De l'Irak au Nicaragua: comment l'humanitaire a changé la vie d'une expat

Interviews d'expatriés
  • Margot
Publié le 2022-05-27 à 10:00 par Nelly Jacques
Margot, infirmière et responsable de projets humanitaires. Partie et revenue 4 fois : Nicaragua, Irak, Nigéria, Colombie. Aujourd'hui, elle accompagne et conseille les expatriés de toutes sortes sur leur départ ou leur retour avec un focus santé.

Pouvez-vous nous parler de vos métiers originels (infirmière et responsable de projets humanitaires). Vous avez été amenée à travailler à l'étranger régulièrement, pourquoi et comment ?

Depuis mes 13 ans, je savais que je voulais être infirmière et faire de l'humanitaire. Après mes études d'infirmière et un peu de pratique dans un service d'urgences à Paris, j‘ai repris mes études à Angers pour me former à la gestion de projets et au management dans l'humanitaire et le social. Grâce à ces deux métiers, j'ai pu réaliser mon rêve d'ado et j'ai été amenée à partir plusieurs fois à l'étranger avec une ONG en tant que responsable de projet santé dans différents contextes. C'était une expérience très enrichissante, deux véritables vocations. 

Quelle a été votre première expérience à l'étranger. Pouvez-vous raconter votre vie sur place ?

Ma première expérience significative à l'étranger a été un stage de 6 mois au Nicaragua lors de mon Master 1. J'ai vécu une expérience incroyable, découvert un magnifique pays que peu de gens connaissent, une nouvelle culture. J'étais volontaire dans une organisation locale qui travaille dans des écoles de quartiers très pauvres. C'était une mission de soutien scolaire, pas ma passion, mais j'ai découvert bien plus que cela. Les enfants m'ont permis d'apprendre rapidement l'espagnol, j'ai passé de très bons moments avec les autres volontaires mais j'ai surtout passé du temps avec les Nicaraguayens. J'ai tout aimé au Nicaragua : la chaleur, la musique, les gens, les couleurs... Il y a dans ma vie un avant/après Nicaragua et je m'y suis vue vivre un temps. Avant que la réalité du retour me rattrape. Le retour a été vraiment très difficile même s'il était prévu car je rentrais pour la suite des cours. J'ai mis 8 mois à me remettre de cette première expérience. Et j'avais le sentiment que personne ne me comprenait. 

Et puis l'Irak. Pouvez-vous nous parler des conditions de vie, de votre métier sur place, de votre ressenti ?

Ma mission en Irak est inoubliable. Ou plutôt au Kurdistan Irakien. C'était ma première mission dans une ONG et j'étais en charge des deux centres de santé dans deux camps de déplacés irakiens, pas loin de Mossoul. Je gérais les équipes de santé, l'organisation des centres et tous les projets santé qui pouvaient avoir lieu dans les camps. J'ai beaucoup appris et j'ai rencontré des personnes incroyables. 

La première semaine, on se demande quand même comment on est arrivé là mais on s'habitue au contexte, à l'insécurité, à la culture vraiment très différente de celle de la France. Nous logions dans une maison du village et j'avais deux bureaux : un dans le village et un dans chaque centre de santé. L'ambiance était bonne, j'ai découvert une autre culture, un autre art de vivre et des conditions dont on n'a pas idée en France !

Le Nigéria a été votre troisième destination. Avez-vous aimé cette expérience ? Pouvez-vous nous en parler ?

Le Nigéria a été une expérience plus dure que l'Irak malgré ce que l'on pourrait croire. Les conditions de sécurité étaient plus fermes (couvre-feu entre 19h et 6h, pas le droit de marcher seule dans la rue, pas d'événements extérieurs autorisés…) car le contexte était plus instable. Et les conditions de vie à savoir : vivre, manger, travailler, partager chaque instant de sa journée avec les mêmes 16 personnes pouvait parfois être un vrai challenge. Mais c'est l'occasion d'en apprendre beaucoup sur soi. 

