
C'est la nouvelle tendance de 2026. « Tendance » pour les pays qui ne la pratiquent pas encore. Car dans d'autres pays, la sieste est plus qu'un simple repos. C'est un art de vie qui ne comporte que des bénéfices.
L'art de la sieste : les pays qui s'y mettent
Pour performer, il faut (bien) dormir. Whoop, entreprise américaine de bracelets connectés, promet ainsi 100 dollars par mois aux meilleurs dormeurs. Ils se sont distingués en 2025 grâce aux fameuses montres connectées, qui collectent des données renvoyées à Whoop. Si l'entreprise dit se soucier du bien-être de ses salariés, elle compte aussi booster leur productivité. L'initiative soulève des réserves. Le sommeil, c'est privé.
Les mêmes réserves entourent la question de la sieste. Car si Whoop enquête sur le sommeil de ses travailleurs, d'autres entreprises américaines s'attellent à instaurer la sieste en entreprise. Il existe bien la « power nap », la micro-sieste éclair, mais la pratique n'a jamais vraiment été encouragée. Pourtant, d'après la NASA, 15 minutes de sieste renforcent la vigilance et améliorent la concentration. Mais ces dernières années, la sieste au travail devient l'un des arguments des startups et des entreprises de la Tech pour attirer les talents étrangers. La notion de bien-être et la question de la santé mentale prennent aussi une place plus importante. Aménager des espaces dédiés à la sieste, c'est envoyer un signal positif aux salariés.
En France, l'idée fait aussi son chemin… surtout dans les grandes entreprises et les startups. Là encore, on y voit un bon moyen d'attirer les talents tout en gagnant en productivité et en améliorant son image. Mais les entreprises converties à l'art de la sieste restent minoritaires. Beaucoup continuent de considérer la sieste au travail comme une honte ou une faute grave. Des entreprises françaises se sont pourtant lancées sur ce nouveau marché du sommeil au bureau, avec succès. Des bars à sieste ont même fait une percée en 2017, avant d'être pris dans les filets de la crise sanitaire. Des établissements existent toujours, principalement dans les grandes villes.
Les pays qui résistent… pour combien de temps ?
« On dort déjà bien assez la nuit ! » « À chaque lieu, son rôle. » Ce sont les messages que semblent crier la culture britannique, pour qui « sieste » et « travail » sont difficilement conciliables. Les Britanniques préfèrent s'accorder une bonne nuit de sommeil pour ne pas avoir à bâiller au bureau. Il faudrait davantage miser sur le sommeil nocturne, justement prévu pour dormir, au lieu de vouloir instaurer des siestes au travail. Le sommeil pour chez soi. Le travail pour le bureau.
En Allemagne aussi, la sieste ne fait plus partie de la culture. Mais depuis les fortes chaleurs de 2023, l'idée fait son chemin. Les médecins sont de plus en plus nombreux à recommander la sieste, surtout en période de canicule. On est moins performant quand il fait chaud. Autant se reposer. Au contraire, d'autres experts crient à la paresse. Ils voient mal comment caser une sieste en pleine journée, alors que l'économie tourne sans s'arrêter. Pourquoi mettre le pays à l'arrêt ? Pour les sceptiques, l'instauration d'une sieste serait inenvisageable dans beaucoup de secteurs indispensables, comme la santé, les médias, l'agroalimentaire. Il y aurait donc une inégalité entre les travailleurs pouvant faire la sieste au travail et les autres.
Les « pro » et « anti » sieste au travail s'accordent néanmoins sur une chose : il faudra tôt ou tard réorganiser la journée de travail pour favoriser le bien-être des travailleurs.
La sieste au travail : une affaire de culture et de tradition
Dans plusieurs pays d'Asie, comme le Japon, les Philippines et la Chine, la sieste au travail fait partie de la culture. Elle n'est pas synonyme de paresse, mais de productivité. Si certaines entreprises prévoient des « fauteuils dépliables » pour leurs salariés, pas besoin de salle ou de matériel dédiés. Toutes les entreprises n'ont pas les moyens d'aménager un lieu et de prévoir des matelas pour les travailleurs. Au Japon, on peut dormir à son bureau, mais aussi à l'école, dans les transports… Idem en Chine et aux Philippines. La Chine a même inscrit le droit à la sieste dans sa Constitution.
