Marc à Manille : « Ce qui me fascine le plus dans ce pays, c'est l'extraordinaire solidarité familiale »

Interview
Publié le 2016-10-27 00:00

Originaire de Nice, en France, Marc a vécu de longues années à Tahiti. Depuis plusieurs années, il vogue entre sa terre d'adoption et les Philippines, pays pour lequel il a eu un coup de cœur il y a tres longtemps. Au travers de cette interview, il partage sa vision de la vie à Manille.

Bonjour Marc, peux-tu te présenter brièvement et nous parler de ton parcours ?

Je m’appelle Marc de mon vrai prénom. Makai, c’est le nom de ma terre à Tahiti. Bien que natif de Nice, en France, j’ai passé toute ma vie d’adulte à Tahiti. J’étais responsable d’un service de l’aide sociale et de la protection de l’enfance. Je suis heureux père de 3 enfants aujourd’hui adultes…

Parallèlement, j’ai monté, avec ma famille à Tahiti, une petite structure d’hébergement touristique qui tourne très bien et que je peux gérer à distance depuis Manille et grâce aux membres de ma famille restés sur place…

J’ai toujours voyagé une ou deux fois par an (Amérique du Sud et du Nord, Bali, Nouvelle-Zélande, Fidji, Hawaï), mais les Philippines m’ont de tout temps attirés, du coup, dès que j’ai pu, je suis venu y passer quelques semaines et j’ai adoré ce pays, cette ambiance… Je suis aussi passionné de faune sous marine : entre la Polynésie et les Philippines, je trouve mon bonheur !

A 55 ans, j’ai décidé de cesser mes fonctions dans l’administration polynésienne pour venir de plus en plus souvent et de plus en plus longtemps aux Philippines.

Aujourd’hui, je passe en alternance environ 3 mois aux Philippines, puis trois mois à Tahiti, avec une petite escapade de temps à autres sur la France. Je ne suis donc pas à 100% un « expat aux Philippines », puisque je ne passe en gros que 6 mois par an aux Philippines…Disons que je suis expat à mi-temps, en amateur. En revanche, par rapport à mon pays de naissance, la France, je suis expat à 100%.

Comment t’es-tu retrouvé aux Philippines ? Qu’est ce qui t’a attiré vers Manille ?

Manille est la porte d’entrée des Philippines, comme Tahiti est la porte d’entrée de la Polynésie. De même que les touristes ne restent pas à Tahiti et s’échappent tout de suite vers Bora Bora ou d’autres îles de l’archipel, au prétexte qu’il n’y aurait pas de plage à Tahiti, les touristes qui viennent aux Philippines affectent aussi de bouder Manille pour s’enfuir vers d’autres lieux supposés plus conformes aux cartes postales « plages éblouissantes, cocotiers, eaux turquoises ».

Hors, de même que Tahiti est sans doute l’île la plus riche, la plus intéressante et la plus contrastée de Polynésie, Manille est sans doute le lieu « le plus Philippin des Philippines » et sa mauvaise réputation et imméritée…

Marc à Manille

Comment s’est passée ton installation ?

Au début, j’ai fait comme tout le monde et j’ai juste transité par Manille pour me rendre à Mindanao, Cebu, Camiguin… Mais d’une part, j’ai eu une liaison à Manille dont est né mon dernier fils et d’autre part, je quittais toujours les Philippines avec la frustration de n’avoir fait qu’apercevoir Manille qui me semblait receler toutes sortes de richesses… Du coup, un beau jour, j’ai décidé d’y passer un long séjour, pour m’occuper de mon fils et pour découvrir cette ville captivant et attachante.

Voici quatre ans, j’ai acheté un appartement, puis un deuxième, puis un troisième à Manille pour avoir un logement à moi et ne plus être tributaire de paiement de loyers à fonds perdus, pour avoir sur place un revenu stable en pesos, à l’abri des fluctuations du franc Pacifique et de l’euro et pour laisser à mon fils Philippin un héritage correct.

Maintenant, je passe mon temps Philippin à Manille, avec quand même des escapades en province toutes les 4 à 5 semaines, essentiellement pour pratiquer la plongée libre avec mon fils qui a aujourd’hui 11 ans.

Quels étaient les procédures à suivre pour que tu puisses t'y expatrier ?

