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Pourquoi la double nationalité séduit de plus en plus d'expatriés

Dossiers et Tendances 6 min de lecture
Pourquoi la double nationalité elle séduit de plus en plus d'expatriés© nblxer / Envato Elements

Pour de nombreux expatriés, demander la nationalité du pays de résidence est une étape qui intervient après plusieurs années de vie sur place. Une fois l'installation devenue durable, la question finit en effet par s'imposer : faut-il franchir le pas ? Longtemps considérée comme une décision lourde de conséquences, la double nationalité connaît aujourd'hui un essor dans de nombreux pays. Les chercheurs qui se sont penchés sur la question montrent que les motivations sont multiples, allant des aspects purement pratiques à la sécurisation d'un avenir parfois jugé incertain.

La double ou la citoyenneté multiple : un changement profond de perception

Pendant longtemps, la double nationalité était perçue avec méfiance, explique Peter John Spiro, professeur et juriste américain, dans son ouvrage Multiple Citizenship.

Au XIXᵉ siècle et jusqu'à une bonne partie du XXᵉ siècle, appartenir à deux pays était souvent considéré comme une source potentielle de « conflits de loyauté » ou de difficultés diplomatiques, mentionne Peter J. Spiro. De nombreux gouvernements encourageaient donc les nouveaux citoyens à renoncer à leur nationalité d'origine.

Cette vision a profondément évolué au cours des dernières décennies. Avec l'intensification des migrations internationales, la mondialisation et le développement des diasporas, une majorité d'États a progressivement choisi de tolérer, voire d'encourager, la double nationalité, y voyant une opportunité de maintenir et de développer des liens économiques, culturels et politiques avec d'autres pays !

Cette évolution marque un véritable changement de paradigme, précise le juriste : la double nationalité n'est plus perçue comme une anomalie, mais de plus en plus comme le reflet d'un monde interconnecté.

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Les naturalisations en hausse : les chiffres à retenir

Les données disponibles montrent en effet que l'acquisition d'une nouvelle nationalité est devenue une démarche de plus en plus courante dans de nombreux pays.

Au sein de l'Union européenne, plus de 1,1 million de personnes ont acquis la nationalité d'un État membre en 2023, soit une hausse de 6,1 % par rapport à l'année précédente, selon Eurostat. La tendance s'est poursuivie en 2024, avec près de 1,2 million de naturalisations, un niveau inédit qui confirme l'essor du phénomène.

Le Royaume-Uni connaît une évolution comparable. D'après le recensement de 2021, 2,1 % des habitants d'Angleterre et du pays de Galles possèdent plusieurs nationalités, contre seulement 1,1 % dix ans plus tôt. En une décennie, la proportion de personnes ayant choisi de conserver leur nationalité d'origine tout en devenant britanniques a ainsi presque doublé.

Aux États-Unis également, la double nationalité est loin d'être marginale. Selon un sondage YouGov publié en 2024, 6 % des Américains déclarent posséder au moins deux nationalités.

À noter qu'il n'est pas aisé de connaître avec précision le nombre de personnes possédant une double nationalité dans le monde car la plupart des États ne demandent pas à leurs citoyens de déclarer s'ils détiennent une autre nationalité. Chaque pays gérant ses propres registres sans coordination internationale, il n'existe pas de base de données mondiale permettant de comptabiliser les doubles nationaux. Les estimations disponibles reposent donc essentiellement sur des recensements nationaux, des enquêtes ou des travaux de recherche.

Pourquoi de nombreux expatriés cherchent-ils à acquérir une double nationalité ?

La valeur du passeport d'origine influence les motivations

Les raisons d'acquérir une deuxième nationalité sont variées ; on s'en rend compte. Mais l'une des conclusions les plus intéressantes des travaux du sociologue Yossi Harpaz dans Citizenship 2.0: Dual Nationality as a Global Asset est que les motivations varient fortement selon la valeur du passeport détenu à l'origine.

Les personnes originaires de pays dont la citoyenneté offre notamment une liberté de circulation limitée recherchent souvent une « citoyenneté compensatoire » (compensatory citizenship). Celle-ci leur permet d'accéder plus facilement à d'autres pays, d'élargir leurs perspectives professionnelles et d'offrir davantage d'opportunités à leurs enfants.

À l'inverse, lorsque les bénéfices pratiques sont déjà largement acquis grâce à un passeport considéré comme « puissant », les motivations deviennent plus nuancées. Les recherches de Harpaz montrent alors que la seconde nationalité peut répondre plutôt à un besoin de sécurité à long terme, constituer un héritage transmis aux générations suivantes ou encore revêtir une dimension symbolique et identitaire.

Un deuxième passeport : un « actif mondial »

C'est un point d'évolution important : selon Yossi Harpaz, la deuxième nationalité est devenue aujourd'hui un véritable « actif mondial ». Elle fonctionne comme une sorte d'assurance contre les aléas de la vie : crise politique, difficultés économiques, conflits, changement de législation migratoire ou instabilité institutionnelle.