La mission en elle-même était différente car elle consistait à créer des équipes mobiles de santé et non gérer un centre déjà en place. Et la grosse différence était que je pouvais interagir directement avec mes équipes puisqu'elles parlaient anglais, contrairement à l'Irak, où seul mon assistant parlait anglais, le reste de l'équipe parlant arabe ou kurde. Nous avons donc construit le projet ensemble. Ces deux expériences m'ont appris des choses très différentes, à la fois sur moi mais aussi sur le métier d'humanitaire. 

Et puis changement de décor avec la Colombie. Une ambiance donc totalement différente. Pouvez-vous nous parler de cette expérience de vie et de travail en Colombie ?

Ambiance et contexte très différents effectivement car pas la même durée et pas le même contexte. Je ne suis restée qu'un mois en Colombie pour une évaluation des besoins dans la zone limitrophe au Venezuela lors de la crise migratoire. C'est l'étape qui consiste à étudier le terrain et les besoins avant d'ouvrir une mission. J'ai donc aidé à l'élaboration de plusieurs projets santé et autres. J'ai fait l'évaluation d'une clinique dans la jungle à la frontière avec le Venezuela dans l'optique de prendre le relais d'une ONG qui allait partir. J'ai adoré la Colombie, l'ambiance, les gens. C'était une expérience très différente car je n'avais pas d'équipe et l'essentiel du travail portait sur de la conception de projet mais c'était tout de même très intéressant. Ça m'a rappelé le Nicaragua et j'aime particulièrement les contextes hispanophones. 

Diriez-vous que l'humanitaire est un moyen de vivre une expérience internationale au final ? 

Totalement ! On vit et on apprend au contact de nouvelles cultures qui changent des destinations plus courantes comme le Canada, les États-Unis ou l'Australie. Les pays dans lesquels nous partons en mission sont vraiment très différents tant sur les conditions de vie que sur la culture. On ne part pas vraiment pour le confort. C'est un bon moyen de comprendre ce qui se passe dans le monde, d'avoir une vision un peu plus globale sur des sujets importants comme les conflits armés, la migration ou tout simplement vivre dans des conditions instables. 

Ceci étant dit, l'humanitaire est un secteur professionnel qui demande une formation très spécifique, une ouverture d'esprit et le goût de l'aventure. Et cela reste une expérience internationale extraordinaire. 

Où vivez-vous maintenant ? Vous imaginez-vous vivre ailleurs dans le futur ?

Aujourd'hui, je vis à Paris. Je m'y suis installée après la Colombie car j'avais en tête un nouveau projet professionnel, sur lequel je travaille depuis. 

Je n'avais plus envie de partir en mission, et j'avais un besoin fort de poser mes bagages, de souffler, d'accorder du temps à ma vie personnelle et de me rapprocher de ma famille et de mes amis. 

Je n'exclus pas la possibilité de repartir un jour, qui sait où, si mon métier me le permet mais je pense que ce sera avant tout un projet familial. Je reste ouverte à toute éventualité !! 

Vous avez décidé de changer d'orientation professionnelle. Pouvez-vous nous parler de ce que vous faites et de ce qui vous a donné envie de le faire ?

Je pense que je n'ai pas complètement changé d'orientation professionnelle, j'ai plutôt combiné tout ce que je fais depuis 10 ans, à savoir la santé et les voyages, pour en faire mon nouveau métier : accompagner les expatriés en tout genre sur les questions de départ à l'étranger ou de retour en France en gardant une approche « santé ». 

J'ai moi-même éprouvé quelques difficultés au moment du retour en France après mes missions et cela a grandement joué sur mon moral, en plus des autres difficultés rencontrées : logement, réinscription à droite, à gauche... Et en croisant avec les témoignages d'autres expatriés ; bénévoles, familles, salariés, voyageurs solos, étudiants ; je me suis rendu compte que les problématiques étaient les mêmes à chaque fois : démarches administratives, scolarité, réinsertion sociale... J'ai donc décidé de me lancer dans le conseil en expatriation en créant Expatez-Vous ! pour accompagner et guider les personnes souhaitant partir de France ou y revenir afin qu'elles ne se sentent pas seules dans ces étapes de vie importantes. 

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