Venant de Tahiti, je n’ai jamais suivi la moindre procédure. Je vis ici avec des visas touristiques que je prolonge si nécessaire. Je garde mon statut de résident de Polynésie française, essentiellement pour échapper à l’impôt sur le revenu français.

Bien sûr, j’ai dû ouvrir un compte en banque aux Philippines, essentiellement pour percevoir mes loyers. Un ami bien placé m’a accompagné et en moins d’une heure, mon compte était ouvert à la Philippines National Bank. Vu mon « grand âge » et vu que j’ai un enfant ici, je pense toujours m’affilier « un de ces quatre » à Philhealth pour les questions de sécurité médicale. Mais bon, je profite de mes séjours à Tahiti pour faire mes « check-ups » qui sont couverts par mon assurance de là-bas (je n’ai pas de sécurité sociale) et ici, je paie plein pot pour mon fils qui a parfois des problèmes ORL.

As-tu éprouvé des difficultés à franchir ces étapes ?

N’ayant pas eu à « monter un business » ni à chercher du travail ici, ayant eu la chance de pouvoir investir une somme conséquente sous forme de « condos », je n’ai absolument jamais eu la moindre difficulté. Ici, on achète un studio cash le 1er du mois, le 7 du mois on reçoit le titre de propriété et le 15 du mois il peut déjà être mis en location et rapporter de l’argent, même à un « foreigner » qui n’a qu’un visa de touriste. Je connais peu de pays de la région qui soit aussi accommodant. Les rapports locatifs sont d’environ 10% et en dix ans de location, le bien est remboursé et peut être revendu bien au dessus de son prix d’achat, sans impôt sur la plus value. Il ne faut pas oublier qu’ici, c’est du capitalisme dans tout ce qu’il a de plus sauvage ! Il ne faut pas avoir trop d’états d’âme à ce sujet !

As-tu eu des difficultés d'adaptation à ton nouvel environnement ?

Venant de Polynésie où le climat, les fruits, les arbres, les animaux dans la mer sont les mêmes qu’aux Philippines, je n’ai vraiment eu aucun problème d’adaptation. La mentalité des Philippins, leurs mimiques, leur culture, leur façon de se nourrir, jusqu’à leur langue, tout cela a une parenté évidente avec la Polynésie. La seule chose vraiment différente ici, c’est qu’il y a beaucoup de monde partout alors que la Polynésie, c’est 200 000 individus répartis sur une surface océanique aussi vaste que l’Europe. Du monde partout et tout le temps, c’est ce qui frappe aux Philippines quand on arrive de mon île si isolée, si peu peuplée où il ne se passe jamais rien et où l’on ne voit jamais de vraie foule.

Marc à Manille

Qu’est-ce qui t’as le plus surpris à ton arrivée à Manille ?

Manille m’a étonné et je l’aime car c’est une ville complètement investie par ses habitants. Ce n’est pas une de ces villes qui se remplit le matin à l’heure des bureaux et se vide le soir, ou le contraire, une cité dortoir déserte dans la journée. Manille est toujours pleine de vie, nuit et jour. A Manille, on nait, on meurt, on mange dans la rue, on pisse derrière un poteau, on descend sa chaise dans la rue pour discuter avec les voisins, pour jouer aux échecs, on y élève ses coqs de combat, on y expose ses morts, on y fait la fête... Les enfants espiègles, rieurs et omniprésents courent, jouent au basket sur un bout de trottoir, des filles sublimes et pomponnées sortent de ce qui ressemble à un taudis, tout le monde rigole à la première occasion, il y a des chats et des chiens partout, comme à la campagne… Tout cela donne à Manille une pêche extraordinaire qui est contagieuse. Manille est une cure d’optimisme et de positivité.

Et puis, j’adore la circulation, les embouteillages de Manille. Les milliers de Jeepneys donnent un look rétro au parc automobile qui est unique au monde, même si parfois une Lamborghini vient donner une touche d’exotisme…

Alors bien sur, toute cette vie crée de la pollution, des odeurs, des flaques suspectes, des trafics… Beaucoup de gens sont très mal logés, voir pas logés du tout. Il y a en bas de mon immeuble des enfants seuls, très jeunes, qui mendient dans la rue, toujours avec des sourires craquants, des jolies filles belles comme Miss Univers qui se vendent à 1 000 pesos pour payer leurs études ou pour nourrir leur famille, des ados qui sniffent du solvant pour oublier la faim et le manque de perspectives… Comme je le répète souvent, Manille et les Philippines, ce n’est pas le pays des Bisounours non plus et la vie est rude pour beaucoup de ses habitants, mais ils ne perdent jamais ce sourire magnifique qui a disparu depuis longtemps dans les pays de nantis.

