certains; jusqu'en janvier 2020, lancent les plus téméraires, convaincus de pouvoir faire fléchir le gouvernement.
Les seuls à se frotter les mains sont les compagnies de bus et autres sites de covoiturage. Avec des réservations en hausse de 70%, ils assurent le transport (mais ne garantissent pas d'arriver à l'heure, embouteillages obligent), pour de nombreux Français devant se rendre aux travail, ou voyager.
Et les autres ? Les non-grévistes, commerçants en tête, s'inquiètent. Revivre le Noël perturbé de 2018, non merci. Depuis le 17 novembre 2018 - date à laquelle le mouvement des gilets jaunes a commencé - les affaires ne sont pas au beau fixe. A l'origine des gilets jaunes ? Un soulèvement contre la hausse des prix du carburant. Le mouvement dure et grossit, englobe d'autres revendications : pouvoir d'achat, études, retraites... Le gouvernement a fait les comptes : la crise “gilets jaunes” a coûté quelques 2,5 milliards d'euros. Hôteliers, commerçants, artisans, transporteurs... tous s'inquiètent d'une reprise durable de la grève. Leur chiffre d'affaires porte encore les stigmates du Noël 2018. Ils redoutent de nouvelles difficultés financières, et en appellent à l'Etat.
L'Etat, justement, observe. Il dit entendre le désespoir et les revendications sociales des Français. Le premier ministre Edouard Philippe présentera les détails de sa réforme des retraites la semaine prochaine. Et il prévient : pas d'annulation de la loi. Les syndicats, eux, ont reconduit la grève jusqu'au lundi 9 décembre. Ce vendredi 6 décembre, les mêmes syndicats en appellent déjà à une nouvelle grande journée de mobilisation, mardi prochain. Le bras de fer s'annonce serré.



















