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Prendre sa retraite à l'étranger : les défis dont personne ne parle

couple de retraites
YuriArcursPeopleimages / Envato Elements
Écrit parPaul Arnoldle 17 Février 2026

Si vous lisez cet article, il y a fort à parier que vous rêvez de prendre votre retraite à l'étranger, ou que vous planifiez déjà de couler des jours heureux dans un autre pays. Que l'objectif soit de bénéficier d'une meilleure qualité de vie, de réduire vos dépenses de santé ou de profiter d'un climat plus clément, la logistique s'avère généralement bien plus exigeante que lorsqu'on reste dans son pays d'origine. S'il n'y a rien de fondamentalement insurmontable à s'expatrier, le processus peut s'avérer complexe, avec de nombreux paramètres à prendre en compte : s'assurer de disposer de ressources financières suffisantes, composer avec les rouages de l'administration locale ou encore trouver une couverture santé de qualité à un prix abordable.

Se retrouver dans le labyrinthe administratif

Le premier défi majeur consiste à affronter le dédale de formalités administratives, à commencer par l'obtention d'un titre de séjour. Aucun pays au monde ne vous permet de vous installer et de résider indéfiniment sans avoir accompli les démarches d'immigration requises.

Certains pays proposent des visas spécifiquement conçus pour les retraités (comme le visa O-A en Thaïlande), qui autorisent les ressortissants étrangers à résider sur place sans exercer d'activité professionnelle. D'autres pays délivrent des visas fondés sur des revenus passifs (comme le visa non lucratif en Espagne), qui permettent de s'établir à condition de justifier de revenus stables et suffisants ne provenant pas d'une activité salariée : pensions de retraite, revenus de placements ou prestations sociales, par exemple. Dans ce cas, il vous sera souvent demandé de fournir des relevés bancaires sur plusieurs mois attestant de versements réguliers, des justificatifs de dividendes ou des attestations officielles de perception de votre pension.

Dans de nombreuses régions, et notamment en Europe, vous ne pourrez pas obtenir de visa sans justifier d'une assurance santé privée conforme aux exigences locales. Les autorités s'assurent ainsi que les nouveaux résidents ne représentent pas une charge supplémentaire pour le système de santé publique. Toutefois, une fois votre statut de résident légal obtenu, certains pays vous offrent la possibilité de rejoindre le régime de protection sociale local.

La souscription d'une assurance santé constitue souvent l'une des étapes les plus redoutées du parcours administratif. Même si vous disposez d'une assurance voyage complète, celle-ci sera généralement jugée insuffisante. Vous devrez donc vous renseigner sur les compagnies et les contrats les mieux adaptés aux exigences réglementaires du pays dans lequel vous souhaitez vous installer. Il est possible que vous ayez à fournir un dossier détaillé, incluant notamment l'intégralité de votre historique médical.

Attention : de nombreux contrats d'assurance privée excluent les pathologies préexistantes. Si vous souffrez d'une affection non couverte par votre assureur, l'ensemble des soins associés sera à votre charge. Il conviendra donc de vérifier s'il est possible d'adhérer au système de santé publique de votre pays d'accueil ou de rechercher des assureurs spécialisés.

Mais le parcours administratif ne s'arrête pas là. Selon votre destination, vous devrez peut-être passer par la procédure chronophage de l'apostille pour faire authentifier vos documents. Ce certificat valide les signatures et les cachets figurant sur vos documents officiels afin qu'ils soient reconnus à l'étranger. Les documents concernés varient selon les pays, mais incluent généralement un extrait de casier judiciaire, un acte de naissance et un acte de mariage. La procédure peut parfois s'étendre sur plusieurs mois en raison de divers facteurs : retards administratifs, délais postaux éventuels et nécessité de traductions assermentées. Veillez à ce que chaque détail soit exact, jusqu'à la dernière virgule, car la moindre erreur peut entraîner des retards considérables, voire vous obliger à reprendre l'ensemble de la procédure depuis le début.

