Missions internationales : les femmes profitent-elles des mêmes opportunités que les hommes ?

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Publié le 2022-03-09 à 08:20 par Katharina von Knobloch
Même si le pourcentage de femmes expats est en croissance, nous sommes encore loin de la parité hommes-femmes. Vous êtes-vous déjà demandé pourquoi ? Depuis les années 80, les chercheurs affirment qu'il existe un plafond de verre au sein des entreprises, ce qui rend les choses plus difficiles pour les femmes qui souhaitent booster leur carrière à l'étranger. Des femmes qui en ont fait l'expérience se confient.

Femmes expats : quels sont les obstacles ?

Même si les couples arrivent à gérer leur carrière et que le débat sur l'égalité des genres dans les postes de direction perdure, la réalité est que les femmes sont encore souvent négligées pour les affectations internationales. En effet, les femmes sont encore sous-représentées et leurs carrières stagnent en raison de divers obstacles. Van den Bergh et du Plessis, deux chercheurs bien connus dans ce domaine l'ont si bien fait ressortir : « les femmes qui souhaitent poursuivre une carrière à l'étranger doivent surmonter de nombreux obstacles tels que le symbolisme, les stéréotypes et doivent d'abord briser le plafond de verre dans leur pays d'origine avant être capable de percer la bordure de verre ».

Selon les recherches, ce plafond de verre mondial, rempli de préjugés, est pourtant difficile à percer. De nombreuses raisons expliquent pourquoi les femmes expats ne sont pas aussi nombreuses que les hommes à avoir une carrière réussie à l'étranger. L'une de ces raisons serait que les entreprises hésitent toujours à affecter les femmes à l'étranger. En effet, compte tenu du coût de ces affectations internationales, les femmes sont souvent considérées comme un investissement à risque. Il est courant que les managers considèrent soit la femme elle-même comme un facteur de risque, soit le contexte environnant. Les arguments souvent avancés par les employeurs sont la sécurité physique, les risques liés aux voyages et séjours dans les pays en développement, les sentiments d'isolement et de solitude, les éventuelles réactions négatives des supérieurs, subordonnés, clients et collègues envers les femmes occupant des postes de direction (Adler, 1994, Janssens et al 2006) à l'étranger, parmi tant d'autres.

Quels sont les préjugés dont souffrent les femmes expats ?

De nombreux articles de recherche démontrent que les femmes expats sont malheureusement victimes de la hiérarchie dominée par les hommes. De manière générale, ce sont des managers masculins qui sont amenés à juger de la pertinence des subordonnées féminines. Parmi les difficultés typiques rencontrées par les femmes lors du processus d'affectation international, on retrouve :

  • Les défis qui s'imposent lors de la procédure de sélection, de formation et de préparation
  • Les préjugés des cadres supérieurs
  • L'exclusion des femmes des réseaux formels et informels
  • Le fait que les postes d'expatriés ont tendance à être relativement élevés en termes d'autorité et de statut

Les femmes rencontrent ainsi de nombreux obstacles avant de pouvoir accéder aux emplois au niveau mondial, et ce, avant même d'avoir eu la chance de faire leurs preuves. En revanche, lorsque l'on compare la performance des femmes lors des affectations internationales par rapport aux hommes, la réalité est toute autre. Plusieurs articles de recherche révèlent que les femmes expats ont des niveaux d'interaction et d'adaptation au travail significativement plus élevés. On note également un niveau d'adaptation générale plus élevé.

Comment les femmes abordent-elles ces préjugés ?

Pour obtenir des informations de première main, j'ai interviewé 30 mères de famille qui ont réussi à franchir le cap et à avoir une carrière réussie à l'étranger. Ces 30 femmes sont en effet parvenues à surmonter les divers obstacles potentiels de l'entreprise lors du processus de transfert international.

Si certaines d'entre elles se réjouissent de la neutralité dans le secteur dans lequel elles travaillent en matière de genre (par exemple, dans les secteurs bancaire et du tourisme), d'autres révèlent qu'elles ont été victimes de discrimination et qu'elles ont dû faire preuve de rigueur et de persévérance pour surmonter ces obstacles grâce à leur forte volonté de vivre à l'étranger. La plupart d'entre elles ont cependant subi des formes de discrimination d'une manière ou d'une autre, par exemple :

  • des préjugés au niveau de la direction concernant la compatibilité avec le travail
  • négociation de packages d'expatriés, généralement inférieurs par rapport à ceux offerts aux hommes pour des postes similaires
  • destinations, projets ou clients moins attrayants que ceux proposés aux hommes
  • contrats de suivi moins attractifs après le rapatriement par rapport aux hommes occupant des postes similaires
  • stagnation de carrière après l'expatriation généralement plus élevé par rapport aux hommes

De nombreuses femmes expliquent qu'elles ont d'abord dû gagner le respect de leurs collègues avant de pouvoir réellement commencer à travailler. Ce qui a nécessité plus temps mais aussi plus d'efforts par rapport à leurs collègues masculins ayant rejoint l'équipe au même moment. Ces femmes expats affirment avoir fait preuve d'un degré élevé d'ambition et d'engagement.

Témoignages :

« Les hommes ont tendance à grimper l'échelle hiérarchique plus rapidement que les femmes dont les carrières ont tendance à stagner davantage. De mon point de vue en matière de ressources humaines, je peux confirmer l'existence de ce plafond de verre dont on parle si souvent dans le cas des affectations internationales. Ce phénomène est toutefois moins présent auprès des femmes qui choisissent de trouver un emploi à l'étranger par leurs propres moyens ».

« La question était plutôt de savoir quelles postes on peut se voir proposer à l'étranger en tant que femme. De ce fait, je n'ai pas heurté un plafond de verre mais plutôt rencontre une barrière entre les sujets. J'ai le sentiment que puisque je suis une femme, certaines destinations et certains sujets qui m'auraient séduit m'ont longtemps été refusés. »

« Mon entreprise a préféré affecter des hommes célibataires à l'étranger en justifiant leur choix par les frais de détachement. J'ai été classée comme cher, même si je connais beaucoup de pères de famille qui gagnent beaucoup plus que ce qu'on m'aurait proposé et qui ont aussi des maisons plus grandes. De mon expérience, il me semble que les contrats de détachement varient de manière considérable selon le genre. »

« On m'a refusé une affectation à Londres en raison du coût. Aujourd'hui, le travail est fait par un homme qui rentre chez lui en avion tous les week-ends et qui a un appartement plus grand pour que sa famille puisse lui rendre visite régulièrement. »

Comment briser ce plafond de verre ?

Il est évident que toutes les femmes n'ont pas connu un plafond de verre mondial. J'ai décidé de regarder de plus près pour en trouver les raisons. Il semble que les femmes aient trouvé des moyens d'échapper à la voie de sélection traditionnelle en prenant leurs propres initiatives. Certaines d'entre elles se sont tout simplement tournées vers des industries et des entreprises ayant une culture plus égalitaire en matière de genres. La hausse significative du nombre d'expatriations spontanées est bon signe. De plus, des secteurs comme la banque et le tourisme ont déjà commencé à accorder une plus grande attention à une politique d'égalité en matière d'affectation internationale.

Et vous, quelle est votre expérience de travail à l'étranger en tant que femme expat ? N'hésitez pas à nous en parler en laissant un commentaire ci-dessous.