Une idée reçue qui s'est avérée fausse ?

La vie pas chère aux Philippines ! Il ne faut pas rêver. Les Philippines sont à mon avis et pour avoir voyagé un peu dans les pays des alentours (Indonésie, Laos…), le pays le plus cher de la région, et l’inflation locale couplée à la faiblesse de l’euro n’arrangent pas les choses. Si vous voulez voyager pour pas cher (hôtels, transports, restaurants, prestations diverses), sachez que les Philippines sont en gros deux fois plus chèrs que le pays voisin, l’Indonésie.

Est-il facile pour un expatrié d'y trouver un logement ? Quels sont les types de logements disponibles ?

Comme tout aux Philippines, un bon logement à Manille revient cher. C’est du reste ce qui m’a fait au départ opter pour acheter mon premier « condo ». J’en avais assez d’être pris pour une vache à lait par les loueurs de studios peu scrupuleux qui vous logent au prix fort dans des appartements mal entretenus, délabrés… J’en ai vraiment eu assez d’engloutir chaque année pour mes séjours à Manille, des sommes importantes pour des conditions de logement peu satisfaisantes, avec d’année en année une augmentation du prix des loyers.

Aujourd’hui, pour être bien logé à Manille (studio de plus de 25 m2, avec balcon, équipement standard-cuisine, clim, chauffe-eau, télé, wi-fi, le tout en bon état), il faut débourser au moins 25 000 pesos par mois (500 euros). Cela rattrape quasiment le prix d’un studio à Nice !

Marc à Manille

Quelle est la culture du travail à Manille ? Est-il facile pour un expatrié d'y être embauché ?

N’ayant jamais du travailler à Manille ou aux Philippines, je n’ai pas d’expérience en la matière. Du peu que j’ai fait de mes mains (bricolages et réparations diverses dans mes « condos »), je peux dire que nous souffrons ici des mêmes contraintes climatiques qu’à Tahiti : le travail physique est épuisant à cause de la chaleur humide. J’admire les ouvriers Philippins, sur les chantiers de construction ou dans les rizières, capables de travailler dans des conditions pareilles dix heures par jour, 6 jours par semaine.

Je vois aussi mes amis philippins qui travaillent devant, outre les conditions de travail difficiles, et les horaires démoniaques, faire face à des contraintes de transport épouvantables : des heures d’inconfort dans des Jeepneys successifs pour atteindre leur lieu de travail le matin et regagner leur domicile le soir, tout cela pour des salaires journaliers qui correspondent au salaire horaire en France.

Pour les emplois plus spécialisés et moins exposés aux aléas climatiques, je pense qu’il faut avant tout ne pas arriver ici avec sa science infuse et croire que les Philippins n’attendent que nous pour avancer. Les Philippines sont un pays très moderne, plus moderne que la France sur bien des aspects et en gros, les Philippines produisent elles-mêmes les ingénieurs, médecins, techniciens, chercheurs dont le pays a besoin.

Que penses-tu du mode de vie des Philippins ?

Ce qui me fascine le plus dans ce pays, c’est l’extraordinaire solidarité familiale. Chaque individu fait partie d’un immense réseau de solidarité familiale dont je n’ai vu l’équivalent nulle part ailleurs, même si d’autres régions d’Asie et d’Afrique peuvent s’en rapprocher.

Ainsi, celui qui entre dans la vie active, a déjà au sein de sa famille l’expérience de s’occuper des plus petits frères, sœurs, cousins et des parents plus âgés, depuis qu’il sait marcher. Naturellement, dès qu’il gagnera son premier salaire, il devra en utiliser l’essentiel pour « aider » ses parents, financer les études des plus jeunes de ses frères et sœurs, assumer ses responsabilités envers son conjoint et ses enfants. Seule une petite partie de son salaire pourra être utilisée pour lui-même. Cela durera toute sa vie active, jusqu’au jour où, âge ou maladie survenant, il sera lui-même pris en charge par ses propres enfants, frères et sœurs plus jeunes, tout en continuant, tant que ses forces le lui permettront, de se rendre utile à la communauté familiale en s’occupant des bébés, en cuisinant… Je trouve cela admirable. C’est un remède contre l’égoïsme et la solitude qui rongent les sociétés occidentales.