Gare aux changements de réglementation de dernière minute

Il est également essentiel de garder à l'esprit que les politiques d'immigration ne sont pas gravées dans le marbre et évoluent en permanence. Même si vous préparez votre retraite à l'étranger depuis des années, un changement de réglementation de dernière minute peut venir bouleverser vos plans. L'île Maurice, par exemple, a récemment modifié les conditions de son permis de résidence pour retraités. Parmi les principales évolutions : un relèvement du montant minimum de revenus à transférer, une révision de la durée des permis et un renforcement des obligations de séjour minimum sur le territoire.

Financer sa retraite à l'étranger

L'un des facteurs déterminants d'une retraite à l'étranger sereine est de s'assurer de disposer de ressources suffisantes, tant pour la vie quotidienne que pour faire face aux imprévus et aux coups durs. Les paramètres à prendre en compte sont nombreux et ne se limitent pas au coût local des courses ou du logement. Il s'agit aussi de comprendre votre pouvoir d'achat réel et la manière dont votre argent fructifie, ou se déprécie, dans une économie différente.

Si vos revenus sont libellés dans la devise de votre pays d'origine mais que vos dépenses courantes sont en monnaie locale de votre pays d'accueil, vous devez impérativement tenir compte des taux de change, qui peuvent se révéler extrêmement volatils. Si le taux de change venait à évoluer soudainement de 10 % en votre défaveur, seriez-vous en mesure d'absorber le choc ? Pourriez-vous maintenir votre niveau de vie et couvrir vos dépenses essentielles ?

L'inflation est un autre paramètre crucial. Certaines destinations prisées des retraités affichent des taux d'inflation supérieurs à ceux de la France, ce qui signifie que votre pension fixe peut perdre de sa valeur au fil du temps. Sans matelas financier, vous risquez de vous retrouver en difficulté.

Comprendre le paysage fiscal

Ce n'est pas parce que vous prenez votre retraite à l'étranger que vous laissez vos obligations fiscales derrière vous. De nombreuses destinations prisées des retraités, comme l'Espagne, le Portugal ou la France elle-même pour ceux qui y conservent des intérêts, imposent les revenus mondiaux de leurs résidents. De manière générale, dans la plupart des pays, vous êtes considéré comme résident fiscal dès lors que vous séjournez plus de 183 jours par an sur leur territoire.

Par ailleurs, vous pouvez conserver des obligations fiscales dans votre pays d'origine même après votre départ. En France, certains revenus de source française (revenus fonciers, plus-values immobilières, etc.) restent imposables même si vous n'y résidez plus. Pour les ressortissants américains, la situation est encore plus contraignante : les États-Unis imposent sur la base de la nationalité, et tout citoyen américain doit continuer à déclarer ses revenus auprès de l'IRS, quel que soit son lieu de résidence.

Que vous soyez français ou d'une autre nationalité, méfiez-vous du piège de la double imposition. Vérifiez l'existence de conventions fiscales bilatérales entre votre pays d'origine et votre pays d'accueil. Ces accords visent à éviter que vous ne soyez imposé deux fois sur les mêmes revenus, mais il peut être judicieux de faire appel à un conseiller fiscal pour vous assurer de respecter les règles en vigueur et de satisfaire aux obligations déclaratives dans les deux juridictions.

En conclusion

Prendre sa retraite à l'étranger est un projet d'envergure qui comporte de nombreux aspects à maîtriser. Entre les formalités de visa et la compréhension des règles fiscales locales, le parcours exige patience et organisation rigoureuse. Cependant, pour la grande majorité des retraités, ces obstacles administratifs restent un prix modeste à payer pour entamer un nouveau chapitre de vie, aussi stimulant que dépaysant.

Formalités
A propos de

Paul, ancien rédacteur et producteur à la BBC spécialisé en sciences et actualités, vit en Espagne depuis plus de 15 ans. Rédacteur freelance, il aime aussi la lecture, la natation et se balader le long des plages espagnoles.

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