Publiée au Journal Officiel du 31 décembre 2025, la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 introduit des changements importants concernant la retraite : réforme des retraites, prise en compte des interruptions de carrière, cumul emploi-retraite… Toutes ces mesures ont un impact sur les retraites des Français de l'étranger, dont le calcul peut s'avérer, de base, plus complexe que celui des Français vivant sur le territoire. A quoi doivent s'attendre les expats français aujourd'hui ?
Le 12 novembre 2025, l'Assemblée nationale vote l'article 45 bis du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 : il suspend la réforme des retraites jusqu'au 1er janvier 2028. L'adoption de la loi entraîne donc des changements sur les retraites des Français étrangers concernés par la suspension de la réforme. Des changements visibles dès le 1er septembre 2026 :
Âge légal de départ à la retraite
Tout d'abord, la réforme ralentit l'augmentation progressive de l'âge légal de départ à la retraite. Concrètement, les personnes nées en 1968 ne seront plus impactées par l'âge légal (64 ans). Cet âge s'appliquera uniquement aux personnes nées à partir de 1969.
Carrières longues des salariés
La suspension de la réforme des retraites cible les carrières longues. Les Français de l'étranger nés entre 1964 et 1968 qui ont commencé à travailler jeunes (avant 16, 18, 20 ou 21 ans) bénéficieront d'un système de retraite anticipée « assoupli » jusqu'en 2028 (date de fin de la suspension de la réforme des retraites).
Carrières longues des agents publics
La suspension de la réforme des retraites vaut aussi pour les carrières longues des agents publics. Les fonctionnaires ayant commencé leur carrière jeune peuvent également bénéficier de la retraite anticipée. Les contractuels seront redirigés vers le système des salariés du privé.
Comme les Françaises vivant sur le territoire français, les expatriées sont généralement celles qui interrompent leur carrière pour élever leurs enfants. Ces interruptions forment de véritables « trous » dans la carrière des expats, et impactent négativement leur retraite.
Avant la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026, la loi prenait en compte les 25 meilleures années de travail pour calculer la retraite. La méthode pénalisait les mères ayant suspendu leur carrière à une ou plusieurs reprises pour élever leurs enfants ; les femmes ayant réduit leur rythme de travail (temps partiel au lieu de temps plein) étaient tout aussi pénalisées. Car dans les deux cas, l'arrêt ou le ralentissement du travail pour éduquer les enfants n'était pas pris en compte.
La loi de financement corrige la règle et introduit une nouvelle méthode de calcul : le nombre d'années prises en compte baissera en fonction du nombre d'enfants. Les 24 meilleures années seront comptabilisées pour établir le revenu annuel moyen de l'expatriée ayant eu un enfant. Le nombre baissera à 23 pour les femmes ayant eu au moins deux enfants. Selon les estimations, la réforme ferait en moyenne gagner aux mères entre 50 et 150 euros mensuels sur leur pension de retraite. Ce nouveau mode de calcul entrera en vigueur dès le 1er septembre 2026.
Amélioration de la pension de retraite des femmes fonctionnaires ou militaires
Le gouvernement précise que les femmes ayant accouché après leur embauche, et après le 1er janvier 2004 bénéficieront de conditions plus favorables : 1 trimestre gratuit par enfant « bonification pour enfants », et 2 trimestres de majoration liés aux enfants. Toutes les femmes restent bien entendu concernées par les dispositifs des carrières longues.
Amélioration des pensions de retraite : les pères aussi
À noter que le décret proposé à la Caisse nationale d'assurance vieillesse (Cnav) en mai 2026 parle de trimestres « gratuits » applicables pour la naissance, l'adoption et l'éducation d'un enfant. Les pères seront certainement bénéficiaires, car les trimestres « offerts » pour l'éducation de l'enfant pourront être partagés entre le père et la mère. La Cnav indique avoir souhaité ouvrir ce bénéfice aux pères pour éviter tout contentieux.