On aurait vraiment, en Occident, des leçons de vie à apprendre aux Philippines. Ici, malgré la natalité forte, il n’y a quasiment pas d’enfant abandonné. Même si certains semblent l’être dans les rues, quasiment tous ont une famille. Il n’y a pas de « maisons de retraite », de vieux abandonnés, de ces solitudes mortelles qu’on peut voir quotidiennement en Europe… Même les plus pauvres d’entre les pauvres ici aux Philippines gardent le sourire : c’est un signe !

A quoi ressemble le quotidien d'un expatrié à Manille ?

A Manille comme partout, il faut faire ses courses, préparer à manger, améliorer, réparer son logement, préparer le prochain week-end en province, préparer tel ou tel anniversaire, répondre aux invitations, s’occuper des devoirs des enfants, les accompagner à l’école, boire un coup avec un copain francophone… Tout cela prend du temps, surtout qu’avec la chaleur, il faut se hâter lentement.

Mes activités favorites, sont : le marché. Même si je n’ai qu’un kilo de tomates à acheter, j’adore le marché de mon quartier, le matin, avec tous ces beaux produits frais, cette ambiance populaire, ces odeurs… Ensuite, j’aime saisir la moindre occasion, comme accompagner mon fils à pieds à l’école du quartier, pour observer, admirer et m’étonner chaque jour des scènes de la rue, des rencontres, le plus souvent sympathiques, que l’on peut y faire. J’aime aller chez mes amis Philippins, dans leurs logements minuscules et surpeuplés. Il y a toujours une assiette pour moi, on discute, on rigole, les enfants m’appellent « papa » ou « tonton », grimpent sur mes genoux. Et puis, je passe environ deux heures chaque jour à faire de la natation dans la piscine de mon immeuble. Cela me fait faire mon sport quotidien et c’est l’occasion de rencontrer du monde.

Une ou deux fois par semaine, je ne rechigne pas non plus sur un petit massage, shiatsu de préférence, dans un bon salon climatisé, effectué par une ravissante masseuse professionnelle qui me coûte au maximum 300 pesos pour une heure !

Enfin, j’ai toujours deux ou trois copains francophones expats ou visiteurs de passage, avec lesquels j’ai le plaisir de parler le français autour d’une bonne bouteille de vin rouge, de temps à autres. Sinon, parfois, on va faire du karting à Makati avec mon fils, on se paie un bon restaurant, une journée à Tagaytay dans la fraicheur et l’air pur, pour manger au Mahogany Market, une journée dans les sources chaudes de Laguna… Le temps passe trop vite à Manille !

Marc à Manille

Que fais-tu pendant ton temps libre ? Quels sont les loisirs disponibles à Manille ?

Aux Philippines, tout est payant et cher, en particulier à Manille. Mieux vaut vivre dans une résidence avec piscine et salle de gym pour ceux qui ont besoin d’exercice physique. Sur le plan « culturel », c’est dans la rue que tout se passe et il faut savoir observer et décrypter ce spectacle permanent qu’est la rue philippine, avec ses clivages sociaux, ses petits métiers, ses activités spécifiques… Pour moi, ça vaut mieux que tous les théâtres et les cinémas du monde et cela tombe bien car ici, il n’y a pas de théâtre. Les cinéma ne proposent que des niaiseries américaines, les bibliothèques sont rares, les librairies peu alléchantes. Et puis, avec une bonne connexion wi-fi à domicile, on peut regarder chez soi des films français, s’informer, se cultiver, grâce à la toile. Enfin, une ou deux fois par mois, des sorties hors de Manille, pour découvrir ou redécouvrir les environs sont toujours agréables.

Qu’est-ce qui te plait le plus aux Philippines ?