En Europe, on parle souvent de l'Espagne comme du « pays de la sieste ». Mais la tradition a perdu du terrain. En 2024, la ministre du Travail et de l'Économie Yolanda Díaz dénonce une culture de la sieste couplée à des horaires nocturnes. Dans son viseur, les horaires de travail en Espagne, qui nuiraient à la santé des travailleurs. Le sujet fait toujours débat aujourd'hui. Néanmoins, la pratique de la sieste perdure, surtout au sud du pays. Le réchauffement climatique et les canicules ont réintroduit la sieste, par nécessité. Difficile de performer l'après-midi sous les fortes chaleurs.
Même constat au Mexique, ou dans certaines régions d'Italie, où la sieste est tout à fait acceptée. Comme au Japon ou en Chine, il n'est pas rare de voir des salariés assoupis à leur bureau. Les entreprises qui le peuvent aménagent des espaces dédiés au repos. Les expats sont les premiers à constater les bénéfices de la sieste. Ils l'associent au bien-être et à l'art de vivre.
Petite histoire de la sieste
Comment est-on passé d'un monde où la sieste faisait partie intégrante du rythme de la journée à un monde où dormir, même 5 minutes, est synonyme de déchéance sociale ? On ne compte plus les témoignages enthousiasmés de ces personnalités qui ne dorment presque jamais. Emmanuel Macron ne dormirait que « 3 à 4 heures par nuit ». Son homologue Donald Trump ne dormirait que « 4 à 5 heures ». L'ancienne chancelière Angela Merkel aurait également affirmé dormir très peu à certains moments. D'autres personnalités du passé, comme Léonard de Vinci, étaient connues pour peu dormir. De là à conclure que « court sommeil » rime avec « grande carrière », il y a un pas que l'on se garde de franchir.
Faire la sieste en journée, bien dormir la nuit
En réalité, il existe effectivement des « courts dormeurs ». Mais il ne faudrait pas transformer des cas particuliers en généralités. Les petits dormeurs le sont parfois par contrainte. Certains expats voulant faire leurs preuves rognent sur leur sommeil et rechignent à faire la sieste, espérant gagner en productivité. Mais les gains possibles ne sont que temporaires. Attention : s'assoupir en journée n'est pas un prétexte pour écourter sa nuit. La sieste n'est pas une perte de temps. Elle n'a pas non plus vocation à rallonger le temps de travail. On préconise toujours 7 à 8 heures de sommeil par nuit, en général. Il faut bien sûr s'adapter à sa propre horloge biologique. Tout comme il existe des courts dormeurs, il existe des « longs dormeurs ».
Se réconcilier avec les bienfaits de la sieste au travail
On estime que les habitudes d'une partie du monde auraient changé avec la révolution industrielle. La migration des champs vers les usines, l'urbanisation à toute vitesse amènent des changements de comportement. Faire la sieste en plein travail n'est plus possible, car il faut faire tourner les machines. Dans certains pays, s'est progressivement construite l'image du travailleur performant, qui ne dort pas. Le sommeil devient synonyme de paresse. On apprend aujourd'hui à renouer avec l'histoire et à s'ouvrir aux autres cultures, chez lesquelles la sieste a toujours été vue pour ce qu'elle est : un bon moyen de recharger les batteries.
Sources :
- Equinox - Bien-être à l'espagnole : le mode d'emploi adopté par les expats français
- Les Echos - Dans cette entreprise, les salariés qui dorment bien reçoivent une prime
- Sinar Daily - Work hard, nap harder: How different countries embrace rest breaks at work
- Pillow - Napping at Work: How Different Cultures View Sleep Breaks During the Workday
- Somnology - Sleeping Around the World: Global Secrets to Work-Life Balance



















