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CHARGES DES BARRIOS ET DES TOURS : LE CHÈQUE EN BLANC

Salut à tous,


Il y a huit mois, je vous parlais de la bulle immobilière d'Asunción, avec toutes ces tours qui restent à moitié éteintes le soir. Aujourd'hui je voudrais revenir sur ce dont on parle rarement avant d'acheter : les charges. Que vous visiez un appartement dans une tour ou une maison dans un barrio cerrado, c'est la même histoire.


Au départ, je voulais vous parler d'une envolée des "expensas" sur les 15 dernières années. J'avais même un beau pourcentage sous le coude, sorti par une IA. Mais en creusant, je me suis aperçu que ce chiffre reposait sur des estimations et pas sur des relevés. Alors autant le dire les choses comme elles sont : au Paraguay, personne ne compte les "expensas". Ni l'État, ni les mairies, ni la presse. Les seuls montants qu'on trouve sont dans les annonces : en gros 250.000 à 350.000 Gs par mois dans un barrio standard du Central, et 80 à 250 dollars dans les tours d'Asunción selon le standing. Je remarque que dans un barrio standard, les prix sont en Gs et que dans les tours les prix sont indiqués en dollars. De là à en déduire que le Paraguayen moyen a accès aux barrios cerrados standards et que les apparts des tours sont réservés aux étrangers (donc prix en dollars), il n'y a qu'un pas... alors, est-ce que ces coûts de charges sont réels ou pas, personne ne peut le dire, faute de points de comparaison. Et c'est bien là qu'est le problème.


LA LOI : DES RÈGLES DE 1960 POUR DES TOURS DE 40 ÉTAGES

Pour les tours comme pour les barrios, tout repose sur le régime de la "propriété horizontale", créé par la loi 677 de 1960 et repris dans le Code civil de 1985, aux articles 2.128 à 2.162. Il a été pensé pour les petits immeubles de l'époque. Concrètement, il impose trois choses : un règlement de copropriété passé chez le notaire, qui fixe les règles du jeu et la clé de répartition des charges, une assemblée des propriétaires qui approuve le budget de l'année, et un administrateur qui exécute et encaisse.


Les barrios cerrados, eux, n'ont même pas de loi à eux : on leur applique ces mêmes articles faute de mieux.


Le minimum est donc là. Mais aucun montant minimum n'est imposé pour le fonds de réserve, aucun audit extérieur n'est exigé, aucune qualification n'est demandée pour être administrateur, et rien n'empêche le promoteur de garder la main des années après la vente. Et personne ne vérifie que ce qui existe est appliqué. Si ça se passe mal, il reste la SEDECO, qui n'intervient qu'après coup, ou le tribunal.


CÔTÉ BARRIOS

Il existe pourtant un exemple où ça fonctionne. Le Paraná Country Club, à Hernandarias, est géré par ses propriétaires. Il publie ses comptes tous les ans, les fait auditer et vote le montant des charges en assemblée. En 2011, les propriétaires payaient en moyenne 469 Gs par m² de terrain par mois. En 2023, 609 Gs. Ça fait +30 % en douze ans, alors que les prix ont grimpé de plus de 60 % sur la même période. Avec un golf, un club-house et la sécurité, leurs charges ont donc baissé en valeur réelle.


Ailleurs, c'est une autre chanson. Dans pas mal de barrios moins importants, c'est encore le promoteur, ou une société à lui, qui tient la caisse et les coûts dépendent de son train de vie.


CÔTÉ TOURS : L'AFFAIRE DE L'EDIFICIO LOOK

Vous en avez peut-être entendu parler. En octobre 2025, dans le barrio Jara, une conduite a cédé et le sous-sol de l'edificio Look s'est retrouvé complètement sous l'eau, avec quatre voitures inutilisables. Un habitant est resté coincé avec son chien dans l'ascenseur descendu au sous-sol, et ce sont les voisins qui l'ont sorti de là.


Le plus beau, c'est la suite. L'Essap a d'abord annoncé qu'elle prendrait tout en charge. Deux jours plus tard, elle mettait en cause l'administration de l'immeuble : raccordement clandestin pour évacuer l'eau du sous-sol, fuites jamais réparées, trois avertissements restés sans suite depuis plusieurs mois. Chacun se renvoie la balle, et le propriétaire attend. Dans la foulée, le conseiller municipal d'Asunción Pablo Callizo, ingénieur de formation, a déclaré à Última Hora que des immeubles en mauvais état obtiennent leurs autorisations grâce à des pots-de-vin.


On m'a aussi parlé d'une tour dont le sous-sol avait été inondé, puis nettoyé, mais qui est resté sans électricité pendant un mois et demi à deux mois, le temps que quelqu'un se décide à payer l'électricien. C'est charmant !