Selon ses recherches, de nombreuses personnes demandent une seconde nationalité parce qu'elles souhaitent avant tout disposer d'une liberté de choix. Posséder un second passeport signifie disposer d'une solution de repli si les circonstances venaient à changer.

Cette idée de « citoyenneté d'assurance » (insurance citizenship) se retrouve dans de nombreux témoignages. Emily, une Américaine interrogée par CNN, raconte que son mari, éligible à la nationalité allemande grâce à sa mère, n'avait jamais entrepris les démarches nécessaires. Après des évolutions politiques récentes aux États-Unis, le couple a finalement consulté un avocat spécialisé puis lancé la procédure. Leur objectif est d'offrir à leur famille une véritable « porte de sortie » si la situation venait à se détériorer.

Faire reconnaître une identité devenue multiple

Le juriste Peter J. Spiro souligne quant à lui que la double nationalité répond aussi bien souvent à un besoin de reconnaissance identitaire. Pour de nombreux expatriés installés depuis longtemps dans leur pays d'accueil, obtenir la nationalité locale représente l'aboutissement naturel d'un parcours de vie. Après y avoir construit leur carrière, fondé une famille ou vu leurs enfants grandir, ils souhaitent que leur statut juridique corresponde enfin à leur réalité quotidienne !

Selon Spiro, la double nationalité n'est donc plus perçue comme un « conflit de loyauté », mais comme le reflet d'un monde où les trajectoires personnelles se construisent entre plusieurs pays.

Toutes les autres raisons d'ordre pratique restent évidemment valables : la naturalisation permet notamment de sécuriser durablement une situation en garantissant un droit de résidence permanent, sans dépendre du renouvellement d'un visa ou d'un titre de séjour.

À noter que la double nationalité implique également des obligations. Selon les pays concernés, un binational peut être soumis à des devoirs dans chacun de ses États de nationalité, notamment en matière de fiscalité, de service militaire (lorsqu'il existe encore) et de formalités administratives.

En matière d'impôt, l'exemple des États-Unis est bien connu et source d'embarras pour certains. Si vous avez la nationalité américaine, vous devez en effet effectuer une déclaration fiscale auprès de l'administration du pays et ce, même si vous n'y résidez plus.

Quels pays refusent la double nationalité ou demandent aux citoyens de faire un choix ?

Aujourd'hui, environ 75 % des États du monde acceptent ou tolèrent la double nationalité, alors qu'ils n'étaient qu'une minorité à le faire il y a quelques décennies. La France, le Canada, les États-Unis, le Royaume-Uni, l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Italie, l'Irlande ou encore la Belgique figurent parmi les pays qui l'autorisent. Les modalités d'acquisition varient toutefois d'un État à l'autre et dépendent souvent du mode d'accès à la nationalité, qu'il s'agisse de la naissance, de la filiation, du mariage ou de la naturalisation.

Mais un article récent de CNN nous met aussi en garde : dans le paysage politique actuel, la tendance pourrait bien se retourner contre la double nationalité. En 2025, plusieurs pays européens ont en effet durci les conditions d'obtention de la nationalité par filiation ainsi que les règles régissant les programmes dits de « passeports dorés », qui accordent la citoyenneté aux investisseurs fortunés.

Certains pays limitent d'ailleurs très clairement, ou refusent, la double nationalité. Voici quelques exemples :

La Chine ne reconnaît pas la double citoyenneté et considère qu'un ressortissant qui acquiert volontairement une nationalité étrangère perd automatiquement sa nationalité chinoise.

L'Inde ne permet pas non plus à ses citoyens de détenir une seconde nationalité, même si elle propose le statut d'Overseas Citizen of India (OCI), qui offre certains droits sans conférer la citoyenneté.

Singapour applique également une politique restrictive et impose, dans la plupart des cas, de renoncer à sa nationalité d'origine lors d'une naturalisation.

Le Japon autorise certaines situations de double nationalité à la naissance, mais la législation prévoit en principe que les personnes concernées choisissent une seule nationalité à l'âge adulte.

Enfin, l'Autriche fait partie des pays européens les plus restrictifs : la double nationalité n'y est admise que dans un nombre limité de situations prévues par la loi, notamment pour certaines acquisitions à la naissance ou lorsqu'une autorisation de conservation de la nationalité a été accordée avant l'acquisition d'une autre citoyenneté.

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Helena Delbecq
À propos de l'auteur

Helena a vécu au Japon, en Chine et en Allemagne où elle est actuellement basée. Ces différentes expériences lui ont permis d'enrichir sa compréhension des problématiques variées de l'expatriation. Titulaire de l'Education nationale et d'un Master II en Politiques linguistiques, elle concilie enseignement et rédaction professionnelle, autour de thématiques telles que l'éducation et le travail à l'international. Elle gère également les partenariats et les programmes d'un organisme de formation professionnelle.

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