Renforcer les investissements français, accompagner les entrepreneurs et développer les coopérations dans l'eau, l'énergie ou la gestion des déchets : M. Alexis Loyer, le nouvel ambassadeur de France à Maurice, esquisse les orientations de son mandat. Rencontré par Expat.com dans les nouveaux locaux de l'ambassade à Telfair, Moka, il partage également ses conseils aux Français qui souhaitent s'installer sur l'île, avec une priorité : préparer leur projet professionnel autant que leur vie sur place.
Maurice était son premier choix, même s'il n'avait jamais visité l'île avant sa nomination. Après une grande partie de sa carrière internationale en Amérique latine, le nouvel ambassadeur de France souhaitait découvrir une autre région. Le rayonnement économique de Maurice, sa diversité culturelle et son plurilinguisme avaient retenu son attention.
Issu du ministère de l'Économie et des Finances, passé également par le secteur privé, il a consacré une grande partie de son parcours à la diplomatie économique et au développement international des entreprises françaises. Un peu plus d'un mois après son arrivée, il poursuit ses rencontres avec les autorités, les acteurs économiques et les représentants de la communauté française. Si son plan d'action reste à préciser, une orientation se dessine : approfondir les relations existantes et identifier les besoins auxquels de nouveaux partenariats pourraient répondre.
La présence économique française à Maurice prend plusieurs formes. L'ambassadeur distingue les représentants de grands groupes, les dirigeants de filiales d'entreprises françaises et les Français qui ont créé leur propre activité sur l'île, parfois depuis cinq, dix ou vingt ans. Ces derniers, les « entrepreneurs français de l'étranger », ont développé des entreprises locales sans nécessairement avoir de liens capitalistiques avec la France. Certains importent ou distribuent des produits français ; d'autres ont développé une activité destinée au marché mauricien.
À leurs côtés, de nouveaux profils se sont installés plus récemment : des entrepreneurs du numérique et des professionnels qui gèrent depuis Maurice une activité à l'étranger. Le diplomate évoque notamment le développement du travail à distance et les possibilités de séjour offertes par le visa Premium. Il précise toutefois que leur nombre reste difficile à évaluer, car tous ne s'enregistrent pas auprès du consulat. Leurs besoins peuvent également différer de ceux d'une entreprise tournée vers le marché local. Un dirigeant de filiale, un entrepreneur qui ouvre un commerce et un professionnel travaillant à distance ne recherchent pas nécessairement les mêmes interlocuteurs ni le même accompagnement.
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Une place importante pour les investissements français
L'ambassadeur présente la France comme l'un des principaux investisseurs étrangers à Maurice. Pour apprécier cette présence, il rappelle qu'il faut distinguer les flux d'investissement, variables d'une année à l'autre, du stock, qui correspond aux investissements accumulés dans le pays. Si cette implantation constitue un point d'appui au développement de nouveaux projets, elle ne doit cependant pas être considérée comme acquise. La proximité entre les deux pays et la qualité de leurs relations ne suffisent pas à garantir la place des entreprises françaises dans un environnement concurrentiel.
Le diplomate souhaite donc travailler avec les réseaux économiques, notamment la Chambre de commerce et d'industrie France Maurice, pour repérer les besoins encore insuffisamment couverts. Ces informations pourraient ensuite être transmises aux entreprises françaises susceptibles de proposer une solution, de monter un projet ou de tester une technologie sur place.
Les grands groupes mauriciens font également partie des partenaires avec lesquels il souhaite approfondir le dialogue. Il indique avoir déjà rencontré un grand nombre de leurs représentants et souligne leur rôle structurant dans l'économie du pays. Plusieurs entretiennent des liens anciens avec la France, par la distribution de marques françaises ou par leurs propres investissements, notamment à La Réunion. M. Loyer estime que ces relations peuvent servir de base à de nouvelles collaborations, à Maurice comme sur d'autres marchés.
