S'expatrier dans les destinations les plus populaires : sous quelles conditions ?

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Publié le 2022-01-27 à 10:00 par Mikki Beru
Qui n'a jamais rêvé de travailler les pieds dans les eaux de Phuket, de profiter du week-end pour arpenter les Terrasses de Lavaux du canton suisse de Vaud, de jouer les stars d'un été à Karuizawa, la cité tendance à une heure de Tokyo, de s'offrir une soirée chic à Dubaï et d'admirer la vue de l'Atmosphère, restaurant le plus haut du monde ? La vie doit être belle pour les expats vivant dans ces destinations de rêve. Derrière la carte postale se cachent cependant quelques réalités à connaître pour profiter au mieux de son cadre de vie.

Très chers pays de rêves

En 2021, les destinations prisées par les expatriés partageaient plusieurs points communs : de grands espaces et des paysages luxuriants (Canada, Nouvelle-Zélande, Australie, Thaïlande), un équilibre entre l'ivresse de la ville et le charme des quartiers tranquilles (Suisse, Japon), un large champ des possibles dans des cités prospères (Singapour, Taïwan, Dubaï). Vivre dans ces régions, un luxe ? Oui, à en croire le marathon qui attend le demandeur d'un permis vacances-travail au Canada. Rare pays à avoir mis en place un système de loterie, le Canada est victime de son succès. Les autres visas sont tout aussi populaires ; avant comme après la Covid, le pays reste l'un des favoris des expatriés. Symbole du multiculturalisme, on apprécie sa qualité de vie. Mais s'y intègre-t-on vraiment ? La question ne se pose pas pour Dubaï et les Émirats arabes unis en général avec leurs 90% d'étrangers. Au Japon, en revanche, c'est l'inverse. Peu d'immigrés, et des expatriés qui ont parfois le blues : « après plus de dix ans passés ici, c'est frustrant de toujours se sentir comme un étranger », témoignent certains.

Difficile, la vie au pays des rêves ? Cela dépend ce que l'on entend par « difficultés ». Pour égratigner la carte postale, on parle souvent du coût de la vie exorbitant de ces destinations populaires. Quand ce n'est pas le coût de la vie, c'est le rythme de vie, la culture ou la langue. Il faut en effet bien partir d'un constat : vivre à Dubaï, ce n'est pas vivre en France. Travailler en Corée du Sud n'est pas travailler en Allemagne. Selon le classement 2021 du cabinet de conseil Mercer, Tokyo est la 4e ville la plus chère au monde. Viennent ensuite Zurich, Shanghai et Singapour. Genève arrive 7e, suivie par Beijing et Bern. Séoul se classe 11e. Les villes Suisses et asiatiques occupent les premières places du classement. Mais les chiffres ne disent pas tout, et il est heureusement facile de les appréhender autrement.

Le vrai prix de l'expatriation dans les contrées populaires

Halte aux idées reçues. Profiter pleinement de la qualité de vie de son pays de rêve, c'est possible. La clé : prendre de la distance et vivre comme un local. Souvent décrié, le coût de la vie en Suisse, à Tokyo ou à Dubaï va pourtant de pair avec des salaires élevés. S'il faut comparer, c'est au sein du pays lui-même, et non avec son pays d'origine. Infrastructures, organismes de soins, loisirs, espaces verts, qualité des transports, accessibilité aux personnes en situation de handicap… La qualité de vie englobe bien plus qu'une simple question de prix. D'autant plus que certaines choses ne se comptabilisent pas. Le calme d'un quartier résidentiel, la promenade au bord du lac, la découverte d'une danse traditionnelle ou de mets culinaires, les discussions avec ses nouveaux voisins de quartier, le bonheur simple de vivre son rêve… C'est aussi ça, la qualité de vie.

L'expatriation ne s'improvise pas. Prendre toutes les informations possibles en amont permet de se projeter et d'accepter plus facilement les conditions imposées implicitement par ces destinations populaires. Apprendre la langue et la culture s'intègrent dans cette démarche. C'est aussi ça « préparer ses valises » : investir en argent et/ou en temps pour mieux se préparer. C'est aussi savoir gérer les frustrations. Autant il semble aisé de s'intégrer pleinement au Canada, autant une immigration au Japon ou en Corée du Sud paraît plus compliqué. Certains apprécient leur cadre de vie privilégié tout en regrettant leur statut « à part ». Là encore, prendre du recul et se réapproprier la notion d'intégration peut lever le blocage.

Au Japon ou en Corée du Sud, l'immigration est un processus récent, et les traditions restent fortes. L'expatrié intégré peut être simplement celui qui sait communiquer avec les locaux, qui peut naviguer dans sa ville, qui connaît les bonnes adresses, qui sait que, contrairement aux idées reçues, les fruits et légumes bon marché existent. Cet immigré intégré comprend et accepte la culture locale sans lui chercher querelle. Il sait aussi que le Japon n'est pas Tokyo, et que le bonheur se trouve aussi à Osaka, Nagoya, Fukuoka, ou dans les villes plus petites comme Otaru ou Shibukawa. La notion d'intégration s'apprécie plus justement à petite échelle, à taille humaine. 

Plus que le coût de la vie, le véritable prix à payer est peut-être cette nouvelle appréhension de son environnement : ne pas comparer avec son pays d'origine (surtout les prix !), observer et faire comme les locaux, accepter les échecs, digérer les frustrations, ne pas penser appartenir à une classe supérieure, apprendre la langue et la culture. C'est sous ces conditions que l'expatrié vit au mieux son nouveau quotidien.

Nouvelle-Zélande, Australie, Suisse, Japon, Thaïlande... Le rêve n'est donc pas inaccessible, bien au contraire. Les moyens à mettre en œuvre pour jouir d'une bonne qualité de vie sont à la portée de tous.