POURQUOI ÇA TRAÎNE AUTANT

Pour ceux qui l'ont lue, rappelez-vous ma chronique sur la bulle immobilière. Au recensement de 2022, Asunción comptait plus de 16.000 logements vides. Última Hora parlait en 2023 d'environ 30 % d'occupation dans certaines tours haut de gamme, et le président de la chambre des promoteurs évoquait la même année 75 % d'acheteurs étrangers.


Le propriétaire qui vit à Buenos Aires ou à São Paulo ne vient pas aux assemblées. Le promoteur, qui garde souvent des appartements invendus, garde aussi la main sur les décisions. Une partie des charges ne rentre pas. Le jour où il faut payer une pompe, un transformateur ou un ascenseur, la caisse est vide et personne ne veut avancer l'argent. Ce sont les quelques habitants sur place qui attendent, et qui paient pour les absents. Je n'ai ni preuve ni statistique là-dessus, ce n'est que mon observation personnelle, mais elle colle à ce qu'on voit dans la réalité du quotidien.


COMPARATIF AVEC LES URBANIZACIONES D'ESPAGNE

J'ai passé pas mal de temps dans une urbanización à Alicante, où ma fille avait une maison qu'elle vient de vendre en août. Côté règles, rien à redire : la loi espagnole de propriété horizontale est claire et remise à jour régulièrement. Assemblée au moins une fois par an pour voter le budget et approuver les comptes, fonds de réserve obligatoire d'au moins 10 % du budget, président et administrateur nommés pour un an en principe, possibilité de contester une décision devant un juge, et une procédure rapide contre les mauvais payeurs pour éviter que les autres paient à leur place.


L'ambiance, elle, était souvent détestable au point que j'ai décidé un jour de ne plus assister aux assemblées.  Elles se faisaient autour de la piscine, ça durait des heures, ça tournait en rond et les gens s'invectivaient en fonction de leur clan. Car il y a toujours deux clans,  les gens aisés contre ceux qui ont moins de moyens. Et comme d'habitude, les plus aisés se permettent des petits passe-droits avec un culot phénoménal. La loi encadre les chiffres, elle ne change pas les gens.


Il reste quand même une différence de taille avec le Paraguay et c'est pour ça que j'en parle ici: là-bas, une hausse se vote, se justifie et se conteste, papiers à l'appui. Ici, on vous l'annonce et vous n'avez rien à dire, vous subissez.


ET LA SÉCURITÉ, DANS TOUT ÇA ?

Avant, on s'enfermait dans un barrio ou une tour avec gardien pour dormir tranquille. Aujourd'hui, c'est surtout pour le confort et pour être entre soi. Or le Paraguay s'est plutôt calmé : selon le classement InSight Crime pour 2025 sur les pays voisins, l'Uruguay est à 10,3 homicides pour 100.000 habitants, contre 6,1 au Paraguay, 3,7 en Argentine et 5,4 au Chili. Les vols et les motochorros existent, on est d'accord. Mais on n'est pas obligé de vivre derrière des murs à n'importe quel prix.


MISES EN GARDE ET CONSIGNES DE PRUDENCE

On sait que le règlement de copropriété fixe "qui paie quoi" et comment se décident les hausses, mais ne comptez pas dessus comme sur une assurance. Ce genre de texte est déjà fastidieux à lire dans sa propre langue, et dans une langue étrangère, la plupart des gens le survolent sans vraiment le comprendre.


Le promoteur ne peut pas enfreindre la loi, mais il garde une marge de manœuvre pour rédiger le règlement à son avantage commercial ou pratique, ce qui pose souvent des problèmes aux futurs habitants. Et le piège, avec certains promoteurs, se cache toujours dans les détails.


   •    La répartition des charges : La loi impose une répartition, mais le promoteur ajuste les pourcentages de participation aux gastos comunes comme ça l'arrange, surtout s'il garde la propriété des locaux commerciaux ou des places de parking du rez-de-chaussée.


    •    Les majorités de blocage : Pour protéger sa gestion pendant qu'il vend ses derniers appartements, il insère souvent des clauses exigeant des majorités très élevées pour modifier le règlement. Les acheteurs se retrouvent menottés à des règles pensées par le promoteur et non par les résidents.


    •    Le fonds de réserve : Beaucoup de règlements en prévoient un, et c'est heureux. Mais c'est le promoteur qui en fixe le pourcentage de départ, et rien ne garantit qu'il sera à la hauteur le jour où il faudra changer un ascenseur ou refaire une toiture.