Énergie, eau et gestion des déchets : des secteurs à explorer
Au-delà de l'immobilier, du tourisme et de l'hôtellerie, l'ambassadeur identifie plusieurs domaines où les entreprises françaises pourraient renforcer leur présence, notamment dans les infrastructures, l'eau, les énergies renouvelables et la gestion des déchets. Mais il précise qu'il doit encore approfondir l'analyse des besoins du marché. L'objectif consiste à identifier les projets pour lesquels les technologies, les services et l'expérience des entreprises françaises pourraient être utiles à Maurice.
La transition énergétique retient particulièrement son attention. Des entreprises françaises sont déjà implantées dans ce secteur et pourraient contribuer davantage à la décarbonation du système énergétique mauricien.
La gestion des déchets constitue un autre axe de coopération. Des initiatives existent entre Maurice et La Réunion, notamment autour de la valorisation du papier et du carton. Le diplomate estime possible d'aller plus loin en mobilisant des entreprises spécialisées dans le tri et le traitement des déchets ménagers ou industriels. L'Agence française de développement (AFD) pourrait également intervenir pour financer de l'expertise et de l'assistance technique.
L'ambassadeur souhaite également approfondir les échanges sur la résilience alimentaire. Pour des territoires insulaires dépendants d'une partie de leurs approvisionnements, les perturbations internationales peuvent avoir des conséquences directes sur les prix et la disponibilité des produits. Le développement des capacités locales et des échanges régionaux constitue donc un enjeu qui touche à la fois les entreprises et le quotidien des habitants.
L'eau : préparer une amélioration durable du service
Dans le contexte des difficultés d'approvisionnement, la coopération en matière d'eau concerne directement les résidents de Maurice. L'ambassadeur précise que le prêt de politique publique de 200 millions d'euros, porté par l'AFD, accompagne la transformation et la modernisation du secteur. Toutefois, il n'a pas été conçu pour répondre aux coupures immédiates ni pour financer directement la réparation des canalisations. Un programme d'investissement, encore soumis à approbation au moment de l'entretien, doit ensuite se traduire par des réalisations concrètes, avec la participation de l'AFD et de l'Union européenne. La gestion de l'eau, l'assainissement et la réutilisation des eaux usées figurent parmi les domaines évoqués.
Quant au dessalement, il souligne les coûts et les enjeux environnementaux. Il indique que cette solution n'est pas l'option privilégiée dans l'accompagnement envisagé pour Maurice, et met notamment en avant les possibilités de réutilisation des eaux usées.
Pour les entreprises spécialisées, ces orientations ouvrent des pistes à explorer. Pour les habitants, elles dessinent une perspective d'amélioration à moyen et long terme, même si elles n'apportent pas de réponse immédiate aux difficultés actuelles.
Maurice comme base pour des projets vers l'Afrique et l'Inde
Les partenariats envisagés dépassent le seul marché mauricien. L'ambassadeur souhaite examiner comment associer les entreprises françaises, les groupes mauriciens et la place bancaire et financière de l'île afin de développer des investissements en Afrique ou en Inde. L'approche repose sur leur complémentarité : les technologies et les solutions françaises, les implantations et la connaissance des marchés de certains groupes mauriciens, ainsi que l'expertise financière disponible à Maurice pour structurer des investissements internationaux.
Cette réflexion s'inscrit également dans un contexte de contraintes budgétaires pesant sur les budgets publics alloués au développement. Le diplomate estime nécessaire de mobiliser davantage de financements privés et de renouveler les partenariats.
Pour les entrepreneurs français qui envisagent de lancer une activité régionale depuis Maurice, cette orientation mérite d'être suivie. Elle suppose toutefois de repérer précisément les débouchés et les partenaires. L'ambassadeur rappelle que l'identification des opportunités relève d'abord des acteurs économiques ; la coopération française peut ensuite contribuer à structurer les projets.