Le fait que les gens m’acceptent tel que je suis, avec mon âge, mes défauts, mon histoire… Ils ne posent pas de questions, ne jugent pas, ne font jamais d’allusion désagréable à l’âge ou au physique. Les relations humaines ici restent fondamentales et chacun garde à l’esprit qu’il n’est rien sans autrui, que nous sommes tous interdépendants. L’égoïsme est combattu avec raison comme la pire des tares. Les valeurs comme le respect des personnes âgées, le partage et la solidarité ne sont pas ici de simples mots vides de sens : on les vit au quotidien. Aux Philippines, si on accepte les règles du jeu, on n’est jamais seul !

Que penses-tu de la cuisine locale ? Quelles sont tes spécialités culinaires préférées ?

La cuisine philippine, c’est mon gros problème ici. Je dirais que si vous aimez le gras, l’huile, le très sucré, le très salé, le mou, le trop cuit, les découpes de viandes, poissons et légumes grossières, le manque d’épices, la cuisine Philippine devrait vous plaire.

Beaucoup de plats tirent leurs origines de la tradition culinaire espagnole, qui n’est quand même pas la plus fine dans le monde méditerranée, mâtinée d’une touche mexicaine dans ce qu’il y a de pire (peaux de porc frites – chicharrons).

L’influence « culinaire » de l’Amérique du Nord est aussi détestable dans les milieux populaires où les gens se gavent de hot-dogs infects, de burgers gras, de fritures, de pizza ignobles, de donuts pâteux et hyper sucrés, de boissons gazeuses sucrées, de glaces aux couleurs improbables, de pains de mie mous et blancs à faire peur, de viandes et brochettes cramées sur des barbecues qui fument comme des locomotives… Le rêve de tout enfant est de déjeuner au Mac Do (il y en a à tous les coins de rue) ou au « fast-food » local, Jollibee, qui ne vaut guère mieux au plan nutritionnel et gustatif.

Il y a quand même ici quelques plats qui tirent leur épingle du jeu et seraient presque exportables : le kinilaw, poisson cru mariné dans du vinaigre de canne ou de coco, avec toutes sortes d’épices, le Bicol express (viande de porc cuite dans du lait de coco et assaisonnée de bagoong, ou pâte de crevettes fermentées), le biko (dessert de riz rond cuit au lait de coco sucré), le tinola et les petits pains chauds pan de sal pour le petit déjeuner avec du coconut jam (de la confiture de coco), les petits poissons séchés croustillants dangit, les crevettes séchées de Kalibo… Mais bon, on est loin de la variété, du raffinement et de la richesse des cuisines thaï, vietnamienne, laotienne, cantonaise, indienne ou indo-balinaise.

Par ailleurs, les Philippins mangent souvent à toute vitesse, même au restaurant, sans ces temps réservés à l’apéritif et au dessert. Ils mangent souvent debout dans la rue, ou à la maison, chacun dans son coin, assis par terre devant la télé, quand il a faim, sans faire réchauffer le plat qui au mieux est tiède. Ils peuvent, du reste, se contenter, surtout chez les plus pauvres, d’une gamelle de riz froid arrosé de toyo (sauce de soja) pour tout repas.

Heureusement que les excellents produits que l’on trouve sur les marchés permettent de cuisiner soi-même des plats délicieux et qu’il existe à Manille toutes sortes de restaurants chinois, japonais, vietnamiens, coréens, arabes, italiens, Iraniens, grecs, qui permettent de vivre de bons moments gustatifs ! Cette variété des cuisines disponibles est aussi un atout de Manill, paradoxalement, à part quelques boulangeries françaises, les restaurants français dignes de ce nom sont rarissimes à Manille. Pour les vins, je recommanderais les vins du Chili, assez bon marché et excellents (deux à trois fois moins chers que les vins français disponibles). Les vins italiens sont aussi fréquents en rayons et moins chers que les vins français.

Qu'est-ce qui te manque le plus par rapport à la Polynésie française, ton pays d'origine ?

Marc à Manille

A Tahiti, j’ai un grand jardin qui appartient à ma famille, en pleine propriété au bord du Pacifique, une grande maison agréable en bois adaptée au climat, un environnement marin et terrestre quasi intact et une nature généreuse, riche, colorée : la mer est pleine de poissons que je peux pêcher devant chez moi pour le déjeuner, le jardin et les vallées sont remplis de fruits gratuits, de fleurs multicolores et odorantes... C’est ce qui me manque ici aux Philippines où le climat et l’océan sont pourtant identiques à la Tahiti. Même en province, aucun endroit n’arrive à la cheville de la Polynésie pour la beauté et la préservation de l’environnement.

