Immigration en Espagne : quelles perspectives pour 2023 ?

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Publié le 2023-01-17 à 14:00
Alors que l'Espagne se prépare à lancer son nouveau Digital Nomad Visa, que devez-vous savoir pour vous y installer en 2023 ? Le pays dispose aujourd'hui d'un Startup Act, une nouvelle loi sur les start-up pour encourager l'entrepreneuriat, même chez les expatriés, à un moment où il se targue d'avoir le taux d'inflation le plus faible de l'Union européenne et de multiples nouvelles politiques de protection sociale. Les retraités ont historiquement été un grand groupe démographique d'expatriés en Espagne, mais il y a maintenant de plus en plus de jeunes expatriés dans la vingtaine et la trentaine.

La nouvelle loi sur les start-up encourage les expatriés à entreprendre ou investir dans le pays

En décembre 2022, le Parlement espagnol a donné son approbation au nouveau Startup Act et au Visa de nomade numérique qui en découle. Selon le « Legal 500 », la secrétaire d'État espagnole à la Numérisation et à l'Intelligence artificielle, Carme Artigas, a indiqué que la loi devrait être promulguée d'ici fin janvier 2023.

Que dit exactement cette loi ? L'Espagne a pour ambition de se transformer en un pôle technologique. Ce pays du sud de l'Europe est connu pour ses secteurs agricole et touristique, mais il tente également de diversifier son économie. Fin 2021, au plus fort de la pandémie, le responsable de l'Organisation internationale du travail en Espagne, Joaquín Nieto, a accordé un entretien au magazine « Hosteltur » dans lequel il déclarait que la fragilité de l'industrie touristique au plus fort de la Covid-19 mettait en évidence la nécessité d'une diversification économique dans le pays.

Barcelone est devenue un pôle dynamique pour l'entrepreneuriat ces dernières années. Elle s'est hissée au 3e rang en Europe dans le Startup Heatmap Report de 2022. « EU-Startups » décrit la ville catalane comme un haut lieu pour les start-up en phase de démarrage et des « licornes », c'est-à-dire des jeunes entreprises privées valant plus d'un milliard de dollars. Le Startup Act du gouvernement espagnol entend clairement accélérer cette tendance.

Le Startup Act offre des avantages fiscaux importants aux nouvelles entreprises. Comme le résume le cabinet juridique « Balcell », les jeunes entreprises bénéficieront d'une déduction de l'impôt sur les sociétés de 15 à 25 % sur 4 ans et seront autorisées à reporter leur dette fiscale pendant 2 ans. L'Escola Superior d'Administració i Direcció d'Empreses (ESADE), l'école de commerce basée à Barcelone, indique que les investisseurs dans les start-up en démarrage bénéficieront également de déductions fiscales de 30 à 50 % pour le risque qu'ils prennent.

Les formalités bureaucratiques, pour lesquelles l'Espagne est réputée, seront réduites pour les entrepreneurs. Ainsi, comme le fait ressortir le cabinet d'immigration « Newland Chase », les autorisations de séjour pour les start-up seront approuvées dans les 10 jours suivant la demande, à condition que le projet ait été approuvé par l'Agence nationale pour les start-up, Empresa Nacional de Innovación, S.A (ENISA).

En Espagne, tout expatrié peut lancer une entreprise tant qu'il y réside légalement, même s'il n'est pas un résident permanent. Si vous êtes toujours hors d'Espagne, vous pouvez faire une demande de Visa d'entrepreneur. Il vous suffit de présenter un plan d'affaires réaliste et conforme au bien-être du pays. Comme le souligne le cabinet d'avocats « Balcells », vous pouvez montrer comment votre entreprise va être créatrice d'emplois pour les Espagnols ou utilisera des technologies de pointe.

Le Haut-commissariat à l'entrepreneuriat du gouvernement indique également que les visas de résidence des entrepreneurs et investisseurs expatriés seront désormais valables pour une durée de trois ans au lieu d'un an. Ils n'auront plus à subir les tracasseries bureaucratiques liées à son renouvellement après seulement un an au pays. L'obtention d'un Numéro d'identité d'étranger (NIE) sera également facilitée sur le plan procédural pour ceux qui postulent dans le cadre du Startup Act.

Le Visa de nomade numérique continuera d'attirer les jeunes travailleurs à distance et les indépendants en Espagne

Bien entendu, l'un des aspects les plus intéressants du Startup Act est le nouveau Visa de nomade numérique. Alors que plusieurs pays du sud de l'Europe, de la Grèce au Portugal en passant par Malte, lancent ces visas extrêmement populaires, l'Espagne ne compte pas rester à la traîne. De toute évidence, le Visa nomade numérique espagnol s'adresse principalement aux expatriés des pays hors de l'Union européenne et de l'Espace économique européen qui ne jouissent pas du privilège de se déplacer librement en Espagne.

Ce Visa nomade numérique donnera aux expatriés le droit de vivre et de travailler en Espagne pendant 5 ans. Il sera initialement accordé pour 1 an, après quoi il pourra être renouvelé 4 fois. Bien qu'il ne puisse pas être renouvelé pour une sixième année, ces expatriés pourront alors demander la résidence permanente s'ils le souhaitent. Leurs conjoints et enfants à charge peuvent également les accompagner avec le même visa.