N'oubliez pas non plus l'usage local : quand on pose une question ici, on vous répond rarement ce qui est réellement, mais plutôt ce qu'on pense que vous avez envie d'entendre. Et un client qui pose des questions devient vite un client pénible, alors qu'il ne fait que réclamer des informations de base qu'on aurait dû lui donner sans qu'il les demande.


Pour terminer, ce qui reste, c'est ce que vous constaterez par vous-même. Comptez les fenêtres allumées le soir. Regardez l'état des parties communes, des ascenseurs, du sous-sol après une grosse pluie. Parlez aux gens qui habitent là depuis des années, pas à ceux qui les vendent. Et gardez en tête qu'une fois la signature apposée, vous paierez ce qu'on décidera, sans savoir qui a décidé quoi ni pourquoi.


Le Paraguay reste un pays où il fait bon vivre, et ce n'est pas moi qui dirai le contraire après dix-huit ans ici. Mais tant que la loi ne donnera pas aux propriétaires les moyens de contrôler ceux qui gèrent leur argent, acheter dans une tour ou dans un barrio cerrado revient à signer un chèque en blanc tous les mois.


Ceux qui trouvent cette contribution utile peuvent mettre un like, mettre un commentaire ou poser des questions, ça fait vivre le forum...


JC


Mes sources

Paraná Country Club, rapports de gestion : 2012 et 2023

ABC Color – Inondation à l'edificio Look (26/10/2025)

La Nación – La version de l'Essap (28/10/2025)

Última Hora – Edificios inseguros, contrôles et pots-de-vin (03/11/2025)

El Surtidor – Les 16.000 logements vides d'Asunción (2024)

Última Hora – Edificios fantasmas et taux d'occupation (2023)

Arquitectos del Paraguay – Burbuja o inversión, acheteurs étrangers (2023)

La Administradora – La propriété horizontale au Paraguay

InfoNegocios – Le cadre légal des barrios cerrados

ViaParaguay – Montant des expensas dans les tours (2026)

BOE – Loi espagnole de propriété horizontale (texte à jour)

InSight Crime – Homicides 2025

Banque mondiale – Inflation au Paraguay

Ma chronique sur la bulle immobilière

2 membres ont réagi à ce message
Voir aussi

@jc.paracom Comme toujours, un article plein d’enseignements et qui sera très utile à tous ceux qui souhaitent devenir propriétaires au Paraguay.


Pour avoir vécu dans plusieurs de ces « tours fantômes », j’ajouterais quelques conseils tirés de mon expérience personnelle.


Tout d’abord, si vous achetez sur plan (« en pozo »), vérifiez attentivement l’historique du promoteur ainsi que celui de l’entreprise chargée de la construction. Aujourd’hui, énormément d’informations sont accessibles en ligne.


Vous pouvez également demander au promoteur de visiter plusieurs de ses projets déjà terminés. En une ou deux journées, vous en aurez fait le tour et cela vous permettra surtout de voir de vos propres yeux comment les bâtiments vieillissent.


Profitez-en pour discuter avec les habitants, vérifier si le ramassage des poubelles est réellement effectué dans le quartier avec les températures que nous connaissons au Paraguay, cela peut rapidement devenir un gros problème et échanger avec le gardien (« portero »). Ils sont souvent très bavards… et encore davantage avec 100 000 Gs de pourboire 😁.


Demandez également s’il existe une personne présente quotidiennement pour assurer l’entretien de l’immeuble.


Sur les sept tours dans lesquelles j’ai habité à Asunción, une seule avait véritablement quelqu’un sur place pour s’occuper en permanence de l’entretien : l’Edificio Marquis, dans le quartier de Villa Morra.


Et je pense comprendre pourquoi dans cet immeuble, une très grande partie des appartements est exploitée en Airbnb. Il y a donc des revenus réguliers pour les propriétaires, mais surtout une nécessité de maintenir un certain niveau de qualité. Avec la concurrence actuelle, quelques mauvais avis et le client part tout simplement dans l’immeuble voisin.


Cet immeuble est donc particulièrement bien entretenu. Pourtant, malgré cela, il n’a que cinq ans et donne parfois l’impression d’en avoir vingt.


C’est là, selon moi, l’un des problèmes importants de certaines constructions récentes la qualité d’exécution et le manque de personnel réellement qualifié.


Quand, depuis ma fenêtre, je vois sur un chantier voisin une dalle fraîchement coulée et, très rapidement après, des quantités importantes de matériaux entreposées dessus pour poursuivre la construction, je m’interroge forcément sur la manière dont l’immeuble vieillira.


