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Interdiction du téléphone à l'école : Maurice s'apprête à franchir le pas

utilisation du téléphone en classe
cait00sith / Envato Elements
Écrit parVeedushi Bissessurle 22 Avril 2026

Maurice est sur le point de rejoindre une liste déjà longue de pays ayant décidé d'agir. Plus de 60 nations ont adopté des lois ou des politiques restreignant l'usage des smartphones dans les écoles. Parmi elles, la France, le Royaume-Uni, l'Australie, la Chine, l'Italie, la Finlande, le Canada, ou encore les Pays-Bas. L'île, selon certains observateurs, a mis du temps à emboîter le pas. « Maurice a été trop lente à réagir », estiment les différentes parties prenantes, qui pointent les comportements antisociaux qui ont proliféré dans les établissements scolaires sous l'effet des téléphones portables.

Que dit le projet de loi et qui est concerné ?

Le ministre de l'Éducation, le Dr Mahend Gungapersad, a récemment annoncé que la phase de consultation est désormais terminée. Le dossier sera soumis au Conseil des ministres avant qu'un exercice de communication ne soit lancé auprès des parents, des élèves et des enseignants. Le cadre réglementaire qui sous-tend cette mesure, l'Education (Control and Use of Personal Mobile Devices in School Premises) Regulations 2026, a été élaboré en collaboration avec le bureau de l'Attorney General. Il doit encore passer par le State Law Office et être publié dans la Government Gazette avant d'entrer en vigueur.

La mesure concernera aussi bien les établissements publics que les écoles privées et subventionnées. En d'autres mots, les écoles internationales ne seront pas épargnées. Concrètement, les élèves ne pourront plus utiliser leur téléphone dans l'enceinte de l'école. Des exceptions sont néanmoins prévues : une utilisation à des fins pédagogiques, sous la supervision d'un enseignant, ou en cas de nécessité médicale ou d'urgence familiale restera possible. En cas d'infraction, un système de sanctions progressives est envisagé, allant de la confiscation de l'appareil jusqu'à une suspension temporaire en cas de récidive.

Un constat largement partagé

Du côté des éducateurs, le diagnostic est unanime : l'usage excessif du téléphone perturbe les cours. Ils estiment que la mesure est à la fois applicable et pertinente, tout en soulignant que les smartphones nuisent à la concentration, favorisent la distraction et peuvent entraîner des comportements inappropriés. Une interdiction bien encadrée, accompagnée d'une sensibilisation des élèves et des parents, pourrait donc contribuer à restaurer un climat d'apprentissage plus serein.

D'autres évoquent une « distraction permanente » aux conséquences directes sur les performances scolaires et la socialisation des élèves, ainsi que la disparition progressive de la culture de la lecture. Ce sentiment est partagé par de nombreux enseignants sur le terrain, y compris dans les lycées français de l'île, où la lutte contre l'usage du téléphone en classe est décrite comme « un combat quotidien ». Pour eux, la nouvelle réglementation viendra étoffer des règlements intérieurs qui interdisent déjà l'appareil en classe, à condition que les surveillants et les enseignants appliquent les règles avec rigueur.

Un membre du forum Maurice d'expat.com partage : « C'est une excellente nouvelle. Je suis enseignant dans l'un des lycées français de l'île et la lutte contre l'usage du téléphone en classe est un combat quotidien. Cette loi viendra donc étoffer le règlement intérieur qui interdit déjà le téléphone en classe. Mais pour que cela fonctionne, les surveillants devront être beaucoup plus stricts dans le contrôle et les profs ne devront rien laisser passer. »

À un autre expatrié d'ajouter que : « Je suis 100 % pour. Pas pour des raisons pédagogiques, mais tout simplement parce qu'on passe tous trop de temps derrière nos écrans, drogués à la consommation de contenus. Un peu de répit ne peut que faire du bien. » 

Utilisation du téléphone à l'école : bannir ou encadrer ?

Si le principe d'une intervention fait consensus, les modalités de sa mise en œuvre suscitent davantage de débats. Certains préfèrent parler de contrôle et de discipline plutôt que de bannissement strict. Car, rappelons-le, le téléphone est devenu, dans un contexte de digitalisation croissante, un outil pédagogique à part entière, utilisé pour les recherches, la prise de notes ou encore les supports d'apprentissage.

Il n'empêche que la décision d'étendre l'interdiction aux enseignants eux-mêmes suscite des réactions vives. Dans une lettre ouverte au ministre, des professeurs comptant plus de vingt ans de service dénoncent une mesure « disproportionnée » et « discriminatoire », insistant sur le fait qu'une politique éducative ne se construit pas contre les enseignants, mais avec eux. 

Et après l'école ?

L'encadrement du téléphone à l'école suffira-t-il à protéger les adolescents des dérives du numérique ? La question mérite d'être posée. Les risques liés au monde numérique, comme le cyberharcèlement, la dépendance aux écrans ou encore l'exposition à des contenus inappropriés, se manifestent en grande partie en dehors des heures de classe, là où aucune réglementation scolaire ne peut intervenir.

La mesure, aussi nécessaire soit-elle, ne répondra qu'à une partie du problème. Ce n'est pas le téléphone lui-même qui est en cause, mais l'usage que l'on en fait. Il s'agit d'une distinction qui appelle une réponse bien plus large que la simple interdiction en classe.

Quoi qu'il en soit, tous les acteurs s'accordent sur un point essentiel : l'éducation au numérique est incontournable. Former, encadrer et responsabiliser les jeunes constitue la seule voie durable. Cette responsabilité ne repose pas uniquement sur l'école, mais implique également les parents, les institutions et la société dans son ensemble. Dans un monde de plus en plus connecté, l'enjeu dépasse la simple question du téléphone en classe. Il s'agit de préparer les jeunes à évoluer de manière responsable dans un environnement complexe, tout en préservant leur bien-être et leur capacité d'apprentissage.

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A propos de

Détentrice d'un diplôme approfondi de langue française, j'ai été journaliste à Maurice pendant 6 ans. Je compte une douzaine d'années d'expérience en tant que rédactrice web bilingue à Expat.com, dont cinq au poste d'assistante éditoriale. Avant de rejoindre l'équipe d'Expat.com, j'ai occupé le poste de journaliste/reporter au sein de plusieurs rédactions mauriciennes. Mon expérience de plus de 6 ans dans la presse mauricienne m'a permis de côtoyer plusieurs personnalités et de couvrir de nombreux événements sur différentes thématiques.

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