Pour être éligibles à ce visa, les demandeurs doivent toucher deux fois le salaire minimum espagnol, c'est-à-dire au moins 2 100 euros (environ 2 300 dollars américains) par mois. Ils doivent gagner au moins 80 % de ce revenu à l'étranger, soit en tant qu'employés à distance d'entreprises non espagnoles, soit en tant qu'indépendants ayant des clients à l'étranger. Ils ne peuvent tirer que 20 % de leurs revenus de sources espagnoles, ce qui leur permettra de ne pas concurrencer les travailleurs espagnols, y compris les travailleurs indépendants espagnols. Ils doivent également avoir travaillé à distance pendant au moins un an pour prouver qu'ils sont habitués à ce mode de travail.

Un résultat intéressant de l'essor du nomadisme numérique depuis la Covid-19 est que les populations d'expatriés sont de plus en plus jeunes. Le rapport « Burned Out Overseas - The State of Expat Life 2022 » de la compagnie d'assurance américaine Cigna démontre que 71 % des expatriés ont désormais moins de 35 ans. En revanche, les expatriés âgés de plus de 50 et 60 ans sont en train de rentrer dans leurs pays d'origine. Ce phénomène ne se limite pas à l'Espagne, c'est une tendance mondiale depuis au moins 2015. Comme le rapporte le cabinet-conseil britannique Forth Capital, la banque NatWest a découvert, par le biais d'une enquête, qu'un tiers des retraités britanniques à l'étranger prévoient de rentrer au Royaume-Uni. Cela doit sûrement inclure de nombreux expatriés britanniques retraités en Espagne.

Pendant ce temps, de nouveaux développements comme le Visa nomade numérique sont susceptibles d'entraîner une hausse du nombre d'expatriés en âge de travailler en Espagne. Dès 2013, le groupe immobilier VIVA, spécialisé dans la vente de biens immobiliers aux expatriés sur la Costa del Sol ensoleillée du sud de l'Espagne, signalait que les acheteurs étrangers de maisons étaient de plus en plus jeunes. Ce nouveau Visa de nomade numérique a toutes les chances d'attirer les Milléniaux et les travailleurs de la génération Z, des natifs du numérique, férus de technologie, qui exercent souvent des emplois compatibles avec le travail à distance comme la programmation et la conception graphique. Bien souvent, ces derniers sont soit sans enfant, soit ont de jeunes enfants qui peuvent les accompagner en tant que personnes à charge sur le visa.

L'Espagne dispose de nombreux garde-fous contre la crise mondiale du coût de la vie

Un autre facteur intéressant pour ceux qui désirent s'installer en Espagne en 2023 est l'existence de solides garde-fous pour aider les résidents, y compris les expatriés, à faire face à la crise du coût de la vie qui sévit dans le monde entier depuis la Covid-19 et l'invasion de l'Ukraine par la Russie. En effet, l'Espagne s'enorgueillit actuellement d'avoir le taux d'inflation le plus bas de toute l'Union européenne (5,8 % en décembre 2022). De plus, le pays dispose de nombreuses politiques de protection sociale temporaire pour améliorer la vie quotidienne de ses habitants.

Le gouvernement espagnol a décidé de maintenir le plafond de 2 % sur l'augmentation des loyers tout au long de 2023. Cela peut offrir un grand sentiment de sécurité financière aux expatriés venant de pays où les loyers augmentent de manière erratique et sans aucun contrôle. Le prix de l'électricité est également plafonné jusqu'en mai. Comme le rapporte « The Local, » la ministre espagnole de l'Écologie, Teresa Ribera, a d'ailleurs déclaré qu'il pourrait éventuellement être prolongé jusqu'en 2024. Les aliments de base tels que le pain, le lait, le fromage, les fruits et les légumes sont exonérés de taxes à l'heure actuelle et le resteront vraisemblablement toute l'année.

Les bus longue distance au sein d'un réseau de concession seront totalement gratuits en 2023. Ce réseau de concession comprend, entre autres, les trajets entre Madrid et Jaén (ville de la province la plus méridionale d'Andalousie) et entre Teruel (en Aragon) et Barcelone. Les billets multivoyages dans les trains exploités par l'entreprise publique Renfe seront également gratuits pour les trajets de moyenne distance de moins de 300 km. Renfe a indiqué sur son site web que cette mesure permettra également de réduire les émissions de carbone de l'Espagne et aidera le pays à atteindre ses objectifs climatiques en encourageant davantage de personnes à utiliser les transports en commun.

On observe, d'autre part, une tendance croissante auprès des expatriés de s'installer dans des villes espagnoles de taille moyenne, des petites villes ou même des villages, plutôt que dans des métropoles bien connues comme Barcelone et Madrid. Cela permet également à de nombreux expatriés de bénéficier d'un coût de la vie moins élevé. La ville de Valence, sur la côte chaude du sud-est, avec une population d'environ 800 000 habitants, est actuellement la préférée des expatriés qui s'installent en Espagne. Comme l'indique la société de location « Housing Anywhere », la location d'un appartement confortable n'y coûte qu'environ 786 euros, et toutes les autres dépenses s'élèvent à environ 600 euros par mois.

Le site d'actualités immobilières « Idealista News » avait signalé à la mi-2022 qu'un nombre croissant d'expatriés faisaient l'acquisition de maisons dans les villes et villages du sud de l'Espagne comptant moins de 5 000 habitants. Par exemple, le village de La Viñuela et la ville d'Ojén en Andalousie sont particulièrement populaires auprès des acheteurs immobiliers expatriés en ce moment. La combinaison des allocations sociales qui s'appliquent à tous les résidents, le coût de la vie abordable dans les petites villes/villages, les programmes innovants comme le Startup Act, et les efforts contre la fameuse bureaucratie espagnole sont autant de facteurs qui font de l'expatriation en Espagne en 2023 un projet de vie passionnant.