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Cumul emploi-retraite
La loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 facilite le cumul emploi-retraite. Le nouveau dispositif s'appliquera à partir du 1er janvier 2027, et concernera donc les expatriés allant à la retraite après cette date.
Départ avant 64 ans (âge légal) : retraite diminuée selon le montant du nouveau revenu généré par la reprise d'activité. Si le revenu dépasse le montant de la pension de retraite, celle-ci sera supprimée.
Départ entre 64 et 67 ans : cumul emploi-retraite partiel. Pension écrêtée à 50 % des revenus d'activité dépassant 7 000 euros annuels.
Départ après 67 ans : cumul libre. Droit à une seconde pension.
Les Français de l'étranger s'assureront toutefois que leur titre de séjour les autorise à exercer une activité professionnelle tout en étant à la retraite.
Les Français de l'étranger sont appelés à redoubler de vigilance. En 2025, la Cour de comptes présente un rapport appelant au renforcement des contrôles : l'institution a identifié 2 millions de retraités en situation non conforme à la législation. Parmi eux, plus d'un million de Français de l'étranger.
Les irrégularités constatées (chez les Français de l'étranger comme chez ceux résidant sur le territoire français) concernent principalement le cumul emploi-retraite et les preuves de vie :
Pensions de retraite versées malgré le décès du Français à l'étranger
Les proches continuent de toucher la pension au lieu de signaler le décès de l'expatrié. La Cour des comptes recommande d'accentuer les contrôles pour vérifier que l'expat est bien en vie. Ces contrôles seraient renforcés dans les pays considérés comme « sensibles ». Selon la Cnav, ces fraudes représentent une perte annuelle de 60 millions d'euros.
Obligation de délivrer une preuve de vie
Les Français de l'étranger à la retraite ont l'obligation de fournir un certificat d'existence à leur caisse de retraite. Cette preuve de vie doit être délivrée dans les 3 mois. En cas de non-présentation, la pension sera suspendue. L'administration prévoit également d'intensifier les convocations physiques. Les expatriés retraités convoqués seront tenus de se présenter au consulat ou à l'ambassade de leur pays d'accueil pour prouver qu'ils sont bien en vie.
Cumul emploi-retraite
D'après la Cour des comptes, plus de 700 000 personnes cumulent leur retraite avec un emploi. Ils étaient à peine 381 000 en 2022. La Cour des comptes alerte sur une possible augmentation des inégalités induite par le cumul. Les hauts revenus pourraient profiter du dispositif pour accroître encore plus leurs revenus en exerçant une activité non salariée (car sans conséquence sur la retraite). L'institution préconise un renforcement des contrôles et un durcissement de l'accès au dispositif.
Retraités français à l'étranger : quelles démarches faire ?
Les règles sont plus simples pour les Français ayant travaillé dans un pays de l'Union européenne (UE), de l'Espace économique européen (EEE) ou en Suisse. Les trimestres validés à l'étranger sont comptabilisés pour le calcul de la retraite.
En revanche, les expats ayant travaillé hors de l'UE et de l'EEE doivent vérifier s'il existe une convention bilatérale de sécurité sociale entre la France et le pays d'accueil. La France a signé des conventions avec plus d'une trentaine de pays, dont certains plébiscités par les Français de l'étranger à la retraite : Maroc, Sénégal, Tunisie.À noter qu'une bonne nouvelle attend les retraités, y compris ceux de l'étranger : les pensions de base, déjà en hausse de 0,9 % en 2026, pourraient à nouveau augmenter de 1,6 % dès janvier 2027. Cette revalorisation s'explique par le mode de calcul des pensions, qui tient compte de l'inflation.
Rédactrice web spécialisée en actualité politique et socio-économique, Asaël Häzaq observe et décrypte les tendances de la conjoncture internationale. Forte de son expérience d'expatriée au Japon, elle propose conseils et analyses sur la vie d'expatrié : choix du visa, études, recherche d'emploi, vie de travail, apprentissage de la langue, découverte du pays. Titulaire d'un Master II en Droit - Sciences politiques, elle a également expérimenté la vie de nomade numérique.