Entreprendre à Maurice : prévoir les premières années
Ces perspectives économiques s'accompagnent d'un message de prudence adressé aux candidats à l'installation. Si la langue française, l'accueil et la qualité de vie peuvent donner le sentiment qu'un projet sera facile à réaliser, ils ne dispensent pas d'étudier le marché, de comprendre les règles locales et de chiffrer ses besoins. Pour ceux qui envisagent de vendre leurs biens en France et de venir en famille ouvrir un restaurant, un petit hôtel ou une autre activité, le conseil de l'ambassadeur est direct : « Soyez bien préparés et garantissez-vous deux ans de revenus. »
M. Loyer recommande ainsi de disposer d'une réserve financière permettant de traverser les premières années. L'entreprise ne sera pas forcément rentable dès le départ, car certaines démarches peuvent prendre du temps et des dépenses peuvent avoir été sous-estimées. Pendant cette période, les frais de logement, de scolarité et de santé doivent néanmoins être couverts. Le financement de l'activité doit donc être pensé avec le budget de toute la famille.
Le diplomate évoque des situations difficiles qui lui ont été rapportées, notamment des Français arrivés avec enthousiasme, puis confrontés à un manque de ressources, à une escroquerie ou à un partenaire mal choisi. Il rappelle que ces risques existent dans de nombreux pays et souligne l'importance de vérifier ses interlocuteurs avant de s'engager.
Des relais pour s'orienter et développer son réseau
Il est bon de rappeler que les futurs entrepreneurs peuvent solliciter les conseillers du commerce extérieur de la France (CCEF) pour obtenir des conseils gratuits sur leur projet d'implantation et identifier les professionnels à consulter. Les conseillers des Français de l'étranger constituent également des interlocuteurs utiles grâce à leur connaissance du pays et de la communauté française. Lorsque le projet se précise, l'ambassadeur recommande ensuite de faire appel à des professionnels rémunérés pour structurer l'activité et accomplir les démarches nécessaires.
Pour les entrepreneurs déjà installés, la Chambre de commerce et d'industrie France-Maurice (CCIFM) offre des occasions d'échanger avec d'autres dirigeants. Rencontres, événements et visites d'entreprises permettent de partager des expériences, de discuter de difficultés et de développer des relations commerciales. Ces échanges peuvent aussi aider les nouveaux arrivants à mieux comprendre le fonctionnement du marché, en leur permettant de bénéficier de l'expérience de ceux qui y travaillent depuis plusieurs années.
Les recommandations de l'ambassadeur s'adressent également aux salariés, aux étudiants et aux retraités qui envisagent de vivre à Maurice.
Pour les retraités, il insiste particulièrement sur la couverture santé, l'accès aux soins et la mobilité. Pour les étudiants, la recherche d'un logement doit être anticipée. Pour les familles, le choix de l'école et son coût font partie des décisions à intégrer avant le départ.
Plus largement, il invite à examiner les dépenses que l'on peut sous-estimer en prenant ses habitudes françaises comme référence. Les conditions d'accès aux soins et l'organisation des transports peuvent peser sur le budget et influencer le choix du lieu de résidence.
L'éducation figure par ailleurs parmi les coopérations qu'il souhaite poursuivre. Il évoque une expérimentation menée dans des établissements publics mauriciens, y compris à Rodrigues, visant à utiliser le français pour l'enseignement de certaines disciplines, notamment les sciences. L'objectif est de renforcer sa maîtrise en tant que langue d'apprentissage, sans remplacer l'anglais ni concurrencer le créole.
Journaliste de formation, titulaire des DALF C1 et C2 et diplômée de l'Université de Maurice, je cumule près d'une vingtaine d'années d'expérience en rédaction. Après six ans dans la presse mauricienne, j'ai rejoint Expat.com, où j'évolue depuis une douzaine d'années, dont cinq en tant qu'assistante éditoriale, et à présent responsable éditoriale.