Le béton a besoin d’une cure correcte et d’un temps suffisant pour développer sa résistance. Et les températures extrêmement élevées ne simplifient pas les choses une chaleur excessive peut au contraire nécessiter des précautions supplémentaires lors du coulage et de la cure.


Bref, heureusement que les maçons paraguayens n’étaient pas chargés de construire les pyramides, le Colisée de Rome ou Notre-Dame… sinon je ne suis pas certain que nous aurions encore la chance de les visiter aujourd’hui 😁.


Deuxième conseil avant de signer quoi que ce soit : comme l’a très justement précisé notre ami @jc.paracom, qui ne nous veut que du bien, lisez absolument tous les documents.


Évidemment, si vous ne maîtrisez pas parfaitement la langue de Cervantes et encore moins le vocabulaire juridique espagnol, cela peut vite devenir compliqué.


Heureusement, aujourd’hui, nous avons un nouvel outil ,l’intelligence artificielle.


Prenez en photo les documents que l’on vous demande de signer, importez-les dans ChatGPT et demandez-lui de lire et d’analyser l’intégralité du contrat. Expliquez-lui que vous envisagez un achat immobilier et demandez-lui d’identifier les clauses importantes, les obligations, les frais, les pénalités, les restrictions et les éventuels points inhabituels ou défavorables.


En quelques minutes, vous aurez déjà une lecture beaucoup plus claire des documents et surtout une liste précise des points sur lesquels demander des explications au promoteur, au vendeur ou à votre avocat.


L’IA ne remplacera évidemment pas un professionnel du droit pour une transaction importante, mais pour comprendre ce que l’on vous met sous les yeux avant de signer, c’est devenu un outil particulièrement puissant.


Encore merci Jean-Claude pour cet article qui, je l’espère, évitera quelques mauvaises surprises aux futurs propriétaires au Paraguay.

@jc.paracom Comme toujours, un article plein d’enseignements et qui sera très utile à tous ceux qui souhaitent devenir propriétaires au Paraguay.Encore merci Jean-Claude pour cet article qui, je l’espère, évitera quelques mauvaises surprises aux futurs propriétaires au Paraguay. - @psbbcn


Bonjour,

Merci pour ce témoignage de soutien et de sympathie, car, comme tu l'as peut-être vu dans une autre discussion, je ne me fais pas que des amis


Il ne faut pas trop s'inquiéter pour ton chantier en face où ils commencent à charger la dalle très peu de temps après, car nous savons que le béton atteint environ 60 % à 70 % de sa résistance après seulement 7 à 10 jours suivant les conditions de température. Cela dit, si les étais restent en place et qu'ils ne chargent pas trop, il n'y a pas de risque majeur, d'autant qu'ils utilisent des adjuvants retardateurs quand il fait chaud.

De toute façon, les entreprises qui font ces bâtiments très hauts ne sont pas les maçons du coin et disposent de toutes les qualifications pour le faire. Tu peux être quasiment assuré que la qualité et la quantité de béton sont bien là pour la résistance.


Pour l'insonorisation, elle doit briller par son absence, car, d'après ce que j'ai entendu, les murs sont le 14 cm et c'est l'épaisseur minimum pour la résistance. Pour l'insonorisation, il faut 18 cm pour ne pas entendre son voisin pisser.😅

@jc.paracom

Tout est dit dans cet article, Merci Jean Claude 👍

1 membre a réagi à ce message

Bonjour a tous,


Je vous fait part egalement de mon experiemce.

L'association a laquelle je participe, loue un appart dans un de ces immeubles del eje corporativo. Comme locataire, nous ne payons pas les expensas. Nous avons loue depuis la fin de la construction de l'immeuble, soit depuis 4 ans.

Il s'agit d'un petit immeuble de 5 etages avec 3 apparts par niveau. Donc pas une de ces tours geante.

Personne ne vit dans cet immeuble. Nous avec un appart a usage de bureau, et tous les autres apparts places en rbnb ou autres.

Parenthese, si au debut, la location rbnb fonctionnait plutot bien, aujourd'hui il y a de moins en moins d'amateurs pour louer. La concurence etant tellement vive et nombreuse, que les taux de remplissage fondent a vue d'oeil. Pour les nouveaux venus, mefiez vous d'un investissement qui n'apportera sans doute pas ce que le promoteur vous vendra. C'est un theme en soi.

Revenons a nos moutons. L'immeuble plutot petit, de 4 ans d'existenece,  commence a se lezarder. Nous aons dans notre bureau des fissures dont on commence a pouvoir y enfoncer un doigt. Nous pensons deja a demenager notre bureau, et une fois parti, je ne pense pas que le proprietaire (argentin) puisse retrouver des locataires de sitot.


Mon conseil: N'ACHETEZ PAS

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