Quel est ton avis sur le coût de la vie à Manille et aux Philippines en général ?

Je l’ai déjà dit, les Philippines sont un pays cher, comparé aux autres pays de la région. Pour bien vivre à Manille, sans se priver et sans trop compter, en étant propriétaire de son logement, avec une petite famille de trois à quatre personnes, il faut au moins 1 000 euros par mois, 1 500 si on doit payer un loyer. Ensuite, il n’y a pas de limite et chacun vit en fonction de ce qu’il estime être ses besoins. Bien sur, cela reste un peu moins cher que la France, surtout de la France des villes, et bien moins cher que Tahiti. Pour ceux qui aiment se faire servir, les Philippines sont le lieu idéal où le salaire journalier d’une femme de ménage équivaut à une petite heure de cette même femme de ménage en France.

Un événement particulier que tu as vécu à Manille et que tu voudrais partager ?

Tous les dimanche matin, à partir de 6h, jusqu’à 9h, en particulier en saison sèche (de décembre à mai), l’ambiance sur le front de mer à Roxas Boulevard. C’est un peu, durant ces quelques heures, les Champs Elysées, le Saint Tropez ou le Ibiza des Philippines. Tous ceux qui aiment se montrer sont là, avec leurs vélos bizarres, leurs danses improvisées, leurs orchestres de bambou, leurs belles tenues sportives dernier cri. Et tous les petits marchands, masseuses et autres charlatans sont là aussi pour profiter de cette mane. Le même endroit est aussi magnifique tous les jours de 17 à 18h pour les couchers de soleil sur la Baie de Manille, avec en prime un massage des pieds ou un massage d’une heure sur le trottoir qui vous coûtera maximum 150 pesos si vous savez négocier.

Quels conseils donnerais-tu aux personnes qui souhaiteraient s'expatrier aux Philippines ?

Impérativement, venir d’abord passer des vacances aux Philippines, s’imprégner de la vie locale pour éviter les mauvaises surprises, et puis comme dans toute expatriation, ne pas oublier que ce n’est pas votre pays d’accueil qui résoudra vos problèmes de fond si vous en avez. Beaucoup croient qu’en changeant de pays, les problèmes qu’ils ont dans leur pays d’origine disparaitront. C’est faux et bien au contraire, en terre étrangère, loin de vos repères familiers, vos éventuels problèmes seront démultipliés ! Alors faites le ménage dans votre vie avant de songer à vous expatrier et prévoyez un plan B. Ne mettez jamais toute votre fortune dans un projet d’expatriation !

Quels sont tes projets d'avenir ?

Pour l’avenir, j’aimerais pouvoir continuer le plus longtemps possible ma vie en alternance entre les Philippines et la Polynésie. Le jour où j’aurai à choisir de finir ma vie quelque part, je ne sais pas encore si je choisirai la chaleur humaine enveloppante des Philippines ou la quiétude éternelle de Tahiti.

Pour ce qui est de mes projets aux Philippines, à court terme, continuer à découvrir ce beau pays en visitant régulièrement des endroits nouveaux et en redécouvrant les endroits qui m’ont plu et où je me suis lié d’amitiés, comme à Mindoro, Mindanao. A long terme, aider mon fils, le moment venu, à monter son « business » ici dans son pays, les Philippines. J’ai déjà quelques idées pour ça !

2 Commentaires
BERNARD RONA
BERNARD RONA
l'année dernière

Merci de ce témoignage Marc.Moi aussi je suis comme un poisson dans l'eau ( Mao) ici après une vie entre la Suisse,la France,14 ans au Maroc...bien à vous.

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lemonk68
lemonk68
il y a 3 ans

Je suis dans l'ensemble d'accord avec Marc (alias Makai) concernant Manille que je n'ai jamais denigre. Pour la cuisine Pinay il a oublie : Le Crispy Pata,les Sisigs et le Liempo.Tres apprecies des voyageurs en general.J'ajoute du lait de coco dans le Kinilaw et du Tabun-Tabun.Il faut aussi precise que le "Bicol Express"est le seul plat tres pimente des Phils. A la limite du mangeable.Il ne faut pas oublie non plus l'Atsara,condiment a base de papaye verte,un pur delice.

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